
Le
débat sur le mariage homosexuel qui a accaparé l’actualité au cours des
derniers mois est souvent perçu comme une question franco-française
liée à l’affrontement des partis et des sensibilités propres à
l’hexagone et l’outre-mer français.
Il a pourtant une dimension
internationale déterminante. On peut même y voir l’un des champs de
bataille d’une guerre non déclarée qui fait rage dans une grande partie
du monde, pas seulement occidental.
Pendant que les parlementaires
français débattaient de la loi Taubira, le mariage unisexe faisait en
effet la une aux Etats-Unis avec le recours auprès de la Cour suprême
contre l’Etat de Californie qui a interdit le « mariage gay » par
référendum (et un autre recours, le cas Wilson, tendant à
faire reconnaître un « mariage » lesbien conclu au Canada). Si la Cour
suprême annule la décision de l’Etat de Californie en la déclarant
attentatoire aux droits de l’homme, le mariage homosexuel qui,
jusqu’ici, n’avait été admis que par 9 Etats sur 50, deviendra obligatoire sur tout le territoire de l’Union.
La décision de la Cour suprême est attendue pour la fin juin. L’une des
dimensions de cette bataille particulièrement âpre est l’intervention
massive des plus grandes sociétés américaines en faveur du mariage
homosexuel. 278 d’entre elles ont signé un mémoire déposé à la Cour
suprême en tant qu’amici curiae (une procédure propre aux Etats-Unis,
qui permet à des tiers, « amis de la Cour », de donner leur avis dans
une affaire) lui demandant instamment d’admettre cette revendication.
Parmi les signataires, rien que du beau linge :
Apple,
Bain &
Co,
Bank of New York Mellon,
Black Rods,
CBS,
Facebook,
Goldman Sachs,
Jet
Blue,
Johnson & Johnson,
Starbuck,
Twitter,
Viacom,
Walt Disney.
Tous les secteurs sont représentés mais la banque et la communication y
figurent en bonne place.
Cet engagement des grandes sociétés en
faveur du mariage homosexuel s’appuie sur l’idée que son
institution serait « bon pour le business ». C’est un fait nouveau qui
illustre l’emprise croissante de la culture « gay » sur l’Amérique des
affaires. La bataille qui fait rage outre-Atlantique va jusqu’à des
campagnes de boycott commercial par les deux camps. Que dirait Disney si
les familles nombreuses qui peuplent notre La Manif pour tous
boycottaient Disneyland ?
Relativement discret au cours de son
premier mandat, le président Obama est aujourd’hui ouvertement du côté
des partisans du mariage homosexuel.
On peut mettre l’engagement
d’une partie du business américain en parallèle avec l’aide que reçoit
de sociétés comme Microsoft ou Ernst &Young la Fondation Terra Nova,
proche du Parti socialiste et ardente promotrice des réformes
sociétales.
Un rapport de cette fondation avait attiré l’attention
en 2011 car il proposait que le Parti socialiste prenne définitivement
ses distances avec ses appuis historiques, classe ouvrière ou
fonctionnaires, pour se tourner vers
« une nouvelle alliance des
diplômés, des jeunes, des minorités, des femmes, des urbains et des
non-catholiques, tous supposés tournés vers l’avenir et adeptes du
libéralisme culturel ».
De ce côté-ci de l’Atlantique, la
fondation socialiste n’effraye pas non plus le grand capital : Areva,
Air France, Casino, EADS, Suez, Sanofi, Vivendi lui apportent leur
soutien.
On s’est interrogé sur le financement des Femen, ces jeunes
femmes venues d’Ukraine pour perturber les manifestations anti-mariage
unisexe en France. Il semblerait que pour une jeune femme de ce pays
encore très pauvre, où le taux de chômage est élevé, la condition des
femmes très difficile (notamment en raison de l’alcoolisme, générateur
de brutalités), il y aurait d’autres priorités que la condition des
homosexuels en France (si tant est que sa promotion aille de pair avec
la cause féministe, ce qui reste à prouver). D’autant que vivre à Paris
coûte cher. Mais elles y recevraient pour ce faire un salaire
représentant trois fois le salaire moyen ukrainien ! Qui paye ? Parmi
les possibles bailleurs de fonds de ce mouvement, on cite le nom de
George Soros, le milliardaire américain dont la Fondation pour une
société ouverte s’attache à promouvoir la démocratie et les idées
libertaires en Europe de l ’Est. Elle a pris pour cible, depuis quelques
années, le régime de Poutine, trop attaché à son goût aux valeurs
chrétiennes et patriotiques.
Le Parti socialiste entretient, quant à
lui, des liens suivis avec la galaxie du parti démocrate américain, en
particulier la National endowment for democracy, fondation chargée de
promouvoir à travers le monde la vision américaine « libérale » de la
démocratie.
C’est dire que ce qui se passe en France en matière de
droits des homosexuels est observé attentivement par des forces
internationales aussi puissantes que vigilantes. Pierre Bergé, qui a osé
dire
« Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? » et dont on connaît l’engagement en faveur des LGBT, est, sur ces sujets, pleinement en phase avec George Soros.
Ces forces, largement relayées à la commission de Bruxelles, ne
séparent pas ce qui est libéral de ce qui est libertaire. La France
était, à leurs yeux, en retard sur les deux plans. Elles attendaient du
gouvernement Hollande, qu’il « modernise » la France sur le double plan
social et sociétal. Sur le plan social, il s’agissait de remette en
cause une législation protectrice héritée d’un siècle de politique
social-démocrate. Le projet de loi « sur la sécurisation de l’emploi »
est un pas dans ce sens jugé encore trop timide. Sur le plan sociétal,
on espérait bien sûr de lui qu’il fasse adopter à la France le mariage
dit « gay ».
Pressé par ces puissants mentors, Hollande, ces
derniers mois, a paru un peu mou sur l’un et l’autre dossier. Il ne
serait pas étonnant qu’on l’ait mis en demeure de faire rapidement ses
preuves, ne serait-ce que pour améliorer son image internationale
désastreuse. François Hollande a pris la décision, immédiatement après
le vote du Sénat, d’accélérer le passage en force de la loi Taubira. On a
d’abord pensé qu’il voulait se débarrasser vite d’une question
épineuse.
Or cette accélération est en phase avec le calendrier
mondial de la question. N’en déplaise à ceux pour qui la France n’est
plus qu’un pays de second rang sans influence, l’adoption du mariage
homosexuel chez nous pourrait avoir un impact sur les décisions
attendues de la Cour suprême américaine. Si la loi n’avait été votée
qu’à l’automne, comme il en avait d’abord été question, elle serait, à
cet égard, venue trop tard.
Si dans le courant de cet été l’adoption
de la loi française se conjuguait avec une décision de la Cour suprême
favorable au lobby « gay », l’équilibre mondial basculerait de manière
décisive en sa faveur. Jusqu’ici en effet, contrairement à ce que
prétend la propagande homosexuelle, seuls de petits ou moyens pays, au
total 11 sur 200,
avaient adopté cette forme de mariage; les grandes puissances étaient
toutes réticentes. L’adjonction à la liste de deux pays comme les
Etats-Unis et la France serait une victoire emblématique pour les
partisans de révolution libertaire ; la phase suivante, la destruction
définitive du mariage pourrait être rapidement engagée.
Mais nous
savons qu’en France, la décision ultime est désormais entre les mains du
Conseil constitutionnel. Nous voyons combien sa responsabilité est
lourde.
*Photo : Leah L. White.