lundi 19 avril 2010

Philotimo (φιλότιμο) : l'Amour et le Devoir





L’explication du Président B. Obama du mot grec philotimo (φιλότιμο) est à peu près juste quand il dit que philotimo signifie l’amour de l'honneur, l'amour de la famille et la communauté, le sentiment d'appartenance et le sens du travail commun, le sens du devoir, l’action juste, la dignité et le respect. Pourtant, bien qu’ayant mentionné toutes ces nuances, le discours d'Obama n'a pas vraiment réussi à saisir l'essence de philotimo.


Peut-être un exemple serait-il utile. Disons que quelqu'un me montre qu'il me considère comme assez digne pour entreprendre une expédition. Si je veux montrer que j’accorde de la valeur à l'idée d'entreprendre cette expédition, j’essaye alors de répondre volontairement à ses attentes, attentes qui ne me sont en aucune manière imposées, ce qui constitue une manière de faire qui protège le fondement de notre relation, parce que cette relation ne peut être essentielle que si elle se fonde sur une évaluation et une compréhension communes de la valeur particulière apportée à l’entreprise de cette expédition.


Ainsi nous comprenons philotimo comme l'amour de la poursuite d'un honneur que quelqu'un me fait, avec ma volonté de devenir digne de notre reconnaissance commune d'une valeur, afin de protéger et de faire progresser ma relation avec l'autre.


Cela signifie également que notre valeur commune a dans le même temps une importance première et une secondaire. Une première, parce que sans elle une relation est impossible, et une secondaire, parce que la relation elle-même est le but ultime, et non pas la culture d'une valeur. Le souhait de mes amis que je devienne meilleur encore, prend en moi la’ forme’ de philotimo, ou, philotimo est l'écho existant en moi de leur espérance et de leur amour pour moi - ou bien encore, philotimo est le meilleur à l’intérieur de moi, qui essaye également de l'extérieur, de me rendre meilleur.


Pour avoir la vertu de philotimo, vous avez besoin d’associations où des contraintes telles que le sentiment d'obligation, du devoir, etc., ne sont pas très importantes, comparées aux exigences qui sont celles de l'amour et de l'amitié. Ce qu'une société «mécanique» réalise grâce à la discipline, au sens du devoir, aux idéologies, etc., une société fondée sur l'amitié le réalise encore plus fort grâce à philotimo.






C'est pourquoi Plutarque dit que les amants sont les plus grands combattants, car ils évitent par tous les moyens d’apparaître à leurs bien-aimés comme des lâches ou comme quoi que ce soit d'inférieur et indigne de leurs attentes.


(Version française de The Greek word Philotimo
par Maxime le minime)


Dans une note extraite du livre St Arsène de Cappadoce par le le père Païssios traduit et édité par le monastère St Jean le Théologien Souroti de Thessalonique (où repose Père Païssios) on peut lire cette définition plus spécifiquement chrétienne orthodoxe :


φιλότιμο = noblesse d’âme, bonté, reconnaissance, amour purifié exempt de tout retour sur soi, de celui qui ne regarde jamais son propre intérêt mais ne cherche qu’à être agréable à Dieu, le Père Païssios considérait cette vertu comme le fondement du progrès dans la vie spirituelle.





À propos de philotimo, Père Païssios disait :

"Le juste chrétien ne pratique pas de bonnes actions pour son propre bénéfice, c’est-à-dire pour être récompensé ou pour éviter l'enfer et gagner le paradis, mais plutôt parce qu'il préfère le bien au mal. Tout le reste est une conséquence naturelle du bien qui remplit notre âme sans l’avoir demandé. De cette façon, le bien a de la dignité, sinon, il provient de l'attitude à bas prix du 'donner et prendre'." (Version française par Maxime le minime)

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