Ὁ Ὀρθόδοξος Χριστιανός συχνά καλεῖται ὄχι νά παρακούσει,
ἀλλά νά ὑπερβεῖ τόν νόμο, ὅταν αὐτός ἔρχεται σέ ἀντίθεση μέ τόν νόμο τοῦ Θεοῦ.

vendredi 4 janvier 2019

Foin de l'américanisation de nos mœurs !

Le niveau puritanisme américain progresse

Une Chronique de  Mathieu Bock-Côté
au Figaro du15 déc. 18



Aux États-Unis, la chanson "Baby it’s Cold Outside" est considérée comme un classique de Noël. Datant de 1948, elle raconte l’histoire d’un homme cherchant à séduire une femme et l’invitant à rester chez lui en prétextant qu'il fait froid dehors et qu’elle ne devrait pas s’y risquer. Il insiste, elle hésite, il pousse sa chance, elle joue avec lui et se laisse finalement tenter. Mais début décembre, on apprenait que plusieurs stations de radio américaines décidaient de bannir cette chanson des ondes. Elle banaliserait apparemment le harcèlement sexuel contre les femmes, désormais jugé intolérable dans un contexte post #MeToo. Des stations de radio du Canada anglais firent de même. Cette censure a toutefois engendré une vraie protestation populaire, qui a poussé certaines radios à rétropédaler, le commun des mortels s’exaspérant de cette nouvelle affaire de censure. 

Les histoires de censure à l’américaine répondent à peu près toujours au même scénario. Une œuvre est ciblée par un lobby victimaire prétendant qu’elle lui rappelle sur le mode traumatique son oppression historique. Puis l'autorité responsable se soumet. Un nouveau droit prend forme : celui de ne pas être offusqué. C’est l’hypersensibilité des victimes professionnelles qui fixera les frontières de ce qui peut être dit dans l'espace public. Ce nouveau droit s’accompagne d’un programme, la déconstruction de la culture « dominante » pour révéler les schèmes de domination qu'elle reconduirait et légitimerait. Par exemple, la virilité est réduite à une forme de masculinité toxique. Tout ce qui appartient à l’ancien monde peut devenir la cible de cette passion déconstructrice qui réduit les rapports sociaux au simple clivage entre les dominants et les dominés. 

Concrètement, la culture doit être expurgée. On en avait vu une manifestation en 2017 quand, aux États-Unis, des militants antiracistes avaient plaidé pour le déboulonnement de statues se référant à la Confédération, comme si leur simple présence témoignait moins de la complexité des mémoires s’entremêlant dans la cité que d’une célébration décomplexée de l’esclavage. Dans le cadre de cette même controverse, un festival de cinéma de Memphis avait déprogrammé Autant en emporte le vent. On pourrait multiplier les histoires semblables dans les universités, où cette entreprise d’épuration idéologique se mène sous le couvert des « postcolonial studies ». Au nom de la lutte contre le racisme, le sexisme et l’homophobie, c’est à une entreprise d’éradicaton symbolique de la civilisation occidentale qu’on s’adonne. Faudra-t-il dans ce monde contrôlé un nouvel index répertoriant les œuvres autorisées et celles à proscrire ? 

Cette entreprise de rééducation idéologique d’une ampleur inégalée dans les sociétés démocratiques est souvent relayée par le système scolaire, qui éduque moins qu’il ne déséduque, comme si L'homme nouveau devait en émerger, sans racines ni mémoire, lavé de 1’ancien monde, parfaitement manipulable, et reprenant chaque mot d’ordre du progressisme. Le nouveau monde s’irmpose en jetant le soupçon sur tout ce qui se présente sous le signe de l'héritage. 

La censure de Baby it’s Cold Outside a néanmoins une dimension supplémentaire: elle révèle une mutation du rapport entre les sexes dans une Amérique qui voit remonter à la surface sa vieille tentation puritaine. C’est désormais la séduction, associée à une forme de tromperie et d’agression inavouée, qu’i1 faut condamner. À ce compte, c’est l’histoire de la littérature qu’il faudra congédier. Le féminisme prétend rééduquer intégralement la logique du désir, à partir d’une sociologie paranoïaque qui s'imagine partout un patriarcat prédateur, créant et banalisant tout à la fois une culture du viol. C’est aux plis les plus intimes de la culture qu’on s’en prend. 

C’est ainsi qu’on comprendra l’obsession nouvelle pour le consentement. Au sens strict, le consentement va de soi : comment pourrait-on s’opposer à cette exigence élémentaire ? Mais sa radicalisation nous fait basculer dans l’univers du contractualisme intégral, comme si le désir pouvait devenir absolument transparent à lui-même. Certaines applications téléchargeables sur téléphone portable entendent ainsi formaliser chaque étape du consentement sexuel. Ce monde aseptisé, sans péché ni zone grise, est simplement un monde inhumain. Il faut lui résister en chantant des chansons paillardes, des chansons grivoises et des chansons sensuelles comme Baby it’s Cold Outside. Chantons même des chansons d’amour. Même les plus mielleuses comprennent mieux la bête humaine que ces nouveaux commissaires idéologiques au service du néoféminisme purificateur.

Mathieu Bock-Côté
 Chroniqueur au "Figaro", 
docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal


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