Pape François, Patriarche Cyrille, baptême du sang, et "Troisième Rome"


"Mais outre ce baptême saint, par lequel nous sommes tous baptisés, il y en a un autre encore, qui n'est pas donné à tous. C'est le baptême par le sang du martyre. Tous les grands, qui ont souffert et versé leur sang au nom du Christ, sont baptisés du baptême du sang.
Le baptême par le sang, vous le connaissez tout particulièrement, vous, disciples orthodoxes du Christ. Il n'y a nulle part ailleurs autant de baptisés dans le sang que parmi vos aïeux des temps anciens et des temps plus récents. Aujourd’hui encore, le sang des martyrs se répand dans le monde orthodoxe. Des milliers et des milliers de gens sont baptisés dans leur sang. Ce sont des témoins vaillants de l’Évangile du Christ. Des enfants de Dieu que les impies égorgent comme des agneaux ! Leur sacrifice renforce l’Église du Christ sur la terre et leurs saints noms agrandissent le calendrier chrétien.
Ceux qui sont baptisés dans leur sang ont toujours été et seront la richesse et l’ornement de l'Orthodoxie.
Il y a eu aussi des impies qui n’ont pas été baptisés dans l’eau et dans l'Esprit, mais dans le sang du martyre. Et leur baptême a été accepté comme conforme et valable. Leur baptême fut même quelque chose de plus que notre simple baptême. Ils n'avaient pas eu le temps d’être baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. En tant qu’impies, ils étaient spirituellement aveugles, et ayant soudainement retrouvé la vue, ils reconnurent le Christ et sacrifièrent immédiatement leur vie pour Lui. C'est ainsi qu'ils furent baptisés du baptême unique du Seigneur, du baptême du Golgotha mais non pas de celui du Jourdain." 


Il aura fallu que les persécutions des chrétiens de toutes « confessions » partout dans le monde et particulièrement au Moyen Orient reprennent à grande échelle, avec la plus grande cruauté et la pire barbarie pour qu’ait lieu cette rencontre entre le Pape catholique et un Patriarche orthodoxe.
Ce ne peut être qu’hâtivement et stupidement que l’on s’indignerait d’une telle rencontre en tant qu’orthodoxes soucieux de la préservation de la vraie foi de l’Unique Église du Christ et ce serait manifester bien peu de discernement que de réduire cette rencontre à une simple rencontre diplomatique. Et ceci pour quelques raisons.



D’abord et avant tout parce que le « baptême du sang » est incontournablement une vérité de la foi commune aux Orthodoxes comme aux hétérodoxes. Dans ce magnifique texte de St Nicolas de Jitcha, extrait de La foi et la vie selon l'Évangile, on peut remplacer le mot « impies » par hétérodoxes et je ne pense que cela soit faire injure à ce grand saint hiérarque serbe dont le peuple a souffert un atroce martyr de la part même d’hétérodoxes catholiques avec la complicité même de la Papauté. Dans le sang, sous le couteau des bourreaux, indubitablement, sont frères ceux qui confessent être chrétiens et ceci sans compromission dogmatique ni ecclésiologique.
Ce fait suffit, indéniablement, à justifier une telle rencontre entre hiérarques aux yeux du monde.  Aucune prière commune, aucun rituel mixte, cocktail factice et de mauvais goût, à l’insipide sauce œcuménisante des « semaines  de l’unité des chrétiens » ne sont nécessaires. La simple rencontre dans un lieu « neutre » de ces deux hiérarques est donc plus que légitime et elle suffit, loin des traditionnelles et spectaculaires pompes romano-constantinopolitaines  auxquelles on nous a habitués, à montrer au monde un véritable témoignage de la Chrétienté universelle.

Certes il aura malheureusement fallu cette cruauté du sort des chrétiens du Moyen Orient pour que cette démonstration soit faite, mais l’adversité aura renforcé la fraternité. Voilà donc le fondement premier d’une telle rencontre.

Ensuite on perçoit bien, même aveuglé momentanément par quelque phylétisme helléniste, que le hiérarque orthodoxe qui représente le plus sûrement l’Orthodoxie dans le monde est à l’évidence S.S. Cyrille Ier, patriarche de Moscou et de toute la Russie, celui de la plus importante communauté orthodoxe à travers le monde, et du plus grand pays orthodoxe à la taille d’un empire. Un réel empire, sans Tsar historique certes, et débarrassé du bétonnage mortifère et de l’impitoyable tyrannie de l’idéologie socialiste soviétique de naguère, mais dans son évidente réalité territoriale, multiculturelle et multi-confessionnelle et dans la claire démonstration quotidienne du rang mondial et de la puissance de son armée au Moyen Orient. 

Malgré toutes les critiques historiques qui dénient toute légitimité à la notion de Moscou, troisième Rome, il n’est pas sûr que dans les faits concrets contemporains quelque chose de la renaissance d’un empire chrétien, patrie universelle des chrétiens, ne puisse se concevoir, car le Christianisme  a certes été persécuté par l’empire romain mais seulement dans les premiers siècles quand le culte de l’empereur divinisé était le nécessaire fondement de l’unité et de l’intégrité de l’empire mais ensuite l’histoire a montré que le Christianisme, une fois assumé entièrement par l’empereur, était aussi efficace à la cohésion de l’empire, du moins en Orient puisque les invasions ont provoqué sa chute en Occident. Le christianisme est donc bien lié à la notion d’empire et malgré le magnifique « In God we trust » de l’empire américain, celui-ci n’est plus à la première place et c’est heureux car son christianisme protestant et ses missionnaires avec leur prosélytisme envahissant à travers le monde, et ses malheureux slogans de croisade, loin de nous ressourcer à l’eau vive de la source de la foi chrétienne de contribuer au Règne du Christ Roi en ce monde, n’a guère servi le Christianisme authentique…
Bénie soit donc la rencontre du Pape François et du Patriarche Cyrille  !
Maxime le minime

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