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lundi 13 juin 2016

NICE N'EST PAS ENCORE SOUS LOI ISLAMIQUE…


Rassemblement à Nice en 2015 contre l'édification d'une mosquée (Nice Matin)

NOUVELLEAKS par Slobodan Despot
LA CONTROVERSE DE NICE

La scène se passe au cœur de la cinquième ville de France. Irrités de voir une serveuse d'origine tunisienne travailler dans un bar en période de ramadan, deux musulmans pieux sont allés l'interpeller. La suite donne lieu à une dispute théologique qui se soldera, comme toute bonne dispute théologique, par coups et blessures.
La voici telle qu'elle fut contée au NouvelObs par la jeune femme :
« J’étais toute seule dans le bar quand deux passants ont fait irruption. Ils ont pointé du doigt les bouteilles d’alcool qui se trouvaient derrière le comptoir, puis l’un d’entre eux m’a dit en arabe : 'Tu devrais avoir honte de servir de l’alcool en période de ramadan'. Puis, il a ajouté : 'Si j’étais Dieu, je t’aurais pendue'. »
« Tu n'es pas Dieu pour me juger », lui aurait rétorqué la serveuse.
« Sale pute » fut l'ultime argument verbal des deux policiers de la charia avant la gifle qui envoya la serveuse « plutôt menue » au sol.
L'article nous apprend encore
  • que la victime, sur un plan personnel, observait le ramadan ;
  • qu'elle a exercé le même métier de barmaid en Tunisie sans le moindre désagrément ;
  • que « ce n'est pas la première vague d’intimidation » qu'on connaisse dans ce quartier du centre de Nice, deuxième ville de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, fière de son dynamisme, de sa culture et de ses traditions.
Selon une source non confirmée, on aurait encore entendu les purs mahométans enjoindre à la fille de « rentrer dans son pays ».
Nice n'est pas encore sous loi islamique, c'est pourquoi la serveuse est restée vivante, de même que son patron. On peut imaginer que la même scène, en terre islamique, se serait soldée par la mort des deux et peut-être par l'incendie de l'établissement. Ou plutôt, on ne peut rien imaginer du tout. Servir publiquement de l'alcool y est aujourd'hui simplement impensable, sous ramadan ou hors ramadan. Et Le Vin, le Vent, la Vie du Persan Abou-Nowâs ou le magnifique Éloge du Vin du soufi égyptien Umar Ibn al-Faridh ne changent rien à l'affaire, pas plus que les bars à liqueurs très fournis que, selon de nombreux témoins, les princes du Golfe entretiennent dans leurs somptueuses demeures tout comme ils entretiennent l'État islamique d'Irak et du Levant.

Une martyre

Si elle avait été chrétienne, la pauvre « Myriam » aurait pu être qualifiée pour le statut de martyre. Tout y était réuni, sauf la mise à mort (qu'elle a, tout de même, frôlée). Elle respecte intérieurement les principes de sa foi, n'a pas peur d'une force qui peut l'écraser, mais lui répond au contraire du tac au tac, dans une fulgurance, par l'argument du Christ et de Jeanne d'Arc : « Qui es-tu pour me juger ? »
De la même manière, si l'on avait été dans un contexte chrétien, les deux agresseurs auraient incarné le comportement masculin le plus vil que la civilisation connaisse et qu'elle a passé des siècles à déraciner comme une mauvaise herbe. A la violence contre les faibles ils ajoutent la misogynie, à la misogynie le fanatisme, au fanatisme la lâcheté, à la lâcheté l'idiotie (« si j'étais Dieu, je te pendrais ! »).
Cela ne veut pas dire que de tels comportements n'existent pas dans l'Europe post-chrétienne. Ils y existent, mais il y a des siècles qu'on ne les cumule plus de la sorte. Ils y existent, mais ils y sont stigmatisés et sanctionnés. Ils sont stigmatisés, soyons clairs, dans toute forme de civilisation. Or l'enseignement dont nos deux justiciers se réclament ne connaît ni la défense de la femme adultère, ni la rédemption de la prostituée, ni le rejet de la violence (« Qui tire l'épée périra par l'épée », Matthieu 26 :52). Ces deux hommes ont de toute évidence enfreint toutes les lois écrites et non écrites de la civilisation post-chrétienne, de la civilisation tout court. Mais ont-ils bien agi ou mal agi selon la morale de l'islam ?
Ce n'est pas à nous de le dire. Nous ne le savons pas, nous ne sommes pas dans leur peau. De surcroît, « nous », Européens, ne sommes pas au clair entre nous sur nos critères de jugement. Par exemple, il se trouve toujours des esprits « ouverts et conciliants » pour affirmer que ça n'est pas l'islam, que l'islam véritable, la religion d'amour et de paix n'est jamais en cause dans ce genre de cas. On le sait : les islamistes trahissent l'islam tout comme les bolcheviques de 1917 trahissaient le socialisme. Cela n'a pas empêché que des millions d'innocents soient exécutés, affamés, déportés et arriérés au nom du socialisme et de rien d'autre de même qu'ils le sont aujourd'hui au nom de l'islam et de rien d'autre. Mais le « véritable » islam se dérobe au jugement de même que le « véritable » socialisme a échappé à tout verdict de l'histoire. Au-delà d'un certain stade de terreur, une idéologie devient inattaquable. C'est la manifestation intellectuelle du syndrome de Stockholm.

La question qu'on ne posera pas

Ce n'est donc pas à nous de juger cette dispute. Mais l'incident est si emblématique qu'on pourrait en faire un très bon test d'eurocompatibilité à l'adresse des représentants du monde islamique. On appellerait cela la Controverse de Nice, de même que la Controverse de Valladolid, jadis, servit à déterminer l'attitude des catholiques envers les Indiens d'Amérique.
La question serait très simple : « Qui approuvez-vous, de la serveuse ou des deux hommes ? ». On pourrait la poser, en excluant les réponses ambiguës, au professeur Tariq Ramadan et à ses frères, à M. Nicolas Blancho, l'islamiste agité de Suisse, ou encore à l'imam Bekim Alimi qui participa à l'inauguration du tunnel du Gothard à la place du pasteur protestant et qui « prône un islam ouvert et assumé ».
Cet islam ouvert et assumé qu'on prête d'office à la plupart des « interlocuteurs » musulmans de nos autorités (avant de découvrir souvent — mais trop tard — leurs liens avec le wahhabisme et le salafisme) assumera-t-il l'agissement de la serveuse « plutôt menue » ou celui de ses deux justiciers ? Voilà le critère simple et concret qui nous permettrait de savoir si leur islam est soluble dans la civilisation. En cas d'hésitation, on pourrait leur poser une question subsidiaire :
Selon vous, comment le Prophète aurait-il tranché ce cas ?

Des ravages du pacifisme

Évidemment, nous n'en ferons rien. Nous ne sommes plus en position d'imposer des tests : au contraire, c'est nous qui en sommes les cobayes. La controverse de Nice n'est qu'un maillon dans une série continue de provocations. Ainsi, le même jour, des militaires en mission dans le cadre du plan Vigipirate étaient piégés et agressés dans le Val-d'Oise. La presse ne parle que d'« individus », mais nous apprend tout de même qu'il s'agissait d'une opération de sécurisation d'une synagogue…
On ne fera rien, et c'est tragique. La controverse de Nice est un exemple d'école de confrontation entre un islam intégré et un islam agressif. L'islam intégré est celui qui suit la sagesse immémoriale : ma liberté s'arrête là où commence la liberté d'autrui. Je fais ramadan, mais je sers l'alcool aux kouffars, parce que je respecte leurs coutumes.
A l'opposé des âmes candides, nous avons également ceux qui pensent que l'islam n'est qu'un « logiciel » de conquête du monde entier. Le christianisme l'est aussi depuis que le Christ a envoyé ses disciples évangéliser les quatre coins du monde. Il utilise certes d'autres moyens, quoique pas toujours. On consultera sur ce point les indiens du Paraguay ou les indigènes du Congo. Le christianisme avait de meilleures armes que l'épée et la prédication. Il a reconnu la liberté individuelle, permis la recherche scientifique, la quête du profit et la laïcisation. En se fondant dans le tissu même de la Modernité, il a conquis le monde au risque de se diluer.
Quoi qu'il en soit, le « logiciel » islamique n'a pas encore conquis le monde. Facebook le devance encore. Moyennant une attitude réaliste tenant compte des rapports de forces, les aires russe, chinoise ou indienne composent avec lui depuis des siècles — à travers le collimateur — et réalisent même, parfois, des symbioses assez harmonieuses. Sans le soutien actif de l'islamisme extrême sous ces latitudes par les États-Unis et le Benladenistan saoudien, il est même probable que les conflits y seraient aujourd'hui bénins. Dans la chaîne des pays non-alignés, qui correspond en gros à la ceinture islamique, mais aussi à la carte des ingérences néocoloniales de l'Occident (car toutes les guerres de l'OTAN depuis 1989 ont pour théâtre des pays non-alignés), la laïcisation avait fait de tels progrès qu'on y considérait, dans les années 1980, le modèle de société islamique comme une pittoresque survivance du passé. Ce qui n'empêchait pas ces pays de respecter et sauvegarder leur héritage culturel islamique.
La vie réelle est faite de compromis, de conflits, d'avancées et de reculades. L'Europe d'après 1945, elle, n'est pas construite sur la vie réelle mais sur une idéologie de paix universelle. Or l'idéologie de la paix à tout prix ne conduit qu'à la reddition totale ou à la guerre totale. D'où le partage du continent entre de ces deux extrêmes : l'angélisme et le bellicisme.
Du côté angélique, les « islamo-gauchistes », l'aveuglement devant les provocations telles que la controverse de Nice, et la répression non de ces provocations mais de ceux qui les dénoncent. Du côté belliqueux, le « néoconservatisme », la vision du « conflit des civilisations » — comme si la civilisation moderne n'était pas une — et un discours islamophobe qui ne sert généralement qu'à conforter les idées et les mesures du camp d'en face.
Entre les deux, personne n'a le courage de fixer une règle du jeu en reconnaissant à la fois l'installation à demeure de communautés islamiques en terre d'Europe et la primauté inconditionnelle des lois et coutumes autochtones. Bien au contraire. La nomenklatura décrédibilisée de l'UE tient en tenailles sa propre population entre la peur du terrorisme islamique et l'hospitalité obligatoire à l'égard des populations musulmanes. C'est même désormais son principal levier de pouvoir, et le premier sujet de préoccupation du continent, qui jette dans l'ombre son déficit démocratique, sa grave crise économique et le pillage massif des classes inférieures. Les institutions politiques européennes sont un facteur d'islamisation de l'Europe plus agissant que le « logiciel » islamique lui-même.

Encore un « dégât collatéral » de l'Occident

Tétanisée par cette contradiction, l'Europe occidentale attend son destin. Elle est incapable de renoncer aux agressions néocoloniales anglo-saxonnes qui alimentent le fanatisme au Moyen-Orient et le mouvement migratoire. Mais elle n'a pas non plus la force ni le droit d'en combattre les conséquences sur son territoire. Elle ne fait que subir. Jusqu'à quand ? Son avenir est soit dans l'islamisation institutionnelle prophétisée par Houellebecq, soit, après l'implosion de l'UE, dans une « peau de léopard » où des zones désislamisées s'opposeront à des zones conquises sous régime de charia. D'un côté comme de l'autre, les nobles valeurs européennes seront mises au placard.
Pour pouvoir exercer sereinement son métier de barmaid, il est fort probable que « Myriam » doive effectivement retourner dans son pays, la Tunisie. Car l'islam auquel elle a affaire en France n'est pas celui dans lequel elle est née. C'est un produit autochtone de l'Occident, rendu toxique par son nihilisme, ses calculs stratégiques et son inconnaissance de l'être humain.

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