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mercredi 24 mai 2017

Chemin vers la découverte du Royaume intérieur, un beau texte de P. SIMEON


« Celui qui a acquis l’amour a Dieu en lui
et son esprit est toujours en Dieu »
Saint Jean Cassien

Texte d'ouverture du 10ème pèlerinage aux reliques de Saint Jean Cassien  à Marseille - organisé par la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale  - de Pr. Simeon

Le Christ est ressuscité !

À travers ce Te Deum nous ouvrons avec une certaine timidité la dixième édition de notre Pèlerinage autour des reliques de Saint Jean Cassien. Le Pèlerinage de cette année est, sans doute, l'accomplissement des neuf éditions antérieures, un couronnement de tous nos efforts au cours de cette période, depuis le premier Pèlerinage (celui-ci s'étant déroulé en 2008).

Comme chaque année, j’ai essayé de préparer un sermon basé sur l'héritage spirituel laissé par Saint Jean Cassien, que nous célébrons particulièrement ces jours-ci.

Je voudrais commencer en vous rappelant le conseil donné par le Saint Apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens, qui pourrait nous paraître surprenant et énigmatique, mais je suis convaincu que nous allons le redécouvrir comme profondément révélateur, nous qui essayons de suivre le Christ avec foi : « ceux qui pleurent soient comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, ceux qui tirent profit de ce monde comme s’ils n’en profitaient pas vraiment»[1]. Nous observons que l’Apôtre nous demande avec insistance non pas d’être hypocrites – comme on pourrait l’interpréter à première vue – mais plutôt d’être comme si ..., à chaque fois que nous pourrions éprouver la tentation d'accepter d'avoir au détriment d'être. En d’autres termes, l’Apôtre nous dit que notre ascension spirituelle et notre édification intérieure ne devraient pas être entravées par notre attachement pour ce qui est matériel et passager, et que notre regard devrait toujours être dirigé vers le Christ, notre Sauveur. L’Apôtre nous fait comprendre que ceci est la condition authentique de chaque chrétien : celle d’assimiler toujours le fait d’être comme si ..., dans une parfaite harmonie avec sa volonté, tout au long de sa vie.

Le paradoxe de la bonne éducation, comme frein à l’édification intérieure

Mais comment accomplir cela ? Nous sommes habitués dès l’enfance, et parfois même éduqués, à vouloir chercher et détenir un maximum de biens, à faire des efforts pour acquérir (amasser) de petites fortunes, à avoir !... et ne plus jamais manquer de rien. Mais toutes ces habitudes peuvent devenir très nuisibles pour l'âme, car elles grandissent au fil du temps avec nous et, en nous dominant, elles étouffent notre vie spirituelle[2]. Et pour quelle autre raison sont-elles dangereuses ? Parce que personne dans notre vie ne nous enseignera à les laisser de côté, sauf si nous approfondissons l'enseignement chrétien. Le Christ, notre Seigneur, nous avertit que « ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens »[3] et qu’il est très dangereux pour nos âmes de nous raccrocher aux biens matériels, et de mettre notre confiance en ces biens plus qu’en Dieu, qui est la source de toute grâce. C’est pour cela que le conseil de l’Apôtre ne laisse aucune équivoque : on doit chercher toujours à être, et non pas à avoir, car autrement nous risquons de perdre non seulement cette vie terrestre, mais surtout la vie éternelle. Les Saints Pères nous révèlent, comme aide pour notre réussite, que la souffrance et les privations, si elles sont autorisées par Dieu et si nous les assumons, sont pour nous de grands maîtres, tout au long de notre vie, et l’on se doit de ne pas les ignorer.

Dans son Épître aux Galates, l’Apôtre Paul rajoute un autre conseil à celui que je viens de citer : « marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire. Car la chair, en ses désirs, s’oppose à l’Esprit – et l’Esprit à la chair ; entre eux, c’est l’antagonisme – pour que, ce que vous voulez faire, vous ne le fassiez pas »[4]. Par conséquent, la liberté que Dieu nous a accordée, on doit l’utiliser avec beaucoup de responsabilité, sachant bien que nous sommes dans une guerre permanente, que souvent (de la manière la plus naturelle possible), nous choisissons les choses matérielles à la place des choses spirituelles, et que ces choix deviennent des obstacles pour notre édification spirituelle. Et le même Apôtre nous révèle ailleurs : « Ne vous faites pas d’illusions : Dieu ne se laisse pas narguer ; car ce que l’homme sème, il le récoltera. Celui qui sème pour sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption. Celui qui sème pour l’Esprit récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle »[5].

C’est sur cet enseignement, accentué également par Saint Jean Cassien à plusieurs reprises, que je voudrais m’attarder dans ce qui suit.

L’ascèse assumée ou la nécessité du bon choix

La condition de l’homme après la chute dans le péché ancestral est marquée d’impuissances dont la plus évidente est celle de la difficulté avec laquelle l’homme arrive à subordonner sa propre volonté, comme le témoigne l’Apôtre Paul : « le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais »[6]. Saint Jean Cassien nous dit que l’homme « désire obtenir la chasteté du corps, sans le secours de la mortification ; acquérir la pureté du cœur, sans la fatigue des veilles ; devenir riche en vertu, sans efforts pénibles ; posséder le trésor de la patience, sans passer par les injures ; pratiquer l'humilité chrétienne, sans renoncer aux honneurs du monde ; concilier le renoncement de l'Évangile avec l'ambition du siècle ; servir Notre-Seigneur, sans se priver de la louange des hommes ; prêcher la vérité, sans blesser jamais personne ; elle voudrait enfin acquérir les biens futurs, sans perdre toutefois les biens présents »[7]. En d’autres mots, l’homme désire naturellement le confort matériel, il cherche toujours la plénitude sans être disposé à faire des offrandes, ou à renoncer aux choses matérielles pour avoir les choses spirituelles. Et alors que pouvons-nous faire ? Comment faire pour que les choses matérielles ne nous dominent pas ?

Le conseil le plus profond est d’essayer de ressembler le plus possible au Christ, Celui qui, malgré le fait qu’Il pouvait tout avoir, en tant que vrai Dieu et Maître de toute la création, a accepté la condition de ne posséder aucun bien, et a assumé cela afin de nous montrer que ceci est l’unique chemin pour Le suivre. « Si quelqu’un veut venir à Ma suite – nous dit le Christ- qu’il se renie lui-même (...) quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? »[8]. Et lorsque quelques-uns des disciples ont désiré Le suivre, le Christ leur a dit de prendre garde car « les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, Lui, n’a pas où reposer la tête »[9] et leur a conseillé plus tard lorsqu’Il les a envoyé prêcher : « ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun deux tuniques »[10], pour que tout ceci ne devienne pas un obstacle pour le travail auquel ils ont été appelés et qu’ils ont accepté avec foi. Le Seigneur nous avertit donc que la vraie condition de celui qui veut Le suivre ne peut être que d’avoir une grande modération par rapport aux choses matérielles et de se remettre avec confiance entre les mains de Dieu, sans aucune hésitation.

Le jeûne et la prière soutiennent la vie en Christ

Concernant la lutte permanente de l’âme avec le corps et, parfois, pour les plus ardents, la lutte de leur corps avec l’âme, celle-ci est surmontée de la même façon que rappelé précédemment, c’est-à-dire uniquement par la modération (ayant comme méthode le jeûne proposé par l’Église) et par l’entière confiance en Dieu (cette dernière étant mise en œuvre concrètement par la prière). « Car le jeûne, dit St. Syméon le Nouveau Théologien, ce médecin de nos âmes, chez l’un apaise les inflammations et les mouvements de la chair, chez l’autre calme l’irascibilité, chez un autre encore chasse la torpeur, chez celui-ci il excite l’ardeur, chez celui-là il redonne à l’intelligence sa pureté et la rend libre de mauvaises pensées (…) le jeûne dissipe peu à peu l’obscurité et le voile que le pêché étend sur l’âme, et il chasse comme le soleil la brume »[11]. « Luttons pour nourrir et accroître en nous-même par la pratique des commandements le feu divin grâce auquel la lumière divine prend toujours plus d’éclat et de force »[12], et par la prière « fais de Dieu un ami et tu n’auras pas besoin de l’aide des hommes »[13], nous dit le même Père Syméon, et nous allons voir « Dieu demeurant en nous en tant que lumière »[14].

Mais alors, le corps apaisé laissera-t-il automatiquement l’âme s’élever ? Comment être en même temps pondéré pour les choses matérielles et ardent pour les choses spirituelles ; être toujours mesuré pour les choses de la chair, mais plein de passion pour les choses spirituelles ; sage et pondéré dans le corps, mais enthousiaste dans l’âme ; posé et équilibré pour le corps, mais brûlant dans l’âme ? Eh bien, tous ces aspects restent des questions auxquelles tout chrétien cherche des réponses jour après jour, pas à pas, et je répète le conseil de l’Apôtre : de se réjouir comme si on ne se réjouissait pas, de pleurer comme si on ne pleurait pas. Pour tous ces aspects, mais aussi pour bien d’autres, le chemin reste le même : la pratique de la prière et du jeûne.

En ce qui concerne le contrôle de notre volonté et relativement à cet antagonisme entre les choses de la chair et celles de l’esprit, Saint Jean Cassien nous révèle lui aussi l’étonnante sagesse de Dieu, qui a fait en sorte que cette impuissance – née en nous suite à la désobéissance des premiers hommes dans l’Éden – devienne finalement très utile pour l’homme. Ainsi, sur le plan pratique, Saint Jean Cassien dit que « le combat de l'esprit et de la chair nous est utile en faisant naître des retards, des entraves salutaires. La pesanteur du corps retient l'esprit qui s'égare dans ses pensées, et lui donne, en mettant un obstacle à leur exécution, le temps de se reconnaître et de se repentir (...) nous voyons que le combat intérieur de l'esprit et de la chair, non-seulement ne nous est pas nuisible; mais qu'il nous procure même de véritables avantages »[15].

Retenons en conclusion le fait que la faiblesse du corps cache fréquemment à l’intérieur une âme forte, et que souvent les choses ordinaires se montrent du point de vue spirituel dans une autre lumière, comme nous l’enseigne aussi l’Apôtre Paul : « même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour (...) notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel »[16].

Ayons confiance en Dieu, Celui qui nous connaît mieux que personne et qui est prêt à nous aider par tous les moyens possibles, pourvu qu’on Lui en donne l’occasion. Tel le père de la parabole du fils prodigue, Il est infatigable, guettant pour nous apercevoir et venir en premier à notre rencontre, et ceci uniquement car Il nous aime. N’oublions pas non plus que le Royaume intérieur de chacun de nous est l’entrée dans le Royaume Céleste, dans lequel nous invite avec beaucoup d’amour Jésus Christ notre Sauveur, et que Lui seulement est la porte d’entrée. Gardons courage et réjouissons-nous, en pensant que chacun d’entre nous est un petit fragment d’un trésor d’inexprimable joie céleste et que dans chaque fragment on retrouve le mystère de la totalité, le signe de cette vérité étant la Résurrection du Christ.

Le Christ est ressuscité !
Pr Simeon Mureșan

[1] 1 Corinthiens 7, 29-31.
[2] Cf. Matthieu 13, 22.
[3] Luc 12, 15.
[4] Galates 5, 16-17.
[5] Galates 6, 7-8.
[6] Romans 7, 19.
[7] St. Jean Cassien, Conférences, IV-12, Traduction du latin par Prof. David Popescu, Ed. IBM de BOR, Bucarest, 2004, p. 98.
[8] Luc 9, 23; 25.
[9] Luc 9, 58.
[10] Luc 9, 3.
[11] St. Syméon le Nouveau Théologien, Catéchèses, Œuvres II, Ed. Deisis, Sibiu, 1999, p. 159.
[12] Ibidem, p. 35.
[13] Ibidem, p. 113.
[14] Ibidem, p. 116.
[15] St. Jean Cassien, Conférences, IV-13-14, ..., p. 100-101.
[16] 2 Corinthiens 4, 16-18.

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