Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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mercredi 1 juin 2022

"J’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits" par George ORWELL

À propos de la guerre civile espagnole à laquelle il a participé dans le camp des anti franquistes, aux côtés du POUM (Partit  d'Unificación Marxista en catalan, formation anti-stalinienne, proche des anarchistes, combattu par le Parti communiste plus enclin à maintes reprises à éliminer les dissidents que les franquistes) George Orwell, toujours défenseur de la vérité et de la liberté en toute situation, devenu sceptique à l’égard du collectivisme,  en est venu à considérer comme « non démocratique en soi, mais, au contraire, donnant à une minorité tyrannique des pouvoirs dont les inquisiteurs espagnols n’ont jamais rêvé ».
a écrit :
   

« … J’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, pas même le rapport qu’implique un mensonge ordinaire. J’ai vu de grandes batailles rapportées là où il n’y avait eu aucun combat, et un silence complet là où des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des troupes qui s’étaient battues avec courage être dénoncées comme des lâches et des traîtres, et d’autres qui n’avaient jamais vu un coup de feu être saluées comme les héros de victoires imaginaires ; et j’ai vu les journaux de Londres vendre ces mensonges au détail et des intellectuels enthousiastes construire des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. »
[…]"
George Orwell
My Country Right or Left, 1940-1943


NB : Les Fake News, le mensonge, l'approximation, le manque de sérieux, le manque d'objectivité, l'absence sur le terrain, les on-dits, l'absence de vérification… ça ne date pas d'aujourd'hui , c'est une vieille habitude dans la presse, sans parler de la propagande de guerre.

"J’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits" par George ORWELL

À propos de la guerre civile espagnole à laquelle il a participé dans le camp des anti franquistes, aux côtés du POUM (Partit  d'Unificación Marxista en catalan, formation anti-stalinienne, proche des anarchistes, combattu par le Parti communiste plus enclin à maintes reprises à éliminer les dissidents que les franquistes) George Orwell, toujours défenseur de la vérité et de la liberté en toute situation, devenu sceptique à l’égard du collectivisme,  en est venu à considérer comme « non démocratique en soi, mais, au contraire, donnant à une minorité tyrannique des pouvoirs dont les inquisiteurs espagnols n’ont jamais rêvé ».
a écrit :
   

« … J’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, pas même le rapport qu’implique un mensonge ordinaire. J’ai vu de grandes batailles rapportées là où il n’y avait eu aucun combat, et un silence complet là où des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des troupes qui s’étaient battues avec courage être dénoncées comme des lâches et des traîtres, et d’autres qui n’avaient jamais vu un coup de feu être saluées comme les héros de victoires imaginaires ; et j’ai vu les journaux de Londres vendre ces mensonges au détail et des intellectuels enthousiastes construire des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. »
[…]"
George Orwell
My Country Right or Left, 1940-1943


NB : Les Fake News, le mensonge, l'approximation, le manque de sérieux, le manque d'objectivité, l'absence sur le terrain, les on-dits, l'absence de vérification… ça ne date pas d'aujourd'hui , c'est une vieille habitude dans la presse, sans parler de la propagande de guerre.

vendredi 13 novembre 2020

IL N’EXISTE AUCUN SECRET QUI NE PUISSE ÊTRE DÉCOUVERT

 CQFD

ou si vous préférez :

QUI SE SENT MORVEUX SE MOUCHE !

ou bien 

IL N'Y A QUE LA VÉRITÉ QUI FÂCHE

ou bien 

TROIS BOUGIES REPOUSSENT LES TÉNÈBRES  LA VÉRITÉ, 
LA CONNAISSANCE
 ET LES LOIS DE LA NATURE
(proverbe celtique)

ou bien 

LES CHIENS N’AIMENT PAS LE BÂTON, 
LES HOMMES N’AIMENT PAS LA VÉRITÉ..
  (proverbe tibétain)


La légende raconte qu'un jour la Vérité et le Mensonge se sont rencontrés

Selon une légende du 19e siècle la Vérité et le Mensonge se sont rencontrés un jour.
Le Mensonge dit à la Vérité : " Il fait très beau aujourd'hui"
La Vérité regarde autour d'elle et lève les yeux au ciel, le jour était vraiment beau. Ils passent beaucoup de temps ensemble jusqu'au moment d'arriver devant un puits.
Le Mensonge dit à la Vérité : "L'eau est très agréable, prenons un bain ensemble !"
La Vérité encore une fois méfiante touche l'eau, elle était vraiment agréable. Ils se déshabillent et se mettent à se baigner.
D'un coup, le Mensonge sort de l'eau, met les habits de la Vérité et s'enfuit.
La Vérité furieuse sort du puits et court partout afin de trouver le Mensonge et de récupérer ses habits.
Le Monde en voyant la Vérité toute nue tourne le regard avec mépris et rage.
La pauvre Vérité retourne au puits et y disparaît à jamais en cachant sa honte.
Depuis, le Mensonge voyage partout dans le monde habillé comme la Vérité, en satisfaisant les besoins de la société, et le Monde ne veut dans aucun cas voir la Vérité nue.

La Vérité sortant d'un puits - Édouard Debat-Ponsan, 1898

La Vérité sortant d'un puits - Édouard Debat-Ponsan, 1898

"Il n’existe aucun secret qui ne puisse être découvert, on ne peut rien cacher dans le monde civilisé. Notre société est comme un bal masqué, chacun y cache sa véritable nature et la révèle par le choix de son masque." Ralph Waldo Emerson
                                                                     
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HOLD-UP - Le film-documentaire en version intégrale
, non-censurée, actualisée >voir ICI
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mercredi 16 octobre 2019

Trente-deux astuces pour s’orienter dans une société saturée de propagande et de manipulation

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Depuis que le langage humain existe, les humains l’utilisent pour se manipuler mutuellement. Le fait qu’il soit possible de tisser ensemble habilement une suite de sons de bouche à valeur symbolique de manière à extraire des faveurs, des concessions, des votes et le consentement d’autres humains a rendu la manipulation si commune qu’elle envahit maintenant notre société de fond en comble, des relations interpersonnelles aux relations internationales entre les organismes gouvernementaux et le grand public.



Ce phénomène rend difficile la compréhension de ce qui se passe dans nos vies et dans le monde. Voici quelques conseils pour vous orienter dans ce paysage complexe plein de manipulations, que ce soit celles que vous pouvez rencontrer dans vos interactions personnelles à petite échelle, ou celles à grande échelle, qui ont un impact sur le monde entier :

1. Comprendre le fait que les humains sont des animaux qui adorent les récits…

… et que quiconque contrôle les récits contrôle les humains. Le récit mental domine la conscience humaine ; la pensée est essentiellement un monologue ininterrompu, bouillonnant sur le soi et ce qu’il estime qu’il se passe dans son monde, et ce monologue est composé entièrement de récits mentaux. Ces histoires peuvent être manipulées et le seront, à une échelle individuelle par des personnes que nous rencontrons, et à grande échelle par d’habiles propagandistes. Nous fondons nos actions sur nos évaluations mentales de ce qui se passe dans le monde, et ces évaluations mentales peuvent être manipulées par contrôle narratif.

2. Soyez assez humble et ouvert pour savoir que vous pouvez être dupé.

Votre câblage cognitif est sensible aux mêmes piratages que tout le monde, et les manipulateurs de toutes sortes cherchent toujours à exploiter ces vulnérabilités. Il n’est pas honteux d’être trompé, il est honteux de tromper les gens. Ne laissez pas la honte et la dissonance cognitive vous empêcher d’envisager la possibilité que vous avez été dupé d’une manière ou d’une autre.

3. Observez le comportement des gens et ignorez les histoires qu’ils racontent sur leur comportement.

Cela s’applique aux gens qui traversent votre vie, aux politiciens ainsi qu’aux gouvernements. Les récits peuvent être facilement manipulés et déformés de différentes façons, alors que le comportement lui-même, lorsqu’il est examiné avec autant d’objectivité que possible, ne peut l’être. Concentrez-vous de cette façon sur le comportement et, finalement, vous commencerez à remarquer un grand écart entre ce que les actions de certaines personnes et ce que leurs mots racontent. Ces gens, ce sont les manipulateurs : méfiez-vous d’eux.

4. Méfiez-vous des gens qui ne cessent de vous dire ce qu’ils sont et comment ils sont, parce qu’ils essaient de manipuler votre récit sur eux.

Méfiez-vous doublement des gens qui ne cessent de vous dire ce que vous êtes et comment vous êtes, parce qu’ils essaient de manipuler votre récit sur vous-même.

5. Apprenez à étudier de quelle manière les manipulateurs utilisent  la confiance et la sympathie pour appâter les gens jusqu’à ce qu’ils souscrivent à leurs récits concernant les faits.

Tout manipulateur utilise la confiance et/ou la sympathie comme base de ses manipulations, parce que si vous n’avez pas confiance ou de sympathie envers eux, vous ne souscrirez pas mentalement à ses récits. Ceci est vrai pour les médias, ceci est vrai pour les communiqués de presse du Département d’État qui vous implorent d’avoir de la sympathie pour le peuple de telle nation X, et ceci est vrai pour les membres de votre famille et vos collègues. Une fois que vous avez repéré des manipulateurs, votre tâche est de tuer toute votre sympathie et votre confiance envers eux, peu importe comment ils se mettent à jouer les victimes pour vous appâter à nouveau.

6. Méfiez-vous de quiconque refuse de s’exprimer clairement.

La salade verbale est une tactique notoirement utilisée par les pervers narcissiques, parce qu’elle maintient la victime dans un état de confusion et incapable de comprendre les faits. Si on n’arrive pas à comprendre clairement ce que dit le pervers manipulateur, on ne peut pas se forger une position solide à son égard, et le pervers le sait. Insistez pour établir une communication lucide, et si elle vous est refusée, retirez votre confiance et votre sympathie. Appliquez [« en même temps », NdT.]ce conseil aux personnes qui traversent votre vie, aux fonctionnaires du gouvernement et aux concepts propagandistes sur 8chan.

7. Familiarisez-vous avec les biais cognitifs, ces imperfections de la cognition humaine qui nous font percevoir les choses d’une manière irrationnelle.

Concentrez-vous particulièrement sur le biais de confirmation, l’effet de rebondet l’effet de vérité illusoire. Les humains ont une fâcheuse tendance à rechercher le confort cognitifdans leurs combinaisons d’informations et à éviter la dissonance cognitive, plutôt que de chercher la vérité sans égards pour les dissonances et le confort cognitifs. Ce qui implique que nous avons tendance à choisir ce que nous croyons, selon que nous le trouvons confortable plutôt que solidement appuyé par des faits et des preuves. C’est une faiblesse de notre câblage cognitif, que les manipulateurs peuvent exploiter… ce qu’ils font inlassablement. Et, à nouveau, soyez assez humble pour être conscient que cela vous concerne également.

8. Placez avec confiance votre propre compréhension au-dessus de celle des autres.

Ce n’est peut-être pas parfait, mais c’est toujours mieux que de laisser votre compréhension des faits aux mains des professionnels du récit et de la niaise pensée collective partisane, ou littéralement par n’importe qui d’autre qui se situe dans un paysage narratif saturé de propagande et de manipulation. Vous ne comprendrez pas avec certitude, mais parier sur votre propre compréhension est l’option disponible la plus sûre. Il peut être intimidant de se tenir seul et trier le vrai du faux par vous-même au cas par cas mais l’alternative est de donner à quelqu’un d’autre une autorité sur votre compréhension du monde. Abdiquer votre responsabilité d’arriver à comprendre clairement ce qui se passe dans votre monde est une chose honteuse et lâche. Soyez donc assez courageux pour insister sur le fait que vous avez raison jusqu’à ce que vous parveniez vous-même à comprendre que vous aviez tort.

9. Comprenez que la propagande est l’aspect le plus négligé et sous-estimé de notre société.

Tout le monde parle constamment de ce qui ne va pas dans le monde, mais pratiquement aucune de ces discussions n’a pour point de départ le fait que le public a été manipulé par la propagande des médias pour soutenir la création et la poursuite de ces problèmes. Le fait que des personnes puissantes manipulent constamment notre façon de penser, d’agir et de voter devrait être au premier plan de la conscience de chacun, et non pas relégué aux discussions occasionnelles des cercles marginaux.

10. Respectez le fait que la science de la propagande moderne est en phase de recherche et développement depuis plus d’un siècle.

Pensez à toutes les avancées militaires qui ont été faites au cours du dernier siècle pour vous faire une idée du niveau de sophistication actuel de cette science. Ils sont très, très en avance sur nous en termes de recherche et de compréhension des méthodes de manipulation de la psyché humaine à des fins qui profitent aux puissants. Si jamais vous doutez que les professionnels de la narration pourraient être avancés et assez rusés pour tirer les ficelles d’une manipulation donnée, vous pouvez particulièrement mettre ce doute de côté. Ne les sous-estimez pas.

11. Comprenez que la propagande des médias de masse occidentaux consiste rarement en des mensonges purs et simples.

Tout au plus, les médias publieront avec crédulité les récits des organismes gouvernementaux qui mentent tout le temps. Plus souvent, la tromperie prend la forme de distorsions, de demi-vérités et d’omissions. Accordez plus d’attention à l’écart entre ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas, et à ce qui n’est pas dit.

12. Faites des efforts pour développer votre rapport à l’information, le sens de ce qui est intéressant et de ce qui ne l’est pas.

Cela prend du temps et de la pratique, mais vous permet de voir quels événements dignes d’intérêt ne sont pas signalés par les médias de masse et quels non-événements sont mis en valeur pour façonner un récit favorable aux classes dirigeantes. Quand vous aurez compris, vous distinguerez en permanence des récits de type « Pourquoi font-ils comme s’il s’agissait d’une nouvelle ? »et des récits de type « Pourquoi personne ne raconte cela ? »

13. Soyez patients et compatissants avec vous-même lorsqu’il s’agit de développer vos compétences de navigation narrative.

Comme dans littéralement n’importe quel ensemble de compétences, vous serez inefficace pendant un certain temps. Si vous apprenez que vous vous êtes trompés, il suffit de se saisir de la nouvelle information, l’ajuster de manière appropriée, et se rebrancher plus loin. Ne vous attendez pas à maîtriser ce sujet avant d’avoir eu le temps de le maîtriser. Comme pour tout le reste, si vous y mettez du temps, vous deviendrez bons.

14. Trouvez des journalistes fiables qui ont un bon sens de l’orientation pour naviguer dans la matrice narrative, et suivez leur trace pour vous orienter et rester au courant de ce qui se passe.

Utilisez des journalistes individuels et non des organisations : aucune organisation n’est solide à 100 %, mais certains journalistes sont assez précis sur certains sujets. Cliquez sur ce lienpour un article sur une façon de construire un flux de nouvelles personnalisé et fiable. Cliquez sur ce lienpour obtenir une liste de tous mes journalistes préférés sur Twitter dès maintenant.

15. Ne laissez pas la paranoïa devenir votre principal ou unique outil pour naviguer dans la matrice narrative.

Le seul moyen pour certains de comprendre le monde est de se méfier radicalement de tout et de tout le monde, ce qui est aussi utile qu’une boussole qui vous dit que chaque direction est au nord. Si vous passez du temps dans les cercles de conspirationnistes et de critique des médias, vous rencontrerez beaucoup de ces gens. Rejeter tout comme faux vous laisse avec rien comme vrai. Trouvez des outils positifs pour apprendre ce qui est vrai.

16. Tenez votre vision du monde assez librement pour pouvoir la changer à tout moment à la lumière de nouvelles informations…

… mais pas si librement qu’il peut être éjectée de votre tête par une personne qui vous dit quoi penser d’un ton confiant et autoritaire. Comme l’a dit un jour Carl Sagan : « Il vaut la peine de garder l’esprit ouvert, mais pas au point de perdre votre cerveau. »

17. En parlant de ton confiant et autoritaire, méfiez-vous des tons confiants et autoritaires.

Il est incroyable d’observer le pouvoir d’attraction que des gens ont avec un récit, simplement en faisant mine de savoir que ce qu’ils disent est vrai, qu’ils soient experts de MSNBC ou conspirationnistes populaires sur Youtube. Tant de gens ne font que simuler, parce que cela fonctionne. Vous rencontrez cela tout le temps dans les débats des forums politiques en ligne : des gens viennent vers vous avec une attitude suprêmement confiante, mais si vous les poussez à présenter leurs connaissances sur le sujet et la force de leurs arguments, il n’y a vraiment rien là-dessous. Ils sont simplement habitués à ce que les gens présument qu’ils savent de quoi ils parlent et ne contestent pas leurs affirmations revendications. Or ils sont complètement rebutés lorsque quelqu’un ne gobe pas leur truc de feinte confiance.

18. Soyez conscients que les sociopathes existent.

Il y a des gens qui, à divers degrés, ne se soucient pas de ce qui arrive aux autres, et ce sont les types de personnes qui utiliseront la manipulation pour parvenir à leurs fins, chaque fois qu’elle leur sera utile. Or si vous ne vous souciez de la vérité ou des autres personnes que dans la mesure où vous pouvez les utiliser, alors il n’existe aucun obstacle à la manipulation.

19. Soyez conscients du phénomène de projection, et conscient du fait qu’elle fonctionne dans les deux sens.

Les personnes malsaines ont tendance à projeter leur malveillance sur les autres, tandis que les personnes saines ont tendance à projeter leur bienveillance. Ne laissez pas votre bienveillance vous tromper en pensant qu’il n’y a pas de monstres pour vous tromper et vous manipuler, et ne laissez pas les sociopathes projeter leurs propres motifs sinistres sur vous en vous disant combien vous êtes pourris. Ce mélange concerne beaucoup de personnes bienveillantes, surtout dans leur vie personnelle. Tout le monde n’est pas bienveillant, et tout le monde n’est pas honnête, voyez-le clairement.

20. Méfiez-vous de ceux qui préconisent excessivement la civilité, les règles et la politesse.

Les manipulateurs prospèrent sur les règles et la civilité, parce qu’ils savent comment les manipuler. Quelqu’un qui est prêt à colorier en dehors des lignes et à se fâcher contre une personne nocive, même quand elle agit dans les règles, met un manipulateur très mal à l’aise. Souvent ceux qui vous disent de vous calmer et comment vous comporter quand vous êtes à juste titre poussé à bout sont des manipulateurs qui ont un intérêt direct à vous faire adhérer aux règles dans lesquelles ils ont appris à fonctionner.

21. La méditation, la pleine conscience, l’introspection et d’autres pratiques sont des outils puissants qui peuvent vous aider à comprendre vos propres processus intérieurs…

… ce qui vous aide alors à comprendre comment les manipulateurs peuvent vous manipuler et comment ils manipulent les autres. Assurez-vous simplement que vous les utilisez à cette fin, et non pas à des fins d’évasion, comme le font la plupart des types « spirituels ». Vous essayez de devenir pleinement conscient de ce qui vous anime mentalement, émotionnellement et énergiquement, vous n’essayez pas de devenir un petit bambi en pleine béatitude spirituelle.Le but n’est pas de se sentir mieux, mais d’être meilleur dans le ressenti.Meilleur pour ressentir consciemment votre propre monde intérieur.

22. Soyez implacablement honnête avec vous-même au sujet de vos propres récits intérieurs et des diverses façons dont vous êtes engagés dans la manipulation.

Vous ne pouvez pas naviguer à travers la matrice de contrôle narratif si vous n’êtes pas clair sur votre propre rôle dans celui-ci. Observez à l’intérieur et faites votre inventaire en toute conscience.

23. Comprenez que les conséquences de la vérité ne sont généralement pas agréables à l’ego, c’est-à-dire de la manière dont les scripts d’Hollywood y font appel.

Tout récit qui pointe vers une fin hollywoodienne où le méchant est propulsé dans la lave d’un mawashi-geribien ajusté et où le héros embrasse la fille est de la pure fabrique industrielle. Le Russiagate et QAnonsont deux exemples parfaits d’un récit agréable pour les égos avec promesse d’une fin hollywoodienne, soit que Trump et ses cohortes soient entraînés dans les chaînes ou que les Chevaliers blancs submergent l’État profond et jettent tous les Démocrates et les opposants Républicains à Trump en prison pour pédophilie. Ça n’arrivera pas, les gars.

24. Essayez de voir le monde avec des regard neuf plutôt qu’avec vos vieux yeux fatigués d’adulte qui vous ont appris à considérer ce cirque comme normal.

Gardez une image de ce à quoi ressemblerait un monde parfaitement sain et harmonieux : le contraste élevé entre cette image et le monde actuel vous servira de révélateur à la campagne des propagandistes pour normaliser des choses comme la guerre, la pauvreté, l’écocide ainsi qu’à l’impuissance électorale qui vous oblige à accepter le même comportement des gouvernements, de quelque bord que soient les élus. Or rien de cela n’est normal.

25. Sachez que la vérité n’a pas de parti politique, et les ingénieurs sociaux non plus.

Tous les partis politiques sont habitués à manipuler les masses de diverses façons, et des pépites de vérité vont émerger potentiellement de n’importe lequel d’entre eux. Penser selon des lignes partisanes garantit de vous donner une vision déformée. Ignorez les lignes imaginaires entre partis. Vous pouvez être certains que vos dirigeants le font.

26. Restez toujours conscients de cette simple dynamique : les gens qui deviennent milliardaires sont généralement ceux qui sont assez sociopathes pour avoir fait tout ce qu’il faut pour y parvenir.

Cette classe a été en mesure d’acheter un contrôle narratif presque total grâce à la propriété/l’influence des médias, au lobbying des entreprises, au financement des groupes de réflexion et à celui des campagnes électorales. Ses représentants sont ainsi capables de manipuler le public en contribuant à des agendas qui ne profitent qu’aux ploutocrates et à leurs laquais. Cela explique à peu près tous les grands problèmes auxquels nous faisons face actuellement.

27. Comprenez que les nations sont de pures constructions narratives : elles n’existent que dans la mesure où les gens acceptent de prétendre qu’elles existent.

Les créateurs de récit le savent, et ils exploitent le fait que la plupart d’entre nous ne le savent pas. Prenez le cas de Julian Assange, un exemple parfait : il a été expulsé de l’ambassade et emprisonné par suite d’une collaboration totalement évidente entre les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suède, l’Équateur et l’Australie. Pourtant chacune prétendait agir séparément, comme nation souveraine complètement indépendante des autres. La Suède prétendait qu’elle était profondément préoccupée par les accusations de viol, le Royaume-Uni prétendait qu’il était profondément préoccupé par une violation du système de caution, l’Équateur prétendait qu’il était profondément préoccupé par le skateboard et l’hygiène du chat de l’ambassade, les États-Unis prétendaient qu’ils étaient profondément préoccupés par les détails de la façon dont Assange avait aidé Chelsea Manning à dissimuler ses traces, et enfin l’Australie prétendait qu’elle était trop profondément préoccupée par le fait d’honorer les questions souveraines de ces pays pour intervenir au nom de son citoyen. Et tout a convergé d’une façon qui se trouve être exactement la même chose que d’emprisonner un journaliste pour avoir publié des faits. Or on assiste constamment à la même dynamique, qu’il s’agisse d’interventions militaires, d’accords commerciaux ou de campagnes narrative contre des gouvernements non alignés.

28. Comprenez que la guerre est le ciment qui maintient l’empire centré sur les États-Unis.

Sans la carotte de l’alliance militaire / économique et le bâton de la violence militaire / économique, l’empire centré sur les États-Unis cesserait d’exister. C’est pourquoi la propagande belliciste est constante et parfois si forcée que des trous dans la trame du complot deviennent flagrants. C’est tellement important qu’ils doivent passer en force, même s’ils ne peuvent pas obtenir de matrice narrative construite de manière adéquate. S’ils arrêtaient cette fabrique de consentement aux guerres incessantes de l’Empire, les gens perdraient toute confiance dans le gouvernement et les institutions médiatiques, et ces institutions perdraient elles-mêmes la capacité de propager efficacement leurs récits dans le public. Et sans cette capacité de propager efficacement leurs récits dans le public, nos dirigeants ne peuvent plus diriger.

29. Rappelez-vous que lorsqu’il s’agit de politique étrangère, les néocons ont toujours tort.

En ceci ils ont été si remarquablement cohérents depuis si longtemps que chaque fois qu’il y a un récit impliquant des hostilités entre l’alliance centrée sur les États-Unis et n’importe quel autre pays, il vous suffit d’écouter ce que Bill Kristol, Max Boot et John Bolton disent à ce sujet puis de croire exactement le contraire. Ils constituent en fait un très efficace outil de navigation.

30. Remarquez comment les manipulateurs aiment diviser la population en deux, puis amener les deux parties à se disputer sur la façon dont on devrait servir les classes dirigeantes.

Se demander s’il vaut mieux voter Démocrate ou Républicain, s’il vaut mieux intensifier la tension avec l’Iran et le Venezuela ou avec la Syrie et la Russie, s’il vaut mieux soutenir le Président américain ou le FBI, se demander commentla censure sur internet devrait être appliquée et quidevrait être censuré plutôt que sila censure devrait être appliquée en premier lieu. Le plus longtemps ils peuvent nous faire discuter sur la meilleure façon de lécher la botte impériale, le plus longtemps ils nous empêchent de dire sinous voulons vraiment la lécher.

31. Méfiez-vous des appels à l’émotion.

Il est beaucoup plus facile de manipuler quelqu’un en faisant appel à ses sentiments plutôt qu’à sa capacité d’analyse rationnelle. C’est pourquoi, chaque fois qu’ils veulent fabriquer un soutien à l’interventionnisme militaire, vous voyez des photos d’enfants morts partout sur les écrans d’information plutôt qu’un argumentaire logique sur les avantages à recourir à la violence militaire fondé sur une présentation approfondie des faits et des preuves. Vous voyez la même stratégie utilisée dans le schéma de culpabilité qu’ils font reposer sur les électeurs de partis tiers : c’est de l’hyperbole émotionnelle qui s’effrite sous n’importe quelle analyse factuelle, mais ils l’utilisent parce que ça fonctionne. Ils s’en prennent à votre cœur pour contourner votre tête.

32. Observez la quantité de propagande utilisée pour maintenir opérationnelle la machine de propagande elle-même.

Ceci est fait parce que la propagande est à ce point cruciale pour le maintien des structures du pouvoir dominant. Beaucoup d’efforts sont consacrés à bâtir la confiance dans les officines de gestion narrative de l’établissement tout en semant la méfiance envers les sources de désaccord. Vous verrez des campagnes de propagande entièrement construites autour de ces seuls objectifs.
Caitlin Johnstone
Traduit par Stünzi pour le Saker francophone
Note du traducteur

Deux remarques. Très modestement, j’ajouterai un 33ème paragraphe que Caitlin Johnstone frôle d’ailleurs au point 30 :

1. Cherchez toujours ce qu’il y a derrière ces « débats à la c.n » dont les médias raffolent, habituellement sous les espèces d’un lynchage de presse ou d’un clash   soigneusement télévisé. Ce sont des écrans de fumée vraisemblablement destinés à   consommer stérilement du temps, de l’énergie cérébrale et de la cohésion sociale.  Refusez ces clivages tribaux de supporters de football, utilisez votre « temps de cerveau disponible » pour observer les lignes arrière, là où se préparent les       offensives.

2. Sur les biais cognitifs abordés au point 7, voir la remarquable note de lecture de Michel Drac sur le livre de Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2 : Les deux 
vitesses de la pensée.

mercredi 10 avril 2019

L’« épuration ethnique » du Kosovo

sur le Monde Diplomatique

Le plus gros bobard de la fin du XXe siècle




Il y a vingt ans, le 24 mars 1999, treize États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, bombardaient la République fédérale de Yougoslavie. Cette guerre dura soixante-dix-huit jours et se nourrit de bobards médiatiques destinés à aligner l’opinion des populations occidentales sur celle des états-majors. Les Serbes commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller », prétendit le ministre de la défense allemand, le social-démocrate Rudolf Scharping, dont les propos furent repris par les médias ; ils ont tué « de 100 000 à 500 000 personnes » (TF1, 20 avril 1999), incinéré leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz » (The Daily Mirror, 7 juillet). Une à une, ces fausses informations seront taillées en pièces — mais après la fin du conflit —, notamment par l’enquête du journaliste américain Daniel Pearl (The Wall Street Journal, 31 décembre 1999). Tout comme se dégonflera l’une des plus retentissantes manipulations de la fin du XXe siècle : le plan Potkova (« fer à cheval »), un document censé prouver que les Serbes avaient programmé l’« épuration ethnique » du Kosovo. Sa diffusion par l’Allemagne, en avril 1999, servit de prétexte à l’intensification des bombardements. Loin d’être des internautes paranoïaques, les principaux désinformateurs furent les gouvernements occidentaux, l’OTAN ainsi que les organes de presse les plus respectés (1).
Parmi eux, Le Monde, un quotidien dont les prises de position éditoriales servent alors de référence au reste de la galaxie médiatique française. Sa rédaction, dirigée par Edwy Plenel, admet avoir « fait le choix de l’intervention (2)  ». En première page de l’édition du 8 avril 1999, un article de Daniel Vernet annonce : « Ce plan “Fer à cheval” qui programmait la déportation des Kosovars ». Le journaliste reprend les informations dévoilées la veille par le ministre des affaires étrangères allemand, l’écologiste Joschka Fischer. Ce « plan du gouvernement de Belgrade détaillant la politique de nettoyage ethnique appliquée au Kosovo (…) porte le nom de code de plan “Fer à cheval”, sans doute pour symboliser la prise en tenaille des populations albanaises », écrit Vernet, pour qui la chose « paraît faire peu de doutes ».
Deux jours plus tard, le quotidien récidive sur toute la largeur de sa « une » : « Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration ethnique ». « Le plan serbe “Potkova” programmait l’exode forcé des Kosovars dès octobre 1998. Il a continué d’être appliqué pendant les négociations de Rambouillet. » Le Monde évoque un « document d’origine militaire serbe » et reprend à nouveau les allégations des officiels allemands, au point de reproduire l’intégralité d’une note de synthèse — ce qu’on appellerait aujourd’hui les
« éléments de langage » — distribuée aux journalistes par l’inspecteur général de l’armée allemande. Berlin entend alors justifier auprès d’une opinion plutôt pacifiste la première guerre menée par la Bundeswehr depuis 1945, de surcroît contre un pays occupé cinquante ans plus tôt par la Wehrmacht.
Or ce plan est un faux : il n’émane pas des autorités serbes, mais a été fabriqué à partir d’éléments compilés par les services secrets bulgares, puis transmis aux Allemands par ce pays, qui fait alors du zèle pour rentrer dans l’OTAN. Le pot aux roses sera révélé le 10 janvier 2000 par l’hebdomadaire Der Spiegel et confirmé douze ans plus tard par l’ancienne ministre des affaires étrangères bulgare. A posteriori, le document aurait dû inspirer d’autant plus de méfiance que « fer à cheval » se dit potkovica en serbe, et non potkova, ainsi que le remarqua dès le 15 avril 1999 le député allemand Gregor Gysi devant le Bundestag. En mars 2000, le général de brigade allemand Heinz Loquai exprime dans un livre ses « doutes sur l’existence d’un tel document » ; son enquête oblige M. Scharping à admettre qu’il ne dispose pas d’une copie du « plan » original. Au même moment, le porte-parole du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qualifie les éléments du prétendu plan de « matériel peu probant » (Hamburger Abendblatt, 24 mars 2000) ; et la procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas référence dans l’acte d’accusation de Milošević en 1999 puis en 2001.
« La guerre, avait expliqué Plenel peu après le début des bombardements, c’est le défi le plus fou pour le journalisme. C’est là qu’il prouve ou non sa crédibilité, sa fiabilité (3) » L’investigateur n’est jamais revenu sur ce grand écart avec « l’amour des petits faits vrais » qu’il proclame dans son livre pamphlet en faveur de l’intervention de l’OTAN (4)Le Monde évoquera à nouveau le faux, mais comme s’il l’avait toujours considéré avec prudence : « “Fer à cheval” reste un document fort controversé, dont la validité n’a jamais été prouvée » (16 février 2002). Spécialistes des Balkans, les journalistes Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan Potkova d’« archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens (5)  ».
La célébration d’un anniversaire n’aurait pas justifié à elle seule qu’on revienne sur cette affaire. Mais certaines de ses conséquences pèsent encore sur la vie internationale. Pour ce qui fut sa première guerre depuis sa naissance en 1949, l’OTAN choisit d’attaquer un État qui n’avait menacé aucun de ses membres. Elle prétexta un motif humanitaire et agit sans mandat des Nations unies. Un tel précédent servit les États-Unis en 2003 au moment de leur invasion de l’Irak, là encore aidée par une campagne de désinformation massive. Quelques années plus tard, la proclamation par le Kosovo de son indépendance, en février 2008, mettrait à mal le principe de l’intangibilité des frontières. Et la Russie se fonderait sur cette indépendance lorsque, en août 2008, elle reconnaîtrait celles de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux territoires qui s’étaient détachés de la Géorgie. Puis en mars 2014 quand elle annexerait la Crimée.
La guerre du Kosovo ayant été conduite par une majorité de gouvernements « de gauche », et appuyée par la plupart des partis conservateurs, nul n’avait intérêt à ce qu’on revienne sur les falsifications officielles. Et on comprend sans peine que les journalistes les plus obsédés par la question des fake newspréfèrent eux aussi regarder ailleurs.
Serge Halimi & Pierre Rimbert
(1Cf. Serge Halimi, Henri Maler, Mathias Reymond et Dominique Vidal, L’opinion, ça se travaille… Les médias, les « guerres justes » et les « justes causes », Agone, Marseille, 2014.
(2Pierre Georges, directeur adjoint de la rédaction du Monde, entretien accordé à Marianne, Paris, 12 avril 1999.
(3Cité dans Daniel Junqua, La Lettre, n° 32, Paris, avril 1999, et reproduit sur Acrimed.org, novembre 2000.
(4Edwy Plenel, L’Épreuve, Stock, Paris, 1999.
(5La Revue du crieur, n° 12, Paris, février 2019.

jeudi 29 juin 2017

POUTINE par OLIVER STONE : recadrage

CONVERSATIONS avec POUTINE (I)

Pendant deux ans, le réalisateur Oliver Stone a eu l'occasion de s'entretenir avec Vladimir Poutine. Bénéficiant d'un accès sans précédent à l'intimité du président russe, il l'a accompagné au Kremlin ou lors de ses déplacements. A cette occasion, il a pu s'entretenir avec lui et le questionner librement sur les sujets les plus divers, comme ses relations avec les Etats-Unis ou l'histoire récente de la Russie.


mardi 6 juin 2017

UKRAINE | Le pape François sait-il ce qu’il bénit?



Les images sont déroutantes, et l’on comprend pourquoi les médias de grand chemin ont évité de les diffuser. Le 24 mai dernier, le pape François recevait un important groupe de soldats ukrainiens en uniforme et leur accordait sa bénédiction
L’Ukraine est aujourd’hui un pays à la dérive, gouverné par un régime corrompu issu d’un coup d’Etat. Ses forces armées ne parviennent plus à recruter parmi la population, mais font appel à un grand nombre de mercenaires. Leur idéologie, à commencer par le bataillon de choc «Azov», est ce qu’on trouve de plus proche, aujourd’hui, d’une résurgence du nazisme. L’armée délabrée bénie en mai par le pape François est incapable de vaincre sur le champ de bataille les insurgés du Donbass et se borne, pour l’essentiel, à harceler à l’artillerie les populations civiles, ceci au mépris de toutes les conventions. Elle a été dénoncée par Amnesty International, mais également par certains grands médias occidentaux. L’enquête de Paul Moreira «Ukraine, les masques de la révolution» diffusée sur Canal+ a dressé une peinture sinistre de ce régime et de ses agissements.
Ce geste très peu médiatisé écorne l’image d’un pape pacifiste et «de gauche». Loin des initiatives audacieuses et progressistes de François dans d’autres domaines, il renoue avec l’ambiguité qui a marqué l’attitude du Vatican durant la IIe Guerre mondiale et lui a valu un considérable discrédit dans l’après-guerre.

jeudi 15 décembre 2016

LE VRAI RÔLE DES MÉDIAS DE MASSE

sur

http://antipresse.tumblr.com/manifeste

par Slobodan Despot
LE VRAI RÔLE DES MÉDIAS DE MASSE

«Dans l’Occident moderne, l’altruisme émotif n’est pas une vertu, ni même une option: c’est un devoir. C’est un camouflage obligé pour sortir de chez soi, tout comme l’est la burqa pour les femmes en Arabie Saoudite.»

La rumeur parcourt l’«antisphère» depuis l’élection de Trump: les médias officiels sont morts! Ils ont tout misé sur Hillary ils ont donc tous perdu et plus personne le leur accorde le moindre crédit. Circulez, y a plus rien à en tirer!

C’est évidemment une vue de l’esprit. Les médias ne sont pas là pour dire le vrai, ils sont là pour organiser notre vie. Ils sont, dans un sens général (englobant donc aussi les «antimédias»), le filtre par où nous recevons les 95% de notre connaissance du monde qui nous entoure. Le paysan du XIXe siècle pouvait encore se prévaloir d’un rapport presque direct à la réalité, construit par une expérience immédiate patiemment accumulée tout au long de sa vie et validé par une tradition immémoriale. Le paysan d’aujourd’hui n’a, de ce lointain ancêtre, que le nom. Pour acquérir un bien agricole en UE, il doit franchir une vingtaine d’étapes administratives qui supposent davantage de familiarité avec la bureaucratie qu’avec les bêtes. Son contact avec la terre est lui-même médiatisé par les roues de son tracteur. De l’observation du ciel et des vents, il ne tire plus rien, ayant des applications météo gratuites dans son smartphone. Un smartphone sur lequel il tue le temps comme n’importe qui en labourant à la vitesse du pas les sillons interminables de ses champs de taille démesurée qu’impose l’agriculture industrielle.

Supposez que les services de météorologie lui donnent de fausses informations, que la bureaucratie change soudain ses critères en fonction de la théorie du réchauffement climatique, qu’une vague de suspicion frappe la céréale qu’il produit en monoculture ou que son fournisseur lui vende des semences stériles qu’il devra racheter contre bon argent l’année suivante s’il veut semer à nouveau. Il est mort! Il est totalement dépendant, totalement démuni, lui dont l’aïeul, tout en n’ayant pas le sou, était seul maître dans son enclos après Dieu. Une inflexion du cours des denrées, une entourloupe de Monsanto peuvent entraîner des vagues de suicides parmi les paysans désespérés, comme cela se voit aujourd’hui en Inde et ailleurs.

J’ai pris l’exemple du paysan comme un archétype de l’humain «archaïque» et antimédiatique — tout en sachant que c’était un faux exemple. Le paysan moderne est un technicien connecté, comme tout le monde dans notre société. Même des monastères régis par des règles de silence et d’isolation sévères dépendent la vente de leurs produits sur l’internet. Ils dépendent de leur médiatisation! Et il n’est pas un secteur d’activité dont la prospérité, et la survie même, ne dépendent de la pensée industrielle: de sa capacité de rationalisation, d’optimisation, de simplification. De la loi aveugle du nombre!
L’altruisme obligé, ou la burqa de l’homme blanc

C’est dans ce contexte de mécanisation et de déshumanisation systémiques qu’est née la civilisation la plus sentimentale de tous les temps. L’humain de l’ère industrielle — cœur dur et tripe molle selon Bernanos — vit avec une larme perpétuelle au coin de l’œil. Mais c’est le contexte médiatique qui va décider à quel moment, et à quel propos, sa larme va grossir en goutte et rouler sur sa joue. Téléthon: on récolte des millions pour le malheur médiatisé, mais on n’aura pas la moindre mansuétude pour le nécessiteux qu’on croise sur son palier. Migration: on met en scène la générosité de l’accueil, mais on n’a aucune pitié pour les parias qui se retrouvent à la rue pour n’avoir plus pu assumer les charges d’une société où une part croissante des taxes part justement… dans la générosité obligatoire!

La critique est facile, sur un plan général. On peut aisément en faire un système de pensée. C’est le système de pensée qui fonde le discours de ces mouvements dits «populistes» voire d’«extrême droite» qui constituent essentiellement le lobby des gens sans lobbies. Lesquels mouvements risquent bien, une fois arrivés, de remplacer une inhumanité par une autre. Entretemps, comme les révolutionnaires de jadis dans la civilisation bourgeoise, ils renvoient à cette société l’image la plus cruelle et la plus juste. Et, tout au fond de cette critique, se niche le plus petit dénominateur commun qui, par-delà les intérêts politiques et économiques, rassemble prolos et bourgeois, fils d’immigrés et vieux aristos sous les mêmes bannières: la volonté d’être non pas fascistes ni blancs ni Français ni Allemands; la volonté de rester ce qu’ils sont. De rejeter le camouflage imposé. Autrement dit, de rejeter la médiatisation qui les force dans un moule d’idées et de comportements qui les dénature.

Dans l’Occident moderne, en effet, l’altruisme émotif n’est pas une vertu, ni même une option: c’est une obligation. C’est un camouflage imposé pour sortir de chez soi, tout comme la burqa pour les femmes en Arabie Saoudite ou dans les quartiers sous charia d’Angleterre. Et, de même que leur voile intégral recouvre parfois des jeans serrés, voire des dessous de dentelle provocants, de même notre altruisme de façade recouvre une sécheresse de cœur encore jamais vue dans cette espèce dont nous sommes issus et qui s’appelait l’humanité.
A l’abri du sens

En un mot, nous nous sommes accommodés à vivre dans une hypocrisie permanente et absolue du fond de laquelle nous dénonçons l’hypocrisie des autres milieux ou des autres époques. Le «fond» de notre pensée, nous l’exprimons à mi-voix et uniquement à des proches et plus personne n’est assez fou pour clamer tout haut les évidences les plus cuisantes. De temps à autre, des «fuites» impliquant des ministres bien-pensants ou des vedettes de show-biz (se souvient-on de John Galliano?) nous rappellent à quel point le langage public de leur caste doit être corseté pour qu’ils finissent, quand ils se croient «en cercle privé», par s’épancher en des grossièretés explosives. Un seul mot malheureux peut mettre fin à une carrière par ailleurs exemplaire. Le discours des responsables politiques ou économiques est soigneusement lissé par les spin doctors afin de ne jamais laisser dépasser le moindre coin de bois rugueux sous la nappe satinée des euphémismes et des platitudes. Il importe de ne rien dire qui fasse sens! Lorsque vous franchissez cette limite, lorsque vous exprimez du sens, vous tombez dans la marmite du «populisme», d’où que vous soyez parti (voir à ce sujet le scandale soulevé par le banquier socialiste Thilo Sarrazin, en Allemagne).

Il importe de bien comprendre que cette terreur du «politiquement correct» n’est pas spécifiquement… politique. Comme le rappelle Angelo Codevilla), la correction politique passe avant l’exactitude factuelle parce que le Parti ou l’avant-garde éclairée (autrement dit le détenteur du monopole du langage public) incarne une réalité supérieure à la réalité elle-même. Une réalité «2.0», dirait-on aujourd’hui. Or depuis que nous sommes sortis du millénarisme marxiste et de ses illusions, plus aucun parti politique ne peut prétendre à une telle ambition: réécrire la réalité elle-même. La seule instance dotée des pouvoirs et des instruments d’un tel projet est le complexe académico-médiatique que les autorités publiques et l’économie entretiennent, mais qu’elles craignent plus que tout. L’université demeure aujourd’hui le dernier bastion des utopies collectivistes du XIXe siècle et en même temps le creuset des recherches de pointe en biotechnologie, cybernétique ou intelligence artificielle qui prétendent redéfinir concrètement l’être humain et son environnement. Sans l’assistance des médias (dont elle forme l’ensemble des cadres), l’université ne pourrait jamais justifier les crédits colossaux alloués à des recherches sans aucun intérêt ni écho pour les populations qui les financent, et encore moins s’assurer couverture et soutien pour des projets d’ingénierie humaine susceptibles d’accorder un droit de vie et de mort sur le «matériau humain» à une étroite et obscure avant-garde de technocrates. Il est aisé de voir que la théorie du genre elle-même ainsi que ses ramifications constitue une stratégie d’intimidation et de prise de pouvoir sociétale des milieux académiques, doublée d’un formidable désinhibiteur pour l’expérimentation la plus sacrilège: celle portant sur le sexe et la reproduction de notre espèce.
L’altruisme des sangsues

Au refaçonnage en laboratoire de la réalité biophysique correspond le remplacement de la réalité éprouvée par une réalité de synthèse au travers des médias. En ce sens, le processus est agnostiqueet apolitique. N’importe ce que vous pensez, pourvu que vous pensiez artificiel: c’est pourquoi, par exemple, le grotesque nazisme ukrainien ne dérange absolument pas les médias de grand chemin! N’importe ce que vous croyez voir, pourvu que vous le voyiez à travers nos lucarnes. Tout ce que nous sentons, tout ce que nous pensons est passé au crible des médias et des valeurs qu’ils colportent. Les contradictions ne leur font pas peur, au contraire. Elles contribuent à désorienter le cobaye — et donc à le rendre encore plus dépendant. Les médias ne servent pas à informer la meute, ils servent à la dresser.

D’où cette insistance sur le culte de l’Autre en tant que négation du Même (de soi), couplée à la dérive émotionnelle qui court-circuite les garde-fous rationnels. Tandis qu’on nous intime d’être altruistes dans le contexte général, il nous est permis et recommandé d’être cupides comme des sangsues dans notre vie privée («Vos intérêts», «Faire fructifier votre argent», «profiter de vos avantages», etc.). En couplant la générosité abstraite à la mesquinerie concrète, on façonne des masses d’humains écervelés, abreuvés de slogans de fraternité et de partage, mais mus par un égocentrisme strict excluant tout esprit de sacrifice et toute confiance en l’autre, conditions premières d’une identité collective.

C’est pourquoi les mouvements identitaires (= défense du Même) sont proscrits, c’est pourquoi le réalisme politique, social ou éducatif est a priori décrié, c’est pourquoi les individus au langage franc et à l’engagement sacrificiel sont inévitablement poussés vers l’«extrême droite». N’échappent à la mise au ban que les grégaires et les veules qui acceptent de brouter l’herbe entre leurs quatre pattes sans s’intéresser au destin du troupeau.

Et c’est aussi pourquoi la faillite totale du système médiatique sur la victoire de Trump n’était pas une simple erreur d’appréciation. C’était littéralement une «erreur système»: la faillite momentanée d’une matrice informatique mise en place non pour rendre compte de la réalité, mais pour la remplacer.


Slobodan Despot (Antipresse n° 54)


Illustration vidéo de l'article de S. Despot 



Les médias occidentaux se basent-ils toujours sur des sources crédibles dans leur reportages sur la Syrie ? La réponse de cette journaliste canadienne a laissé sans voix son interlocuteur.

mardi 1 mars 2016

L'émission de Nikita Mikhalkov interdite par le dictateur Poutine? Non, par la chaine russe Rossia 24



Emission de Besogon TV consacrée par Nikita Mikhalkov à la russophobie, interdite par la chaine russe Rossia 24.
On comprend vite pourquoi on l'a interdite... Car il démasque les manipulations, les mensonges, les provocations du même genre de petits journalistes éhontés que chez nous, et l'on peut se poser, devant les similitudes de méthodes et d'objectifs, les questions de Mikhalkov: QUI et POURQUOI? D'où vient leur impunité? Manifestement, ces malfaiteurs ne sont pas au Goulag, et se portent très bien, le dictateur Poutine les supporte.


Merci à Laurence

mardi 2 février 2016

Les bonnes âmes "démocrates" se réveillent… un peu tard : l'enfer a déjà bien prospéré en Ukraine, pavé de leurs bonnes intentions…


En réaction au documentaire de Paul Moreira




extrait de l'article

[…]  Nous avons encore en mémoire les images des Ukrainiens manifestant contre le pouvoir corrompu et autoritaire de leur président Viktor Ianoukovitch, pro-Russe. C’était en février 2014, et le mouvement entraîna la chute du régime de Kiev. Mais, deux ans après, les promesses de liberté du nouveau gouvernement pro-occidental ont-elles été tenues ? Non, à en croire la remarquable enquête de Paul Moreira : car “la révolution a armé et installé tout près du pouvoir” du président Petro Porochenko des groupes d’extrême droite. Avec le soutien de Washington.[…] 

Mais ne pensez pas que cela suffise à tous les aveugles pour recouvrer la vue car de même qu' "il n'est pire sourd que celui qui ne veut rien entendre" Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut rien voir
Aussi le réalisateur PAUL MOREIRA a-t-il été obligé de répondre à ces dangereux aveugles qui ont la prétention de guider le peuple 

Voici un  extrait de sa réponse parue sur Mediapart


[…] Quand j'ai commencé cette enquête sur l'Ukraine, j'ai découvert avec sidération à quel point le massacre d'Odessa en mai 2014 avait disparu des mémoires... 45 personnes tuées dans un incendie au coeur d'une grande ville européenne en plein milieu du XXIème siècle. Tout avait été filmé par des dizaines de caméras et de téléphones portables. Autour de moi, personne ne s'en souvenait. 
45 Ukrainiens d'origine russe sont morts dans l'incendie d'un bâtiment provoqué par les cocktail-molotovs de milices nationalistes ukrainiennes.

Après une rapide recherche, je découvrais que l'évènement n'avait pas été censuré. Il avait été abordé, évoqué, mais jamais enquêté. Comme s'il gênait.

Pourquoi ? Probablement parce que les victimes étaient d'origine russe. Ces victimes étaient rapportées comme des "personnes", sans qu'on sache qui elles étaient, qui les avaient tuées et pourquoi elles étaient mortes. Des "personnes" qui n'étaient personne. […]
Qu'est ce qui s'est passé ce 2 mai 2014, à Odessa ? Je l'ai découvert après avoir visionnés des heures d'images, interviewé des dizaines de témoins, retrouvé des victimes et des agresseurs, croisé les récits jusqu'à obtenir une relation des faits qui fasse sens de cette furie. Précision importante : je n'ai interviewé et diffusé que les témoins directs des faits, les gens que je voyais à l'image, cela me permettait de filtrer un peu les exagérations et les mensonges qui naissent toujours, du côté des attaquants comme des victimes. Le résultat de ce travail minutieux est au coeur du film qui est diffusé lundi soir par Canal Plus.

Lors de mon enquête sur ce massacre à bas bruit, j'ai vu l'importance des milices nationalistes. Elles étaient en première ligne dans les combats de rue à Maïdan, puis s'étaient formées en bataillons pour aller combattre à l'Est les troupes russes. Mais ces bataillons ne s'étaient pas dissous dans l'armée. Ils ne s'imposaient pas la même discipline. Ils pouvaient servir de supplétifs au gouvernement. Ou bien s'ériger en police parallèle. Et, oui, dans leurs rangs, les signes d'une idéologie néo-nazie étaient patents. […]

mardi 24 novembre 2015

Des néo-nazis dans le magazine Phosphore ?

 [Arrêt sur Info]

Dans son numéro 413 de novembre 2015, le magazine Phosphore à destination des lycéens, publie un reportage photo sur le conflit en Ukraine intitulé : « La guerre à 20 ans », réalisé par Pete Kiehart, un photo-journaliste ukrainien.
Le reportage nous présente deux jeunes ukrainiens qui « ont cru devoir prendre les armes pour défendre leur pays, l’Ukraine, contre les forces séparatistes pro-russes. »
Les jeunes volontaires suivis par le journaliste et mis en scène comme des « héros » servent de support à une narration partiale et orientée du conflit, sur laquelle il serait cependant trop long de s’attarder ici, et une vision apologétique de la violence armée.
La première image présente Ruslan, sur deux pleines pages, en train de nettoyer son arme « qu’il n’hésitera pas à utiliser en mission sur le front, à quelques kilomètre de là. »
L’axe de traitement journalistique est d’emblée fortement affirmé : le reportage donnera à voir de jeunes « guerriers » qui défendent leur pays, dans la lignée de certaines productions hollywoodiennes où le conflit armé est réduit à sa dimension d’affrontement viril. Pour faire bonne mesure, l’article s’attache également au personnage de Ruslana, le pendant féminin de Ruslan. On peut ici s’interroger sur le message véhiculé à travers l’attachement et la mise en lumière de figures combattantes féminines dans le cadre d’un conflit armé. S’agit-il de montrer que le combat armé n’est plus le monopole de la virilité mais que les femmes peuvent aujourd’hui prendre toute leur part à la violence au nom de l’égalité des sexes ? Le magazine Elle avait déjà réalisé un reportage sur les « femmes combattantes » qui participait de cette logique, dans le cadre du conflit ukrainien en novembre 2014, avant de devoir s’excuser auprès de ses lecteurs : l’égérie ukrainienne mise en vedette dans le magazine appartenait en effet à la mouvance néo-nazie.
Phosphore est malheureusement tombé dans le même travers et son héroïne féminine, Ruslana, est  membre de la mouvance néo-nazie ukrainiennelargement représentée dans les bataillons de volontaires qui combattent les indépendantistes russophones de l’est du pays. Les lecteurs ne seront cependant jamais informés de ce fait par le magazine, qui présente Ruslana comme une « combattante de la liberté ».
L’appartenance de l’héroïne de Phosphore, Ruslana, à la mouvance néo-nazie est parfaitement identifiable sur la photographie figurant en page trois du photo-reportage et qui la présente en compagnie de Ruslan et de leur instructeur. La jeune fille, en tenue militaire et débardeur, arbore un symbole nazi très clairement visible, tatoué sur son bras gauche : le « soleil noir ».
Ce symbole fut employé au cours de la seconde guerre mondiale et appartient au mysticisme nazi. Il figure aujourd’hui sur l’écusson du bataillon de volontaires ukrainiens Azov, à l’idéologie ouvertement néo-nazie et qui combat dans l’est du pays.
RuslanaRuslana, l’héroïne du magazine Phosphore du mois de novembre. On peut voir sur son bras droit le tatouage du «soleil noir », un des symboles de la mystique nazi…
 http://mai68.org/spip/local/cache-vignettes/L500xH334/Soleil-noir_Wewelsburg_allemagne
Le « soleil noir, »  sur le sol du château de Wewelsburg, qui abrita le centre de formation des cadres de la SS…
azov symbol
Le symbole du bataillon ukrainien Azov, en arrière-plan, le « soleil noir »…
Deux pages sont consacrées par le magazine Phosphore à Ruslana, et plus particulièrement à sa formation de sniper, lui donnant largement la parole. La jeune néo-nazie commente ainsi un exercice de tir de précision :
« C’est très difficile de décrire ce que tu ressens quand tu t’allonges, là. L’adrénaline monte, il faut le vivre pour comprendre. » 
On pourra regretter que l’excitation et l’adrénaline ressentie par la jeune néo-nazie derrière son fusil soient ainsi mises en avant sans la moindre distance critique. La dernière partie du reportage est consacrée à un entretien où la jeune femme peut développer ses motivations. Elle affirme ainsi s’être engagée pour que son pays soit « complètement souverain et que tous ses habitants ressentent ce que c’est que de vivre en liberté. »
Elle précise par ailleurs avoir pour modèle Chris Kyle, le héros du film polémique « American Sniper » basé sur l’histoire vraie d’un sniper américain revendiquant 255 ennemis abattus en Irak… On peut ainsi légitimement s’interroger sur la conception de la liberté qui peut être défendue par une néo-nazie de 19 ans ayant pour modèle le tueur le plus efficace de l’armée américaine en Irak et qui est ainsi véhiculée par le mensuel Phosphore auprès des adolescents…
Si la rédaction du magazine peut légitimement avoir été trompée, par ignorance ou négligence, comment le photo reporter ukrainien auquel a été confié la réalisation de l’article et qui a conduit les entretiens pouvait-il ne pas être au courant de l’idéologie néo-nazie à l’œuvre au sein des bataillons de volontaires engagés dans le conflit ? Le bataillon Aïdar, qui opère en première ligne, est en outre accusé de crimes de guerre par l’ONG Amnesty International qui pointe notamment de nombreux cas d’enlèvement, de torture, et de possibles exécutions.
Au final, le portrait de l’engagement armé dressé par le magazine Phosphore à l’intention des jeunes semble celui d’un film d’action hollywoodien avec d’un côté les « gentils » (ici les ukrainiens), et de l’autre les « méchants » (les russophones de l’est du pays), ce manichéisme autorisant les jeunes héros à se « réaliser » dans la violence armée, passant sous silence les drames et les crimes de guerre qui sont la conséquence inévitable du sentiment d’impunité qu’il procure, manichéisme d’ailleurs largement fabriqué et encouragé à cet effet par la propagande militaire.
Le rôle d’un magazine comme Phosphore, qui tient une place importante dans la presse jeunesse, et est présent dans l’immense majorité des Centre de Documentation et d’Information du système scolaire français ainsi que des médiathèques municipales, ne serait-il pas au contraire d’apporter une distance critique face à l’exacerbation de la violence guerrière et son héroïsation ? Lorsque cette dernière est portée, comme c’est le cas ici, par des acteurs à l’idéologie ouvertement néo-nazie, cela ne relève-t-il pas d’un manquement à la déontologie journalistique la plus élémentaire ?
Guillaume Borel | 6 novembre 2015