Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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mardi 21 octobre 2014

« L’islam radical met la Bosnie en danger » par Jasna Samic (avertissement en date de 2012 !…)

Sur Internet, haut lieu de la pratique du zapping le plus rapide (dont le sens premier en anglais - ne l'oublions pas - est d'effacer et de détruire) la tête collée dans le guidon de l'actualité, il n'est pas inutile de faire des rappels. C'est même indispensable vu que l'opinion des gens de nos jours qui prévaut est celle transmise une fois pour toutes par des périodes de matraquage de propagande qui se font sur le modèle des saisons dans les séries… Voilà donc un article qui date de deux ans en arrière pour le cas où l'on aurait oublié ou pour le cas où on se serait fait de fausses idées. On ne sait jamais…

Sur le site Rue89 Interview par Etienne Baldit |  du 24/11/2012 

Des musulmans bosniaques quittent une mosquée de la banlieue de Sarajevo, le 20 février 2006 (AMEL EMRIC/AP/SIPA)

Née à Sarajevo, l’écrivain Jasna Samic partage sa vie entre la France et la Bosnie depuis presque quarante ans. Elle constate, depuis quelques années, l’émergence d’un islam radical dans une Bosnie qui n’a toujours pas guéri des séquelles de la guerre de 1992-1995.
Elle est aussi spécialiste du soufisme et des langues orientales, a enseigné aux universités de Sarajevo et de Strasbourg et a été directrice associée de recherche au CNRS.

« Portrait de Balthazar Castiglione » de Raphaël, 1514-1515 (Elsa Lambert/Wikimedia Commons/CC)
Son dernier roman, « Portrait de Balthazar » (M.E.O Editions, 2012), met en scène un avocat de Sarajevo un peu déboussolé et éditeur à ses heures, chargé par un ami de la publication des « mémoires » d’une peintre exilée à Paris durant la guerre.
A son retour dans sa ville natale, elle se laisse séduire par un fanatique musulman, qui lui rappelle le « Portrait de Baldassare Castiglione », un tableau qui la fascine depuis toujours.
L’obscurantisme religieux qui se développe en Bosnie, sur les ruines d’un conflit ethnique qui divise toujours une population en manque de repères, est au centre de cette fiction inspirée d’une réalité « chaotique ».
Rue89 : Dans votre roman, le personnage principal est une artiste qui rentre à Sarajevo après avoir longtemps vécu à Paris. Elle y est confrontée à un islam rigoriste qu’elle ne connaissait pas : c’est quelque chose dont vous avez pu être témoin ? 
Jasna Samic : La matière du livre, ce sont des faits réels, des choses qui se passent actuellement en Bosnie. Pendant la guerre, j’étais la plupart du temps à Paris. Quand je suis rentrée à Sarajevo, j’ai été choquée petit à petit.
Ça ne se voit pas immédiatement. C’est insidieux, ce sont des gens qu’on rencontre. Et puis j’ai connu quelques jeunes, et j’ai réalisé qu’ils appartenaient, idéologiquement et même peut-être en tant que membres, à cette organisation semi-clandestine qu’est la Jeunesse musulmane, influencée par les talibans, les wahhabites, les salafistes...
J’ai aussi fait des recherches, j’ai écouté et enquêté : ces gens-là n’hésitent pas à proférer des menaces de mort s’ils se sentent touchés, si leur Allah est menacé.
C’est un phénomène qui n’existait pas avant la guerre ? 
MISSION D’OBSERVATION
Selon Jean-Pierre Michel, sénateur (PS) et membre d’une mission d’observation qui s’est rendue en Bosnie du 23 au 28 septembre, « l’ambassadeur de France, Roland Gilles, constate l’existence de vrais réseaux liés à Al Qaeda depuis au moins cinq ans. Et il y a de plus en plus de menaces islamistes à Sarajevo et dans les zones contrôlées par les Bosniaques ».
« L’Iran, les pays du Golfe et l’Arabie saoudite financent la construction de nouvelles mosquées en Bosnie. Ce phénomène n’est pas encore en prise directe avec la population. Mais il progresse. Comme il n’y a pas d’Etat central, dès qu’arrivent des problèmes sociaux ou des catastrophes naturelles, ce sont ces mosquées qui sont là pour aider les gens. L’argent coule à flots. »
Pour Jean-Pierre Michel, l’islamisme reste un phénomène marginal en Bosnie, mais il existe un « risque de conflit et d’abord à l’intérieur de la communauté bosniaque ».
Non, avant la guerre ça n’a jamais existé. Bien sûr, il y a un peu d’extrémisme partout, à des degrés divers. Avec l’arrivé de Khomeini en Iran à la fin des années 70, les idées de la révolution islamique sont arrivées en Bosnie dans les années 80.
Dans ces années-là, on a tout de suite eu un petit écho : des femmes ont commencé à porter le foulard, des hommes ont adopté d’autres comportements aussi, mais les femmes étaient peut-être un peu plus courageuses et donc on les voyait peut-être plus facilement.
Même certains intellectuels n’hésitaient pas à faire l’éloge de Khomeini et de cette révolution. Mais cela restait très, très marginal comme phénomène.
Maintenant, ça s’est développé d’une autre manière parce que la situation a changé. Le pays n’est plus trop ami avec l’Iran, mais plutôt avec l’Arabie saoudite, et ce sont les wahhabites qui sont derrière tout ça.
Derrière quoi exactement ? 
Un certain islam radical se développe. C’est financé par l’Arabie saoudite, de riches Arabes qui n’aiment pas l’Occident. Ils ont leurs émissaires, des centres religieux, des mosquées qui ne ressemblent absolument plus à celles de l’époque ottomane et où ils tiennent leurs discours. Des prédicateurs viennent prêcher un islam radical, plutôt dans la nouvelle ville, pas dans le centre de Sarajevo. Ils ciblent principalement la jeunesse, mais pas seulement.
Il est difficile de dire s’il y a un « risque terroriste », mais ce qui est sûr c’est qu’il y a beaucoup de barbus, de femmes voilées, tout de noir vêtues, vêtues comme des Saoudiennes.
Et il existe un réseau clandestin de criminalité quotidienne. Cette mafia-là n’est pas nécessairement liée à l’islam. Mais ils agissent impunément, et disent être protégés. Quand on essaye de savoir qui est derrière, on entrevoit le reis-ul-ulema, le chef suprême des musulmans de Bosnie. Donc la religion les protège. Mais ce sont simplement des escrocs ! C’est au nom d’Allah, au nom de dieu qu’on fait toutes sortes de choses aujourd’hui, à loisir.
Quelle est la situation actuelle de la Bosnie ? 
CADRE INSTITUTIONNEL
Depuis les accords de Dayton, qui ont mis fin au conflit ethnique qui a fait plus de 100 000 morts de 1992 à 1995, la Bosnie est dotée d’un appareil d’Etat très complexe : 
- la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, dont la capitale est Sarajevo, regroupe la région historique de Bosnie et celle de d’Herzégovine. Elle est constituée de deux sous-collectivités (croate et bosniaque) et occupe le Sud-Ouest et le centre du pays. Elle est divisée en dix cantons, avec un fonctionnement décentralisé. Elle représente le pays auprès des institutions internationales et des autres Etats ; 
- la République serbe de Bosnie, dont la capitale est Banja Luka, au nord du pays. Son fonctionnement est centralisé ; 
- le district de Brčko, dans le nord du pays, appartient aux deux entités mais est complètement autonome administrativement et légalement.
Chacune des deux premières entités est dotée d’un Président et d’un gouvernement. La République serbe de Bosnie possède un Parlement, quand la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine dispose d’une police et d’une armée propres. La plus haute autorité du pays est le Haut représentant international en Bosnie-Herzégovine. Il est nommé par le Conseil de mise en œuvre des accords de paix.
Il faut d’abord se demander si la Bosnie existe, parce que c’est une agonie terrible qu’elle traverse. Il n’y a pas un gouvernement, mais trois. Il y a trois présidents, quatre peuples, trois langues parlées, des conflits intérieurs...
Ensuite, c’est la religion qui domine. La nationalité n’existe même pas, elle est « confondue » depuis que les Turcs ont reconnu le serbisme et que les Serbes ont eux-mêmes confondu le nationalisme avec la religion : le serbisme signifie à la fois appartenir à un peuple, à la nation, et être de religion orthodoxe.
Ça a toujours été une confusion, et aujourd’hui encore plus : ceux qu’on appelle les Bosniaques sont musulmans, les Serbes sont orthodoxes et les Croates sont catholiques.
Les orthodoxes sont très liés à la Serbie et les catholiques à la Croatie, alors que les Bosniaques sont complètement perdus là-dedans [les habitants de la Bosnie sont les Bosniens, ndlr].
Mais officiellement, c’est toujours un pays laïc.
Mais il y a deux Bosnie : 
  • une qui est vraiment laïque et très pro-européenne ; 
  • une autre qui est une grotte totale, qui révèle des siècles d’obscurantisme. C’est un chaos terrible.
La mixité y est de moins en moins présente, c’est de plus en plus cloisonné. Comme ici : le communautarisme se réveille partout.
Comment les Bosniens réagissent-ils ? 
Ils ne sont pas du tout inquiets. Les gens pensent que ce n’est pas possible, comme ils n’ont jamais cru à la guerre. Ils pensaient : « ici, ce n’est pas possible ». Les gens ne veulent pas voir, ça ne les intéresse pas. Moi je trouve qu’ils ont tort, qu’il faut faire attention à tout.Moi ça me frappe, ça me choque, surtout quand je viens d’arriver depuis Paris. Tout me choque : non seulement ça, mais au bout d’un mois je m’habitue à tout.
Pourtant, en Bosnie, l’islam est de tradition hanéfite, qui est une branche libérale du sunnisme... Comment est-ce qu’on explique cette dérive ? 
D’abord par Khomeini. Le communisme n’avait pas totalement interdit la religion et prétendait qu’on pouvait croire en ce qu’on voulait. Mais les gens avaient très peur et se méfiaient beaucoup. Puis pendant la guerre, les musulmans ont été massacrés et des combattants de l’étranger, des moudjahidines, sont venus, financés de l’extérieur.

BANDE-ANNONCE DU « CHOIX DE LUNA »
De Jasmina Zbanic, février 2011


Jasna Samic (DR)
Avec la détresse, on accepte beaucoup de choses, surtout que c’étaient des gens qui ne connaissaient rien : les Bosniaques n’ont jamais vraiment appris le Coran ou l’arabe. Seuls ceux qui avaient fait des études comprenaient les versets du Coran, qui étaient enseignés dans les petites écoles religieuses avant la guerre, et même certaines pendant le communisme. On apprenait par cœur, sans comprendre. C’était donc très facile de les manipuler là-dessus, et surtout sur la terrible tragédie qu’ils ont subie.
Les portes étaient ouvertes pour qu’un autre malheur arrive. Et cet autre malheur s’appelle l’extrémisme islamiste, qui n’est pas né en Bosnie, mais ailleurs : en Afghanistan, en Arabie saoudite au XVIIIe siècle avec le wahhabisme.
La religion reste l’élément le plus important de l’identité des individus. Il y a ceux qui ont hérité d’une tradition et ceux qui se « réveillent » aujourd’hui. Des gens pour qui cet islam était totalement inconnu, mais qu’ils s’approprient. Un islam qui est arrivé par des étrangers, avec des missionnaires qui sont venus leur enseigner dans de nouvelles mosquées.
C’est tragique de voir ce fondamentalisme se développer sur cette terre d’islam plus modéré. C’est bien triste et c’est dangereux, tout simplement. Même si on ne s’intéresse pas, ici, à cette partie du monde, c’est dangereux parce que c’est tout près, aussi.

lundi 25 août 2014

Sur l'Ukraine par Francis Briquemont, Lieutenant Général et ancien commandant de la Force de protection de l'ONU en ex-Yougoslavie.

À lire sur le site http://www.les-crises.fr

Voici une très intéressante série de vues de Francis Briquemont, le général belge qui commanda la FORPRONU en Bosnie en 1993-1994 (qui a donc 79 ans actuellement…)

Pour les plus jeunes, vous trouverez ici son coup de gueule qu’il avait écrit en 1994 quand il avait été rappelé pour avoir critiqué l’ONU : Bosnie : le “j’accuse” d’un général humilié 
On y lira par exemple :
“Récemment, un sondage a révélé que 63% de la population belge était favorable à une intervention aérienne en Bosnie. La question était mal posée. Il aurait fallu demander aux familles: si vous aviez un fils de 20 ans, à Sarajevo, avec un casque bleu sur la tête, seriez-vous favorable à un raid aérien sur les batteries serbes ? Lorsque j’entends Bernard-Henri Lévy prétendre que quelques avions suffiraient à régler la situation, je deviens fou! C’est grave quand un intellectuel se prend pour un expert militaire. C’est encore plus grave lorsqu’il parade dans la ville assiégée, qu’il cite le général de Gaulle à tout va et que les habitants de Sarajevo le prennent pour le Messie. [...]
Il n’y a pas, d’un côté, les bons, de l’autre, les méchants. C’est une guerre à trois. Une guerre tournante. Les alliances se font et se défont en fonction des rapports de forces dans chaque région. Dès qu’un parti – serbe, croate ou musulman bosniaque – devient trop fort, les deux autres s’unissent contre lui. Il faut en finir avec l’antiserbisme primaire véhiculé par quelques intellos en goguette.”
La guerre, c’est toujours plus intéressant quand ceux qui la font en parlent…
En lien, ce papier de Daniel Salvatore Schiffer dans Marianne en 2009 : Serbie et Bosnie: et si le méchant n’était pas celui qu’on croit ?, où on lit :
“La Bosnie, tout d’abord, celle-là même que ne cessèrent d’encenser au prix de mensonges souvent éhontés, en voulant nous la présenter comme un modèle de société multiculturelle et pluriethnique, quelques-uns de nos intellectuels les plus médiatisés, au premier rang desquels émerge un imposteur de taille : Bernard-Henri Lévy. Je me souviens, en particulier, de la manière, aussi partisane qu’effrontée, dont ce grand mystificateur s’évertua, durant toutes ces années de guerre et contre le sens de la vérité elle-même, à glorifier les soi-disant mérites de son idole politique d’alors : Alija Izetbegovic, premier Président de la Bosnie indépendante, mais, surtout, fondamentaliste musulman dont la tristement célèbre « Déclaration Islamique », publiée à Sarajevo en 1970, affirme textuellement, niant là les valeurs de nos sociétés laïques, qu’ « il n’y a pas de paix ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques ». ” [Lire ici cette édifiante déclaration]
Intéressant de voir la même propagande par les mêmes personnes 20 ans plus tard…

Qui est prêt à aller mourir pour l’Ukraine, un pays miné par la corruption ? Personne. Sans stratégie et portés par l’émotion, les dirigeants européens basculent dans le fanatisme antirusse.

La guerre est toujours la conséquence d’un manque de dialogue, de tolérance, d’intelligence et de créativité." Cette sage réflexion, émise par Elio Di Rupo à l’occasion des commémorations organisées pour le centenaire du début de la guerre 1914-1918, me paraît plus que jamais d’actualité au moment où certains reparlent de guerre froide ou de paix glaciale, en Europe, à propos de la crise ukrainienne. Une crise qui aurait pu être évitée si les principaux responsables politiques européens avaient aussi fait preuve d’un peu de bon sens stratégique.

Le 9 avril dernier, on soulignait ici les erreurs manifestes commises par l’UE dans la gestion de la crise ukrainienne (1). Plutôt que répéter à satiété "c’est la faute à Poutine" comme on a dit jadis "c’est la faute à Voltaire", les dirigeants européens devraient admettre que leurs réactions lors de la révolte de Kiev ont illustré, une fois de plus, l’absence totale d’une stratégie cohérente au sein de l’UE, aggravée encore par l’ignorance des "réalités" et de l’histoire de cette région.

En Ukraine, l’instabilité politique est grande, la situation économique catastrophique, le pays miné par la corruption (un "cancer", dixit le vice-président américain Joe Biden), et bien plus grave encore, des soldats ukrainiens se battent, sur leur territoire, contre une partie de la population. Conséquence de ces combats, des dizaines de milliers d’Ukrainiens de l’Est se sont réfugiés à l’ouest du pays et, plus nombreux encore, les russophones ont fui en Russie ; des réfugiés dont on parle peu dans les médias d’ailleurs.

Comme personne en Europe ou aux Etats-Unis n’est prêt à aller mourir pour Kiev, même en cas d’agression russe - très peu probable - les Occidentaux, plutôt qu’essayer de trouver une solution acceptable pour tous au problème, se sont évertués à imaginer une panoplie de sanctions plus ou moins crédibles contre la Russie, le nouveau Satan. L’émotion en Occident, suscitée par le tragique accident de l’avion de la Malaysia Airlines a alors provoqué une prise de sanctions plus sévères qui ont entraîné une riposte de Moscou sous forme de "contre-sanctions" dont seuls les Etats de l’UE - signalons-le quand même - subiront les effets. Nous verrons bientôt si l’UE ne s’est pas tiré une balle dans le pied.

On en est là. Nombreux sont ceux qui doutent du bien-fondé et plus encore, de l’efficacité réelle de cette stratégie mais le problème maintenant est de sortir d’une crise qui menace la stabilité sur le continent européen.

Si, début de cette année, les dirigeants européens, avant de réagir en ordre dispersé aux actions des révolutionnaires et de se précipiter inconsidérément dans le chaudron de Kiev, avaient froidement analysé la situation sur le terrain, ils auraient conclu que : 1° si cette révolution était très pro-Europe, elle était antirusse à un point tel que, même si l’éviction du corrompu Ianoukovitch était compréhensible, il était difficile d’imaginer que la Russie regarderait les événements sans réagir et sans donner "son" avis sur la question, car l’Ukraine n’est pas située n’importe où sur l’échiquier européen ; 2° que les révoltés de Kiev se faisaient peut-être beaucoup d’illusions sur la signification réelle d’un pacte d’association avec l’UE.

Les dirigeants européens auraient pu se rappeler aussi que, depuis des siècles, et quel que soit le régime politique des pays concernés, les relations entre la Grande Russie (Moscou), la Petite Russie (Kiev), la Russie Blanche (Minsk) et la très instable Pologne n’ont jamais été "simples".

Et si, sur base de ces conclusions, le duo politique de l’UE Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, dûment mandaté par un sommet européen, avait d’emblée rencontré, d’une part Vladimir Poutine pour analyser la situation et expliquer ce que pouvait être l’appui de l’UE au développement de l’Ukraine, et d’autre part les révolutionnaires de Kiev pour leur rappeler que leur pays était un Etat bicommunautaire et insister sur les conditions d’une bonne coopération avec l’UE, nous aurions peut-être assisté à un autre scénario, plus conforme en tout cas à la vision d’Elio Di Rupo concernant la résolution des tensions internationales.

Au lieu de cela, le fanatisme antirusse des dirigeants de Kiev a offert la Crimée sur un plateau d’argent à Vladimir Poutine et l’attitude des dirigeants occidentaux vis-à-vis de celui-ci - snobé à Sotchi, éjecté du G7/G8, rejeté par l’Otan, sanctionné et accusé des pires intentions vis-à-vis de l’Ukraine et même de l’Otan - a abouti à la situation d’aujourd’hui.

Je ne sais de quoi sera fait demain. L’optimiste pense qu’il serait peut-être plus intelligent d’aller vers une désescalade et de demander à quelques sages "créatifs" de "déminer" le terrain. Le pessimiste se demandera peut-être si certains ne souhaitent pas en revenir au temps de la guerre froide, d’une nouvelle confrontation Est-Ouest, et pourquoi pas, tant qu’on y est, à un nouveau rideau de fer à l’est des pays baltes et de la Pologne. Quand je pense qu’aujourd’hui, la désignation des remplaçants de Herman Van Rompuy ou de Catherine Ashton à la Commission européenne devrait pour certains dépendre de leur "attitude" plus ou moins ferme vis-à-vis de Moscou, c’est inquiétant pour la paix et la stabilité en Europe […].

En fait, plus on s’éloigne de la fin de la Seconde Guerre mondiale, plus les nationalismes ou régionalismes reprennent vigueur (voir crise ukrainienne), alimentés parfois par des idéologies qui rappellent le fascisme voire le nazisme de sinistre mémoire. L’égoïsme sacré des Etats "souverains" et des… individus d’ailleurs, l’emportent de plus en plus sur l’esprit de solidarité. L’UE peut-elle encore à l’avenir être autre chose qu’un rassemblement de petits pays gouvernés par des dirigeants médiocres et peuplés de citoyens repliés sur eux-mêmes ?

J’entends déjà les soi-disant "réalistes" (genre David Cameron et beaucoup d’autres), pour lesquels l’expression "Europe intégrée" est inadéquate si pas "un gros mot", se révolter contre cet européisme utopique et inacceptable. Et pourtant, que ces défenseurs acharnés de la souveraineté nationale se demandent combien d’Etats de l’UE feront encore partie du G7 ou G8 (voire du G20) dans dix ou quinze ans ? La réponse est simple : AUCUN, (sauf peut-être l’Allemagne). Souhaitons quand même que les futurs grands formats politiques européens soient de véritables européistes et que les états d’âme de David Cameron et de quelques autres ne soient un souci pour personne.

Mais, plus sérieusement, les Occidentaux ne devraient-ils pas faire le bilan de leur stratégie depuis le début de ce siècle, jalonné par l’Afghanistan, l’Irak, l’Afrique, la Libye, l’éternel conflit israélo-palestinien et tout cela pour quelques piètres résultats ? Priorité des priorités, ne devraient-ils pas se consacrer à la préparation de la conférence sur l’avenir de la planète qui se déroulera l’an prochain à Paris ? L’enjeu est tel pour l’avenir des Terriens et de "leur" maison que la récupération de la Crimée par la Russie apparaîtra demain comme un épisode anecdotique de la géopolitique mondiale.

(1) "La Libre" du 9 avril, "Crimée : les erreurs de l’UE".