La Communauté du désert et la solitude des villes [7] par Le moine Moïse de la Sainte Montagne

LA SOLITUDE SUPRÊME DU CROYANT D'AUJOURD'HUI


La solitude de chacun est particulière. La solitude de l'individu déséquilibré est sans doute dangereuse. La solitude du malade est source d’angoisse. Celle de celui qui a accumulé des richesses malhonnêtement est accompagnée d’amertume et de dégoût. Mais la solitude particulière qui est celle du croyant est une solitude de tous les instants, sans remède et suprême, c’est la solitude de la voie du salut.

La solitude est fréquemment associée à une fin de journée, un deuil, un exil. Et chacun de nous a affaire à une situation qui est la sienne et il fait du mieux qu’il peut. Mais, combien de temps allons-nous continuer à tourner en rond, en examinant la question de l'extérieur sans jamais entrer dans le vif du sujet ? Nous tenant devant l’éternelle énigme de l’existence, quand allons-nous – nous les fils et filles de Dieu par grâce et par participation, créés à son image et à sa ressemblance, nous les enfants de lumière – quand allons-nous oser rejeter les idées et discussions du monde et, nous tenant devant Dieu, face à face, prendre la décision de changer fondamentalement nos vies?

Nos mouvements restent incertains. Nous parlons de Dieu, mais Dieu reste quelqu'un que nous ne connaissons pas vraiment. Nous désirons être avec Dieu, nous avançons vers Lui, mais à la dernière minute, nous trouvons un moyen, de fuir et de Lui échapper.

Nous nous aimons trop nous-mêmes, au-delà de toute mesure. Nous sommes peu disposés à devenir théophore. Nous avons peur de Dieu, et nous essayons de le tromper – même si en fait nous nous trompons nous-mêmes – avec des excuses qui semblent être convaincantes. Nous avons appris à aimer nos supercheries au point de ne plus en avoir honte. Cependant Dieu ne se fatigue jamais de nous rechercher discrètement, nous rappelant sa présence dans nos souffrances et nos joies, nos erreurs et nos victoires.

Il est nécessaire pour les croyants de reprendre le chemin du Seigneur. Laissons les foules et leurs cris excités; ne vous laissez pas attirer par leurs discours ni inciter à les suivre de sorte qu’ils nous influencent. La voie du Seigneur est étroite, ardue, exigeante.

Solitaire, mais aussi salutaire, comme Il nous l'a annoncé Lui-même. Le croyant doit enfin s’attacher avec amour à ce qui est essentiel pour son existence personnelle, mettant de côté résolument et irrévocablement le secondaire et superflu.

Le message du livre de la Révélation (Apocalypse) est vraiment impressionnant. Les croyants tièdes seront vomis de la bouche de Dieu (Apoc. 3 ;15-16) Le terme utilisé est sans équivoque pour exprimer à quel point Dieu ne se satisfait pas de ceux qui sont indécis et ambigus, qui ne sont ni chauds ni froids.

Être en compagnie de Dieu est à la fois une joie pour Dieu et la plus merveilleuse béatitude de libération pour l'homme. Mais la réconciliation avec Dieu ne peut être séparée de la réconciliation avec nous-mêmes et avec nos frères et sœurs. Celles-ci vont toujours de pair - l'ami de Dieu est un ami de lui-même et des autres.

Les relations qui en résultent ne laissent pas de place à la vanité ou à l'isolement. L'amour de Dieu ne doit jamais dégénérer en pharisaïsme, pas plus que l’amour du prochain en devoir stérile. L’ouverture dans les trois directions – vers soi, vers Dieu et vers le prochain – est réalisée de façon symétrique, équilibrée, dans la connaissance, la liberté et l'amour.

Le grand maître du désert du quatrième siècle, Abba Isaïe, nous rappelle que «l'amour pathologique de soi et d 'autrui est un obstacle à notre relation avec Dieu. » 

Cicéron disait «À grande ville, grande solitude! » Cette solitude produit l'ennui, le manque d’appétit, l'amertume, le pessimisme, la constante préoccupation de l'avenir et l’inaction dans le présent, l'insatisfaction, le désir de fuir, la lâcheté. C’est ce que l’on appelle dans la littérature ascétique l’acédie et qui en tourmente beaucoup, sans merci, et qui comprend la négligence monastique. à suivre
(version française par Maxime le minime de la source

Commentaires