Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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vendredi 30 août 2019

DANGER ET PRIÈRE INCESSANTE par St PAÏSSIOS

Geronda comment pouvons-nous ressentir la prière comme une nécessité ?

- Avoir fait la guerre vous aiderait à comprendre ! Quand nous étions militaires, pendant la guerre, nous étions en contact permanent, et le «Toujours à l'écoute » avec le Centre nous rassurait. Lorsque nous communiquions toutes les deux heures, on restait vigilant par rapport au danger. Lorsque nous ne communiquions que deux fois par jour, le matin et le soir, on se sentait en insécurité. La même chose se produit avec la prière. Plus on prie, 
plus on se sent en confiance spirituellement. La sécurité est dans la prière.
Si nous sommes en contact permanent et le «Toujours à l'écoute » avec Dieu, nous seommes prêts à affronter tous les maux. 

Une fois à l'intérieur d'un bus il y avait un moine qui était en train de prier les yeux fermés ; les autres passagers pensaient qu'il dormait. Soudain, un camion venant en direction opposée a heurté une colonne de PPC et les véhicules qui roulaient dans les deux sens sont entrés en collision les uns avec les autres et ont subi de grands dommages. Mais le bus a été retrouvé à quelques mètres de la route, comme si une main invisible l'avait déplacé et aucun des passagers n'a été blessé. La prière du moine avait sauvé le bus et ses passagers.

- Geronda, les laïcs demandent souvent comment s'habituer à prier.

Dans les temps anciens,  ceux qui avaient commencé le monachisme et avaient eu du mal à s'exercer et à pratiquer s'installaient sur des falaises abruptes, dans des grottes, dans des tombeaux païens ou dans des habitations de démons. Il y avait beaucoup de dangers dans ces lieux - ils risquaient de chuter, les démons marmonnaient, etc. - et leur peur les poussait à crier : «Mon Christ, ma Toute Sainte.» C’est ainsi que la bonne habitude d’une prière incessante a persisté.

Aujourd'hui, avec les sorties nocturnes, la drogue, etc., beaucoup de ceux qui conduisent ne se contrôlent pas. c'est ainsi que quelqu'un qui va au travail ne sait pas s'il va rentrer chez lui vivant ou s'il ne se retrouvera pas infirme dans un hôpital. Cela ne l'oblige-t-il pas à dire constamment: « Mon Christ, ma Toute Sainte !» ? Si les laïcs profitaient des dangers auxquels ils étaient confrontés, ils dépasseraient les moines en prière et éviteraient les dangers.

Quelqu'un est venu un jour à notre  Kalyve très angoissé parce que, par inattention, il a heurté un petit enfant avec sa voiture. « Je suis coupable », a-t-il dit. J'ai demandé: « Est-ce que tu priais à ce moment-là ? ». « Non, » a-t-il répondu. « Alors tu es moins coupable d'avoir   heurté l'enfant que de ne pas avoir prié.» Et je lui ai fait part d'un autre accident dont j'avais le souvenir : j'ai rencontré un employé qui s'était élevé à de grandes vertus. Ainsi disait-il la prière non seulement au travail mais aussi sur la route, et partout. La prière se générait d'elle-même chez lui et des larmes de louange et de joie coulaient souvent de ses yeux au point qu'au bureau où il travaillait, ses papiers se mouillaient de ses larmes. Il pensa donc à quitter son emploi avec une pension réduite, et il est venu à la Kalyve pour me demander ce qu'il fallait faire. « Ne pars pas, lui ai-je dit, et quand tes collègues te demanderont la cause de tes pleurs, tu leur répondras : « Je pense à la bénédiction de mon défunt père.» Un jour, pendant qu'il conduisait, un enfant a soudain sauté devant son véhicule et l'enfant a été projeté en l'air, mais il n'a pas eu la moindre blessure. Dieu l'a protégé, parce qu'à ce moment, l'homme était en prière.

Version française par Maxime le minime 
de la source

lundi 20 avril 2015

Une conversation avec le Métropolite Athanasios de Limasol à propos de son livre, Le cœur ouvert de l'Église [1/5]

LA PATIENTE ENDURANCE EST LE FRUIT DE LA VERTU ET ELLE  EST NOURRIE PAR LA PRIÈRE
Une conversation d'Anastasia Rakhlina avec le métropolite Athanasios de Limassol à propos de son livre, Le cœur ouvert de l'Église

Metropolite Athanase de Limasol. Photo: V. Yeshtokin / Pravoslavie.ru

Dans le livre, Le cœur ouvert de l'Église, (Éditions du Monastère Sretensky [en russe] 2014) sont réunis les souvenirs de Mgr Athanasios sur les Anciens – ascètes contemporains à l’école desquels il a été – ainsi  que les sermons et les enseignements du Métropolite de Limassol, qui est bien connu non seulement dans le monde orthodoxe, mais aussi au-delà.  Quels exemples les Anciens peuvent-ils nous donner, par leur vie,  à nous chrétiens qui vivons dans un monde très compliqué aujourd'hui ? Et  que pouvons-nous et devons-nous opposer à l’avalanche de problèmes qui viennent  se précipiter sur nous au point de nous ensevelir ? Telles sont les questions que notre correspondante de Pravoslavie.ru a posées, et plus encore, dans une entrevue avec le l’éminent pasteur de Limassol, alors qu'il était à Moscou.
    

"Priez toujours"


Nous laïcs aimons beaucoup les histoires qui racontent des miracles, et qui parlent  de charismes remplis de grâce, mais nous oublions un peu le prix qu’il nous faut payer pour ces choses. Votre livre s’ouvre sur une conversation sur le saint Ancien Joseph L’Hésychaste. Parlez-nous un peu plus des œuvres  que lui et sa communauté ont accomplies, et des leçons que nous, laïcs, pouvons en tirer – sans, bien sûr, rêver de pouvoir les imiter en tout.

Mgr Athanasios  –

Le saint Ancien Joseph L’Hésychaste vivait sur le Mont Athos, cependant je n’ai pu réussir à le rencontrer de son vivant, vu qu’il est entré dans le repos de Dieu en 1959. Mais j’ai eu l'occasion de rencontrer tous ses disciples.
Mon Père spirituel, l’Ancien Joseph du monastère de Vatopedi – était un disciple, le premier disciple de l’Ancien Joseph L’Hésychaste, et ainsi ma vie monastique a commencé sous l'influence de son école spirituelle.
L’Ancien Joseph a été l'une des figures spirituelles les plus remarquables sur le mont Athos au XXe siècle. C’était un grand ascète, mais aussi un remarquable hesychaste. Sa vie fut pleine de miracles et remplie de la présence active de Dieu et la Très Sainte Mère de Dieu. En dépit du fait qu'il était un ermite – il ne quittait jamais son ermitage en effet – quatre de ses disciples sont devenus ensuite les pères spirituels de centaines de moines.
À l'heure actuelle, nous sommes environ un millier de moines qui sommes des enfants spirituels de l'Ancien Joseph L’Hésychaste. Sur les vingt monastères du mont Athos, six d'entre eux ont été revivifiés par les enfants spirituels de l'Ancien Joseph. Nous considérons que ses prières et sa présence ont fortement influencé notre vie monastique.
Nous avons hérité trois choses importantes de l'Ancien Joseph L’Hésychaste et de ses disciples : la première consiste dans la valeur de l'obéissance à l'Église et à un Ancien. La seconde, à participer à la Divine Liturgie, à l'Eucharistie, et ce dans une communion régulière. Et la troisième est la pratique de la prière mentale.
Notre vie monastique entière a été et est consacrée à ces trois choses importantes. L'Ancien Joseph L’Hésychaste consacrait six heures tous les soirs à la prière mentale incessante.
Il passait huit heures dans la nuit à veiller. Six heures étaient consacrées à la prière mentale et aux lectures spirituelles, et deux heures à la Divine Liturgie, qui était célébrée quotidiennement. Tout cela commençait au coucher du soleil. Sur l'Athos, huit heures après le coucher du soleil, c’est déjà l’aurore, surtout en été.
Et après l’aurore, les pères se reposaient un peu, puis, après un petit-déjeuner consistant en une petite tasse de café et quelque morceau de pain sec, ils travaillaient très dur pour assurer leur survie. Dans l'après-midi ils prenaient le déjeuner, et ensuite ils s’allongeaient pour dormir. Une heure avant le coucher du soleil, ils se levaient et encore une fois célébraient les Vêpres par la prière du Komboskini, prenaient une tasse de thé ou mangeaient quelque fruit, et après le coucher du soleil débutait la veillée de toute la nuit, qui durait huit heures.
Ses disciples ont vécu avec une telle règle, et pendant un certain temps, nous avons également vécu ainsi.
Aujourd'hui, c’est une grande bénédiction que l'enseignement de l'Ancien Joseph se soit répandu dans l'ensemble du monde orthodoxe. Mais même les chrétiens occidentaux et des personnes d'autres religions, sont intéressés par l’Ancien et traduisent ses quelques oeuvres dans leurs propres langues.

Aujourd'hui les laïcs sont tellement affairés que le matin quand ils montent dans la voiture ils écoutent des enregistrements de la règle du matin, et gloire à Dieu qu'ils parviennent à faire encore cela. Que devraient faire les laïcs, nos contemporains, qui sont pris par leur travail, mais qui devraient néanmoins prier et venir à l'église?

        Mgr Athanasios  –  La prière est le souvenir incessant de Dieu. La présence de Dieu doit être incessante dans notre vie. Si nous apprenons à dire la prière de Jésus, cette petite prière: «Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, accorde-moi ta miséricorde », si nous nous adressons à Dieu constamment, si nous faisons la prière de Jésus en tout temps – lorsque nous prenons une douche, lorsque nous mangeons, ou quand nous sommes dans la voiture (au lieu d'écouter la radio), ou lorsque nous sommes dans le métro, le bus, ou à l'église – ce sera plus que suffisant. Le souvenir de Dieu doit accompagner toutes les choses que nous faisons dans notre vie. [à suivre]

(version française par Maxime le minime de la source)

jeudi 20 novembre 2014

"Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous !" la prière des 3 vieillards

Il y a tout bientôt 6 ans, en 2008, j'avais publié ce texte de Tolstoï d'où est tiré ce film bienvenu, Vous êtes trois, nous sommes trois ! Film orthodoxe, le voici à nouveau. Il m'est cher à cause d'Oтец Илиа que j'aimais tant. Le Seigneur se souvienne de son humble serviteur prêtre Élie dans son Royaume. Puissiez-vous prendre plaisir à le lire ou le relire…


Père Élie [Oтец Илиа ] de Bienheureuse et éternelle Mémoire adorait cette histoire de Tolstoï qu'il trouvait drôle, elle me plaît beaucoup également et je la trouve pleine de divine sagesse même si l'on sait que l'auteur de ces "Histoires populaires de la Volga" d'où est tiré ce récit avait pris des distances "certaines" avec l'Église Orthodoxe pour développer ses propres mythes, illusions et utopies dont il aurait été bien inspiré de les soumettre pareillement à sa critique en l'alimentant avec le même humour voire la même insolence parfois.
J'en ai trouvé par bonheur la traduction sur WikiSource (Mille mercis au traducteur et à celui qui a mis en ligne le texte !) et je ne résiste pas à l'envie de vous la faire partager... cliquez sur "lire la suite" à la fin du texte du message pour savoir la fin savoureuse et édifiante de cette histoire.

« L’archevêque d’Arkhangelsk avait pris place sur un bateau qui faisait voile de cette ville au monastère de Solovki. Parmi les passagers se trouvaient aussi des pèlerins et de ceux que l’on nomme « saints ». Le vent soufflait en poupe, le temps était beau, il n’y avait ni roulis ni tangage. Les pèlerins, les uns couchés ou mangeant, les autres assis par tas, devisaient entre eux. L’archevêque sortit de sa cabine et se mit à marcher d’un bout à l’autre du pont. Arrivé à la proue, il vit un groupe qui s’y était rassemblé. De la main, un petit paysan désignait quelque chose au large et parlait tandis que les autres l’écoutaient. L’archevêque s’arrêta, regarda dans la direction indiquée par le petit paysan : rien de visible que la mer rutilant sous le soleil. L’archevêque s’approcha pour mieux écouter. Le petit paysan l’ayant aperçu ôta son bonnet et se tut. Les autres de même, à la vue de l’archevêque, se découvrirent et s’inclinèrent avec respect. – Ne vous gênez pas, mes amis, dit le prélat. Je suis venu, moi aussi, écouter ce que tu dis, brave homme. – Le petit pêcheur nous parlait des vieillards, dit un marchand qui s’était enhardi. – De quels vieillards s’agit-il ? demanda l’archevêque, et il vint près du bastingage s’asseoir sur une caisse. Raconte-moi donc cela, je t’écoute. Que montrais-tu ? – Là-bas, cet îlot qui pointe, dit le paysan en indiquant devant lui à bâbord. Il y a là-bas, dans cette île, des vieillards qui vivent pour le salut de leur âme. – Où donc y a-t-il une île ? demanda l’archevêque. – Tenez, veuillez regarder en suivant ma main. Voyez ce petit nuage, eh bien ! un peu à gauche au-dessous, il y a comme une bande étroite. L’archevêque regarda. L’eau miroitait au soleil. Faute d’habitude il n’apercevait rien. – Je ne la vois pas, dit-il. Et quels sont donc les vieillards qui vivent dans cette île ? – Des hommes de Dieu, répondit le paysan. Il y a longtemps que j’entends parler d’eux, mais je n’avais jamais eu l’occasion de les voir. Or, l’an dernier, je les ai vus. Et le pêcheur raconta comment, parti pour la pêche l’année précédente, une tempête l’avait jeté sur cet îlot qui lui était inconnu. Au matin, comme il explorait les lieux, il tomba sur une petite hutte au seuil de laquelle il vit un vieillard, et d’où ensuite deux autres sortirent. Ils lui donnèrent à manger, firent sécher ses vêtements et l’aidèrent à réparer son bateau. – Comment sont-ils d’aspect ? s’enquit l’archevêque. – L’un est petit, légèrement voûté, très vieux. Il porte une soutane vétuste et doit être plus que centenaire. La blancheur de sa barbe tourne au vert ; cependant il sourit toujours et il est pur comme un ange des cieux. L’autre, un peu plus grand, est vieux aussi et porte un caftan tout déguenillé. Sa barbe chenue s’étale, jaunâtre, mais l’homme est fort : il a retourné mon bateau comme un simple baquet avant que j’eusse le temps de lui donner un coup de main. Lui aussi a l’air radieux. Le troisième est très grand, sa barbe lui descend jusqu’aux genoux comme un fleuve de neige. Il est tout nu, sauf une natte en guise de ceinture. – Ont-ils causé avec toi ? demanda l’archevêque. – Ils besognaient en silence et se parlaient fort peu. Il leur suffit d’un regard pour qu’ils se comprennent. J’ai demandé au plus vieux s’ils vivaient là depuis longtemps. Il se renfrogna, murmura quelque chose, comme si décidément il était fâché. Mais aussitôt le petit vieux le saisit par la main, sourit, et le grand se tut. Rien qu’une parole de douceur et un sourire. Tandis que le paysan parlait ainsi, le navire s’était rapproché des îles. – Voici qu’on l’aperçoit tout à fait maintenant, dit le marchand. Veuillez la regarder, Éminence, ajouta-t-il avec un geste. L’archevêque regarda et il vit en effet une bande noire : c’était un îlot. L’archevêque regarda, puis il passa de l’avant du navire à l’arrière pour questionner le pilote. – Quel est donc cet îlot qu’on aperçoit là-bas ? – Il n’a pas de nom. Il y en a un grand nombre par ici. – Est-il vrai que trois vieillards y vivent pour le salut de leur âme ? – On le dit, Éminence. Mais je n’en sais rien. Des pêcheurs, à ce qu’on prétend, les auraient vus. Mais ce sont peut-être des racontars. – Je voudrais m’arrêter un peu dans cet îlot, voir ces vieillards, dit le prélat. Comment faire ? – Impossible au navire d’accoster, répondit le pilote. On le pourrait en canot ; mais il faut demander l’autorisation au commandant. On alla chercher le commandant. – Je voudrais voir ces vieillards, dit l’archevêque. Ne pourrait-on me conduire là-bas ? Le commandant eut une réponse évasive : – Pour ce qui est de pouvoir le faire, on peut le faire ; mais nous perdrons beaucoup de temps, et j’ose déclarer à Votre Éminence qu’il ne vaut vraiment pas la peine de les voir. J’ai entendu dire que ces vieillards étaient stupides. Ils ne comprennent rien et sont muets comme des carpes. – Je désire les voir, insista le prélat. Je paierai pour la peine : qu’on m’y conduise. Il n’y avait rien à faire. En conséquence, des ordres furent donnés aux matelots et l’on changea la disposition des voiles. Le pilote ayant tourné le gouvernail, le navire mit le cap sur l’île. On apporta une chaise à l’avant pour le prélat qui s’assit et regarda. Pendant ce temps, les pèlerins, qui s’étaient aussi rassemblés à l’avant, tenaient les yeux fixés vers l’île. Ceux dont les regards étaient le plus perçants voyaient déjà les pierres de l’île et montraient une petite hutte. Il y en eut même qui distinguaient les trois vieillards. Le commandant prit sa longue-vue, la braqua dans la direction, puis la passant à l’archevêque : – C’est exact, dit-il, voyez sur le rivage, à droite du gros rocher, il y a trois hommes debout. À son tour, l’archevêque regarda par la lunette après l’avoir mise au point. En effet, trois hommes étaient debout sur le rivage : l’un grand, l’autre moindre et le troisième de très petite taille. Ils se tenaient par la main. Le commandant s’approcha de l’archevêque : – C’est ici, Éminence, que nous devons stopper. Si vraiment vous y tenez, vous prendrez place dans un canot pendant que nous resterons à l’ancre. Aussitôt on dénoua les filins, jeta l’ancre, largua les voiles. Puis on retira le canot et on le mit à la mer. Des rameurs y sautèrent ; l’archevêque descendit par l’échelle. Quand il fut assis sur le banc du canot, les rameurs donnèrent une poussée sur leurs avirons et s’éloignèrent dans la direction de l’île. Arrivés à la distance d’un jet de pierre, ils virent apparaître les trois vieillards : un grand tout nu, ceint d’une natte ; un de taille moyenne au caftan déchiré et un petit, voûté, couvert d’une vieille soutane. Tous trois se tenaient par la main. Les rameurs s’arrêtèrent pour amarrer l’embarcation. L’archevêque descendit. Les vieillards firent un salut profond. L’archevêque les bénit, et eux le saluèrent encore plus bas. Puis l’archevêque leur adressa la parole : – J’ai entendu dire que vous étiez ici, vieillards du bon Dieu, afin de sauver votre âme en priant Notre Seigneur pour les péchés des hommes. Et j’y suis par la grâce de Dieu, moi indigne serviteur du Christ, appelé pour paître ses ouailles. Aussi ai-je voulu vous voir, hommes de Dieu, pour vous enseigner, si je le puis. Les vieillards sourirent en silence et se regardèrent. – Dites-moi comment vous faites votre salut et servez Dieu ? demanda le prélat. Le second des vieillards poussa un soupir et regarda le grand, puis le petit ; le grand se renfrogna et regarda le plus vieux. Quant à ce dernier, il dit avec un sourire : – Nous ignorons, serviteur de Dieu, comment on sert Dieu. Nous ne servons que nous-mêmes en pourvoyant à notre subsistance. – Comment faites-vous donc pour prier Dieu ? Et le petit vieux dit : – Nous prions en disant : « Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous. » Et à peine eut-il prononcé ces mots, que les trois vieillards levèrent les yeux vers le ciel et reprirent en chœur : – Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous. L’archevêque sourit et demanda : – Vous avez sans doute entendu parler de la sainte Trinité, mais vous ne priez pas comme il faut. Je vous aime beaucoup, vieillards du bon Dieu, je vois que vous voulez Lui être agréables, mais vous ne savez pas comment Le servir. Ce n’est pas ainsi qu’il faut prier. Écoutez-moi, je vais vous instruire. Ce n’est pas d’après moi-même que je vous enseignerai, mais d’après l’Ecriture sainte qui nous apprend comment Dieu a voulu qu’on Le prie. Et le prélat se mit à apprendre aux vieillards comment Dieu s’était révélé aux hommes : il leur parla de Dieu le Père, de Dieu le Fils et du Saint-Esprit… et il disait : – Dieu le Fils est descendu sur la terre pour sauver les hommes et leur enseigner à tous comment Le prier. Écoutez et répétez ensuite mes paroles. Et l’archevêque dit : – Notre Père. L’un des vieillards répéta : – Notre Père. Le second et le troisième à tour de rôle : – Notre Père. –… Qui êtes aux cieux. –… Qui êtes aux cieux… Mais le second des vieillards s’embrouilla dans les mots et ne prononça pas comme il fallait ; le vieillard nu ne parvenait pas non plus à bien articuler : les poils de sa moustache lui obstruaient les lèvres ; quant au petit vieux, un bredouillement inintelligible sortait de sa bouche édentée. L’archevêque répéta encore ; les vieillards répétèrent après lui. Ensuite le prélat s’assit sur une pierre et les vieillards, debout autour de lui, regardaient sa bouche et s’efforçaient de l’imiter pendant qu’il leur parlait. Toute la journée, jusqu’au soir, l’archevêque poursuivit sa tâche ; dix fois, vingt et cent fois il répétait le même mot, que les vieillards reprenaient ensuite. Quand ils s’embrouillaient, il les corrigeait en les obligeant à tout recommencer. L’archevêque ne quitta pas les vieillards qu’il ne leur eût enseigné tout le Pater. Ils étaient parvenus à le réciter d’eux-mêmes. Ce fut le second vieillard qui le comprit le plus vite et le redit tout d’une traite. Le prélat lui ordonna de le répéter plusieurs fois de suite jusqu’à ce que les autres eussent appris à le réciter. Le crépuscule tombait déjà et la lune montait de la mer quand l’archevêque se leva pour rejoindre le navire. Il prit congé des vieillards qui tous trois se prosternèrent devant lui. Le prélat les releva et, après avoir embrassé chacun d’eux, il les engagea à prier ainsi qu’il le leur avait enseigné. Puis il prit place dans l’embarcation et s’éloigna du rivage. Et tandis que l’archevêque revenait vers le navire, il entendit les trois vieillards réciter tout haut le Pater. Quand il accosta, on n’entendait plus leur voix, mais on les voyait encore au clair de lune, tous trois debout sur le même point du rivage, le plus petit au milieu, le grand à droite et le moyen à gauche. Une fois à bord, l’archevêque se dirigea vers l’avant, on leva l’ancre et le vent ayant gonflé les voiles poussa le navire qui reprit sa route. L’archevêque avait gagné la poupe et ne cessait de regarder l’îlot. Les vieillards étaient encore visibles, mais ils s’effacèrent bientôt, et l’on ne vit plus que l’îlot. Puis l’îlot s’évanouit de même, et il n’y eut plus que la mer qui scintillait au clair de lune. Les pèlerins s’étaient couchés pour dormir, et tout reposait sur le pont. Mais l’archevêque n’avait pas sommeil. Il se tenait seul à la poupe, regardant là-bas la mer où l’îlot avait disparu, et se rappelant les trois bons vieillards. Il songeait à leur joie quand ils eurent appris la prière. Et il remercia Dieu de l’avoir conduit là pour enseigner à ces vieillards les divines paroles. Assis sur le pont, l’archevêque songe en regardant la mer du côté où l’îlot a disparu. Soudain une lueur papillote à ses yeux : quelque chose comme une lumière qui vacille çà et là au gré des flots. Cela brille tout à coup et blanchoie sur le sillage lumineux de la lune. Est-ce un oiseau, une mouette, ou bien une voile qui pose cette tache de blancheur ? Le prélat cligne des yeux pour mieux voir : « C’est un bateau, se dit-il : sa voile nous suit. Il ne tardera certes pas à nous rejoindre. Tout à l’heure il était encore fort loin, maintenant on le distingue tout à fait. Et ce bateau n’a rien d’un bateau, la voile ne ressemble pas à une voile. Mais quelque chose court après nous et cherche à nous rattraper. » L’archevêque ne parvient pas à distinguer ce que c’est. Un bateau ? Non, et ce n’est pas un oiseau non plus. Un poisson ? Pas davantage. On dirait un homme ; mais il serait bien grand, et comment croire qu’un homme puisse marcher sur la mer ? L’archevêque se leva de son siège et alla trouver le pilote : – Regarde, qu’est-ce donc, frère ? Qu’y a-t-il là-bas ? demande l’archevêque. Mais déjà il voit que ce sont les trois vieillards. Ils marchent sur la mer, tout blancs, leurs barbes blanches resplendissent, et ils se rapprochent du navire qui a l’air d’être immobilisé. Le pilote regarde autour de lui, terrifié ; il quitte le gouvernail et crie tout haut : – Seigneur ! Les vieillards qui nous suivent en courant sur la mer comme sur la terre ferme ! Les pèlerins, qui avaient entendu, se levèrent et vinrent précipitamment sur le pont. Tous voyaient les vieillards accourir en se tenant par la main ; les deux du bout faisaient signe au navire de s’arrêter. Tous trois couraient sur l’eau comme sur la terre ferme, sans que leurs pieds parussent remuer. On n’eut pas le temps de stopper, que déjà ils étaient à hauteur du navire. Ils avancèrent tout près du bord, levèrent la tête et dirent d’une seule voix : – Serviteur de Dieu, nous avons oublié ton enseignement ! Tant que nous avons redit les mots, nous nous en sommes souvenus ; mais une heure après que nous eûmes cessé de les redire, un mot a sauté de notre mémoire. Nous avons tout oublié, tout s’est perdu. Nous ne nous rappelons rien de rien. Enseigne-nous de nouveau. L’archevêque fit un signe de croix, se pencha vers les vieillards et dit : – Votre prière a monté jusqu’à Dieu, saints vieillards. Ce n’est pas à moi de vous enseigner. Priez pour nous, pauvres pécheurs ! Et l’archevêque se prosterna devant les vieillards. Et les vieillards qui s’étaient arrêtés se détournèrent et reprirent leur chemin sur les eaux. Et jusqu’à l’aube il y eut une lueur sur la mer, du côté où les vieillards avaient disparu.

dimanche 10 août 2014

SUR LE BLOG "PRIÈRE ORTHODOXE" : Signification et utilisation du Komboskini par l'Ancien Païssios


Geronda que signifie le komboskini [κομποσκοίνι] ? 

- Le komboskini est un héritage, une bénédiction, qui nous a été légué par les Saints Pères. Et rien que pour cela, il a une grande valeur. Vous voyez, quand le grand-père de quelqu'un lui laisse en héritage un objet même insignifiant, il le conserve comme si c’était un talisman, alors combien plus devons-nous conserver le komboskini en héritage des Saints Pères.
Dans les temps anciens, quand il n'y avait pas d'horloges, les moines comptaient le temps de la prière avec le komboskini, mais les nœuds du komboskini étaient simples. Un jour…              LIRE LA SUITE ICI