Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8
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jeudi 30 avril 2020

Nouvelle martyre Argyrie, commémorée le 30 avril




La sainte Nouvelle Martyre Argyrie vivait à Proussa, en Bithynie, et venait d'une famille pieuse. C'était une femme belle et vertueuse. À dix-huit ans, elle épousa un chrétien pieux et ils s’installèrent dans un quartier habité par de nombreux musulmans.

Après seulement quelques jours après leur installation, elle fut approchée par un voisin turc, le fils du Cadi qui lui déclara hardiment son amour et essaya de la convertir à sa religion. Elle  rejeta ses avances indécentes, affirmant qu'elle préférait mourir plutôt que d'être mariée à un musulman. Elle n'en dit rien à son mari, craignant qu'il ne s'en prenne au Turc et ne soit puni pour cela.

Le musulman la traduisit en justice et témoigna contre elle déclarant qu'elle avait consenti à ses avances et  accepté de se convertir à l’islam mais s’était ensuite rétractée en riant et avait dit qu'elle ne faisait que plaisanter. Ses mensonges furent corroborés par de faux témoins et Argyrie fut envoyée en prison.

Le mari de la sainte, espérant obtenir un procès équitable, fit appel à Constantinople. Là, l'accusateur répéta ses mensonges devant le juge. Saint Argyrie dit qu'elle était chrétienne et qu'elle ne renierait jamais le Christ. Le juge ordonna qu’elle soit flagellée, puis la condamna à la prison à vie.

Elle fut à maintes reprises extraite de sa cellule, interrogée par divers juges, battue, puis renvoyée de prison en prison. Cela dura dix-sept ans. La sainte était également insultée et tourmentée par les femmes musulmanes qui avaient été incarcérées pour leurs mauvaises actions. Le Malin les incita à persécuter Sainte Argyrie, multipliant tourments et afflictions, mais elle endura toutes ces choses avec beaucoup de courage et de patience.

Selon le témoignage de nombreuses femmes chrétiennes qui étaient en prison avec elle, elle humilia son corps en jeûnant. Son cœur était rempli d'un tel amour pour le Christ qu'elle considérait ses difficultés comme un réconfort.

Un pieux chrétien nommé Manolis Kiourtzibasis lui fit savoir qu'il tenterait de la faire libérer, mais Sainte Argyrie n'y consentit pas. Elle accomplit son pèlerinage terrestre en prison, recevant la couronne de martyre le 5 avril 1721.


Quelques années plus tard, son corps a été exhumé et a été trouvé entier et incorruptible, émettant un parfum ineffable. De pieux prêtres et laïcs ont amené son corps à l'église de Sainte Parascève le 30 avril 1735 avec la permission du patriarche Païssios II.

Ses reliques y demeurent jusqu'à ce jour, où elles sont vénérées par les chrétiens orthodoxes de tous horizons, à la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

lundi 22 mai 2017

JOURNALISME ATHÉE ICI OU AILLEURS… kif kif !

Voici un article paru sur le Blog de Laurence  qui fera une bonne suite à l'article précédent :

"Lettre ouverte à monsieur Pozner, athée" par Yegor Kholmogorov

C'est la traduction en français d'un article en russe d'Егор Холмогоров sur le site tsargrad.tv qui me paraît bien compléter mon article précédent. J'en profite pour souhaiter que les amis tradis cathos lisent soigneusement ce texte et se rappellent que la "consécration de la Russie au coeur immaculé de Marie" n'est peut-être pas ce qui devrait être la priorité de la "résistance chrétienne" en Occident. Ils se rendront peut-être compte que l'Église orthodoxe russe n'est jamais tout à fait morte et pour renaître de ses cendres elle n'a pas eu besoin d'attendre une nouvelle mission et encore moins une nouvelle croisade de l'occident chrétien. Balayer devant sa propre porte est sans doute la bonne stratégie pour faire survivre le christianisme occidental.

Destruction de l'église du Christ Sauveur à Moscou

 Monsieur Pozner

En tant que fidèle ordinaire de L’Église Orthodoxe Russe et, dans une certaine mesure, votre collègue journaliste, je me permets de vous adresser une lettre ouverte, dans laquelle j’aimerais éclaircir quelques points, concernant votre intervention publique à propos de la condamnation du blogueur Sokolovski.

Je ne vais pas vous faire de courbettes parce que vous êtes « le patriarche du journalisme russe » et c’est justement pourquoi je vais formuler certaines choses de façon très claire. Je ne vais pas vous écrire des stupidités politiquement correctes, du genre « oui, nous respectons votre incroyance, alors vous-même, s’il vous plaît, respectez notre foi » etc. Nous allons parler sérieusement.

Vous demandez si l’on peut être athée en Russie ? A mon avis, non. L’athéisme en Russie est le reniement de la nature de la Russie, de son sens même, de son essence même. Le célèbre feld-maréchal Christophore Minikh avait dit une fois, en plaisantant à moitié : « l’Etat russe a par rapport aux autres l’avantage qu’il est gouverné directement par Dieu, sinon, il n’est pas possible de comprendre comment il peut exister ». Renier Dieu veut dire renier la Russie. Et réciproquement.

La Russie est un état fondé et établi par de saints princes, défendu par de saints guerriers, un pays que se sont approprié et ont étudié de saints moines et évêques, fondant leurs monastères dans les taïgas les plus lointaines et les plus impénétrables, dans la toundra, sur les îles nordiques. Pendant mille ans, des millions de gens de ce pays ont prié Dieu nuit et jour, avec une foi si grave et si persévérante, ont vécu dans une si dense atmosphère de miracle que même si vous et vos semblables aviez raison et que Dieu n’existât pas, ici, en Russie, il est devenu une réalité. La Russie est si imprégnée de foi et pénétrée de Dieu que récuser ici son existence est vraiment stupide et criminel, et en premier lieu au regard de sa propre raison.

Pourtant, il y a cent ans, il est arrivé malheur à mon pays. Des athées militants y ont pris le pouvoir. Il ne faut pas raconter que l’athéisme était quelque chose de peu d'importance et de non essentiel dans la vision du monde des nouveaux maîtres, au contraire, le rejet de Dieu, la haine de la religion et des « popes » en était le centre. « Tout bon dieu relève de la nécrophilie » (V.I. Oulianov (Lénine). Lettre à Gorki du 13/14 novembre 1913). Leurs actes envers L’Église et les croyants furent le reflet de leurs convictions athées.

Les bolcheviques n’avaient pas eu le temps de donner la terre aux paysans et les usines aux ouvriers, les pourparlers de la honteuse paix de Brest se déroulaient encore qu’étaient déjà adoptés les décrets de la séparation de L’Église et de l’Etat, de l’école et de l’Eglise. Les opposants politiques des bolcheviques étaient encore en vie, les journaux d’opposition étaient encore publiés, que la terre russe s’imprégnait déjà du sang des martyrs des nouvelles persécutions : l’archiprêtre Ioann Kotchourov fut fusillé par les athées le 31 octobre (13 novembre) 1917 à Tsarskoïe Selo, sous les yeux de son fils lycéen.

Vous affirmez dans votre intervention : « Il fut un temps où pour le reniement de Dieu, c’est-à-dire l’athéisme, on était brûlé sur un bûcher, la sainte Inquisition y prenait particulièrement plaisir ». Cela ne correspond pas à la réalité. Vous ne pourriez fournir un seul nom d’athée qui aurait été brûlé par l’Inquisition, tout simplement parce qu’il n’y en avait pas. Pour trouver un « athée victime de l’Inquisition », les propagandistes athées sont même allés jusqu’à la contrefaçon pure et simple, ils ont inventé le mathématicien Paolo Valmesa, soi-disant brûlé par Torquemada, pour avoir résolu une équation du quatrième degré, et qui n’avait jamais existé. C’est sur ce genre de lieutenants Kijé que se construit la propagande athée.

L’Inquisition était une institution nocive qui ne correspondait pas à l’esprit du christianisme. Cependant elle ne s’occupait pas des athées, mais en premier lieu des chrétiens pour leur déviation supposée ou réelle de la ligne dogmatique. Il est assez étrange d’attribuer à L’Église Orthodoxe les crimes des inquisiteurs catholiques si l’on prend en compte qu’à cette même époque du XV-XVII° siècle, les catholiques romains persécutaient de la même manière les orthodoxes considérés par eux comme des « schismatiques ». Il suffit de se souvenir des répressions massives d’orthodoxes en Ukraine, où on les obligeait à accepter l’Union avec Rome. Et maintenant, à ce propos, on planifie en Ukraine une nouvelle tournée de persécutions des orthodoxes comme membres de L’Église « moscovite ». Nos libres penseurs auront-ils l’audace de prendre, devant les « européens » nouvellement proclamés, la défense des croyants dont la seule faute est d’avoir un patriarche résidant à Moscou ?

« Les répressions chrétiennes contre les athées » sont en majeure partie une invention ridicule, qui ne mérite même pas d’être récusée. En revanche celles des athées envers les chrétiens sont un fait bien documenté. Ils les ont tués, fusillés, noyés, crucifiés sur les iconostases, ont versé dans leurs gorges du cuivre fondu. Ils ont battu, humilié, torturé les corps et piétiné les âmes. Ils ont détruit les églises et les ont transformées en lieux immondes. Ils ont fendu à la hache et percé de leurs baïonnettes les icônes (j’en ai une comme cela, transpercée, qui vient de ma grand-mère). Il existe un bon livre d’A.A. Valentinov « à l’assaut des cieux », où sont mis en lumière de façon détaillée les crimes des athées envers les croyants au moment de la guerre civile, dans les années 20. Et il est pourtant sorti en 1925, avant le début du « quinquennat sans Dieu ».

La liste des martyrs et confesseurs de Russie canonisés, qui ont souffert pour leur foi de la main des athées, compte 1774 personnes. Ce sont seulement celles dont l’exploit a déjà été étudié par des commissions ecclésiastiques compétentes et confirmées sans aucun doute. Mais chaque orthodoxe instruit énoncera facilement la multitude de noms de ceux qu’on n’a pas encore eu le temps de célébrer, par exemple le prêtre Piotr Kosmodemianski, grand-père de Zoïa et Alexandre Kosmodemianski, tué en 1918.

La base de données consacrée au clergé victime compte 25 000 noms, parmi lesquels seulement 440 hiérarques. En tout, le nombre de ceux qui ont souffert pour leur foi de la main des athées est évalué par les enquêteurs à un demi-million.

Les « gens d’église » constituaient l’un des courants principaux de réprimés, aussi bien sous Lénine que sous Staline. Et je ne parle pas de violence symbolique, de persécution sale et incessante, de calomnie, d’offenses auxquelles les croyants étaient soumis, grâce à l’activité de « l’Union des militants sans Dieu » et de ses feuilles de choux du genre « le mécréant à la presse ». Je ne parle même pas de la profanation de la culture russe et des objets de vénération populaires, les campagnes d’ouverture des reliques, les « octobrines » délirantes et les « Pâques rouges » qui, sous Khroutchev, célébraient les églises fermées avec les minables petites danses des komsomols et les absurdes traités sur « l’inexistence de Jésus Christ », que Sokolovski répète aujourd’hui.

Tout cela, ce sont les athées qui nous l’ont fait, à nous, chrétiens. Oui, oui, et en un sens bien connu vous personnellement, monsieur Pozner, membre du Parti Communiste depuis 1967. Et qu’allons-nous faire de tout cela maintenant ?

Il y aurait une sorte de véritable logique à ce que les croyants qui ont retrouvé la Russie interdisent l’athéisme en tant que vision du monde et pratique politique criminelles, comparable, mettons, au nazisme. Pour que le camp des Solovki, notre Treblinka, devienne un lieu de vénération internationale, et le Polygone de Boutovo, notre Dachau, un objet de souvenir et de douleur international. A ce que toute minimisation et toute négation de la terreur athée contre les orthodoxes soient punies par la loi, et que celui qui fait preuve d’une telle vision du monde soit considérée comme directement responsable des malheurs qui se sont abattus sur notre terre si souvent martyrisée au cours du dernier siècle.

Nous ne l’exigeons pas pour deux raisons qui s’appellent la Justice et la Miséricorde. Pour le dire autrement sous une forme connue de l’homme moderne, des idées purement chrétiennes.

C’est la Justice qui exige de nous de reprocher à un homme seulement ses péchés individuels, ce qu’il a commis lui-même, et non les crimes de ses coreligionnaires, de ceux qui pensent comme lui ou qui appartiennent à la même tribu, ou encore à la même famille. Le monde antique préchrétien ne connaissait pas de telles idées, même dans les plus développées des sociétés antiques régnait l’idée de la responsabilité collective. Et c’est seulement la foi en ce que tout péché « collectif » a été racheté par le Christ qui a ouvert la voie à la relation personnelle à tout être déchu.

C’est la Miséricorde qui nous demande de couvrir de notre amour ce qui a été commis contre nous dans le passé et même dans le présent. C’est elle qui nous demande, parfois, de ne même pas attendre pour pardonner que le pécheur en fasse la requête, en dépit de son entêtement.

La Justice et la Miséricorde sont les bases de notre vision du monde chrétienne. Et elle exclut l’idée même de vengeance contre les persécuteurs du Christianisme.

Cela ne veut pas dire que, revenus à l’état normal de notre Russie, à une société où Dieu est présent, dans laquelle la foi signifie quelque chose, que nous ne devons déployer aucun effort pour éviter que vos persécutions et vos sévices athées contre nous se répètent. Nous ne craignons pas, bien sûr, de prendre à nouveau le chemin du martyr, il n’y a rien de plus joyeux, pour un chrétien, que de mourir pour le Christ.

Mais quand on pense au nombre d’enfants morts sans baptême par votre faute d’athées, je me souviens de mon baptême secret, derrière les portes fermées, en 1983 et je pense avec horreur à ce qui se serait passé, si j’étais mort enfant, sans avoir vécu jusque-là, au nombre de vieillards morts sans les derniers sacrements, et enterrés sans office funèbre, au coup monstrueux porté à toute la structure spirituelle de la Russie on n’a évidemment pas envie que quoique ce soit de comparable advienne à nouveau, (bien que nous comprenions que cela se répètera un jour, c’est précisément à ce propos que fut écrit « l’Apocalypse »).

Comment, en ce cas, nous enjoignez-vous de réagir devant le méchant enfant Sokolovski, qui hait tout et tout le monde, en particulier la foi et les croyants ? Ce nietzschéen en chambre pue « sa Majesté des mouches » de Golding à plein nez. Et si l’on permet à ses semblables de continuer leur « hate speeches », alors assez bientôt, il s’en trouvera un qui décidera de passer de la parole aux actes.

Souvenons-nous comment le 9 février 2014, un criminel inspiré précisément par la « haine » antichrétienne, a déclenché une fusillade dans une église de Ioujno-Sakhalinsk et tué une moniale et un paroissien. Je dois avouer que je ne me rappelle pas un seul cas où un croyant orthodoxe, fils de L’Église Orthodoxe Russe, soit tombé sur des athées ou des sectaires anti église, par haine de ceux-ci, et ait tué quelqu’un. Le contraire se produit avec une régularité bien connue, depuis le massacre pascal du monastère d’Optino en 1993.

Et vous, ceux qui vous ressemblent, monsieur Pozner, ou vos compagnons de lutte contre L’Église Russe comme monsieur Nevzorov, portez la responsabilité la plus directe de cette atmosphère de haine et de meurtres, de cette intonation du journal « le mécréant à la presse », qui revient dans notre vie sociale.

C’est pourquoi n’allez pas raconter que Sokolovski est jugé pour ses convictions, ou que les griefs de la partie orthodoxe de la société à votre égard sont liés à vos convictions, à ce que vous estimez qu’il n’y a pas de Dieu.

En réalité, vous comme vos jeunes imitateurs du genre de Sokolovki, considérez que Dieu existe, mais vous voudriez le tuer, le tuer en nous, en nos enfants et petits-enfants. Et je présume que nous avons pleinement le droit de nous défendre en accord avec la loi.

Vous pouvez ne pas croire, mais vous ne pouvez impunément convertir votre incroyance en haine, surtout quand les conséquences de cette haine, née de l’incroyance, laisse encore des cicatrices sur notre terre, sous la forme des églises détruites et des tombes anonymes des saints tués par les mécréants. Votre haine a coûté trop cher à notre peuple.

Cathédrale du Christ Sauveur reconstruite aujourd'hui 

dimanche 1 janvier 2017

Entretien avec Monseigneur Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque orthodoxe

SOURCE

Monseigneur Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque orthodoxe
 de Mossoul, du Kurdistan et de Kirkouk

28 DÉCEMBRE 2016

Aleteia : Ne vous inquiétez-vous pas des habitants restés à Mossoul ?


Monseigneur Nicodemus Daoud Sharaf : Tous les chrétiens ont fui la ville en 2014 devant les troupes de Daesh. Ceux qui sont restés, pour la plupart, les ont accueillis. Parfois à bras ouverts. Les arabes musulmans sunnites qui y vivent sont si fanatiques qu’ils pourraient donner des leçons aux Saoudiens ! Ils n’acceptent personne s’il ne partage pas leurs vues. Il faut se rappeler qu’au lendemain du coup d’État militaire avorté de 1959, dont l’épicentre était Mossoul, les chrétiens connurent les pires humiliations*. Dans la ville, livrée aux règlements de compte entre tribus et à l’affirmation d’un islam plus radical face au « péril » laïc, les chrétiens se promenaient avec un torchon sur l’épaule. Il le tendaient à leur concitoyens musulmans qui avaient pris l’habitude de s’essuyer les mains sur leurs vêtements. On n’avait pas beaucoup de respect à l’époque pour les « koufars » comme ils disent (les « mécréants » ou non-musulmans, Nldr). On n’en a pas beaucoup plus aujourd’hui.

La situation n’a fait qu’empirer ?

Jusqu’à l’âge de douze ans, je jouais avec un garçon du voisinage. Je ne savais même pas qu’il était musulman comme il devait se moquer éperdument de savoir que j’étais chrétien. Un jour, son père rentra du pèlerinage à la Mecque et s’en fut fini des jeux. Je n’ai pas le droit de jouer avec un « koufar » me dit mon camarade… Vous devez comprendre qu’à Mossoul – que l’armée irakienne soutenue par la coalition a tant de peine à reprendre – 800 terroristes de Daesh ont « convaincu » 50 000 hommes de rejoindre leur rang. Les rejoindre pour se livrer aux pires abominations : jeter à la rue des femmes et des enfants, décapiter, violer, réduire en esclavage. Il fallait que le terreau soit fertile pour les rallier si facilement à leur cause.

La coalition a-t-elle des chances d’éradiquer l’État islamique ?


La politique occidentale est diabolique. Les intérêts des uns et des autres sont si contradictoires que leurs chances de réussite sont faibles. Nous ne demandons que l’application de la loi et le respect de notre dignité. Du temps de Saddam Hussein, la loi s’appliquait. Au Kurdistan irakien majoritairement musulman (où les chrétiens de Mossoul ont trouvé refuge autour d’Erbil, Ndlr), la loi nous protège et elle nous protège même mieux qu’ailleurs en Irak. Nous attendons que des décisions soient prises pour nous assurer la protection internationale et des règles, fixées par l’ONU.

La cohabitation avec les musulmans est-elle encore possible ?

Nous ne haïssons pas les musulmans. Sous l’empire de la loi, comme ici au Kurdistan, nous pouvons tous cohabiter. Seul l’islam tel que l’applique Daesh est détestable. Faut-il que leur Dieu soit faible et lâche à ce point qu’ils se sentent obliger de le protéger d’une telle manière ? Le nôtre nous protège et Il nous protègera toujours. Comme je dis souvent : Dieu n’a pas besoin des hommes qui se croient les exécuteurs de sa justice, son bras armé. Tu penses qu’untel est un mécréant et doit mourir ? Alors que Dieu le tue lui-même ! Nous verrons bien qui expirera le premier.

Avez-vous un message à adresser aux chrétiens occidentaux ? 

Réveillez-vous. N’acceptez pas chez vous les réfugiés qui ont fait de nous des réfugiés ici. Le 24 novembre dernier fut consacrée à Londres une nouvelle église syriaque orthodoxe en présence de S.A.R. le prince Charles. Je me suis vu refuser le visa par l’ambassade, de peur que je ne rentre pas en Irak. Je suis résident permanent en Australie, j’ai les visas nécessaires à me rendre aux États-Unis, au Canada et même en France. Que serais-je aller faire en Angleterre quand mon peuple est ici et souffre ?
Propos recueillis par Alexandre Meyer

* Le mouvement laïc et nationaliste arabe mené par le général al-Shawaf fut réprimé violemment par le gouvernement communiste allié à l’URSS d’Abd al-Karim Qasim. Il sera renversé lors de la Révolution du Ramadan en 1963, qui vit le parti Baas, socialiste et pan-arabe, prendre le pouvoir, puis l’émergence de Saddam Hussein.

lundi 25 avril 2016

Hommage aux victimes du génocide arménien


Clooney et Aznavour rendent hommage aux victimes du génocide arménien



Le président arménien Serge Sargsian a déposé une gerbe au mémorial dédié aux victimes du génocide arménien à l'époque de l'Empire ottoman dans le complexe Tsitsernakaberd, situé dans la capitale du pays, Erevan.

Le président était accompagné par le Catholicos de tous les Arméniens, Garéguine II Nersissian, le Catholicos arménien de Cilicie Aram Ier et Charles Aznavour, auteur, compositeur et interprète français d'origine arménienne.

Le comédien américain Georges Clooney, ainsi que les hommes d'affaires et les mécènes Ruben Vardanyan et Noubar Afeyan, étaient également présents auprès du président.

Le 24 avril, les Arméniens du monde entier rendent hommage aux victimes du génocide arménien.



Ce génocide a été perpétré entre 1878 et 1922 dans les territoires de l'Empire ottoman (l'actuelle Turquie), historiquement appelés Arménie occidentale (actuellement Anatolie orientale), peuplés à l'époque majoritairement par des Arméniens (65 à 75% de la population). Il a conduit à la mort d'environ 1,5 million d'Arméniens et à l'éradication de la population autochtone des régions historiques de l'Arménie occidentale. En 1915, le gouvernement impérial ottoman a entrepris l'élimination systématique de la population arménienne.



De plus en plus de parlements prennent l'initiative de reconnaître officiellement le génocide. En 2006, l'Assemblée nationale française a reconnu le caractère génocidaire des faits, ainsi que le Conseil de l'Europe et les parlements des Pays-Bas, de l'Argentine, de l'Arménie, du Canada, de Chypre, de la Grèce, de l'Italie, du Liban, de la Pologne, de la Russie, de l'Uruguay, de la Suède et de la Suisse.

La Turquie, héritière de l'Empire ottoman depuis 1923, nie catégoriquement que ce dernier ait organisé le massacre systématique de sa population arménienne pendant la Première Guerre mondiale et rejette le terme de "génocide". SOURCE


samedi 20 février 2016

Pape François, Patriarche Cyrille, baptême du sang, et "Troisième Rome"


"Mais outre ce baptême saint, par lequel nous sommes tous baptisés, il y en a un autre encore, qui n'est pas donné à tous. C'est le baptême par le sang du martyre. Tous les grands, qui ont souffert et versé leur sang au nom du Christ, sont baptisés du baptême du sang.
Le baptême par le sang, vous le connaissez tout particulièrement, vous, disciples orthodoxes du Christ. Il n'y a nulle part ailleurs autant de baptisés dans le sang que parmi vos aïeux des temps anciens et des temps plus récents. Aujourd’hui encore, le sang des martyrs se répand dans le monde orthodoxe. Des milliers et des milliers de gens sont baptisés dans leur sang. Ce sont des témoins vaillants de l’Évangile du Christ. Des enfants de Dieu que les impies égorgent comme des agneaux ! Leur sacrifice renforce l’Église du Christ sur la terre et leurs saints noms agrandissent le calendrier chrétien.
Ceux qui sont baptisés dans leur sang ont toujours été et seront la richesse et l’ornement de l'Orthodoxie.
Il y a eu aussi des impies qui n’ont pas été baptisés dans l’eau et dans l'Esprit, mais dans le sang du martyre. Et leur baptême a été accepté comme conforme et valable. Leur baptême fut même quelque chose de plus que notre simple baptême. Ils n'avaient pas eu le temps d’être baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. En tant qu’impies, ils étaient spirituellement aveugles, et ayant soudainement retrouvé la vue, ils reconnurent le Christ et sacrifièrent immédiatement leur vie pour Lui. C'est ainsi qu'ils furent baptisés du baptême unique du Seigneur, du baptême du Golgotha mais non pas de celui du Jourdain." 


Il aura fallu que les persécutions des chrétiens de toutes « confessions » partout dans le monde et particulièrement au Moyen Orient reprennent à grande échelle, avec la plus grande cruauté et la pire barbarie pour qu’ait lieu cette rencontre entre le Pape catholique et un Patriarche orthodoxe.
Ce ne peut être qu’hâtivement et stupidement que l’on s’indignerait d’une telle rencontre en tant qu’orthodoxes soucieux de la préservation de la vraie foi de l’Unique Église du Christ et ce serait manifester bien peu de discernement que de réduire cette rencontre à une simple rencontre diplomatique. Et ceci pour quelques raisons.



D’abord et avant tout parce que le « baptême du sang » est incontournablement une vérité de la foi commune aux Orthodoxes comme aux hétérodoxes. Dans ce magnifique texte de St Nicolas de Jitcha, extrait de La foi et la vie selon l'Évangile, on peut remplacer le mot « impies » par hétérodoxes et je ne pense que cela soit faire injure à ce grand saint hiérarque serbe dont le peuple a souffert un atroce martyr de la part même d’hétérodoxes catholiques avec la complicité même de la Papauté. Dans le sang, sous le couteau des bourreaux, indubitablement, sont frères ceux qui confessent être chrétiens et ceci sans compromission dogmatique ni ecclésiologique.
Ce fait suffit, indéniablement, à justifier une telle rencontre entre hiérarques aux yeux du monde.  Aucune prière commune, aucun rituel mixte, cocktail factice et de mauvais goût, à l’insipide sauce œcuménisante des « semaines  de l’unité des chrétiens » ne sont nécessaires. La simple rencontre dans un lieu « neutre » de ces deux hiérarques est donc plus que légitime et elle suffit, loin des traditionnelles et spectaculaires pompes romano-constantinopolitaines  auxquelles on nous a habitués, à montrer au monde un véritable témoignage de la Chrétienté universelle.

Certes il aura malheureusement fallu cette cruauté du sort des chrétiens du Moyen Orient pour que cette démonstration soit faite, mais l’adversité aura renforcé la fraternité. Voilà donc le fondement premier d’une telle rencontre.

Ensuite on perçoit bien, même aveuglé momentanément par quelque phylétisme helléniste, que le hiérarque orthodoxe qui représente le plus sûrement l’Orthodoxie dans le monde est à l’évidence S.S. Cyrille Ier, patriarche de Moscou et de toute la Russie, celui de la plus importante communauté orthodoxe à travers le monde, et du plus grand pays orthodoxe à la taille d’un empire. Un réel empire, sans Tsar historique certes, et débarrassé du bétonnage mortifère et de l’impitoyable tyrannie de l’idéologie socialiste soviétique de naguère, mais dans son évidente réalité territoriale, multiculturelle et multi-confessionnelle et dans la claire démonstration quotidienne du rang mondial et de la puissance de son armée au Moyen Orient. 

Malgré toutes les critiques historiques qui dénient toute légitimité à la notion de Moscou, troisième Rome, il n’est pas sûr que dans les faits concrets contemporains quelque chose de la renaissance d’un empire chrétien, patrie universelle des chrétiens, ne puisse se concevoir, car le Christianisme  a certes été persécuté par l’empire romain mais seulement dans les premiers siècles quand le culte de l’empereur divinisé était le nécessaire fondement de l’unité et de l’intégrité de l’empire mais ensuite l’histoire a montré que le Christianisme, une fois assumé entièrement par l’empereur, était aussi efficace à la cohésion de l’empire, du moins en Orient puisque les invasions ont provoqué sa chute en Occident. Le christianisme est donc bien lié à la notion d’empire et malgré le magnifique « In God we trust » de l’empire américain, celui-ci n’est plus à la première place et c’est heureux car son christianisme protestant et ses missionnaires avec leur prosélytisme envahissant à travers le monde, et ses malheureux slogans de croisade, loin de nous ressourcer à l’eau vive de la source de la foi chrétienne de contribuer au Règne du Christ Roi en ce monde, n’a guère servi le Christianisme authentique…
Bénie soit donc la rencontre du Pape François et du Patriarche Cyrille  !
Maxime le minime