vendredi 6 janvier 2017

L'ART PICTURAL ORTHODOXE

par l'agiographe Michel Alezyvakis




Le Temple chrétien est une expression et une visualisation de la présence du Seigneur dans le monde matériel. Le temple est «la maison du Seigneur parce que c’est là que le Seigneur est adoré, que sa Parole est annoncée par le sermon, et que le principal mystère de sa présence, la Sainte Eucharistie, a lieu.

C’est le lieu où la synaxe liturgique des vrais croyants a lieu, qui est l'expression visible du corps de l'Église, dont la tête est le Christ. 
Le mystère du Saint Culte se reflète sur les liturgies, l' architecture et l' iconographie des églises.




Toutefois, en ce qui concerne l'architecture, et surtout l'iconographie, bientôt la nécessité d'apporter des réponses à ce paradoxe est venu : comment est-il possible d'utiliser des dessins et des couleurs pour représenter non pas la nature, l'individualité ou la corruption, mais l'hypostase des personnes et des choses [Saint Théodore Stoudite: Ce n’est pas la nature, mais l'hypostase de la personne représentée qui est montrée ci dans l'icône ( "Παντός εικονιζομένου ούχ ή φύσις, άλλη υπόστασις εικονίζεται)] Comment, en d' autres termes, les transformer en une révélation de l'événement du salut? Est - il possible avec les moyens matériels de la création artistique de représenter un mode d'existence, qui élimine l’autonomie, l’espace et le temps en tant que séquence antériorité- postériorité ?


Cette antithèse est atteinte au travers de la magnifique force expressive de l’icône byzantine, qui élève et transforme la réalité naturelle en une conception plus élevée de la forme pour conduire du simulacre à la voie de la vérité.
L'art chrétien exprime l'événement du salut en tant qu’il s’est historiquement produit. Il n’exprime pas d’émotions individuelles , mais l'adhésion collective au «mystère impénétrable qui est célébré pendant le culte.
L'icône invite à une communion / relation directe avec les images, pour une transition vers le prototype originel ; qui est l'hypostase de la personne iconographiquement représentée [Saint Basile le Grand: Car tout honneur rendu à l'icône (ou l' image) rejaillit sur l'original, et celui qui se prosterne en adoration devant l'icône, se prosterne , en même temps en adoration devant la substance (ou hypostase) de celui qui y est peint (Η της εικόνος τιμή επί το πρωτότυπον διαβαίνει και ο προσκυνών την εικόνα προσκυνεί έν αύτη τού έγγραφομένου τήν υπόστασιν )]. Représenter une personne selon son hypostase signifie utiliser le langage de la création artistique pour présenter la nature humaine divinisée.
Les visages des saints sont historiques, mais en même temps, ils manifestent la présence de la gloire de Dieu, comme l’énonce l'apôtre Paul (2 Cor 3:18.). L'icône représente l'existence eschatologique de la personne représentée ; elle exprime la béatitude de l'homme renouvelé dans le Christ.



Les règles objectives sur la façon de faire une icône soumettent la perception individuelle, l'idée, à une vision qui est un événement de communion. L’« œuvre d'art» n’est pas vue comme une création individuelle , mais comme un lieu de rencontre de l'Église avec le Dieu éternel.
Pour les Byzantins, c’est l'Église qui « peint les icônes » par la main du peintre, qui assujettit la perception individuelle à un type iconographique donné. Il est écrit dans les décisions du 7e concile œcuménique : « La peinture d'icônes est pas une invention des peintres , mais une institution et une tradition agréées de l'Église catholique ... (Ού ζωγράφων εφεύρεσις ή τών εικόνων ποίησις, αλλά τις καθολικής εκκλησίας έγκριτος θεσμοθεσία και παράδοσις ......).
Par conséquent, c’est un type iconographique donné, qui, cependant, ne limite pas mais libère le peintre de ses impulsions individuelles et, de la sorte, dans ce travail d’art, l'Église reconnaît sa vérité. Cela ne signifie pas que le génie artistique des grands maîtres byzantins (Manuel Panselinos, Michael Astrapas, Théophane le crétois etc.) est supprimé, mais l'icône n’est pas seulement une suggestion artistique, un accomplissement individuel ... c’est essentiellement une révélation , une attitude commune dans la vie.



L'art byzantin transmet au vrai croyant les vérités spirituelles par les sens : la lumière et la couleur sont utilisés dans la pleine conscience de leur impact. Les Byzantins avaient la conviction que tous les deux sont directement associés à Dieu : Dieu est la Source de la lumière. La lumière en étant dispersée à travers les peintures murales symbolise la lumière primordiale, surnaturelle, dont la source est Dieu, la seule source de toute lumière. Les Byzantins considéraient la vue comme le plus élevé des cinq sens, en même temps qu’ils considéraient la couleur et non la forme comme la principale caractéristique distinctive d'un objet.
La perception des couleurs du monde a une importance profonde : la composition des couleurs et des formes ont leur aboutissement dans un rythme complètement différent, dans un rythme qui, aussi fondamental qu’il puisse être dans l'art et peut-être dans la vie, ne peut pas être facilement rationalisé.



En conséquence, la tâche principale des peintres était et est toujours de trouver les couleurs qui correspondent mieux à la beauté première. Selon eux, la procédure artistique et son travail pourraient être considérés comme une imitation. L’imitation est conçue comme la tentative de transférer le prototype originel par une répétition authentique, en préservant et en rendant sa signification du passé jusqu'au présent. Il est clair que nous ne parlons pas d’une reproduction, d’une restauration ou d’un formalisme serviles. Des variations significatives de la forme, de la composition ou de la couleur ont été et sont acceptables dans certaines limites. Mais la quête théologique de la vérité concerne également les écrits de l’Église et sa peinture, c’est la raison pour laquelle nous avons mentionné ci-dessus la libération [nécessaire] de l'impulsion individuelle. Il s’ensuit l'obligation de suivre un certain archétype. Les caractéristiques morphologiques des archétypes forment une règle visuelle de l'Eglise au sein de laquelle il est difficile de changer quoi que ce soit.


En se référant à des archétypes, l'art byzantin est inévitablement assujetti au principe de la répétition. Dans cette perspective, la répétition est un besoin structurel. L'imitation des prototypes plus anciens, non remise en question pendant longtemps, est progressivement devenue un problème esthétique, à partir du moment où elle a commencé à être influencée par les principes de la tradition de l'art occidental, qui obligent l'artiste à l'originalité ainsi qu’au changement constant de sorte de ne présenter que des types individuels. Cette position se traduit par un écart par rapport à des œuvres plus anciennes de l'art.



Aujourd'hui, grâce au grand maître Photis Kontoglou, a eu lieu une renaissance de l'art de l'Église; une approche consciente des anciens prototypes est tentée à la fois en termes de types iconographiques et de style artistique. Il est essentiel que l'icône byzantine soit sauvegardée non pas comme un objet de valeur pour musée, mais plutôt comme une ancre qui conduit l'homme à une implication au sein du Seigneur, en tant qu’expression de la certitude de l'Église concernant la présence constante du « déjà accompli ». Le témoignage et l'expérience d'une communion des vivants et des morts est la préservation d'une mémoire supportant une tradition, la pratique établie d'une expérience collective intemporelle.



Un tel objectif exige le respect ;  mais le respect exige, à son tour, la connaissance, le consentement et la connaissance.
Rien ne se conserve sans connaissance certifiée ; rien est maintenu sans amour ; l’amour est celui qui maintient tout ensemble; La poursuite est un besoin à partir d'une exigence déjà exprimée : l’exigence qui veut la tradition byzantine pour héritage de tout le monde. Ce que vous ne connaissez pas ne vous appartient pas en même temps que vous ne pouvez partager ce qui ne vous appartient pas.



La valeur de la tradition ne réside pas tant dans son antiquité qui la valorise, mais dans l’épreuve qu'elle subit, qui à la fin détermine ce qui est légué de génération en génération. Le travail des grands artistes chrétiens byzantins a créé une relation intemporelle avec chacun de nous, car il sert quelque chose qu'ils savaient qui les dépassait, il sert la communauté plutôt que l'individu, l'Église plutôt que l'autonomie. Cette relation créée est aux antipodes de l'utilisation, l'appropriation et l'intérêt.
Cette relation suppose de se déprendre de nous-mêmes, le dépassement de soi, ce qui est la raison pour quoi elle réussit à vaincre même le temps.
Athènes, Janvier 2012
(SOURCE - version française par Maxime M.)

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