Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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vendredi 20 juillet 2018

PHOTOGRAPHIE ET VISION ORTHODOXE


par P. Vasile

Ce n’est un secret pour personne, j'aime la photographie. J'ai toujours été et je serai toujours fasciné par les révélations mystiques de la chambre noire, où tous vos rêves et d'ombres de lumière prennent vie sous l'éclat luisant de la lampe inactinique rouge. Lorsqu'elle est vue à travers l'objectif de la caméra, même la vie ordinaire devient quelque chose de spécial, traduisant la vision du photographe ; le moment singulier est glorifié et conservé pour l'éternité ; une période de vie peut être contenue occasionnellement dans un cadre gelé.

Il y a cependant un mythe dont on ne parle pas parmi les photographes, plus d'une idée fausse que, pour qu'une image soit bonne, il faut utiliser l'équipement parfait. Avec cette idée dans la tête, les photographes sont toujours à la recherche de l'objectif parfait qui, par magie, en fera le meilleur photographe au monde.

Parmi les objectifs, on doit distinguer deux types, l'objectif fixe et l'objectif avec zoom. Pendant des années, les photographes se sont battus avec soit un objectif fixé en permanence sur le corps de l’appareil photo ou le pénible changement fréquent d’objectif pour le faire correspondre à leur vision photographique. L'invention du zoom a été considérée comme une grande révolution, car maintenant, en tournant une bague, le monde se rapproche de vous sans effort. Le zoom a cependant tué la créativité de plusieurs façons.

Avec un objectif fixe, que l'on appelle aussi une focale fixe, vous devez vous rapprocher ou vous éloigner vous-même de votre sujet, vous devez participer à la photo que vous prenez, vous devez vous investir personnellement. L’instant devient vivant quand vous vous adaptez au champ de vision fixe de votre objectif et en vous adaptant à cette vision, vous devenez une personne différente à chaque clic du déclencheur. Avec le zoom, vous pouvez rester confortablement à l'écart, en rapprochant la scène à votre guise, comme un observateur froid qui enregistre la vie dont il ne se soucie pas. Vous ne vous adaptez pas à la vision unique de l'objectif, mais au contraire, vous changez le monde en fonction de votre vision lorsque vous effectuez un zoom avant et arrière impassiblement.

Je soulève cette question parce que dans le monde chrétien d'aujourd'hui, je vois des gens qui utilisent des objectifs semblables pour jeter un coup d'œil dans le monde spirituel. Je les appelle respectivement « Chrétiens Zoom » et les « Chrétiens Focale fixe ».

Le « Chrétien Zoom » n'a pas de vision unique particulière sur sa vie spirituelle ; il traverse la vie en changeant ses vues à sa guise, prenant seulement ce qu'il aime de ce qu'il observe et expérimente. Il n'est pas dogmatique et la vérité n'est que relative à sa personne. Sa vie est fondée sur des sentiments, des intuitions et des expériences et il est très enclin à changer son point de vue aussi facilement que l’on tourne la bague d’un zoom. Il ne veut pas s'adapter à une vision singulière de la vie, mais il veut que le monde s'adapte à ses humeurs et ses désirs changeants.

Le Chrétien « Focale fixe » voit le monde à travers la focale fixe qu'il a héritée de sa tradition et il la garde inchangée. Il travaille constamment à comprendre le monde spirituel en s'adaptant à la vision unique qu'il défend. Il doit être créatif, il doit s'adapter, il doit souffrir et travailler, mais à la fin il ne fait pas qu’admirer ce monde de loin, car il s'y implique, et par participation il est changé par lui, il y est intégré.
L'un des photojournalistes les plus célèbres, Henri Cartier-Bresson, a fait des photos toute sa vie avec un unique appareil, avec un seul objectif (un Leica avec une focale fixe de 50mm, si vous êtes curieux). Ce réglage rare lui permettait de ne pas se concentrer sur l'équipement, ni sur la technique, mais sur sa vision qui ne faisait plus qu'une avec l’appareil photo. Comme il l'a dit lui-même "C'est par une stricte économie de moyens que la simplicité d'expression est atteinte".

Spirituellement, c'est aussi vrai. C'est souvent par des moyens simples que nous atteignons une grande perspicacité spirituelle. Ce n'est pas par notre propre découverte que nous trouvons Dieu, mais en utilisant les moyens simples du jeûne et de la prière que nous permettons à Dieu de nous trouver. Ce n'est que par la simplicité que nous atteignons la paix et dans la paix il y a Dieu.

Nous sommes nés dans une société de « zoomers » qui veulent que le monde s'adapte constamment aux visions fluctuantes que nous en avons. Nous devons devenir des focales fixes et nous attacher à la vision fixe et dogmatique de l'Église, comme Dieu l'a révélé aux prophètes, aux apôtres et aux saints. En utilisant la pureté de leur prévoyance, nous serons plus concentrés pour nous transformer, par la participation, à la vision que Dieu a pour nous depuis le commencement du monde.
(version française par Maxime le minime de la source)

mercredi 14 mars 2018

En route pour l'Orthodoxie : cheminements spirituels d'occidentaux : Bertrand vergely

L'Orthodoxie, un hymne enthousiaste à la beauté de la Vie !

Interview du philosophe et théologien
Bertrand Vergely
par Tudor PETCU

Comment avez-vous rencontré l’Orthodoxie ? 

Je n’ai pas rencontré l’Orthodoxie au sens où je ne suis pas allé vers elle. C’est elle qui est venue à moi en m’étant offerte. Ma mère était suisse. En 1945, désireuse de connaître la culture française, celle-ci a quitté la Suisse pour la France. Là, outre qu’elle a rencontré la culture française, elle a rencontré la culture russe et, avec elle, l’Orthodoxie. Cette rencontre s’est faite en trois temps. Elle a d’abord rencontré un français, Geoffroy de Souzenelle, l’époux d’Annick de Souzenelle, l’une des grandes figures de la pensée orthodoxe contemporaine à travers sa lecture de la Bible. Geoffroy s’était converti à l’Orthodoxie à la suite de sa rencontre avec un prêtre orthodoxe, Evgraph Kovalevsky, durant la seconde guerre mondiale, dans un camp de prisonniers. C’est Geoffroy qui, le premier, a révélé à ma mère l’existence de l’Orthodoxie. Par ailleurs, ma mère a rencontré le père Evgraph. Elle a notamment suivi les cours que celui-ci donnait, boulevard Blanqui à Paris, où il avait fondé une paroisse. Cet enseignement l’a beaucoup marquée, en lui faisant découvrir le caractère visionnaire de l’Orthodoxie. Enfin, troisième rencontre : celle du père Sophrony. Disciple du starets Silouane, le père Sophrony avait vécu auprès de lui dans le monastère de saint Pantéléimon au mont Athos. Bien après la mort du starets Silouane, en proie à des soucis de santé à la suite d’une longue ascèse dans une grotte, le père Sophrony avait quitté le mont Athos pour se faire opérer en France. Vivant dans un donjon à saint Geneviève-des-Bois, il avait comme projet d’aller fonder un monastère en Angleterre. Ce qu’il a fait en créant The old Rectory près de Maldon en Essex. Du fait de sa haute spiritualité, le père Sophrony a été déterminant dans la conversion de ma mère à l’Orthodoxie, Ce qu’elle a fait. En 1958. Ce que j’ai fait avec elle puisque, à l’âge de six ans, j’ai été chrismé. Il est courant aujourd’hui d’entendre dire par certaines personnes qu’elles ne veulent pas baptiser leurs enfants afin de les laisser libres de choisir la religion qu’ils voudront. En me faisant rentrer dans l’Orthodoxie ma mère n’a pas limité ma liberté. Elle l’a augmenté, cette entrée « de force », si l’on ose dire, dans l’Église, m’ayant appris très jeune que la spiritualité fait partie de la vie. Être libre pour moi a ainsi consisté non pas à choisir une religion comme la religion orthodoxe mais à rencontrer à travers elle la vie profonde et belle. J’ai découvert bien plus tard que ce n’est pas parce que l’on est orthodoxe que l’on est dispensé de se convertir à l’Orthodoxie. Je m’en rends compte actuellement. Quand est-on orthodoxe ? Quand on vit de tout son être des pieds à la tête. Quand tel est le cas, on devient à notre humble échelle, comme le Christ Pantocrator qui embrasse tout. Depuis quelque temps je ressens chaque jour de plus en plus la nécessité intense de devoir vivre ainsi de tout mon être. En ce sens, je crois que je suis en train de me convertir à l’Orthodoxie. 


Quelle raison vous a amené à vous convertir ? 


Quand j’étais petit, c’est la beauté ainsi que l’intensité de la vie liturgique qui m’ont amené à me convertir. Très vite je me suis mis à prier. Très vite également je suis devenu enfant de cœcoeurur. Quand on est un enfant et que l’on prie ou que l’on est enfant de cœur on rentre en contact avec le mystère de la personne. On a beau être un enfant, on sent ce mystère. On a de ce fait envie d’aller vers lui. En tant qu’enfant, on se sent grandi de pouvoir participer à la vie spirituelle. Aujourd’hui, ce qui m’amène à me convertir réside dans l’émerveillement. La vie est infiniment plus profonde que ce que l’on imagine. Je me convertis à chaque fois que je me sens petit devant l’immense, ignorant devant le génie de l’existence. Quand, dans l’existence, on sent vivre une existence plus vaste, quand, qui plus est, on sent que cette existence plus vaste fait davantage exister, on s’ouvre à Dieu, Dieu apparaissant comme cette vie qui, dans notre vie, rend notre vie plus vivante. L’intelligentsia occidentale qui est devenue athée voit dans Dieu un obstacle à la vie. Comme le dit Sartre, « si Dieu existe je ne peux pas être libre ». Mon sentiment est exactement inverse. Dès que Dieu existe je me mets à exister. Le fait qu’il existe me fait exister. Pour l’intellectuel occidental, l’existence dans sa nudité, dans son âpreté, est la preuve que Dieu n’existe pas. Elle est le signe que l’homme est abandonné, dans la « déréliction » dit Heidegger à qui on doit cette réflexion. En ce qui me concerne, l’existence dans sa nudité ainsi que dans son âpreté est le signe que nous sommes peu de chose, non pas parce qu’il n’y a rien, mais parce que nous sommes peu de chose par rapport à l’ineffable beauté de la vie divine. Je me sens proche de ce fait de la théologie apophatique qui est la base de la vision orthodoxe de l’existence. Je me sens également proche de maître Eckart et de sa pensée concernant le néant mystique. La gloire de la croix est le cœur du mystère du Christ. Quand on se sent petit devant l’immense, on est dans la gloire de la croix. La croix consiste à se sentir petit. La gloire consiste, elle, à sentir vivre l’immense à travers le petit. Les grands saints de la tradition orthodoxe expliquent que vivre consiste à se convertir en permanence. C’est tout à fait exact. Vivre consiste à convertir en permanence tout ce que l’on fait en immensité. Avoir un regard large, généreux, aimant à propos de l’existence. Ne pas être médiocre. Être en ce sens « royal » en faisant de l’existence un royaume. Devenir un seigneur comme le Christ qui est le Seigneur. Élever le niveau de l’existence et de la conscience de l’existence. . L’anoblir. La conversion signifie tout cela. 

Comment l’Orthodoxie a-t-elle changé
 votre conscience et votre vie


L’Orthodoxie a changé ma vie et la change encore tous les jours en m’incitant à vivre par le cœur. Le cœur est en nous l’organe de l’équilibre qui régule l’envoi du sang dans le corps et ainsi son renouvellement, en recevant le sang oxygéné et en renvoyant le sang désoxygéné. Il est ce qui permet à la vie de se renouveler et de respirer à chaque instant. Il est par ailleurs un organe affectif, moral et spirituel. Vivre par le cœur consiste à rentrer en soi en faisant vivre le vivant que l’on est par le fait de le sentir. Quand tel est le cas, l’homme extérieur et dur, l’homme qui veut non pas la vie mais le pouvoir sur la vie, vole en éclats, l’homme authentique prenant sa place. L’homme est alors renouvelé. Lui, qui ne respirait pas, se met à respirer. Il naît à la vie. L’Orthodoxie qui m’invite à vivre avec le cœur correspond à cette naissance qui change ma vie à chaque fois que je vis avec le cœur. De façon étonnante, les choses ne s’arrêtent pas là. Quand on vit par le cœur en rentrant en soi, ce n’est pas simplement nous qui nous mettons à naître. Le monde, les hommes se mettent à naître également. En toute chose, en tout être, se trouve une étincelle de la beauté divine. En vivant avec le cœur, on la voit. Mieux, on la fait vivre. On la rend vivante. C’est ce que l’on appelle la bonté. Dans L’idiot de Dostoïevski le prince Muichkine est une image de cette bonté. Quand il considère les hommes, ce qu’il voit en eux ce n’est pas le mal. C’est d’abord la bonté. Et si les hommes font du mal, ce qu’il voit c’est la douleur de la vie immolée par le mal. Ce n’est pas la méchanceté des hommes. Le prince Muichkine est la vivante expression de ce qu’est une conscience orthodoxe profonde. Quand l’Orthodoxie change ma conscience, elle produit le même effet. Non seulement elle fait vivre l’homme authentique qui est capable de vivre en moi, mais, en chaque chose, chez tout être, elle m’incite à voir l’étincelle de vie divine qui s’y trouve. Enfin, la vie orthodoxe emmène encore plus loin. Quand il parle de Dieu Pascal a cette image directement issue du Livre des XXIV philosophe : ce cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Dieu est fulgurant. Quand il jaillit, il jaillit comme une pluie divine, une nuée divine, un embrasement divin. Il ne jaillit pas en un point à un moment. Il jaillit sans cesse, partout, en étant de l’ordre de ce que les physiciens appellent un plurivers par opposition à l’univers. Dieu est une pluie divine. Dans le bouddhisme, cette façon de voir l’existence correspond au regard des délivrés vivants qui ne sont plus enfermés dans l’espace-temps soumis à la dualité. Il n’y a plus d’ici ni de maintenant, parce qu’il n’y a pas d’ici opposé au là-bas, de maintenant opposé à hier ou à demain. Dieu est pour tout espace et de tout temps. Il s’agit là de la liberté absolue qui est respiration absolue. Rien n’est plus haut ni plus vaste que cette conscience quand elle apparaît, rien n’étant plus libre ni plus rempli de souffle créateur. Quand, grâce à l’Orthodoxie, à la vie liturgique, à la prière je m’ouvre au Christ Pantocrator qui embrasse tout dans un amour infini, pendant un millième de seconde, il m’arrive d’effleurer ce mystère absolu et grandiose. Là, je peux dire que pour une quatrième fois, je fais une expérience de conscience, la conscience n’étant plus une respiration physique, une respiration de l’homme authentique, une respiration de la vie vivante, mais une respiration d’un autre ordre, d’un ordre proprement fondamental, ontologique. 

Quelle est la beauté spirituelle de l’Orthodoxie ? 


La beauté de l’Orthodoxie consiste à respecter toutes les beautés que l’on trouve dans l’existence en les emmenant encore plus loin. La première beauté est la beauté charnelle. Celle du monde. Celle des femmes pour l’homme que je suis. La beauté spirituelle de l’Orthodoxie consiste à respecter cet élan charnel en lui conférant noblesse et profondeur. La beauté cosmique est une ouverture à Dieu. Le plaisir de se sentir vivant dans son corps dans le corps vivant du monde est une ouverture à la vie divine. Dieu qui va au-delà de tout s’exprime à travers la beauté qui, dans la matière, va au-delà de la matière, en y ajoutant de la beauté. La beauté des femmes est un autre grand mystère. Cette beauté oblige l’homme à devenir délicat, attentif, noble. Sinon, quand l’homme demeure dans un éros primaire, elle s’évapore. Elle fuit. Elle se dissout. Elle se volatilise. Elle se brise. En ce sens, l’éros est une pédagogie du Christ, le maître des mutations et des transformations. La beauté cosmique est une beauté statique. La beauté de l’éros est une beauté dynamique. Si l’Orthodoxie magnifie la beauté cosmique comme ouverture métaphysique de l’intelligence humaine à Dieu grâce à l’approche poétique du monde, elle magnifie encore plus la beauté de l’éros qui se transfigure dans la beauté de la rencontre entre l’homme et la femme et dans l’élévation du désir grâce à cette rencontre. Il y a aussi la beauté de l’intelligence. Le monde, qu’il soit physique ou biologique, est organisé. Il y a une grande beauté dans le fait de voir apparaître cette organisation. Cette beauté réside dans le passage d’un monde fermé à un monde ouvert. Cela ressemble à une aurore. Lorsque les premières lueurs de l’aube apparaissent dans la nuit. Le monde qui s’éclaire est comme la vie spirituelle qui, elle aussi, est une clarté pointant au fond de la nuit. On est saisi. La nuit est vaincue. Elle n’est pas le dernier mot de la nuit. Cela ressemble à la résurrection où la mort n’est pas le dernier mot de la vie. Le monde, la vie, l’homme, sont reliés à une lumière ineffable. Seulement, ils ne savent pas encore ou ils ne le savent plus. Quand le monde, la vie et l’homme se relient à cette beauté, quand ils s’harmonisent avec elle, découvrant cette harmonie supérieure, on découvre une étrange beauté. Une beauté d’un type supérieur. Cette beauté est encore plus grande quand on a affaire à la beauté morale. Ainsi l’exigence de sérieux qui est à la base de la morale ouvre sur une humanité supérieure. Quand tel est le cas, l’humanité n’est pas harmonieuse. Elle est extraordinairement harmonieuse. Caractéristique d’une telle vie : tout ce qu’elle touche devient beau. Tout se charge d’harmonie spirituelle. Enfin, il y a la beauté de toutes les beautés. Celle qui donne une réponse à tout en illuminant les raisons de notre présence dans le monde. Il s’agit de la gloire. Il est beau de dire à quelqu’un qu’il existe. Cela permet de comprendre l’amour de Dieu pour le monde et les hommes. Aux yeux de Dieu il est beau que le monde et les hommes existent. Quand cette beauté se révèle être une beauté pas simplement belle mais plus belle que belle, on n’est plus dans la beauté mais dans la gloire. L’Orthodoxie qui signifie la juste louange est la vie illuminée par la gloire divine qui loue cette gloire. D’où le terme ortho-doxie, juste louange, juste gloire, plénitude de la gloire, vie selon la gloire. 
Quel est son trésor ? 


Le trésor de l’Orthodoxie réside dans le fait d’être une vision non banale non seulement de l’Orthodoxie mais de l’existence. Cette vision non banale est exprimée par la théologie apophatique et, derrière elle, par la vision antinomique. Quand Denys l’Aréopagite explique que l’on connaît Dieu de ne pas le connaître, il exprime par là non pas une négation de la connaissance mais un rapport intense à la connaissance. « Dieu est tellement vivant que c’est peu dire qu’il est vivant », dit-il. La vraie connaissance est une connaissance intense et la connaissance intense est la vie intense. Inversement la vie intense est connaissance intense et la connaissance intense est connaissance. Le trésor de l’Orthodoxie se trouve là. Dans ce mode de connaissance de la vie qui fait que rien n’est banal. Rien n’est platement conformiste. Rien n’est paresseux. Tout est extrêmement original. Tout a de ce fait de l’avenir. L’amour divin est ce qui donne de l’avenir à tout. Les antinomies de la connaissance apophatique permettent de rentrer dans l’amour divin. Nicolas Berdiaef a écrit tout un livre pour montrer que la vraie morale est créatrice et que la vraie morale créatrice se trouve dans le Christ. Pour parvenir à cette belle idée il s’est servi du paradoxe et avec elle de l’antinomie en expliquant que la vraie morale est une affaire de liberté, de subjectivité, donc de non morale et de non loi au sens courant et banal. Cette vision des choses exprime bien le trésor de l’Orthodoxie. Une vision totalement libre de Dieu, de l’homme et de la morale parce qu’une vision de Dieu, de l’homme et de la morale partant de l’intérieur, de la personne, de sa beauté, de sa noblesse. 


Beaucoup de personnalités orthodoxes sont connues et reconnues. Comment l’Orthodoxie peut-elle se faire découvrir en Occident ? 

Quand l’Orthodoxie se fait reconnaître cela se fait toujours de façon singulière, originale, à partir de personnes singulières et originales qui créent autour d’elles une contagion positive. « Qu’un homme se lève et des centaines se lèveront derrière lui », dit saint Séraphin de Sarov. Là où il y a des saints, là se trouve l’Orthodoxie. Quand des hommes et des femmes se sanctifient, l’Orthodoxie progresse. L’Orthodoxie ne se mesure pas à la quantité des Orthodoxes mais à leur qualité. Une chose objective aide en tout cas : la constance de la vie liturgique et sa beauté. Le fait que nuit et jour des hommes et des femmes prient est essentiel. Quand il y a une telle prière il y a un socle sur lequel s’appuyer. C’est cela qui retourne le monde : la solidité spirituelle et morale. La beauté. Il est courant de penser l’Église sur un mode politique. Ce n’est pas en adoptant une posture publicitaire que l’Église progresse. C’est en adoptant une attitude intérieure faisant vivre les cœurs en profondeur. Il ne faut pas enfin négliger la pensée et, derrière elle, l’enseignement de l’Église, son haut enseignement. Le monde a besoin d’être nourri. Il a besoin d’être réjoui. Il est souvent nourri et réjoui de l’extérieur. Il faut qu’il soit nourri de l’intérieur. Le christianisme est souvent assimilé à l’amour du prochain. Le prochain n’est pas tout le monde. Dans la parabole du bon Samaritain, c’est le Samaritain. C’est lui qu’il faut aimer. Il fait aimer ce qui sauve. On n’aime pas toujours ce qui sauve. L’Orthodoxie apprend à aimer ce qui sauve. C’est grâce à cela qu’elle se fait connaître. 

Quelle est la vision orthodoxe 
de la rédemption de l’homme ? 


La rédemption signifie le retour, la restauration, à la suite d’un retournement. On entend souvent par rédemption le rachat des fautes par la souffrance. Cette vision juridique de la rédemption ne rend pas compte du mystère ontologique de celle-ci. La société met en prison les délinquants qui paient leur dette à la société en purgeant une peine de privation de liberté. Ce n’est pas pour cela qu’il y a chez eux un retournement du cœur. L’homme est un roi. Seulement c’est un roi qui a perdu son royaume. La rédemption consiste à retrouver le sens royal de l’existence. « Cherchez le royaume des cieux et tout le reste vous sera donné par surcroît », dit le Christ. Dans La liberté de la morale Christos Yannaras cite cette parole de saint Macaire : « Souviens toi que tu es de lignée royale ». Maître Eckart parle du cœur de l’homme en l’appelant du nom de « l’homme noble ». Retrouver la dimension royale de la vie, retrouver l’homme noble que l’on a en soi, aller dans le royaume des cieux, c’est ce que veut dire la rédemption. Dieu veut que l’homme ne soit pas simplement un homme. Il veut que l’homme soit un roi. L’homme est un roi quand il est un roi comme le Christ qui est le roi par excellence, le roi des rois, par son humilité, par son amour, par le Verbe qui vit en lui. Les hommes rêvent d’un royaume extérieur dans ce monde. Ils sécularisent laïcisent le royaume de ce fait en faisant de lui un royaume non spirituel. Dieu veut un royaume spirituel pour l’homme, la vie éternelle étant la vie éternelle d’une vie spirituelle et non d’une vie banale. 

Quand quelqu'un veut découvrir l’Orthodoxie
 que lui dites vous ? 

Je ne dis rien. J’écoute. La conversion est une affaire personnelle, différente de personne à personne. Il y a des conversions qui peuvent être fausses. Il y a des conversions authentiques. On peut être amené de conseiller à quelqu’un de ne pas devenir orthodoxe. On peut être amené à dire l’inverse. On n’est pas moine par rejet du monde. On n’est pas orthodoxe par rejet des autres religions ou des autres philosophies. On est moine par amour et par grâce. On est orthodoxe par amour et par grâce. 




samedi 12 novembre 2016

A mon humble avis, le peuple de Russie est digne d’admiration… par Geronda Gabriel

Sur le site La Lorgnette de Tsargrad

Geronda Gabriel l’Athonite s’adresse au peuple russe


Geronda Gabriel est l’un des ‘anciens’ athonites contemporains les plus connus. Il mène son exploit ascétique dans la kellia Saint Christodoulos, proche de Kariès. Des centaines de pèlerins y vont recevoir sa bénédiction, et ils sont bien plus nombreux encore à l’approcher quand il sort des limites de la Sainte Montagne. Ce message de Geronda Gabriel a été publié en russe sur le site Tsargrad.tv. 

Extrait :


[…] Que la Grâce de Dieu soit avec les dirigeants de la Russie et avec le peuple de Russie!
A mon humble avis, le peuple de Russie est digne d’admiration. C’est un peuple éminent, remarquable, brillant, beau, doué et béni de Dieu. C’est le nouveau peuple de Dieu, le nouveau peuple d’Israël sur lequel est la grâce de Dieu. Parmi tous les peuples de la terre, le peuple russe est le plus béni de Dieu. Dieu a marqué le peuple russe d’une multitude de grâces et de dons. La joie éternelle du peuple russe, c’est son armée d’innombrables saints, saints moines et saints martyrs.
A mon humble avis, par comparaison aux autres peuples vivant aujourd’hui sur terre, le peuple russe est le plus parfait, le plus remarquable, dans la mesure où il est doué d’amour, de toutes sortes de vertus, de grandeur et de bonnes mœurs. Il s’agit en outre du peuple le plus humble et le plus modeste et il se distingue par sa piété et sa consécration à Dieu et au prochain. Le peuple russe est incomparablement plus digne d’être admiré et imité que n’importe quel autre peuple vivant sur terre. Le peuple russe est incomparable, insurpassable, unique en son genre sur la terre entière. Les dirigeants de Russie doivent veiller avec attention à ne promulguer aucune loi qui soit contraire à la Loi de Dieu… […]


LIRE L'ARTICLE INTÉGRAL ICI


mercredi 28 septembre 2016

L’ÉGLISE, ce n’est pas de la théorie, ce n’est pas de la philosophie, C'EST LA RÉALITÉ par le Métropolite ATHANASIOS de LIMASSOL

Sur le Blog La Lorgnette de Tsargrad
Encore un témoignage du Métropolite Athanasios de Limassol
tiré du livre «Le Cœur Ouvert de l’Église», publié en 2016 par les Éditions du Monastère de la Sainte Rencontre à Moscou traduit du russe. Le saint évêque partage l'immense trésor de l’expérience spirituelle qu’il a accumulée au cours des six décennies de sa vie, dans sa prière, au contact de ses frères et sœurs en Christ, et surtout au contact des saints de notre Église qu’il a eu la grâce de rencontrer





À propos de St PORPHYRIOS

"L’Église Orthodoxe guérit l’homme, elle agit sur lui et fait renaître les forces que Dieu lui a données, tous les dons qu’Il nous conféra lorsqu’il nous créa. L’Église fait vivre ces forces et ces dons, elle les fait vivre en Dieu.
Si nous n’avions pas les saints, chers amis, on prendrait tous ceux qui sont dans l’Église pour des insensés. Rendez-vous compte : obéir à l’Église qui enseignerait des choses sans aucune preuve. Nous serions des insensés et des idiots si nous suivions les enseignements de l’Évangile sans avoir la preuve que ce qu’il nous enseigne est vrai. Où sont ces preuves ? Bien sûr, il dit des choses bonnes et sages. Mais en quoi cette sagesse peut-elle servir à l’homme, s’il n’a pas la preuve qu’elle est vraie ? Seuls les saints prouvent et incarnent l’Évangile par leur vie, mes chers amis. Uniquement les saints."

Lire l'article intégral ICI



samedi 26 décembre 2015

L'Église peut-elle survivre aux Etats-Unis ? par P. Andrew de L'ERHF

Father Andrew

sur le blog http://www.events.orthodoxengland.org.uk

Introduction: La déchristianisation

Ma quatrième visite aux États-Unis ne fait que confirmer ce que je savais déjà - que le peuple américain est extraordinairement généreux, ouvert et sympathique ; toutefois, ils sont aussi un peuple dont la bonne volonté et la naïveté sont souvent abusés par l'Europe et les gouvernements américains successifs. L'élite américaine au pouvoir avec ses machinations mondiales, son arrogance, la faillite et les impôts est une chose; les Américains ordinaires c’est tout à fait autre chose. Ce qui m'a frappé lors de cette visite est le retrait et de la défaite de ce que je voudrais appeler l'Amérique traditionnelle. Un grand pays est désormais gouverné par une nouvelle Amérique, qui est de plus en plus et systématiquement anti-chrétienne: c’est l'Amérique de l'avortement, de la corruption, de la drogue, des églises à vendre, TV-Athée et le soutien par l'intimidation de l'anti-christianisme imposé par ses élites sur son peuple et sur le reste du monde. La Nouvelle Amérique ne choisit pas une «vie merveilleuse », mais l'alternative cauchemardesque proposée dans ce film classique.

En d'autres termes, les fragments de la Tradition Chrétienne de l'Amérique sont en train de disparaître très rapidement et je peux dire - avec une énorme tristesse - que beaucoup de ce que je voyais encore ici lors de ma dernière visite en 2008 est dores et déjà perdu. Un pays qui, jusqu'à récemment, était célèbre pour la fréquentation de l’église et ses valeurs chrétiennes devient comme cette Europe triste, décadente, travestie - et peut-être même pire, parce qu'en Europe, il y a au moins les rappels des vestiges historiques, physiques, architecturaux, de l'ancienne culture chrétienne. Il semble désormais qu’il y ait peu à hésiter entre l'Amérique et l'Europe. L'admirable Amérique de la profonde tradition biblique de simplicité, de sagesse et de libertarisme anti-fédéral est en train de mourir - et c’est tragique. Dans ce contexte, nous pouvons voir les deux grands défis, si le christianisme, en particulier sous la forme intégrale de Église orthodoxe, doit survivre aux Etats-Unis. Ces défis sont les deux luttes contre le conformisme et le consumérisme.

Le conformisme

L'histoire américaine a été marquée par l'intolérance, qui a clairement son origine dans le puritanisme. Tout le monde doit suivre le courant sous peine d’être déclaré «anti-américain». Tout le monde a entendu parler des sorcières de Salem. Tout le monde a entendu parler de l'esclavage, du racisme, de la guerre civile et du pharisaïsme puritain aveugle. Mais qu’advient-il du puritanisme dans une société post-puritaine et athée? Le réflexe de l’intolérance ne disparaît pas - il devient la chasse aux sorcières de ceux qui considèrent, par exemple, que le mariage homosexuel ou l'avortement sont des péchés, que LGBT est une maladie, ou encore, que tout péché est un péché et que le vice est le vice. Il devient la chasse aux sorcières de ceux qui considèrent que les drogues ne sont qu’une nouvelle forme d'esclavage et qu’elles détruisent la liberté de l'individu. La Nouvelle Amérique dit : Tout est permis si on se sent «bien» et que c’est «fun», alors «lâchez tout ». En d'autres termes, par réaction à la rigidité restrictive et la frigidité du passé, le puritanisme a été renversé; maintenant tout est permis, sauf le refus que tout devrait être permis.

L’intolérance abonde dans la Nouvelle Amérique contre tout ce qui est censé être contre cette étrange mode du politiquement correct, un ensemble de préjugés moraux qui est tout à fait frappant par son inanité absolue et illogique. Le Politiquement correct anti-Chrétien est le nouveau puritanisme, la nouvelle intolérance. Le conformisme et l'intolérance d'une société devenue rapidement post protestante et athée militante sont effrayants. La première tentation pour l'Orthodoxie dans une telle société est alors la tentation de se conformer, de cesser d'être elle-même, de peur d'être différent, de se dénaturer. Depuis des décennies, nous avons vu combien d’orthodoxes ici qui , ‘par crainte des Juifs’, ont voulu renoncer à leur identité pour devenir de ‘vrais américains bien comme il faut’. Ainsi, les premières choses à être jetées par dessus bord (si elles existent encore) sont le monachisme et le calendrier orthodoxe - en faveur du calendrier laïc-catholique-protestant. Mais c’est seulement le début.

Ainsi, disent-ils, que les prêtres se rasent la barbe, se coupent les cheveux court et mettent des cols ‘clergyman ’; qu'il y ait des bancs et des orgues et des chœurs en robe dans les églises ; que les bougies ne soient plus utilisées et qu’on sorte les icônes ; que les églises ressemblent aux temples baptistes et méthodistes ; qu’on abandonne le jeûne et qu’on réduise la confession et qu’on la remplace par un entretien annuel de confort avec un psychologue («vous ne devez pas vous sentir coupable de tout ce que vous avez fait de mal; ce n’est pas de votre faute»); que la communion soit obligatoire ; que les églises soient transformées en clubs sociaux comme les épiscopaliens, les presbytériens et tous les autres, où le divertissement (payant), le ‘show-time’ est fourni, où l’on peut faire des affaires et où la chose principale est combien «combien d’activités vous avez ». Le repentir, la prière, la vie liturgique et l'ascétisme de même que les raisons de l'existence de l'Église sont oubliés. La conformité à la société civile, et non plus à la loi de Dieu, est la norme.

En ce qui concerne la langue liturgique, il y a deux tendances. La première est ‘tout en anglais obligatoirement’, par ordonnance intolérante et toute mention de russe, grec etc. doit être interdite. Dans l'OCA (Orthodox Church in America) la mention «russe» a été physiquement retirée de tout panneau, dans une totale incompréhension que «russe» ne signifie pas d'origine russe ethniquement. Souvent l'anglais est accompagné d’une protestantisation et la vie de l'Église devient comme un sel qui a perdu sa saveur. D’un autre côté vous pouvez utiliser votre langue pour renforcer la communauté en tant que club ethnique d'origine russe, grecque, serbe, roumaine, bulgare, etc. en cultivant les traditions culinaires et le folklore. Cela est tout à fait acceptable mais seulement tant que ce n’est pas une Église, qu'elle n'a pas d'identité ni de vie spirituelles, mais que votre communauté est seulement culturelle et sociologique - tout comme les églises protestantes ou, d'ailleurs, les églises catholiques hispaniques, allemande polonaise. Ici, le facteur décisif est la classe, et aux États-Unis la classe est déterminée par combien d'argent vous «faites».

Le Consumérisme

Les États-Unis sont le pays du dollar, du matérialisme, de Mammon. La classe inférieure c’est ici les pauvres, la classe supérieure ce sont les riches. Rien n’est défini, comme en Europe, par votre nom, votre famille, votre bon goût, vos mœurs ou votre culture. La nouvelle «noblesse» est définie par l'argent, en d'autres termes, par la façon dont vous consommez et combien vous consommez et les vêtements correspondants, la forme du corps (créé à la clinique ou à la salle de gym) et le culte de la jeunesse. Malheureusement, cela conditionne également le Christianisme. Ici le Christianisme est généralement une cafétéria-christianisme, un «servez-vous et mélangez à votre goût», «venez comme il vous plaît», un christianisme « au choix ». Vous n'aimez pas le prêtre parce qu'il vous dit de se tenir debout à l'église et de jeûner et qu’il ne ressemble pas à un «Américain »? Il est pas 'fun', pas 'cool'? Qu'à cela ne tienne, débarrassez-vous en - c’est ce que les consommateurs actionnaires font de ceux qui ne sont pas drôles et pas cool. Sinon, changez de boutique, de dénomination ou de juridiction, et changez de marque, changez donc d’église.

Le Consumérisme ne vient pas de la hiérarchie, mais de la «démocratie», de la loi de la masse, et est ainsi toujours définie par le plus petit dénominateur commun. En d'autres termes, il est réducteur. Et cela signifie, par exemple, que les églises orthodoxes deviennent des églises seulement le dimanche et que les offices deviennent très courts - ils sont réduits à la fois en quantité et en qualité. Oubliez les offices de vigiles; pensez au Bingo. Le danger ici est que l'Orthodoxie - et il n'y a en fait qu'une sorte d'Orthodoxie, mais dans différentes langues - commence à devenir quelque chose de secondaire qui n’a rien à voir avec l’Orthodoxie. Au lieu de la tradition orthodoxe, on a développé aux Etats-Unis une Orthodoxie libérale, une «nouvelle orthodoxie», une «Orthodoxie américaine» , une Orthodoxie anti-ascétique, une religion de confort, faite non pour ceux qui veulent prier, mais pour ceux qui veulent payer, pour les «consommateurs». Ce qu'ils veulent en fait c’est combiner Dieu et Mammon.

Ceux qui ont «investi» dans l’invention d’une telle Orthodoxie ne sont pas intéressés par la qualité, mais plutôt par la quantité. Combien sont-ils ici? Ce dont il s’agit c’est d’un jeu de chiffres. «Franchissez les portes et allez chercher les clients où ils se trouvent». Ainsi, l’«audacieux» télévangélisme est tout simplement une action de marketing ciblant des spectateurs de divertissement de masse. Les fidèles sont des clients, avec des cartes de crédit dans leurs poches, qui peuvent être sondés sur leurs préférences. De cette manière, le Christ est oublié et remplacé par des cultes de la personnalité. Apportés de Russie par des intellectuels d'esprit laïc, les cultes de la personnalité se sont propagés à travers les diasporas européennes et américaines, reflètant simplement le culte séculaire des célébrités. La société laïque vit, comme dans les temps anciens de pain et de jeux, de restauration rapide et de loisir, de MacDonalds et de Disney. Les mêmes tendances de loisir de masse sont présentes en dehors de l'Église, mais aussi dans certaines églises orthodoxes de la diaspora.

Le culte consumériste du loisir est particulièrement visible dans la société américaine laïque et à partir de là, il se répand partout dans le monde, y compris dans la vie ecclésiale. Maintenant, «fun» est un euphémisme pour tout ce qui peut être plaisant du moment que cela ne concerne pas l'âme. Son signe est l'infantilisme et l'infantilisme est la caractéristique principale du « culte » protestant et catholique moderne. La masse ou le public, parce que c’est ce que les gens sont, sont traités comme des enfants, avec la musique, de la guitare, des applaudissements, de la danse, du sentimentalisme et de la manipulation. Ces «églises» et leurs «offices» ne ressemblent en rien à quoi que ce soit qu’ait connu l'histoire chrétienne. Les saints, qui ont été remplacés par des célébrités dans l'Église, ne connaissaient rien au 'fun' et n’étaient pas infantiles. L’infantilisation et le fun sont des nouveaux moyens de manipulation inventés pour un monde anti-ascétique, post-chrétien et même anti-chrétienne pour tranformer les offices de l'Église en spectacles de divertissement. Le ‘Fun’ tue le sacré.

Conclusion : La Tradition

Quelle est la solution? Il est clair que le conformisme, qui n’est que sociologique, et pas théologique, doit être évité. Les Orthodoxes ont une identité claire, nous sommes très différent des Protestants - ainsi que des Catholiques en Amérique, qui sont presque entièrement protestantisés. Nous avons une foi différente et nous adorons le Dieu sans filioque. Certes il y a un seul Dieu, mais tout le monde n’adore pas Dieu, et beaucoup rendent un culte à des substituts artificiels. Certes, il y a à l'autre extrême, le conformisme, qui émane habituellement d’ex-protestants convertis qui en conservent l’esprit, et qui veulent être différents juste pour le plaisir d'être différent. Ils cultivent l'exotisme, l'étranger, l'identité ethnique, l’ancien-calendarisme, et tout l'extrême des vêtements ou de la pratique extérieure. Ici, il y a seulement du psychologique, et pas du théologique. Mais nous ne suivons ni le sociologique, ni le psychologique, nous suivons le spirituel, exprimé dans la Tradition de l'Esprit Saint.
Ce faisant, nous ne cultivons pas les différences juste pour le plaisir de les cultiver. Nos différences sont essentiellement internes, pas principalement externes. Ainsi, lorsque nous avons besoin de commencer la transition inévitable vers l'anglais - et vers un bon anglais liturgique, correct grammaticalement, et non un anglais populaire d’immigrants – car nous ne devons pas répéter les erreurs du catholicisme d’il y a 50 ans - nous le faisons. Ainsi, nous ne perdons pas le sens du sacré, l'atmosphère de prière, le respect et la dévotion qui caractérisent l'Orthodoxie. Les langues sont seulement des voyelles et des consonnes dans des ordres différents : un changement de langue ne pose pas de problème, la perte de la piété authentique c’est ça qui fait problème. En toutes choses, notre tâche n’est ni de chercher à se conformer, ni être différent pour le plaisir de le faire, mais simplement d'être fidèle à la Tradition de l'Esprit Saint, qui est au-dessus du libéralisme et du conservatisme. L'Église ne se conforme pas au monde - le monde se conforme à l'Église.

The Mid-West, May 2014 This entry was posted in Orthodox Life, Pastoral Matters, USA and tagged Orthodoxy in the West on May 12, 2014 by Father Andrew.
(version française par Maxime le mini de la source)

vendredi 20 décembre 2013

"Pour la premiere fois, J'ai compris ce qu'Orthodoxie voulait dire..."


" Notre Orthodoxie est fondée sur la présence de l'Esprit Saint. Comme le disait le grand Père de notre Église, saint Irénée, originaire d'Asie Mineure et évêque de Lyon, là où la grâce de l'Esprit Saint est visible et sensible, là est l'Église. C'est cela aussi que l'Ancien Porphyre a démontré, à savoir que l’Église orthodoxe continue. Il a démontré que notre tradition se perpétue et le fait que les charismes ne sont pas des actions de Dieu limitées aux temps apostoliques, comme le croient divers hérétiques, mais qu'ils sont vivants de tout temps dans la tradition de l'Orthodoxie.
 Je présenterai ici, en témoignage, le cas d'un clerc tchèque. Quand il est venu en Grèce il avait deux problèmes fondamentaux : l'un était un problème d'ordre strictement personnel, c'est-à-dire un problème existentiel ; l'autre était un problème d'ordre ecclésial. II ne parlait que l'allemand et il m'a demandé de l'accompagner auprès du Père Porphyre. Mais, pour des raisons de discrétion dirais-je, j'ai envoyé, pour l’accompagner un de mes étudiants qui était allemand. Après les salutations, l'Ancien Porphyre lui saisit la main, avec son sourire bien connu, tout à fait amical et désarmant, et lui dit; «Mon Père, vous avez deux problèmes qui nous mettent au supplice. » Puis il lui indiqua de quelle manière il devait procéder concernant le premier problème et de quelle manière concernant l'autre. Quand le clerc tchèque revint à la maison, il me dit : « J'ai senti les articulations de mes jambes se relâcher immédiatement et j'était prêt à m'agenouiller, car, pour la première fois, j'ai compris ce que signifie l'Orthodoxie. » Ce clerc tchèque était issu d'une famille non orthodoxe et, par la suite, était devenu orthodoxe. Il croyait ainsi que tout ce qu'il lisait dans les livres sacrés de l'Église était tout à fait théorique et, d'une certaine manière, mythique. « Maintenant, m'a-t-il dit, j'ai constaté la réalité. Dieu accorde la grâce, et cette grâce-là se trouve dans l'Orthodoxie. » [I 62]."
(extrait de Anthologie de conseils de Père Porphyre aux editions de l'AGE D'HOMME- collection Grands spirituels du XXe siécle) Grâces soient rendues au traducteur Alexandre Tomadakis et au directeur de la collection Jean Claude Larchet dont le ministère est  tellement précieux pour l'Orthodoxie francophone et l'Orthodoxie mondiale !

dimanche 10 novembre 2013

Lois civiles sur l'incinération et Eglise orthodoxe à Chypre

L'état a raison d'écouter l'Église
Les opinions exprimées dans votre rubrique Opinion (Cyprus Mail du samedi 2 Novembre) concernant l'Eglise et les projets de lois civiles n’apparaissent pas comme des opinions très recevables d’un point de vue rationnel. Il est à juste titre déclaré que la République de Chypre est un Etat laïc. L’opinion ne parvient pas à admettre, cependant, qu'il existe une sorte de lien entre les responsabilités des élus et les souhaits de la population qu'ils représentent, dont la majorité se trouvent être membres de l'Eglise orthodoxe grecque de Chypre. 
 L'Eglise de Chypre est extrêmement préoccupée par toutes les questions concernant la vie et la mort de ses fidèles. Son intérêt est de voir que les membres de son troupeau restent toujours aussi étroitement liés à Dieu qu’il est humainement possible. Cette responsabilité vis-à-vis des fidèles inclut une préoccupation sur ce qui en adviendra du corps de la personne après la mort, de sorte que le corps soit pris en charge conformément aux pratiques de l'Eglise orthodoxe. Quand il existe des projets de lois qui peuvent influer sur les pratiques de l' Eglise, il n'est pas déraisonnable de penser que l'Église cherche à exprimer ses préoccupations, et il n'est pas déraisonnable de penser que les représentants du peuple sollicitent les vues de l'Église en la matière alors qu'ils élaborent des lois particulières.
 Il ne s’agit pas de donner à l'Église le dernier mot en la matière, mais d'entendre son point de vue. Par exemple, il a été rapporté par le Cyprus Mail qu’un projet de  loi précédent requerrait des prêtres pour assurer des offices de pompes funèbres indépendamment de savoir si ce serait pour l'inhumation ou la crémation. 
Cela aurait été une mauvaise loi. Elle aurait forcé l'Église à défier ouvertement les lois de l'État, puisque il est interdit aux prêtres orthodoxes de célébrer des offices funéraires pour les personnes qui doivent être incinérées. On peut aussi voir cela comme une pratique raisonnable de l'État, puisque l'État après avoir entendu les points de vue de l'Église peut alors faire en sorte que des lois existent qui pourraient mieux protéger les souhaits de ses citoyens en la matière. Ces avantages peuvent être vus dans le fait que l'incarnation actuelle de cette loi en ce qui concerne la crémation nécessite l’autorisation écrite expresse de la personne décédée pour être incinéré après sa mort. La famille ne peut donc pas aller à l'encontre des souhaits de la personne, et donc les priver d'un enterrement orthodoxe, simplement parce qu'ils veulent économiser de l’argent. 
Tout comme il ne serait pas déraisonnable pour un Etat laïque d’inviter les journalistes et les éditeurs à exprimer leurs points de vue quand il a été élaboré des lois concernant les procès en diffamation, la censure, ou toute autre question qui pourrait entraver les médias d'exercer leurs fonctions. On ne peut pas considérer que la République de Chypre est déraisonnable, ni qu’elle se soumet simplement au clergé chaque fois qu'elle cherche à entendre le point de vue de l'Eglise sur les questions qui sont aussi pour l'Eglise d'un intérêt vital. En fait, les représentants agissent de façon tout à fait raisonnable . 
Nichalas, prêtre de l'Eglise orthodoxe grecque d'Amérique vivant à Chypre
(version en français par Maxime le minime de la source)

lundi 24 mai 2010

La 3° croisade du Rosaire ou la conversion attendue de la Russie au Catholicisme

A PROPOS DE LA VISITE DE BENOÎT XVI à CHYPRE

Voici deux témoignages cohérents : l'un d'un catholique traditionnaliste, l'autre d'un orthodoxe défendant la Tradition.
Pour remettre les pendules à l'heure à ceux de nos frères orthodoxes qui vivent sur Planète Mars et qui fustigeant toutes les mauvaises volontés qui refusent l'oecuménisme contemporain, essayent de nous dorer la pilule, soit par aveuglement, soit par bêtise, soit par intérêt pour leur petit ego carriériste.
Il n'y a pas de compatilité c'est clair ! le premier disant tout haut  sans aucune ambiguïté, ce que les hypocrites conservent "courtoisement" dans leur tête, le deuxième (Axios !) faisant de simples remarques de bon sens ( imaginez l'Apôtre Paul en papamobile ! ... et à plus forte raison Notre Seigneur  dont le pape se prétend le vicaire ) qui ne devraient pas échapper à la sagacité de quelques orthodoxes militants oecuménistes au moins

Je ne sais comment sont appréciées toutes les démonstrations papales d'apparente philorthodoxie par les traditionnalistes catholiques ; il m'étonnerait que d'aucuns ne se mordent pas les doigts d'avoir quitté leur retranchement schismatique. Je pense qu'ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ne se rendent tout simplement pas compte que l'habile Benoît, loin de s'éloigner du rôle multiséculaire et inchangé du pape (qu'ils prétendent défendre contre un supposé dévoiement) n'est pas plus qu'un homme de goût qui voudrait que les catholiques retrouvent un peu de tenue dans leurs célébrations liturgiques (à l'exemple des orthodoxes "schismatiques" qui ont l'air d'avoir tant de succès) qui font tellement désordre et si mauvais effet. Il n'en demeure pas moins un chef d'état à l'ambition impérialiste théocratique dont l'habile diplomatie, faisant flèche de tout bois, essaye par d'autres moyens que l'anathème et l'intimidation (démodées) de règner par étapes sur  chaque partie, préalablement et soigneusement traitée à part, de la chrétienté exotique, misant sur un  morcellement funeste pour l'Orthodoxie. Vieille tactique du Diviser pour régner (toujours valable, toujours du diable).

1.

"Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Ainsi soit il.
Chers confrères,
Mes bien chers frères,
Au cœur de l’été, à l’occasion de ce grand rassemblement pour la fête de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie, il est sans doute utile de nous encourager les uns les autres à ne pas mollir dans notre participation à la troisième croisade du Rosaire en vue d’obtenir du pape Benoît XVI la consécration de la Russie au Cœur Douloureux et Immaculé de Marie selon la demande qu’Elle a faite auprès de Lucie de Fatima.
Nous voudrions montrer aujourd’hui que l’acte de la consécration de la Russie constitue un enjeu décisif, non pas seulement d’un point de vue politique, en raison du retentissement que la conversion d’un si grand pays ne manquerait pas d’avoir sur le monde entier, mais également pour le dénouement de la crise de l’Eglise elle-même.
Si les trois grandes erreurs du Concile Vatican II sont bien la liberté religieuse, le faux œcuménisme et la collégialité, il est certain que cet acte posé conformément à ce que demande la Sainte Vierge serait à lui seul un camouflet décisif qui serait porté contre ces doctrines pernicieuses que l’Eglise se trouve dans la nécessité de rejeter de son sein comme l’organisme doit rejeter des corps étrangers mortifères qui se sont introduits en lui.
C’est ce que nous voudrions brièvement expliquer. Cette consécration d’un pays en tant que pays s’oppose à la conception promue par le Concile de la neutralité des états par rapport à l’Eglise. Si l’intention de la prière est celle de la conversion de la Russie, c’est qu’elle estime la nécessité de la conversion des orthodoxes au Catholicisme et non pas que les orthodoxes, là où ils se trouvent, sont parvenus à la foi telle que Jésus-Christ veut que nous la gardions et que nous la conservions. Enfin, la consécration oblige le pape à prononcer un ordre pour tous les évêques du monde entier, celui de s’unir à lui pour prononcer cette consécration. Mais que le pape adresse aux évêques un ordre est devenu la chose la plus malaisée et la plus rare qui soit en raison de l’esprit issu de la doctrine « collégialiste ».
La consécration d’un pays à la Vierge Marie, en tant que tel, est à l’opposé de l’esprit de la liberté religieuse tel qu’il ressort de la déclaration sur la liberté religieuse :
Pour que l’on puisse dire d’un pays qu’il est catholique, il ne faut pas seulement que la majorité des citoyens de ce pays soient catholiques, il ne faut pas non plus seulement que l’exercice de la religion catholique soit autorisé librement et sans aucune restriction sur un territoire donné. Ce n’est pas encore suffisant, pour qu’un pays soit dit catholique, que ses gouvernants le soient et donnent l’exemple, dans leur vie privée, d’une pratique de leurs devoirs religieux.
Pour qu’un pays puisse vraiment être dit catholique, il est nécessaire que le gouvernement, la tête de ce pays, reconnaisse officiellement la religion catholique comme la seule religion vraie, le reconnaisse dans sa constitution, rende un culte public au vrai Dieu et favorise le culte du vrai Dieu et ne tolère les autres qu’autant que la vraie prudence le demande.
La consécration d’un pays à Jésus-Christ ou à la Sainte Vierge Marie est un acte qui vient exprimer et couronner ce gouvernement vraiment catholique d’un pays par le don spécial qui est fait de ce pays à Jésus-Christ ou à sa divine Mère ou plutôt par la reconnaissance que c’est bien le Christ et sa Mère qui sont le roi et la reine de ce pays. C’est ainsi qu’il faut comprendre le vœu de Louis XIII que nous renouvelons en cette fête.
Il est certain qu’un tel acte est un véritable engagement qui va signifier de la part des gouvernants une politique vraiment chrétienne de promotion du Catholicisme et de résistance au développement des hérésies et des fausses religions.
La consécration que la Sainte Vierge demande au pape ne peut pas donc pas manquer d’amener, à terme, que ce soient effectivement une telle constitution catholique du pays qui soit donnée à la Russie et une politique vraiment catholique qui soit menée.
Mais, une telle conception de ce que doit être un état catholique a été battue en brèche par le Concile Vatican II qui élève au nom de principe basé sur la dignité de l’homme qu’il ne puisse, même en public, être restreint dans la manifestation de sa religion si celle-ci est fausse.
La grande revendication du Concile est celle de la proclamation de la liberté religieuse dans les constitutions, et non plus la volonté de la royauté sociale et politique de Notre Seigneur. Tandis que la consécration vraie de la Russie, celle qui amènera sa conversion, sera véritable et profonde. Ce sera donc nécessairement un pays où les droits de Notre Seigneur et de sa sainte Mère seront proclamés.
La consécration de la Russie, pierre dans le jardin du faux œcuménisme.
Le concile Vatican II a promu un nouveau regard sur les religions chrétiennes autres que le Catholicisme. Au nom d’un nouvel œcuménisme, ces autres religions ont été saluées comme pouvant aussi conduire au Salut Eternel, même si elles sont victimes de déficiences. A l’égard de l’orthodoxie, la confusion des paroles qui ont été tenues par Rome et continuent de l’être jusqu’à aujourd’hui est d’une gravité extrême. Au lieu d’affirmer encore l’existence de la gravité du schisme orthodoxe et de la nécessité pour les peuples enfoncés dans la dissidence de l’orthodoxie où le schisme est accompagné de l’hérésie, il leur a été tenu un discours ambigu où il apparaît que les catholiques et les orthodoxes ont à travailler en commun pour fabriquer une unité à venir : « Si au cours des siècles, des divergences, souvent très graves, entre les chrétiens d’Orient et d’Occident ont affaibli le témoignage de l’unique Eglise du Christ, aujourd’hui le repentir et le désir de l’union habitent leurs cœurs ; Nous avons aujourd’hui une nouvelle preuve que Dieu a pitié de nous…A l’Eglise Catholique et à l’Eglise orthodoxe a été accordée la grâce de se reconnaître à nouveau Eglises sœurs et de marcher ensemble vers la pleine communion. »Discours du pape Jean-Paul II lors de la venue du patriarche Dimitrios Iier à Rome du 3 au 7 décembre 1987.
On voit comment un tel discours s’oppose aux mises en garde que le pape Pie XII avit prononcées sur le mouvement œcuménique : « On évitera de parler sur ce point d’une manière telle que, en revenant à l’Eglise, ils s’imaginent apporter à celle-ci un élément essentiel qui lui aurait manqué jusqu’ici. Il faut leur dire ces choses clairement et sans ambiguïté, d’abord parce qu’ils cherchent la vérité, ensuite parce que, en dehors de la vérité, il ne pourra jamais y avoir d’union véritable. » Pie XII dans son instruction du 20 décembre 1949 sur le mouvement oecuménique.
Malheureusement, sous le pontificat de Benoît XVI, c’est toujours bien ce même discours faussé qui prédomine comme on l’a vu notamment avec le document publié le 10 juillet 2007, sous la signature du Cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi où il cherche à montrer que les églises orthodoxes séparées méritent d’être également appelées du nom d’ « églises particulières » et « églises sœurs des Eglises particulières catholiques. »
Si la très Sainte Vierge Marie demande la Russie, ce n’e peut être nullement une conversion à l’orthodoxie, à ce schisme devenu hérésie qui prive ses adeptes des dogmes de l’Immaculé Conception ou de l’Assomption. Notre Dame veut que ces peuples reviennent à la seule religion qui puisse apporter le Salut et qui est la religion catholique, seule en possession de t out le Dépôt Révélé.
Le seul fait que Notre Dame demande de prier pour la conversion de la Russie (majoritairement orthodoxe en 1917) nous manifeste qu’Elle ne se contentera aujourd’hui de leur retour de l’athéisme vers ce même schisme.
L’ordre à tous les évêques de prononcer cette consécration : à l’opposé de la collégialité :
L’une des grandes insistances de la très Sainte Vierge est que le texte de la consécration de la Russie ne soit pas seulement prononcé par le pape mais que le pape demande à tous les évêques du monde entier de le prononcer avec lui. Et cette condition, étant donné qu’elle est explicite, est telle qu’elle est nécessaire pour être conforme à la demande de la Sainte Vierge. Si cette demande montre évidemment toute l’ampleur que doit revêtir cet acte de consécration et le prix que Notre Dame attache à cet acte de foi qui doit être prononcé par tous les princes de l’Eglise, il suppose que le pape donne un ordre et un ordre certainement particulièrement difficile à donner.
En effet, qui se montrera heureux d’une telle décision du pape ? Nous certainement qui menons cette croisade pour l’obtenir. Quelques groupes et quelques prêtres dans le monde qui n’ont pas oublié la demande de la Sainte Vierge et cherchent encore à promouvoir ce message. Peut-être quelques évêques qui, dans le secret de leur cœur, souhaitent aussi que la demande de la Sainte Vierge soit enfin accomplie.
Mais, le monde et l’église conciliaire, tels Pilate et Hérode, vont s’unir sinon comme jamais pour exprimer que ce geste est à la fois grotesque, suranné, terriblement maladroit, signe d’un piétisme et d’une mariolâtrie affligeante. Vous n’avez pas de mal à imaginer la cascade de fureur, de mépris et de hargne qui accompagnera une telle décision du pape.
Pour lui, il devra poser un ordre : demander aux évêques de s’unir à lui pour faire cette consécration alors que les évêques ne manqueront pas de considérer cet ordre comme débile et que beaucoup risquent de ne pas obéir.
Un tel ordre qui serait donné sortirait le pape de la paralysie dans lequel le tient la doctrine de la collégialité et le poids des conférences épiscopales. Il ne laisserait pas le choix, il s’adresserait directement à chaque évêque du monde entier. Ce serait un signe indubitable donné dans le mode entier qu’Il est le pape, véritable monarque dans l’Eglise Catholique et que, dans la mesure où ce qu’il demande ne va évidemment pas contre la foi et les mœurs, chacun est tenu à l’obéissance. Peu importe alors que les conférences épiscopales jugent cet ordre comme inutile, désuet, nuisible : le pape l’aura donné. Les cœurs se manifesteront aussi, selon que les évêques obéiront ou n’obéiront pas.
Conclusion :
Lorsque notre Supérieur Général a annoncé qu’il demandait cette troisième croisade et qu’il lui a donné une ampleur particulière par le temps sur lequel elle allait s’étendre et le nombre de chapelets qu’il demandait pour couronner Notre Dame, certains ont pu en être étonnés. Ils auraient trouvé plus adéquat de faire prier pour les discussions doctrinales dont on sait les enjeux déterminants qui sont tout simplement la fin de la crise de l’Eglise puisque la crise de l’Eglise est une crise de la Foi.
Il est tout à fait possible qu’après cette troisième croisade, il nous en demande une quatrième pour le triomphe de la vérité au cours de ces conversations. Cependant, il nous semble qu’à travers le choix qu’il a fait de l’intention de la consécration de la Russie que, mine de rien, il nous a déjà placés au cœur de ces discussions.
Que chacun comprenne bien l’importance cruciale de ces grandes campagnes de prières et, à l’occasion de cette fête de l’Assomption réaffirme, prenne ou reprenne sa résolution d’une grande et profonde prière mariale accompagnée de nombreux et généreux sacrifices au cours de cette période à venir.
Ainsi-soit-il."

2.

Mgr Athanasios, Métropolite de Limassol (Chypre) parle de la prochaine visite du pape à Chypre :

Dans une interview publiée aujourd'hui, le 23 mai 2010 dans le quotidien chypriote Phileleftheros », le Métropolite prend ses distances par rapport à la décision de l'archevêque d'accueillir le pape à Chypre.

Voici des extraits de l'interview :
«Pour nous, orthodoxes, le pape est un hérétique, en dehors de l'Église, et, par conséquent, pas même un évêque".

«Il [le Pape] est en dehors de l'Église depuis dix siècles maintenant, il n'est pas un évêque canonique, il n'a aucun rapport avec la réalité de l'Eglise du Christ une, sainte, catholique et apostolique. C'est une chose de le recevoir comme évêque canonique et une autre est de lui parler en tant qu’hétérodoxe afin de lui révéler la vérité de la foi orthodoxe et de la Tradition. "
"Le dialogue n'est pas une mauvaise chose quand il est effectué sur la base de présupposés corrects. Toutefois, il est faux de dire à ces gens que nous les reconnaissons comme une Eglise, que nous reconnaissons le pape comme évêque, comme notre frère en Christ dans le sacerdoce et dans la foi. Je ne peux pas accepter cela, parce que nous mentons [quand nous disons cela], puisque tous les saints Pères enseignent exactement le contraire. Le papisme est une hérésie et la source de plusieurs autres hérésies qui troublent le monde entier d'aujourd'hui. Un Saint contemporain de l'Eglise, saint Justin Popovitch, a déclaré que dans l'histoire de la race humaine il y a eu trois chutes tragiques: du premier créé Adam, du disciple du Christ, Judas, et du pape , qui, quand il était le premier évêque de l'Eglise, a chu de la foi apostolique, s’est retranché de l'Eglise canonique et a séduit une foule de gens avec lui jusqu'à aujourd'hui. "
"Dieu est un et l'Eglise de Dieu est une, et c'est pourquoi nous disons dans le Symbole de la foi [que nous croyons]" dans l' Église une sainte, catholique et apostolique. "C'est l'Église orthodoxe, il n’existe pas plusieurs Eglises. "
«Quand je dis à l'autre que ce cela n’a pas d’importance qu’il soit catholique car nous appartenons tous à la même Eglise, je joue avec lui ou je me moque de lui, puisque tous les saints Pères enseignent que l’Eglise sainte, catholique et apostolique du Christ est une. "
«L'Église orthodoxe conserve la foi des Apôtres et l'expérience des prophètes inébranlable jusqu'à nos jours. Les papistes, malheureusement, à partir du moment où ils ont été coupés de l'Eglise ont ajouté des dogmes hérétiques de nombreux à leur confession de foi , changé le Symbole de la Foi [le Credo de Nicée], et surtout le pape s’est élevé au niveau de prétendre être l’éminent et unique représentant de Dieu sur terre. "
"Lorsque vous ajoutez des choses au symbole de foi que les Pères de l'Église n'ont pas écrites, et bien d'autres faux enseignements, c'est une hérésie. Telle est la réalité des choses."

Question: De quelle façon, dans cette rencontre, l’Eglise orthodoxe traite-t-elle avec les hérétiques?
«Avec beaucoup d'amour. Nous aimons le Pape, nous aimons les papistes comme nous aimons toute personne, nous ne les méprisons pas, nous ne les rejetons pas en tant que personnes, mais nous n'acceptons pas leur hérésie, nous n'acceptons pas leurs faux enseignements, nous n'acceptons pas leurs illusions. Parce que nous les aimons, nous devons leur dire la vérité. "

"Question: Pensez-vous que le dialogue peut produire des résultats?
«Il le peut, s'il est bien fait et fondé sur des présupposés justes. Malheureusement, comme il est aujourd'hui réalisé, il ne produit pas de résultats, et c'est pourquoi ils ont mené des discussions pendant tant d'années sans en arriver à la moindre conclusion. 
"Franchement, et avant tout je suis en désaccord avec la venue du Pape à Chypre et je le dis de toute mon âme : le pape est un hérétique, il n'est pas un évêque, il n'est pas un chrétien orthodoxe et c'est ce que disent les saints Pères. Si je me trompe, je suis prêt à être corrigé, mais sur la base des Saints Pères, et non en suivant l'état d'esprit de la mondialisation. Juste parce que je suis en désaccord cela ne signifie pas que je suis dans la désobéissance et que je suis en dehors de l'Église [comme certains l'ont l’ont proclamé]. "
"Le pape parle toujours d'une manière formelle, dit des choses qui sont conformes à sa position, comme il dira maintenant qu'il viendra à Chypre, mais il ne fera rien d'essentiel, parce qu'il n'est pas le chef de l'Eglise mais un homme politique qui ne peut pas entrer en conflit avec l'establishment politique et le système. Est-ce que le pape parle au nom de l'Eglise orthodoxe? ... Mais je ne suis pas en train de revenir en arrière dans un lointain passé. Les raisons pour lesquelles je réagis aujourd'hui sont purement théologiques. Lorsque je fus consacré comme un évêque je me suis engagé à préserver la foi orthodoxe. "

Question : Le Pape a dit qu'il veut faire un pèlerinage sur les traces de l'Apôtre Paul.
«À cette exception près que l'apôtre Paul n'a pas voyagé en utilisant une voiture blindée qui a coûté 500.000 euros, que – je l’ai lu – le gouvernement chypriote a acheté pour le pape pour son voyage autour de Chypre pour les deux jours qu’il sera ici. Personnellement, j'ai été tout à fait scandalisé par ces nouvelles et j’ai dit qu’une voiture blindée ne correspond pas au Vicaire du Christ. Pour le peuple, avoir à payer un tel prix, au milieu d'une crise économique ... "

Question: L'annonce par les représentants du pape dit qu'il vient à Chypre afin de promouvoir les valeurs humaines et les principes chrétiens, et qu'il veut marcher sur les traces de l'Apôtre Paul dans un esprit fraternel pour rencontrer l’Eglise orthodoxe avec une bonne disposition.
"Je ne doute pas de sa bonne volonté – puisse cela être le cas. Puisse-t-il ressembler à l'apôtre Paul et rencontrer les richesses de l'Eglise orthodoxe. Nous prions pour qu'il retourne à l'Eglise orthodoxe et redevienne à nouveau un évêque orthodoxe comme il l'était avant le schisme. Cela seul est le bon chemin à l'unité. "

Question: Que pensez-vous qui se cache derrière cette visite?
"Le Vatican n’avance pas à la légère, ni naïvement. Chaque voyage de chaque pape a pour but de le présenter comme le leader mondial du christianisme. Sur ce point, cependant, il n'est ni un évêque canonique, ni un orthodoxe, si bien qu'il n’y a aucunement lieu de se présenter comme ayant la première place parmi les évêques. "

Question: Y a t-il cachés des intérêts politiques en jeu ici ?
"Je ne sais pas, je pense que nous [le peuple chypriote] n'avons rien à gagner politiquement de la visite du Pape - seulement beaucoup de dépenses et de graves bouleversements dans la conscience des fidèles."

Question: L'archevêque a déclaré que tous ceux qui sont en désaccord se placeront hors de l'Eglise.
"Je ne suis pas au courant des déclarations de l'archevêque, mais je ne pense pas que quiconque est en désaccord avec la venue du pape se place en dehors de l'Eglise. Je suis en désaccord et je le dis hardiment et franchement et je ne suis pas hors de l'Eglise."

(Version française de Maxime le minime