Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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vendredi 26 juillet 2019

La fin du monde selon un Orthodoxe


P. Jonathan Tobias



On rencontre beaucoup d’anxiété de nos jours à propos de la fin du monde. Et cela ne semble pas préoccuper plus les gens religieux que les non religieux.

De nombreux chrétiens (en dehors de l'Église Orthodoxe) pensent que «la fin» est la période horrible de l'"enlèvement" au Ciel, de la tribulation et de la bataille d'Armageddon. On rapporte des choses étranges sur les laïcs non-religieux qui porteraient sur eux-mêmes la marque lugubre de l'eschatologie «de la fin des temps». Ils sont convaincus par des signes tout aussi inquiétants que la surpopulation, le réchauffement excessif de la Terre, la dépression caldérique de Yellowstone, la collision d’astéroïdes avec la terre, les épidémies virales catastrophiques, voire la prise de contrôle de la civilisation humaine par l’intelligence artificielle.

Je n'exagère pas ici et je ne me moque pas non plus de l'un quelconque de ces groupes trop nombreux. Je pense que nous avons des raisons sérieuses d'être préoccupés par certaines de ces questions.

Mais nous n'avons pas raison d'avoir une telle peur. Et personne n’a le droit d’être l’un de ces marchands de peur qui attisent une telle anxiété, qu’il soit religieux ou scientifique. Les gens peuvent apprendre à être de meilleurs intendants de la planète de sa flore et de sa faune sans pour cela être obnubilés par des spectres menaçants d’effondrement de l’environnement. Trop souvent, un monceau  d’anxiété s'accumule par des projections anxiogènes de surpopulation et de changement démographique qui suscitent beaucoup d'anxiété — projections, j'ajouterais, qui sont fondées souvent sur une maîtrise assez médiocre des statistiques. Et ces projections, à leur tour, sont souvent utilisées d’ailleurs à des fins politiques, y compris l'avortement légalisé et les conflits ethniques opportunistes.

En ce qui concerne l'épouvantail de «l'intelligence artificielle», gardons à l'esprit qu'il existe une différence infinie entre le calcul informatisé et la conscience humaine : même un ordinateur super quantique comme le Q System One d’IBM ne s'approchera jamais de la conscience de mon West Highland terrier Wilbur, sans parler de tout être humain. Nous devrions également être attentifs aux origines cachées de tout cela [«follow the money»]: derrière chaque système «d'intelligence artificielle» et de «big data» se trouve un groupe de programmeurs intégralement humains, rémunérés par un groupe caché de personnes qui sont en train de se faire, en dehors des big data, un gros paquet d’argent de façon pas très honnête.

Il y a ces temps-ci une augmentation significative de cas de dépression et d'anxiété aiguë – augmentation qui est due en grande partie à la peur de l'avenir et de la fin du monde (ou du mode de vie américain).

De même, trop de chrétiens (peut-être même certains orthodoxes) ont peur de l'avenir et sont tombés dans une soudaine et irrépressible terreur du Jour dernier (sans parler de la terreur de la rétribution après la mort).

Mais le salut - ou plutôt la theosis - devrait être obtenue par l'amour, non par la terreur… invitée par le Berger, non contrainte par un tyran. J’entends bien qu'une telle assertion est généralement rejetée comme un simple sentiment et qu’elle est associée à des personnes qui ne croient ni en l’Écriture ni dans le credo. Quoiqu’il en soit ce n'est pas mon cas  .

Je reconnais  également que plusieurs des Pères de la Sainte Tradition ont insisté sur le fait qu'il était nécessaire d'élever ces terrifiants spectres eschatologiques dans des sermons (et dans la rhétorique ecclésiale en général) pour encourager la vertu parmi les fidèles. De nombreux prédicateurs fondamentalistes de la communauté protestante ont la même opinion. C'est une sorte d'«instrumentalisation» de l'eschatologie.

Mais je m'interroge à ce sujet. Il n'est pas évident pour moi que la terreur eschatologique produise de la vertu du tout. Cela produira même plus probablement du désespoir, sinon de l'apostasie et de l'athéisme. Ce n'est pas pour rien qu'Evdokimov a suggéré que l'une des principales causes de l'athéisme européen était l'héritage de l'enseignement calviniste de la double prédestination et d’une théologie volontariste qui avait plus en commun avec l'islam que la théologie trinitaire de la Sainte Tradition.

Il convient donc de garder à l’esprit quelques points, à savoir des considérations encore plus importantes que les craintes «laïques» évoquées plus haut.

D'une part, la théorie de l'"enlèvement" est une invention récente (datant du milieu du XIXe siècle) du segment néo-revivaliste du mouvement protestant. Il va sans dire que cet enseignement sur «l'enlèvement» est au mieux hétérodoxe et au pire hérétique, si ce n’est païen. Nous, les orthodoxes, ne devrions jamais craindre d'être «laissés pour compte», simplement parce qu'il n'y a pas d’ «enlèvement».

Vous avez bien lu. Lorsque Jésus reviendra à la Seconde Venue, ce sera le Dernier Jour, le Grand Jugement, la Résurrection Générale et la Transfiguration universelle de la Création par le Saint-Esprit. Ces événements ne seront pas séparés en événements chronologiques distincts.

C’est ce que nous entendons par l’affirmation de notre foi dans le credo de Nicée: «… et son royaume n’aura pas de fin.» Cette déclaration a été ajoutée lors du Deuxième Concile œcuménique, dans le seul but de surmonter la tendance à imposer une séquence chronologique aux événements de la parousie.

Ainsi, il n'y aura pas de séparation, pas d'intervalles chronologiques distincts, pas de ruptures.

Parousie

D'autre part, Le Livre des Révélations (càd L'Apocalypse de Saint Jean le Théologien) est un genre particulier de littérature biblique que nous appelons «apocalyptique». Cela signifie que très souvent, on ne peut faire de lecture simple et claire du texte. Cela est vrai pour tous les passages bibliques qui parlent de la fin des temps et de l'au-delà, y compris la description de la fin des temps par Jésus dans Matthieu 24.4-36 (et ses parallèles dans Marc 13.3-37 et Luc 21.8-36) et la description de Jésus. de la vie après la mort dans la parabole de l'homme riche et de Lazare (Luc 16.19-31) et sa réponse aux Sadducéens au sujet du mariage au ciel (Matthieu 22.29-30).

Si la Bible (et les Pères) traitent de la fin des temps (et de «la vie après la mort»), il faut alors faire très attention quand on tente de comprendre ces passages. L'Apocalypse de Saint Jean en particulier nécessite une connaissance approfondie non seulement de textes apocalyptiques de Daniel et Ezéchiel dans l'Ancien Testament, mais également de textes similaires dans les Maccabées et Esdras, et même des textes non canoniques de Jubilé et d'Hénoch. Il existe de nombreux passages symboliques difficiles qui doivent être interprétés avec beaucoup de prière, une profonde sagesse et un dur labeur scientifique. Les études bibliques et les écoles du dimanche paroissiales peuvent prendre une tournure désastreuse en s'aventurant dans le mystérieux espace de la Révélation.

Et il y a encore une chose importante. L'Église orthodoxe n'a pas de déclaration doctrinale dogmatique et obligatoire sur la fin des temps, si ce n'est que «… et il reviendra en gloire pour juger les vivants et les morts, et son royaume n'aura pas de fin». Au vrai, beaucoup d'enseignements patristiques sur la fin des temps vont plus dans les détails - mais ces interprétations spécifiques ne se situent pas au niveau du dogme orthodoxe.

Mais les passages concernant  la Fin des temps chez les Pères et dans la Bible décrivent clairement que, de manière certaine, il y a une lutte constante avec l'esprit de l'Antéchrist ici et maintenant. Nous vivons dans l'intervalle entre la Pentecôte et le Jour Dernier. De temps à autre, l’œuvre de ce pouvoir pervers semblera écrasant. Parfois, nous luttons avec l'Antéchrist dans nos propres communautés familiales, et même dans notre propre conscience. De nombreuses fois, des persécutions nous sont infligées de l'extérieur, entraînant des souffrances et un martyre inimaginables. Il n'y a jamais eu d'"enlèvement", car le Corps du Christ est appelé à souffrir avec l'humanité et le monde, et ne pas chercher à échapper lâchement aux douleurs de son enfantement.

Cependant il y a toujours eu la présence spirituelle constante de Jésus-Christ — le don de la Pentecôte.

À travers tout cela, la Sainte Tradition de l'Orthodoxie témoigne et célèbre le pouvoir encore plus grand du Corps du Christ. Le Christ règne à la droite de Dieu le Père, et même maintenant le Père transmet la Royauté – réalisant  la gloire du Christ par le Saint-Esprit – à  son Fils: "Siège à ma droite jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds" (Saint Pierre dans Actes 2.34-35, citant le Psaume 109.1 LXX).

La Nouvelle Jérusalem est même en train de descendre sur terre (Apocalypse 21.2) et le Royaume des Cieux est proche (Matthieu 4.17 et environ quatre autres endroits). C’est notre rôle, en tant qu’Église, de coopérer avec Dieu pour faire descendre sur terre la Belle Ville - une «descente» qui sera accomplie au Jour dernier.

Si une personne est vaincue par la peur et devient désespérée par la Fin des temps – qu'elle soit chrétienne ou laïque – c'est qu'elle  ne pense pas au Jour Dernier d'une manière saine et orthodoxe. Le Jour Dernier nous remplit d’espoir : s’il n’y en a pas, alors nous nous sommes trompés de station radio (ou bien nous avons consulté des sites Web moralistes, mais terribles).

«La crainte n'est pas dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour.. ”Saint Jean écrivit ceci dans sa première épître (4.18). La communauté chrétienne primitive le savait bien. Quand ils pensaient à la Fin du monde, leur attitude était très différente de la moderniste, caractérisée par la panique et l'effroi.

Ils savaient, sans aucun doute, que le Jour Dernier serait le retour de Jésus-Christ dans le monde dans sa Gloire. Contrairement à sa première venue à Bethléem, cette seconde venue serait évidente pour tout le monde. Le monde entier le reconnaîtrait immédiatement comme le Dieu aimant, clairement beau comme le prince de la paix puissant mais miséricordieux.

A ce moment, l'univers entier sera baigné de la Gloire et de la plénitude de l'amour divin.

Certes, il y aura ceux dont la vie entière est construite sur la violence et la haine, et leur expérience de cette Gloire du Jour Dernier sera épouvantable. Selon la doctrine orthodoxe, cette horrible réaction allergique à l'Amour divin est exactement ce qu'est l'enfer. De toute évidence, le diable est le cas le pire, le plus fou, de ce type de «choc anaphylactique» existentiel.

Mais à ceux qui vivent pour l'Amour, qui respirent en paix, qui donnent leur vie dans la miséricorde et le service, qui attendent la beauté et la bonté, qui cherchent à être divinisés dans le Corps de Christ - alors pour ceux-ci, le Jour dernier où Jésus reviendra sur cette terre sera un jour de joie sans limite.

Ces premiers chrétiens ont regardé le Jour Dernier avec espoir. Ils avaient pour devise: "Marana Tha !", Ce qui signifie (en araméen), "Viens vite, Seigneur!". Ils voulaient voir, dans leur propre vie, le Seigneur qui nous appelle tous ses "amis" (Jean 15.15). Ce ne sont ni des ennemis ni des esclaves du destin, ni des objets de manipulation déterministe, nés seulement pour le chagrin, ils ne sont pas non plus flagellés par la peur.

Mais, mes amis,
La fin du monde concerne en vérité le retour de l’Ami, qui a un Amour infini pour l’humanité. Et c'est quelque chose à espérer et à vivre dans une anticipation sans reprendre son souffle
.

version française de la SOURCE 
par Maxime le minime

lundi 15 janvier 2018

L'ÉGLISE CORPS DU CHRIST par St Syméon le nouveau Théologien

Le Corps du Christ

"Quand l'Église fut primordialement fondée, Notre Seigneur l'a comparée à une graine, et en effet, elle était bien minime, puisqu'en tout elle comptait douze apôtres. mais petit à petit la graine poussa, devint un grand arbre et actuellement les disciples du Christ sur la terre se comptent par millions. Puisque pour ceux qui croient au Seigneur, la mort n'est pas une destruction complète, mais un retour dans leur patrie et une union plus intime avec la Divinité, il faut additionner ces millions de Chrétiens qui depuis la fondation de la Chrétienté ont vécu et sont morts en chrétiens avec ces millions disciples   fidèles qui vivent actuellement sur terre qui ont le Christ pour Chef "dont tout le corps assisté et solidement  assemblé par des jointures et des liens tire l'accroissement que Dieu donne" (Col. 2,19)
in Catéchisme des grecs orthodoxes
par P. Constantin Callinicos
"Les attributs de l'Église indiqués dans le symbole de la foi, «une, sainte, catholique et apostolique», se réfèrent à l'Église militante. Cependant, ils reçoivent leur pleine signification avec la conscience de l'unité de cette Église avec l'Église céleste dans le seul Corps du Christ : l'Église est une, avec une unité à la fois céleste et terrestre; elle est sainte avec une sainteté céleste et terrestre; elle est catholique et apostolique par son lien ininterrompue avec les apôtres et tous les saints. "
Archiprêtre Michael Pomazansky (source)



 L'Église, Corps du Christ ressuscité, nourrie jour aprèsjour du pain substantiel, se développe jusqu'à la mesure
 de sa taille parfaite. 

 Le corps de l’Église du Christ, résultat harmonieux de la réunion de ses saints depuis l'origine des temps, atteint sa constitution équilibrée et intégrale dans l’union des fils de Dieu, des premiers-nés inscrits dans les cieux. Cette vérité, que tous les saints, en tant que membres du Christ, deviennent son corps unique et doivent continuer à le faire dans l'avenir, je vais essayer de la prouver encore d’après la divine Écriture. Écoute en premier lieu comment notre Sauveur-Dieu Lui-même révèle le caractère indissoluble et indivisible de l’union avec Lui en disant à ses Apôtres: « Moi dans le Père et le Père en moi; et vous en moi et moi en vous» (Jn 14, 20). Et il rend cela encore plus clair en ajoutant: « Et moi je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient achevés en un» (Jn 17, 22). Et de nouveau: « afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que je sois moi aussi en eux» (Jn 17, 26). Vois-tu la profondeur du mystère? Reconnais-tu là un excès plus qu’infini de gloire inconcevable? Est-ce que tu comprends que le mode de cette union transcende l'intelli- gence et toute conception?

Ô la merveille, ô l'indicible condescendance de l’amour que nous porte Dieu, l’ami des hommes! Ce qu’il est par nature à l'égard de son Père, il nous accorde de l'être à son égard par 1’adoption et par la grâce. Ô promesse qui donne le frisson! La gloire donnée au Fils par le Père, le Fils nous la donne à son tour par grâce divine. Encore mieux: de même qu’il est dans le Père et le Père en Lui, de même le Fils de Dieu sera en nous et nous dans le Fils lui-même, si nous le voulons, par la grâce. Une fois devenu semblable à nous par la chair, il nous a rendus participants de sa divinité et il nous incorpore tous à lui. D’ailleurs la divinité à laquelle nous participons par cette communion n’est pas divisible en parties séparées; il s’ensuit nécessairement que nous aussi, une fois que nous avons participé à elle en vérité, nous sommes inséparables de l’Esprit unique, formant un seul corps avec le Christ.

Pour prouver qu’il en est bien ainsi, écoute Paul qui dit: « Dans le Christ-Jésus il n’y a ni esclave ni homme libre, ni Juif, ni Grec, ni Scythe, ni barbare; mais le Christ est tout en tous » (Col 3, l1). Tu vois qu’il n’a pas dit « mais tous sont chrétiens », mais « le Christ » au singulier, comme un corps unique formé de plusieurs membres.

L’union qui existe de Lui à son Père existe de la même façon de Lui à nous, Il nous l'enseigne. Et son disciple et apôtre a assimilé cette union à celle de l’homme avec la femme et de la femme avec l’homme (cf. Ep 5, 23 s.). De même qu’Ève a été tirée de la chair et des os d’Adam, de sorte que les deux constituaient une chair unique, ainsi le Christ, en se donnant Lui-même à nous en communion, nous donne de sa propre chair et de ses os, qu’il a montrés aux apôtres après sa résurrection d’entre les morts, en disant: «  Touchez-moi et constatez qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai » (Le 24, 39). C’est cela même qu’il nous donne à manger; c’est grâce à cette communion qu’il nous rend nous-mêmes un avec Lui.

Paul ajoute: « Ce mystère est grand ; je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (Ep. 5, 32). Vraiment donc c’est un grand mystère et plus que grand, et il le restera, que la communauté et l’union, l’intimité et la parenté que réalisent la femme avec l’homme et l’homme avec la femme, soient aussi réalisées, d’une manière digne de Dieu et transcendante à la pensée et à la parole, par le maître et créateur de l'univers avec toute l’Église. Il s’unit à elle, comme à une unique épouse, de façon immaculée et plus qu'ineffable, Il reste indétachable et inséparable d’elle, en vivant avec elle qu’Il aime et qu’Il chérit. De son côté, l’Église, unie à son Dieu qu’elle chérit, adhère à Lui comme le corps entier à sa propre tête. Pas plus que le corps, en effet, ne peut absolument vivre sans la tête, de même l’Église des fidèles, des fils de Dieu, ne peut être pour Dieu un corps bien constitué en toutes ses parties sans la tête qu’est le Christ-Dieu Lui-même. Elle ne peut vivre de la vie véritable et incorruptible si elle n’est pas nourrie par Lui chaque jour du pain substantiel, grâce auquel la vie et la croissance jusqu’à l’âge de l'homme parfait, jusqu’à la mesure de sa taille parfaite, sont assurées à tous ceux qui l’aiment. Car il faut que soit atteinte, par-delà notre monde, la plénitude du monde de l’Église des premiers-nés, de la Jérusalem qui est dans les Cieux. C’est alors que la fin et la plénitude du corps du Christ seront pleinement consommées en la personne de ceux que Dieu a prédestinés pour devenir conformes à l'image de son Fils (cf. Rm 8, 29).
St Syméon le Nouveau Théologien
in Éthique 1, 6 et 8.
Ed. du Cerf


dimanche 8 février 2009

" Il faut des siècles..." par Père Alexandre Winogradsky

"Il faut des siècles
pour remonter et corriger des siècles de haine et d'ignorance.

Sommes-nous ou non les témoins et les dépositaires de l'Eternité ?
Pourquoi limiter le temps à nous-mêmes ?
Nous pouvons semer,
d'autres continueront de scruter le mystère de la plénitude divine."

dimanche 11 janvier 2009

"POUR LA PAIX DU MONDE ENTIER,... Prions le Seigneur !"

La guerre en Terre Sainte exige notre prière pour la Paix : nous pouvons réciter des Psaumes qui sont des prières communes aux Juifs et aux Chrétiens de Palestine. Je ne sais ce que l'on peut trouver de texte de prière en commun avec les musulmans et c'est bien dommage, car il se trouve des gens qui désirent ardemment la Paix dans toutes les religions du Moyen Orient.
A relire ce beau texte de l'Archimandrite Placide DESEILLE qui suit, je me dis qu'à défaut de prières communes, la Divine Liturgie, est encore pour les Chrétiens la meilleure et la plus puissante des prières. Je suis quelquefois un peu perplexe, bien que je m'y associe toujours car j'aime prier pour les défunts, que l'on rajoute, à la fin de l'office eucharistique, pannychide ou mnimósyno enlevant par là - il me semble - un peu de sa puissance à la prière de la Liturgie Eucharistique. Geronda Placide expose bien comment La Divine Liturgie est la prière la plus appropriée pour la Paix... Bien sûr elle ne peut être faite que par des Chrétiens, cela limite la communication entre les peuples mais en même temps c'est sûrement là l'oecuménisme le plus authentique, chacun allant le plus loin, le plus profondément, le plus authentiquement dans sa propre voie spirituelle avec à la fois la conviction profonde d'être dans la Vérité et dans le respect de la prière des autres...



SIGNIFICATION ŒCUMÉNIQUE DE LA DIVINE LITURGIE

(extrait de "LA DIVINE LITURGIE" fondé sur le chap.6 du recueil d'articles "Certitude de l'Invisible" par l'Archimandrite Placide DESEILLE (Presses Saint-Serge)

"Le péché est, essentiellement, une œuvre de division. Son instigateur, Satan, est le « diable» (du grec dia­ballô (διαβαλλο) désunir, disloquer), c'est-à-dire le diviseur par excellence. Par le péché, - celui d'Adam et toutes les transgressions commises ensuite par l'humanité ­l'homme s'est non seulement séparé de Dieu, en refusant de rester avec lui en communion de volonté, mais il s'est aussi séparé du monde angélique, séparé des autres hommes avec qui il est perpétuellement en conflit, séparé de toute la création qui se révolte contre lui, tandis qu'il cherche à l'exploiter pour son seul profit.
À l'inverse, l'œuvre de la Rédemption accomplie par le Christ est essentiellement une restauration de l'unité perdue. C'est le corps glorifié du Christ, son corps personnel né de la Vierge Marie et ressuscité en gloire, qui est le centre et le foyer de toute la création rassemblée dans l'unité. C'est en Lui étant mystiquement identifiés par l'énergie divine de l'Esprit-Saint qu'il répand dans nos cœurs, que nous sommes rassemblés dans l'unité, que nous formons le « Christ total », autour duquel tout le cosmos peut retrouver sa cohésion.
Par le baptême, chaque chrétien est déjà greffé sur le corps du Christ, en devient un membre vivant. Mais c'est par l'Eucharistie que l'union de tous dans le Christ s'accomplit en plénitude: « Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un Corps, car tous nous participons à ce pain unique» (l Cor., 10, 17).
L'Eucharistie fait l'Église. Celle-ci n'est rien d'autre que le corps glorifié du Christ uni à ses membres, qu'ils soient déjà auprès de lui dans les cieux, ou qu'ils militent encore sur la terre. Cette Église-Corps du Christ est rendue présente ici-bas partout où existe une communauté de chrétiens qui se rassemblent, dans une ville ou une bourgade, autour de leur évêque ou de l'un de ses prêtres qui le représente, et reçoit de sa main le corps eucharistique du Seigneur. « Mêlée» à ce corps, comme disaient les Pères de l'Église, identifiée à lui, cette communauté locale n'est pas une « partie » du corps du Christ: elle participe à sa plénitude, elle est spirituellement le Christ tout entier, de même que chaque parcelle des saints dons n'est pas une partie du Christ, mais rend présent le Christ tout entier. Et à l'intérieur de chaque Église locale, il ne peut y avoir de discrimination entre chrétiens d'origine ethnique diverses, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres. Tous sont un dans le Christ.
Cette ecclésiologie eucharistique a été particulièrement remise en lumière par quelques grands théologiens orthodoxes du XXème siècle, comme le Père N. Afanasieff, de l'Institut Saint-Serge à Paris, ou le Métropolite Jean de Pergame.
L'Eucharistie est ainsi, par excellence, le sacrement de l'Unité. Cependant, une difficulté apparaît: selon la tradition ancienne de l'Église à laquelle l'Église orthodoxe est fermement attachée, l'unité visible de la communauté ecclésiale, qui a son centre dans la célébration eucharistique, n'est véritable que si aucune divergence dans la foi n'existe entre ses membres. La communion au même Pain serait mensongère si elle coexistait avec des divergences dans la profession de foi. Or, au cours des siècles, de telles divergences sont apparues. Des chrétiens estiment contraire à la foi des apôtres et à l'Évangile ce que d'autres considèrent comme une partie du dépôt de la foi, ou un développement légitime de celui· ci. C'est le cas, en particulier, de la juridiction universelle et de l'infaillibilité du pape de Rome, ou de certains aspects de la doctrine des communautés issues de la Réforme.
Les communautés chrétiennes orthodoxes se voient alors dans la nécessité de refuser l'intercommunion ou l'hospitalité eucharistique aux membres d'autres communautés chrétiennes qui ne partagent pas la foi orthodoxe. Pour l'Église orthodoxe, en matière de vie sacramentelle, il ne peut y avoir de milieu entre la communion plénière et la non-communion. Cela n'oblige pas les Orthodoxes à refuser toute validité sacramentelle, toute ecclésialité et toute sainteté aux Églises et communautés non-orthodoxes. Mais, à leurs yeux, la communion sacramentelle reste inséparable de l'accord total dans la foi.
Comment, dès lors, l'Eucharistie peut-elle rester le sacrement de l'unité? Ne l'est-elle que pour ceux qui professent la foi orthodoxe? S'il s'agit de l'unité plénière, de la communion totale, oui, quelque douloureux que puisse être cette situation. L’unité parfaite et visible entre les chrétiens n'existera que lorsque leur communion dans la même foi sera totale. Mais il faut ajouter aussitôt que, de par sa nature même, l'Eucharistie est un ferment d'unité, non seulement entre les chrétiens de confessions différentes, mais entre tous les hommes. En vertu de son incarnation, le Christ, Nouvel Adam, a assumé en lui toute l'humanité, qui est comme potentiellement incluse dans sa nature humaine personnelle. Tout homme est non seulement appelé à s'agréger au corps du Christ, mais d'une certaine façon, incomplète et inchoative, en fait déjà partie. C'est pour cela que le Christ a pu dire que ce que nous faisons au plus démuni d'entre les hommes, c'est à lui que nous le faisons. Dès lors, la prière pour l'unité de tous, l'aspiration à cette unité, n'est pas, pour l'Église, pour toute communauté eucharistique, une simple convenance morale. Elle est une exigence interne, ontologique, jaillissant de son être même. C'est pourquoi, au cours de la Divine Liturgie, l'intercession pour le monde entier, pour l'union de tous, affleure à diverses reprises.
La Divine Liturgie est célébrée en premier lieu pour communiquer « la rémission des péchés et la vie éternelle » à tous ceux qui, déjà, participent au même Pain et boivent à la même Coupe. Mais elle l'est aussi pour le salut de tous les hommes, pour qui le Christ est mort, ressuscité et établi Seigneur de l'univers. Elle est, dans son essence même, intercession pour la paix du monde, pour cette paix qui, dans son sens évangélique, implique la réconciliation de tous dans l'unité du même corps du Christ."

(voir la liste d'autres publications de Père Placide en cliquant sur "lire la suite")

TEXTES DE L’ARCHIMANDRITE PLACIDE DESEILLE

ÉDITÉS PAR LE MONASTÈRE SAINT ANTOINE LE GRAND

  • À l'image et à la ressemblance de Dieu.
  • L'Eucharistie et la divinisation des chrétiens.
  • L'échelle de Jacob.
  • Connaissance et inconnaissance de Dieu.
  • La gloire de Dieu.
  • « La mort est vaincue» - Les fins dernières selon les Pères de l'Église.
  • Le problème du mal.
  • La connaissance de Dieu et la place du théologien dans l'Église.
  • La prière de Jésus dans la spiritualité hésychaste.
  • La Tradition spirituelle orthodoxe.
  • Introduction à la Philocalie.
  • Le combat spirituel selon les Pères du désert
  • Une rencontre de saints.
  • Monachisme, Eucharistie et Pastorale.
  • Le Mont Athos et l'Europe.
  • Ëtre chrétien orthodoxe aujourd'hui.
  • L'Église orthodoxe et l'Occident.
  • La spiritualité catholique romaine et la tradition orthodoxe.
  • Divergences et convergences entre les Traditions orthodoxe et occidentale. - Histoire d'une déchirure - Orthodoxie et Catholicisme.
  • La révolution française et le destin spirituel de l'Europe.
  • «Nous, Romains ... »
  • Points de vue orthodoxes sur l'unité des chrétiens.
  • «Tous, vous êtes un dans le Christ» - Église orthodoxe et nationalisme. - Orthodoxie, uniatisme et œcuménisme


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MONASTÈRE SAINT ANTOINE LE GRAND

26190 SAINT-LAURENT-EN-ROYANS

TEL. 0475477202 - FAX 04 75475368

dimanche 15 juin 2008

Unité et Trinité




Extraits du magnifique livre de l'Archimandrite Basile d'Iviron (Ἀρχιμανδρίτης Βασίλειος)


"Chant d'Entrée" (ed.labor et fides -Perpective orthodoxe) traduit par Jacques Touraille


[[« Pour que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi, et moi en Toi » [16].« Pour qu'eux aussi soient un en nous» [17]. Un sont le centre et le commencement du monde visible et invi­sible. Un est le mode de l'unité et de l'existence vraies. Un est le mode selon lequel vit la Sainte-Trinité. Et c'est ce que Jésus demande au Père: que les fidèles soient unis « comme nous ». Qu'ils soient unis, puisque Nous sommes unis. Il n'existe pas d'autre mode de vie et de fécondité authentiques. Ce « comme », cette identification à la Sainte-Trinité, vaut plus que l'unité elle-même. C'est la seule chose dont nous ayons besoin. Si nous aimons vraiment l'unité, il faut que nous soyons prêts à sacrifier pour la perdre à cause de Lui, et que nous en ayons la force. Alors seulement nous la trouverons, nous la recevrons intacte, continuellement donnée par Lui. Si au contraire nous sommes disposés à tout sacrifier, à sacrifier jusqu'au fondement de l'ecclésiologie trinitaire, pour l'amour d'une unité de notre invention, alors nous luttons pour que durent l'« aveuglement», les schismes, et que se prolonge la confusion. Ou, plus exactement, nous témoignons alors par notre conduite, que nous n'avons jamais vraiment connu l'Eglise et son Unité indissoluble fondée sur le Seigneur brisé mais non divisé, et sur « le Saint-Esprit impassiblement partagé et tout entier donné à chacun » [18]. Si une telle unité disparaissait, ne fût-ce qu'une fois, cela signifierait qu'elle était à tout jamais impropre et indigne des attentes de l'homme et du don de Dieu. Cela voudrait dire que jamais elle ne nous aurait donné de communier par grâce à la vie bienheureuse de l'inconfusible et indivisible Trinité.Et le Seigneur continue sa prière sacerdotale par cette phrase: «afin que le monde croie que Tu m'as envoyé» [19].Quand l'Eglise existe comme le Christ le demande, alors elle donne son témoignage.>>>(suite)
[16]. Jn 17, 21. [17]. Jn 17, 21. [18]. Saint Basile P G 32 108 C. [19] Jn 17. 21

Unis « comme» l'est la Trinité, les douze sont envoyés dans le monde « comme » le Père a envoyé le Fils dans le monde 24.« Ne crains pas, petit troupeau» 25. La puissance de Dieu a fait son œuvre. La Vierge a dit à l'Archange Gabriel: « Qu'il me soit fait selon ta parole» 26. Le Seigneur a dit à Son Père céleste: « Que ta volonté soit faite» 27. L'Eglise dit chaque jour: « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel» 28. Ainsi commence à agir dans le monde la hiérurgie trinitaire.Ne crains pas pour le troupeau trinitaire, car il cache en lui le dynamisme que « fructifie de lui-même» 29. Ne crains pas pour lui, car nul ne peut arrêter sa hiérurgie. Ne crains pas pour lui, car il est pour tous joie et bonne nouvelle.Le Seigneur n'a qu'un but: fonder l'Eglise. C'est pour lui qu'Il accomplit son œuvre. Alors même qu'Il se sacrifie « pour la vie et le salut du monde », Il prie le Père pour la seule Eglise et non pour le monde: « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que Tu m'as donnés» 30. Il nous montre ainsi comment en fait Il aime le monde et veut sauver tous les êtres.Si nous aimons le monde, suivant l'exemple du Seigneur il nous faut nous tourner vers l'Eglise et non vers le monde. L'Eglise est le « monde» 31, l'ordre et la beauté du monde. En elle le monde entier trouve sens et harmonie. Hors d'elle il tombe dans le chaos et se brise.[...]Nous comprenons ainsi que la véritable union se fera dans l'es¬pace eschatologique. Et ce n'est pas là quelque chose qui dans le temps nous situe loin de l'unité. Si l'union nous apparaît lointaine, c'est la preuve que nous-mêmes, dans l'ordre de la Trinité, nous sommes loin, que nous nous sommes éloignés de la nouvelle com¬préhension, que nous nous sommes éloignés de la nouvelle création qu'a inaugurée le Christ.L'eschatologie a déjà commencé. Et il est des hommes qui ne viennent pas au Jugement, mais qui passent de la mort à la vie.[...]L'unité de l'Eglise n'est pas un système administratif ou une procédure qui peut être vue à l'œil nu et humainement aménagée. Elle est un mystère théanthropique qui se révèle dans l'Esprit, lequel « constitue toute l'institution de l'Eglise ». Elle est une réalité hors du monde, qui vivifie l'Eglise tant que celle-ci se trouve dans le monde. Elle est la liberté eschatologique que reçoit l'Eglise tant que celle-ci existe dans l'histoire. Elle est la conjonction du ciel et de la terre.Si le Seigneur avait voulu une unité simplement administrative (sans rien ajouter qui touche à la vie et au mystère), Il aurait pu donner comme image de l'unité ecclésiale l'Empire romain, et Il aurait dit: « Père, je veux que soient unis les fidèles comme est uni[...]l'Empire romain ». Mais Lui n'a rien fait de pareil. Il a demandé au « comme », à l'identification trinitaire, de tout régler dans la vie de l'Eglise. Et il a comparé Son Royaume à une réalité vivante qui dans son ensemble tire d'elle-même sa force et sa croissance. Il a dit: le Royaume des cieux ressemble à du levain. A de la semence. A une perle cachée dans la terre, qui vaut la peine, si on l'a trouvée, qu'on vende tout ce qu'on a pour l'acquérir.Le témoignage de la grâce de l'unité trinitaire est donné par tout le corps de l'Eglise: sa structure administrative, sa vie liturgique et sa création théologique. L'Eglise n'est pas une organisation d'hommes « pieux» qui offre aux nécessités psychologiques des fidèles des mo¬ments liturgiques. Elle ne fait pas non plus de la théologie pour résoudre des problèmes et des rébus métaphysiques. Elle est « la demeure de Dieu parmi les hommes» 34. Elle est le petit troupeau, et en même temps elle est plus vaste que les cieux. Elle n'est pas contenue dans le monde. C'est elle qui contient l'histoire et toute la création.[...]L'union de tous, pour laquelle prie l'Eglise, n'est pas conçue comme un assemblage de fragments de « communautés chrétiennes », mais comme l'extension de l'unité trinitaire qui est célébrée dans son corps liturgique.La « réunification de l'Eglise» est une expression tout à fait mau¬vaise, qui obscurcit le thème. Elle ne vient pas d'une conscience orthodoxe, mais d'une vue mondaine.La réalisation de nos projets sur les confédérations d'Eglises (au lieu de l'unité dans le mystère de la Trinité) est un désastre. Elle condamne l'homme créé à l'image de Dieu. Le mystère de l'unité du Corps du Christ ne se définit pas avec des catégories philosophiques. Il ne se laisse pas limiter par des vo¬lontés créées. Il ne se laisse pas lier par des menaces d'infaillibilité personnelle. Il ne se laisse pas toucher par une prétendue « piété» individuelle. Un tel mystère éprouve tout, ébranle tout. Il renouvelle toute chose en l'offrant à tous baignée de lumière incréée: transparente, vivante, entourée d'amour. Le mystère de l'unité, tel que le vit et le conçoit l'Eglise, est le Royaume du Père et du Fils et du Saint-Esprit « par laquelle, comme par une puissance unifiante, nous sommes ramenés à l'unité et sommes réunis dans la monade divine et l'union à l'imitation de Dieu, dès lors que les différences qui nous divisent sont repliées au-delà du monde».

mardi 15 avril 2008

Ma conversion X - de Buddha vers Jesus


La Grande et Sainte Semaine arrive à grands pas et il va falloir que je termine mon récit. Ce qui me stresse un peu…
J’ai donc pratiqué zazen assidument. Pratiquer quelquefois cinq jours de suite en sesshin (approximativement retraite zen) dans un dojo en groupe aura produit alors des effets sur moi non seulement au point de vue physique («aïe aïe aïe ! » ou bien me donnant une furieuse envie en fin de session de courir, sauter ou danser !) mais aussi psychiquement et spirituellement. Cela m’a permis en effet de poursuivre un certain nettoyage des relations détériorées avec des proches par exemple ou bien cela m’a donné une fois une vision-conception de la réincarnation un peu plus cohérente avec la conception du moi bouddhiste que celle du système tibétain par exemple. On ne s’occupe qu’assez peu de cela dans le Zen, contrairement au Bouddhisme du tantra, plus proche de l’Inde. J’ai donc eu cette vision d’un caillou jeté dans un fleuve sombrant au fond de l’eau tout en produisant à la surface des ondes à la forme singulière à cause de sa chute particulière ; ces ondes à la surface de l’eau ont rassemblé des éléments de matière en suspension qui se sont condensées en se rapprochant du rivage pour finir par échouer sur la berge : un homme est mort et a disparu, un autre est né ; ce n’était pas le même mais le second était le produit du karma du premier ; les actions de toutes sortes faites par lui (son karma) ont donné par résonance une configuration toute nouvelle ayant tout de même un certain rapport de causalité avec l’ancienne. D’où l’importance des derniers instants.
Voilà la vision que j’ai eue de la réincarnation. Je ne la rapporte maintenant que parce qu’elle me semble offrir une certaine cohérence dans le contexte et le système bouddhiste et qu’elle est échangeable dans le même cadre mais j’ai mis ça de côté depuis un certain temps désormais et la confusion n’est pas ma tasse de thé même si l’homme est d’évidence pour moi un animal religieux quel que soit le temps et le lieu, et qu’à ce titre, on retrouve forcément des universaux dans toutes les religions et spiritualités. Dieu étant de toute éternité et ayant créé l’homme à son image et à sa ressemblance, l’homme a toujours parlé de Dieu et s’est toujours adressé à Lui dans tous les langages.
Dogen dans son Genjô kôan a écrit : « Dans l'enseignement de Bouddha, il n'a jamais été dit que la vie se transforme en mort. […] la vie et la mort ont leurs propres existences. […] La vie et la mort ont une existence propre et n'ont entre elles de rapport que celui qu'entretient l'hiver avec le printemps. N'allez surtout pas penser que c'est l'hiver qui se change en printemps ou le printemps en été. " Sensei Deshimaru, commentant Dogen reprenait une autre métaphore : « C’est le même rapport qu’entre le bois et la cendre. Le bois ne connaît pas et ne peut pas regarder sa cendre. Le bois peut regarder la cendre d’un autre bout de bois mais il ne peut pas regarder sa propre cendre. C’est la même chose qu’entre la vie et la mort, comme le bois brûlé qui devient cendre. La cendre ne peut pas penser qu’avant elle était du bois et inversement » « Ici et maintenant est important. » « Ici et maintenant inclut l’éternité ».

Je dois avouer qu’après toutes ces années, même si la Résurrection est le fondement de ma foi orthodoxe et la force irrationnelle de ma vie, j’ai persisté dans l’importance donnée à l’ici et maintenant sans me préoccuper outre mesure ni de la fin du monde ni du jour du Jugement. Je sais trop à quel point tout ce qu’un homme fait ou ne fait pas à tout instant a des répercussions sur le cosmos entier dans l’espace et le temps et que sa responsabilité est considérable pour la bonne santé du Cosmos c'est-à-dire du Corps du Christ même. il faudra bien en rendre compte à un moment donné... Inutile donc de passer trop de temps à discuter de la théorie des péages ou bien d’imaginer avec précision ce qui va se passer après notre mort et encore moins d’accorder trop d’importance aux récits des Near Death Experiences, même si tout cela est tout de même attirant quelquefois. Il y a tant à faire maintenant dans cette vie, dans ce corps pour réduire notre capacité à pécher… Mais surtout je sais également que le Royaume est déjà là à tout instant, depuis l’Incarnation, la vie, la mort et la résurrection de Notre Seigneur et que la grâce peut nous en faire vivre la vie pour peu que nous coopérions à notre mesure. Tout le monde n’est pas Seraphim de Sarov bien sûr ni même Motovilov… mais de multiples petits miracles nous sont offerts bien souvent.

Bref j’ai continué Zazen mais en espaçant de plus en plus les sesshins et en pratiquant seul de plus en plus à la maison parce que, je trouvais quelquefois les godos (= chargés de diriger les séances) pas toujours très inspirés et j’avais même l’impression d’entendre trop souvent des discours un peu fabriqués et peu en résonance authentique avec ceux qui dans le même lieu, au même moment, pratiquaient le recueillement sans objet avec moi. J’aurais voulu être en présence du maître et j’avais la fâcheuse impression quelquefois de cercles concentriques de sous-disciples de disciples, le maître ayant passé sur l’autre rive et manquant cruellement…
Cependant tout ce travail ne fut pas sans fruit comme on va le voir bientôt…

samedi 12 avril 2008

Ma conversion IX : Zazen précurseur du Silence Béni

Благое Молчание

Ce qui suit n’est pas une prétentieuse et vaine leçon spirituelle, il faut plutôt le lire comme un dialogue personnel avec mon passé, utile à consolider ma foi sans renier tout ce que le Seigneur m’a servi de meilleur tout au long de mon chemin quand j’avais faim et soif. Et le Seigneur qui prend précieusement soin de ses enfants (Kyrie Eleïson !) sait mieux que quiconque qu’on ne nourrit pas un enfant ou un malade avec la même nourriture que l’on donne à un adulte bien portant.

Ce que le Zen m’a appris :

Zazen m’a appris, d’une façon dépouillée et condensée à la fois, que la vie spirituelle et la vie tout court, c’est un réajustement permanent et pas forcément une progression rectiligne. Voir la divinisation comme une progression rectiligne, une ascension irrésistible jalonnée de mérites, c’est s’exposer à la tentation de l’orgueil et au découragement, pile et face de la même pièce de cette fausse monnaie :

« Seigneur et Maître de ma vie, Ne m’abandonne pas à l’esprit de découragement »

Car suivre cette illusion spirituelle, c’est s’exposer à la chute des derniers échelons de l’échelle de St Jean. « Il n’est pas d’homme qui vive et ne pèche pas ». Quand on prend l’habitude de « tomber et se relever » comme Sainte Thérèse, chaque instant est une petite résurrection, et une chute ne nous fait pas tomber définitivement dans les bras des noirs démons par le biais de l’acédie, forcément proportionnelle à l’orgueil du parvenu spirituel déçu. Au contraire l’humble petite goutte d’eau finit par creuser la pierre. C’est une métaphore zen que j’aime. C’est l’entraînement courageux, vigilant et persévérant du bon combat contre le relâchement et la négligence :

« Seigneur et Maître de ma vie, Ne m’abandonne pas à l’esprit de négligence »

C’est aussi l’immobilité qui permet au moins un temps de ne pas pécher en actions évidemment, ou autrement dit de s’entraîner à ne pas agir spontanément selon notre nature déchue mais en accord avec notre véritable nature, notre nature de Bouddha qui n’est pas très différente de notre nature faite à « l’image et à la ressemblance ».
Quand on s’assoit pour ne rien faire d’autre, on est appelé à lâcher prise, à cesser d’entretenir en nous le désir de tout saisir, tout contrôler. On abandonne cette illusion que, par l’action et la volonté, on peut toujours tout maîtriser dans notre vie. Cet abandon de la volonté propre est bien une des conditions fondamentales de notre réception de la grâce.

« Seigneur et Maître de ma vie, Ne m’abandonne pas à l’esprit de domination »

Plus tard je comprendrai que la croix dans ce sens deviendra ma posture de chrétien
C’est la mise en action et la vérification de la fidélité, un des sens de la foi.


Et puis Zazen c’est la posture, bouche fermée, silencieuse, qui permet au moins le temps qu’on la tient de ne pas pécher en paroles :

« Seigneur et Maître de ma vie, Ne m’abandonne pas à l’esprit de vaines paroles ».

Mais cela aura été bien plus que cette abstinence du péché par paroles.
Cet apprentissage du silence prolongé n’aura pas été pour moi le plus mauvais chemin pour approcher le Seigneur que l’on représente sur cette icône qui m’est si chère du Спас Благое Молчание : ange aux mains croisées sur la poitrine, avec derrière la tête non pas le nimbe circulaire contenant la croix comme d’habitude, mais l’étoile à 8 branches formée des deux carrés, l’un lumineux de la Divinité triomphante et l’autre sombre, apophatique, de la même Divinité, ténèbre de l’incompréhensible offerte à l’orgueil de l’esprit humain déchu. Cette icône si spéciale de Notre Seigneur silencieux est pour moi l’invitation au silence auquel nous sommes conviés par tous les moyens sacrés de nos offices, de nos chants, de nos liturgies, de nos icônes, pour entrer dans la ressemblance. La notion d’Hesychia me sera familière quand je la rencontrerai plus tard.
Mais elle est aussi l’icône de l’attente silencieuse de l’infinie bonté de la Parole de Dieu avant sa manifestation aux hommes par son Incarnation même, et pour moi personnellement, la patience attentive et silencieuse de mon Seigneur du moment où ma porte serait enfin ouverte à la grâce de la conversion dans ma vie de pécheur. L’histoire du salut d’un seul homme n’est-elle pas en lui le renouvellement de l’histoire du Salut de tous ? Ainsi vit le Corps du Christ.

lundi 18 février 2008

« Voyez comme ils s’aiment !»


Quelquefois je me demande si je ne fais pas ce blog pour ne pas perdre la foi…
Mais qu’est-ce qui pourrait me faire perdre la foi ?
- C’est la phrase même du Seigneur selon Matthieu 7, 15-21 :

« Gardez vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis mais qui au-dedans sont des loups rapaces. C´est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur un buisson d´épines, ou des figues sur un chardon ? Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre malade produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre malade porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas un bon fruit, on le coupe et le jette au feu.Ainsi donc, c´est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Lisez plutôt l’analyse que fait Père Alexandre de ce qui se passe en Terre « Sainte » ( Jerusalem sans chrétiens? ). Quels sont ici les fruits de quels arbres ? Tout cela laisse pour le moins perplexe non ?

Sont-ce seulement les monothéistes qui sont capables de tant de divisions ? Il faut la naïveté des idéalistes-nihilistes (pile/face) anticléricaux, athéistes et paganistes de tout poil pour le croire, chacun ses croyances... Les Bouddhistes à travers espace et temps n’ont pas été en reste. Allez voir vraiment du côté du Tibet théocratique comme du Japon belliciste zen ou sokka gakaï, de l’Inde, de l’Amérique ou de l’Afrique polythéistes ! Sans parler de ceux qui se veulent purs advaïtistes, non dualistes et dont les gurus défraient régulièrement la chronique par leurs frasques financières et/ou sexuelles… J’ai des adresses pour ceux qui seraient intéressés. Certes non, les Chrétiens ne sont pas les pires… mais ils étaient pourtant censés être les meilleurs…« le sel de la terre »…

Bref à quoi bon s’astreindre à suivre un enseignement, pratiquer une ascèse, des rituels, faire des prières et des offices censés nous faire acquérir l’Esprit Saint de Dieu au sein d’une assemblée (=dans une Eglise) à la tradition ininterrompue, qui possède toute la grâce, afin que remplis de cette grâce nous la répandions tout autour de nous sur la terre au point que les « autres » s’exclament « Voyez comme ils s’aiment !» et en arriver là, à si peu d’amour… ?

En même temps, me dira-t-on, les dissensions, les zizanies, les disputes, les divisions, et les schismes sans compter les hérésies, existent depuis le début ! Depuis le tout début ! Les trahisons des Apôtres, les tout proches, les fils, les premiers témoins, au moment le plus crucial – c’est le cas de le dire – c’est quoi ? Y a-t-il quelque chose là de nouveau ?

Mais où en suis-je moi-même ?
Je n’ai aucune leçon à donner et encore moins en ce commencement de Triode…Je reste irrémédiablement du côté du publicain et du larron.
Alors quoi Dieu ne m’a-t-Il pas donné dans une terre hétérodoxe une paroisse orthodoxe tout près de chez moi, où toute ma famille se rend avec joie ? Qu’ai-je à me préoccuper de ce qui se passe au loin ?
Dans la totale unité et interdépendance du Corps du Christ c’est ici et maintenant que nous travaillons pour l’Église ; comme l’Église est là où se célèbre la Divine Liturgie, notre propre vie spirituelle porte des fruits pour tous, dans notre corps-âme–esprit même, en tout notre être même. Les moines passent-ils leur temps à faire autre chose ?
Alors si rien ne va, quelque part, et encore plus dans la Terre qui a vu naître, vivre, enseigner, prier, soigner, guérir, nourrir, redonner la vie, souffrir, mourir, et ressusciter Celui qui est notre Vie éternelle, il n’y a qu’une chose à faire… : « cultiver notre jardin » (sic !) bon j’ai commencé de façon dramatique, il faut bien que je prenne un peu de distance en citant un grand saint de la tradition française (non ? ah ! bon !)
Bon je vais dire alors c’est en cultivant notre propre petit jardin que nous faisons prospérer celui du Paradis…Elle n’est pas bonne celle-là ? En tout cas j’en resterai là parce que sinon je commençais à flipper...