Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

lundi 7 avril 2008

Ma conversion VIII - de Buddha vers Jesus

Je me suis lancé dans ce récit, il me faudra bien le terminer et en essayant de ne pas trop ennuyer mon lecteur bien que quelquefois ça me fatigue un peu de raconter ma vie, il me faut l’avouer. Je serais même tenté de précipiter un peu les péripéties mais cela serait plutôt ingrat de négliger les étapes organisées avec une infinie patience par le Seigneur pour ramener son indigne serviteur à la maison.

Alors je vais reprendre tout de même courageusement : le Vajrayana c’était trop d’exotisme en effet. Pourtant je n’ai pas totalement exclu les écoles tibétaines puisque plus tard, pensant avoir trouvé une pratique non duelle absolue offrant une diversification habile des pratiques pour "devenir bouddha dans cette vie avec ce corps" [Sokushin-Jôbutsu], comme on le prêche dans l’école ésotérique japonaise Shingon , j’ai été initié à la pratique du Dzogchen (dans l’école de Chögyal Namkhai Norbu)

qui se veut au-delà de toutes les écoles du Tantrisme et j’ai tourné – sans m’y investir autrement que de manière livresque – autour du Bön qui précède tout apport venu de l’Inde et n’a pas cessé d’exister au Tibet malgré l’« impérialisme » du Bouddhisme.

La méditation était alors ma préoccupation et je me suis tourné vers le Zen (禅) Soto qui était le plus représenté à l’époque – et même le seul – alors que désormais d’autres écoles Zen (le Rinzaï qui donne beaucoup d’importance aux Koans [injonctions paradoxales], le Son coréen qui comprend en sus du Zazen des pratiques communes à d’autres écoles comme les prosternations, les mantras etc. l’école Sambo Kyôdan etc.) ont leurs instructeurs (Sensei) voire leurs maîtres et leurs dojos en France et dans différents pays d’Europe.

Dans l’école Soto du Zen qui a été introduite en France dans les années soixante par Taisen Deshimaru disciple de

Kôdô Sawaki (voir son émouvante biographie ) et que l’on trouve dans toute l’Europe désormais, prime sur tout l’assise nue :

Zazen (座禅).

C’était ce qu’il me fallait.

Il s’agit de s’asseoir dans la posture juste (en lotus, demi-lotus ou posture birmane) celle dans laquelle Sâkyamuni, le Bouddha historique, a rencontré l’Eveil, posture ni crispée, ni relâchée, sans visualisation, sans combattre mais sans alimenter les pensées, sans recherche d’effet (genre relaxation ou concentration ou inspiration avant l’action) sans but et surtout pas en recherchant la Réalisation, le Satori, et encore moins la rencontre du Bouddha (« Si tu rencontres le Bouddha, frappe-le ! » est-il enseigné. C’est très physique : se tenir le dos droit, le menton rentré, la tête poussant vers le ciel, les genoux appuyant sur le sol, concentré sur la respiration avec une expiration longue et une inspiration lui succédant naturellement, attentif aux crispations ou l’avachissement. Seulement s’asseoir Shikantaza 只管打坐 disait Maître Dogen.

Plus trivialement ou plus rudement "Assieds-toi et ferme-la" dit un instructeur américano-japonais ancien musicien de rock. Par parenthèse une certaine rudesse n’est pas forcément le contraire de la compassion mais plutôt en est aussi une forme, je ne l’oublierai jamais dès ce moment, écartant les mièvreries du politiquement correct qui n’est autre que de la culture chrétienne sécularisée, sans Dieu.
Pratique simple et dépouillée mais riche d’enseignements. Zazen n’est pas seulement une posture physique qui invite au calme les excités, ou oblige les endormis à se tenir éveillés, c’est à la fois une métaphore de la vie selon le Zen et la vie même. Considéré par cette école comme l’enseignement en droite ligne du Bouddha il y a 2500 ans et transmis de maître à disciple, le Dhyâna est devenu le Ch’an à son introduction en Chine par le 28eme Patriarche Bodhidharma, puis le Zen au Japon grâce à Dogen au 13° siècle dont les textes sont devenus le fondement même de cette école. J’ai donc pratiqué encore une fois de tout mon être, corps et esprit, matin (quelquefois même midi) et soir seul sur mon zafu (coussin de méditation, rond, noir, bourré sur mesure de kapok) comme on le fait dans l’école Soto : face à un mur. Et j’ai bien sûr participé aux sesshins (retraites) du temple de la Gendronnière puisque c’est dans le cadre de l’AZI que j’ai pratiqué. Cette pratique a été pour moi une merveilleuse école d’ascèse, de dignité, d’engagement, de foi, de courage, de persévérance, de longanimité. Les rituels exigeants, beaux et sobres m’ont alors convenu parfaitement et bien qu’esthétiquement très japonaise on pouvait trouver dans cette école un dépouillement tel qu’il restait ouvert à l’universel et donc convenable pour un Français ; davantage que le foisonnement et le bigarré de la culture tibétaine.
Quant à la « théorie » développée aussi bien dans le recueil de leçons de Dogen que condensée dans le Sutra du cœur il aura contribué à faire place nette en mon esprit de sorte que l’apophatisme de la théologie orthodoxe n’aura par été très déstabilisante par la suite.


Tous les êtres sont Bouddha depuis l’origine des temps, Comme l’eau et la glace, Sans eau ni glace, hors de nous pas de Bouddhas. Si proche est la vérité, bien que nous allions la quérir au loin. Entourés d’eau, nous crions : “J’ai grand soif ! ”Nés riches, nous errons comme des pauvres, faisant inlassablement le tour des six mondes. Notre affliction a pour cause l’ego trompeur. De sentier en sentier, nous tâtonnons dans le noir. Comment nous affranchir de la roue du samsara ? La porte de la liberté est le samadhi procuré par le zazen. Par-delà l’exaltation, par de-là la louange, est le pur Mahayana. Les préceptes, le repentir, le don, la voie juste d’existence, les innombrables actions méritoires, tout cela a son origine dans le zazen. Le samadhi authentique disperse tous les maux ; il nous purifie du karma, évacue les obstacles. Où sont désormais les sombres sentiers sur lesquels nous nous égarions ? Le pays du Lotus Pur est proche. Entendre cette vérité, le coeur humble et reconnaissant, chanter ses louanges et l’embrasser, pratiquer sa sagesse, est source de bienfaits illimités, de montagnes de mérite. Mais si, retirés en nous-mêmes, nous nous prouvons notre vraie nature - que l’être véritable est dépourvu d’ego que notre soi n’est pas un moi - l’ego est transcendé et les mots habiles sont derrière nous. Alors la porte de l’unité s’ouvre avec fracas. Il n’y a plus ni deux ni trois, en ligne droite court la Voie.Notre forme étant devenue non-forme, nous pouvons aller et venir sans jamais sortir de chez nous. Notre pensée étant devenue non-pensée, nos danses et nos chants expriment le Dharma. Immense, infini est le ciel du samadhi ! Éclatant et transparent est le clair de lune de la sagesse ! Là, dans le monde, quelque chose nous ferait-il défaut ? L’immensité du nirvana se déploie devant nos yeux. La terre que nous foulons a pour nom Lotus Pur, et notre corps est le corps même de Bouddha.


Chant de louange pour le zazen, par Hakuin Ekaku (1685 - 1768)


jeudi 3 avril 2008

S.O.S. du Père Denis Guillaume, traducteur en français des textes grecs et slaves des offices orthodoxes

Je suis malade, âgé et sans ressources, sans retraite, car j’ai travaillé toute ma vie de façon bénévole, pour l’amour du Seigneur notre Dieu. Naguère, je subsistais grâce à la vente de mes livres, mais à présent, les souscripteurs se font de plus en plus rares et la charité semble avoir disparu du monde chrétien : seuls les musulmans peuvent survivre, de nos jours, à cause d’un précepte incontournable, celui de l’aumône. Les journées d’hôpital me coûtent deux fois plus cher que mes très sobres journées à domicile. Je devrais me faire remplacer plusieurs dents, arrachées à l’hôpital mais le travail des dentistes privés et des prothésistes est devenu hors de prix. S’il vous plaît, aidez-moi en me commandant quelque livre, pour votre usage ou pour faire cadeau (voir "catalogue" ). Merci et que Dieu vous le rende !

Père Denis Guillaume 54 Bd Gambetta, 3000 Nîmes Tél. 00 33 (0)4 66 76 05 23

mardi 1 avril 2008

Ma conversion VII - de Buddha vers Jesus

Ayant donc pris la décision d’aller voir ailleurs mais toujours dans le Bouddhisme et en restant en France, je suis allé en Savoie, à l’ancienne Chartreuse de St Hugon, siège de Karma (Chédroup Tcheu) Ling dirigée par un moine français Lama Denis Teundroup disciple du grand maître de la lignée tibétaine (Shangpa) Kagyu : (Kyabdjé) Kalou Rimpotché. Cela a été un total dépaysement de trouver, en un lieu de montagne aussi austère l’hiver, un lieu aussi exotique, où toutes les couleurs, les formes, les sons, les édifices, les peintures, les statues, avec toutes ces offrandes raffinées à leurs pieds contrastaient heureusement avec les désordres des chantiers divers car il restait encore à cette époque beaucoup à construire. Cela me donnait évidemment une autre image du Bouddhisme que celui prétendu « orthodoxe » de la Nichiren Shoshu. Là j’ai retrouvé la récitation des sutras même si c’était dans une autre langue et la récitation de mantras, notamment celui que tout le monde connaît « Om mani padme Houng »

dans la méditation de Tchenrézi (Avalokiteshvara, le Bouddha de la compassion, représenté quelquefois avec 1000 bras, image de la mutitude des possibilités de sa compassion pour tous les êtres, ou bien sous la forme d'un androgyne en Chine (Guan Yin ) avec un enfant dans les bras qui le fait irrésistiblement penser à une statue de la Vierge Marie (eh oui encore une fois bizarre...Kannon Marie ) ou au Japon (Kannon).
On peut en trouver facilement sur le web la signification mais j’ai également connu une autre pratique fondamentale et très répandue dans presque toutes les écoles bouddhistes sauf dans l’école de Nichiren et celle de la Terre Pure : celle de la "méditation". J’ai fait une retraite où j’ai été initié à la méditation de base Shinay (la pacification mentale) Lhagtong (la vision pénétrante) ce qui a été un bon préliminaire à ma pratique plus tardive du Zen. La pratique des mantras était différente, moins « énergétique » plus « intériorisée » que NamyoHorengeKyo et dans le Vajrayana elle nécessite pour avoir sa pleine efficacité ésotérique une initiation et une transmission par un maître habilité. J’ai donc approfondi ma connaissance d’un autre bouddhisme, suivi des enseignements, lu des livres et j’ai même fait l’acquisition d’un superbe bouddha, d’un vajra et d’une cloche objets du culte tantrique alors que je n’étais pas allé, dans ma pratique antérieure, jusqu’à l’obtention d’un Daï Gohonzon (copie du « mandala »calligraphié par Nichiren) et devant lequel s’effectue uniquement la pratique à haute voix. Je suis rentré à la maison et j’ai commencé à pratiquer seul avec les livrets oblongs de prière tibétains mais sans mala (chapelet) assis sur un coussin ordinaire.



Cependant je ne suis pas resté dans cette pratique car tout ce qui m’avait surpris et émerveillé me semblait tout de même assez loin de moi culturellement et s’annonçait comme bien trop complexe à pratiquer avec toutes ces divinités peu familières à visualiser et trop « magiques » pour mon tempérament. Bref c’était trop exotique pour mes préoccupations, l’attrait ne pouvait durer qu’un temps et devenait plutôt un obstacle à mon engagement.
Néanmoins je gardai le souvenir d’une grande douceur de la part de mes instructeurs, bien conforme à ce que je pouvais imaginer des pratiquants bouddhistes alors, notamment de Lama Denis qui organisera plus tard des rencontres inter-traditions auxquelles participera, pour l'Orthodoxie(dont j'ignorais jusqu'à l'existence alors) Père Placide Deseille... Il m'apparut que le bouddhisme était incroyablement profond et précis dans sa connaissance très aiguë des mouvements de l’ « âme » humaine. On était loin également des préoccupations mondaines de la Soka Gakaï et je m'y retrouvais davantage. Mais le vrai trésor du moment était la méditation simple et surtout la rencontre avec celui qui connaissait Père Placide... Cependant de conversion point encore à l'horizon...

jeudi 27 mars 2008

Ma conversion VI - de Buddha vers Jesus...




Disposé à l’exploration du Bouddhisme donc, je n’eus pas à chercher longtemps ni bien loin, puisque la mère d’un ami, pratiquante de la Nichiren Shoshu, m’invita à une réunion d’information. C’était étrange et familier parce que c’était une école qui tout en se présentant comme la seule école de Bouddhisme « orthodoxe » (sic ! eh oui !) mettait étrangement l’accent sur la concordance du progrès sur la voie de l’Eveil et de la réussite sociale. J’avais déjà rencontré cela – bien que cela n’ait été déclaré à aucun moment comme « religieux » - dans ce fameux séminaire qui m’avait tiré de mon hibernation psychique ; je n’étais donc pas trop choqué car je savais que l’on pouvait tout de même bénéficier du meilleur au milieu des pires scories d’une expérience et j’étais bien décidé à vivre cette expérience. Quoi qu’il en soit, ce n’est évidemment pas propre à cette école de Bouddhisme puisqu’on retrouve cette attitude aussi bien dans certaines tendances du Judaïsme que du Protestantisme pour ne citer que ce qu’il est convenu d’appeler Monothéisme.

La pratique était - et est, pour ceux qui sont dans cette école - assez simple : il s’agit avant tout, selon l’enseignement du moine japonais du XIII°s. Nichiren, fondateur de cet enseignement, de réciter le mantra « NAM-MYOHO-RENGE-KYO » [qui signifie littéralement : "Je me consacre à (et je vénère) la Loi de Myoho Renge Kyo" ou « Je me consacre à (et je vénère) l’enseignement du Sûtra du Lotus »] et des extraits de ce « Sutra du Lotus de la bonne loi » (Hokkekyô en japonais) le tout étant consigné dans un petit livret.

On récite les textes et les mantras les mains jointes avec un chapelet dans les mains mais qu’on n’égrène pas. Le mantra n’en est pas un dans le sens du Bouddhisme tantrique puisqu’on ne reçoit pas d’initiation ésotérique par un maître (faute de quoi il n’a pas grand effet selon la doctrine tantrique) pour le pratiquer et qu’un effet du style n’est pas attendu comme dans le Vajrayāna de type tibétain par exemple. D’ailleurs Nichiren bien qu’issu de l’école Tien Taï, école ésotérique, a rejeté ensuite tout tantrisme et a passé sa vie à pourfendre toutes les autres écoles bouddhistes pour défendre celle que ses adeptes considèrent comme la seule « orthodoxe ». De même la pratique du mandala n’a été conservée dans son école que sous la forme d’une calligraphie complexe similaire au mandala figuratif du Shingon (école ésotérique japonaise équivalente du tantrisme tibétain) par exemple mais rendu abstrait par la seule écriture.



Le "mandala" de Nichiren


(C'est bizarre ces trois croix tout en haut, non ? -Mais non ! C'est du sanskrito-sino-japonais !)



On peut tout à fait prendre connaissance du contenu de la doctrine et de la pratique à cette adresse : pour ce qui est du cadre dans lequel j’ai pratiqué. Si l’on veut entendre la virtuosité étonnante de Tina Turner (fervente pratiquante de cette école) dans cette pratique on peut regarder cette video de You tube. Cette autre adresse enseigne la doctrine de Nichiren mais se veut indépendante, car il faut dire que la Nichiren Shoshu était articulée à une organisation « culturelle » appelée Soka Gakaï société japonaise avec de nombreuses ramifications internationales pour le moins controversée...

Je m’y suis consacré avec enthousiasme et de tout mon être et cela a été pour moi une découverte d’importance d’expérimenter la puissance du rythme et des vibrations sonores de la récitation de prières à haute voix, corps et esprit unifiés. Je ne me rappelais de mon enfance catholicisante que des choses assez molles et psychologisantes et là une énergie incomparable circulait en soi et en relation avec les autres de façon fascinante, qui donnait une autre dimension à la « prière ». J’ai lu des ouvrages du président Daisaku Ikeda de la Soka Gakaï qui m’ont initié à une vision du monde bouddhiste et j’ai trouvé cela très intéressant.

Cette expérience est restée suffisamment vivante et convaincante en moi (une sorte de vérification par le corps de l’authenticité d’une pratique ) pour que je ne supporte guère que l’on récite les psaumes et les textes liturgiques autrement que selon la tradition orthodoxe, je veux dire pas comme on les récite dans l’église catholique ou protestante moderne avec cette intention permanente de transmettre du sens en interprétant (dans tous les sens du terme) le texte sous prétexte de « méditer » le texte. La récitation orthodoxe, neutre, rythmée, au volume soutenu, sans dramatisation ni jeu théâtral incongru, permet, à celui qui récite comme à son auditeur, d’être entièrement disponible à ce qui ne lui est destiné qu’à lui personnellement par l’Esprit Saint, d’être réceptif aux versets qui ne peuvent le toucher que lui et qu’il peut ainsi entendre sans le filtre déformant d’un intermédiaire bien intentionné. C’est cette pratique qui m’y a ouvert.

Cependant, autant je m’y suis adonné sans restriction quant à la pratique, autant j’ai fui quand j’ai eu affaire avec la structure, l’organisation, et quand surpris de ne pouvoir ni me rendre librement au temple que je n’ai pu même approcher, ni pratiquer avec qui je désirais, quand j’en avais l’opportunité sans le consentement des responsables hiérarchiques de l’organisation, j’ai commencé à avoir des doutes, ai fait des recherches et ai lu des articles divers en quantité suffisante, pour me faire penser que cette école, si sectaire d’ailleurs avec ses prétentions à la seule orthodoxie, pouvait l’être aussi quant à son encadrement. Il m’est apparu également que l’on illusionnait des personnes en difficulté sociale en leur faisant croire que leur avancement dans la hiérarchie de ce qui ressemblait plutôt à une secte, au mauvais sens du terme, montrait les bienfaits de la pratique, et confirmait une rupture de leur mauvais karma d’origine, donc leur avancement dans la Voie. Il a suffi que l’on me suggère ici et là que tout cela avait quelque accointance avec des milieux politiques plutôt éloignés de l’idéal de détachement du bouddhisme pour que je quitte tout cela définitivement. Je n’ai jamais été fait pour les sectes, ni pour les clubs fermés d’ailleurs.
C’est alors que j’ai fait l’acquisition d’un livre qui m’a montré qu’il n’y avait pas moins de douze « sectes » ou écoles de bouddhisme rien qu’au Japon (Kusha, Jojitsu, Ritsu, Hosso, Sanron, Kegon, Tendaï, Shingon, Zen, Nichiren, Jodo, Shin) et j’ai continué mon chemin…


"Nichiren sauvant ses disciples de la tempête"...

(Cela ne vous rappelle rien ? Bizarre, bizarre...)

mardi 25 mars 2008

ARVO PÄRT mon compositeur (orthodoxe) "contemporain" préféré


une video d'une master class
Je profite de la brièveté du repas de midi de Carême pour blogger un peu et je ne peux pas m'empêcher de partager ce moment de beauté avec vous, si vous me lisez...cette musique est trop inspirée pour qu'elle soit déplacée en cette période liturgique. Non ?


Biographie et discographie ci-dessus

Prière matutinale 10 à la Toute Sainte en complément à la prière de St Ephrem


Toute Sainte Souveraine, ô mère de mon Dieu, par tes saintes et puissantes prières,

Eloigne de moi ton indigne serviteur,

le dégoût de bien faire, la tergiversation, la lenteur à comprendre et la négligence,

toute pensée impure, perverse ou impie de mon cœur misérable et de mon esprit enténébré.

Eteins la flamme de mes passions,
et délivre le pauvre et malheureux que je suis de tant de souvenirs ou passe-temps funestes
et de toute action mauvaise affranchis-moi.

Car Tu es bénie par toutes les générations et ton nom très vénérable est glorifié
dans les siècles des siècles Amin

(extrait du Prosevkhtaire traduit par le P. Denis Guillaume)

lundi 24 mars 2008

samedi 22 mars 2008

Ma conversion V



Ma recherche avait commencé…
J’étais préoccupé par une vision plus large et une vision du monde cohérente et pas seulement par quelques techniques visant à rendre la vie plus confortable. Et comme l’original m’a toujours semblé préférable à la copie, tout ce que je pensais avoir compris des sources m’a dirigé vers l’Orient, l’Asie donc, et plus particulièrement vers le Taoïsme.

Je me suis acheté le Tao Te King [Dàodé Jīng] et le Tshouang Tseu [Zhuangzi] et d’autres livres de commentaires et j’ai trouvé tout cela passionnant même si je n’ai pas tout compris tout de suite ; en tout cas cela me paraissait suffisamment exigeant pour que cela m’apparaisse comme devant être sérieusement approfondi.
J’ai été particulièrement attiré par la notion de Wu Wei 無爲, qu’on traduit généralement par Non Agir, et qui est en fait plutôt un mode d’agir et un comportement adapté aux circonstances changeantes de la vie, attentif et fidèle à la nature, sans qu’il soit besoin de forcer, et dans lequel, paradoxalement, quelquefois ne pas agir est la meilleur façon d’agir. Autrement dit, il faut faire confiance à la Vie qui résout elle-même ce qui doit être résolu Restait à adjoindre la pratique à la théorie….


Je me mis en quête de maîtres taoïstes et pris bientôt contact, après lecture d’un article ne sais plus dans quel journal, avec une vieille et honorable dame chinoise, ancien professeur de musique du Conservatoire de Shanghai qui, à ses dires s’occupait d’une pagode taoïste sise chez elle et j’étais bien impatient de la rencontrer. Elle me demanda de lui écrire préalablement pour lui expliquer le sens de ma recherche, ce que je fis. Cela ne lui agréa sans doute que peu puisqu’elle ne me répondit jamais. Je ne voyais pas à qui m’adresser au plus près de chez moi à l’époque, et comme toutes les disciplines du Taï Chi et autres Chi Gongs ne s’étaient guère développées encore à l’époque en France, je mis de côté mon projet de pratique et je continuai à étudier les textes, en conservant précieusement à l’esprit ces éléments de doctrine qui me semblaient si paradoxaux mais si attirants. J’ai été bien heureux plus tard de retrouver ce sens du paradoxe dans la théologie orthodoxe magnifiée par son hymnographie.


Et puis j'ai conservé ce texte précieux que les enragés contre le Christianisme (qu'ils confondent malheureusement avec son unique forme occidentale) et ne veulent surtout pas qu'on "détourne" :

Il est un être confus qui existait avant le ciel et la terre.
Ô qu'il est calme ! Ô qu'il est immatériel !
Il subsiste seul et ne change point. Il circule partout et ne périclite point. Il peut être regardé comme la mère de l'univers.
Moi, je ne sais pas son nom. Pour lui donner un titre, je l'appelle Voie (Tao). En m'efforçant de lui faire un nom, je l'appelle grand.




Tao Te King chap 25








Assez rapidement la poursuite de mon exploration du sujet m’a fait constater qu’en Chine, il n’y avait pas qu’un Taoïsme, et que c’était loin d’être avant tout une philosophie de sages dénués de tout bien, pratiquant dans une pureté et un dépouillement fascinants pour des occidentaux dans mon genre - soucieux d’écarter tout rituel et toute croyance pour se consacrer au « spirituel » en écartant le « religieux » (opium par excellence du peuple) mais que cela comprenait aussi des pratiques religieuses avec des temples, un clergé, des autels, des rites, des offrandes, voire une pratique magique et à tout le moins une discipline du corps et de l’esprit visant à acquérir des pouvoirs supranormaux…



J’en étais là, je désirais tout de même une pratique individuelle et communautaire à la fois et pas seulement une étude théorique personnelle. Je décidai donc de rester spirituellement en Asie mais en un domaine plus à ma portée et m’intéressai alors au Bouddhisme, beaucoup plus visible et présent sur le territoire français, tout en connaissant bien les conflits historiques et doctrinaux qui avaient opposé l’un à l’autre…

vendredi 21 mars 2008

Ma conversion IV


L’expérience fut riche. Après ce séminaire avaient lieu des séances hebdomadaires de suivi, d’entretien, d’approfondissement auxquelles on pouvait venir à loisir. Venaient là toutes sortes de gens : des gens qui voulaient améliorer leur vie, personnelle, sentimentale, professionnelle, financière, d’autres qui voulaient obtenir la sagesse, l’illumination ; il y avait les incrédules critiques peu enclins à se laisser berner, posant systématiquement des questions sur tout, les pieds bien posés sur terre et ceux qui avalent tout sans examen ni mastication, tout prêts à enfourcher la moindre nuée, proies faciles pour les gurus de tout poil (bien sûr, certainement aussi…) et aussi les chercheurs ouverts mais exigeants. Cette expérience avait l’avantage de faire se rencontrer des gens de toutes conditions qui ne se seraient jamais parlés s’ils n’avaient pas partagé, dans la plus totale nudité, cette expérience profonde commune où l’on pouvait voir de ses yeux que la souffrance n’épargnait personne sur cette terre, riches et pauvres et que sous des dehors tout ce qu’il y a plus insignifiants ou à l’opposé brillants pouvaient se cacher des détresses tout aussi tragiques. Il m’est apparu d’ailleurs à cette occasion qu’il est bien souvent plus facile d’avoir de la compassion pour ceux que l’on sent en dessous de soi socialement que pour ceux que l’on considère au-dessus. Ce qui laisse planer un doute sur la qualité d’une telle compassion, convenue certes, et politiquement correcte, mais peut-être un peu trop restrictive et ciblée…

Mais Dieu n’était pas encore au programme pour moi et bien qu’à un moment, une des salles du centre de l’association se soit appelée du jour au lendemain « salle Thérèse d’Avila», cela m’était apparu comme d’un kitch de mauvais aloi. D’ailleurs, bien loin du château spirituel dont je n’avais pas pris connaissance, l’expérience me suffisait alors, j’étais suffisamment armé pour continuer mon chemin.

En revanche, curieux comme je l’ai toujours été, et préoccupé de l’origine des choses, soucieux de remonter aux sources (ce qui ne me quittera pas jusqu’à l’Orthodoxie) j’ai pris conscience qu’en face de la Californie d’où semblaient provenir en première analyse toutes ces efficaces démarches dites de « développement personnel » - pour faire vite – se trouvait le Japon et toute l’Asie…

jeudi 20 mars 2008

Ma conversion III


Ensuite on peut voir chaque période et chaque expérience vécue comme un jalon dans un cheminement guidé par la grâce et un apprentissage étape après étape, acquis après acquis…


Quelqu’un m’a proposé, pour me sortir de là, un « séminaire » d’un week-end dit d’«activation mentale », j’ai fini par accepter d’essayer… et effectivement cela a été bénéfique. J’y ai expérimenté en groupe une sorte de « renaissance » guidée qui se voulait plus douce que ce que l’on pratiquait alors sous le nom de « rebirth » : on était invité à revivre émotionnellement les étapes douloureuses de sa vie en remontant le plus loin possible. Certains prétendaient être parvenus jusqu’à leur naissance. Je ne suis pas allé jusque là… mais j’ai appris à renverser radicalement ma façon de voir le monde et la vie, j’ai appris à cultiver les pensées positives, à me relaxer profondément, j’ai dit Oui à la vie.

Et surtout, j’ai pris conscience de la puissance, étonnante autant qu’effrayante (selon sa charge positive ou négative) du désir, à travers espace et temps ; ce qui sera une expérience qui ne me fera pas douter le moins du monde, plus tard, de la réalité de la puissance de la prière, en même temps qu’elle favorisera la prise de conscience fondamentale de la responsabilité de chaque individu dans sa propre vie, ses pensées, ses paroles, ses actions, quant à la bonne ou mauvaise marche de la vie du monde.

Dans les années de révolte de ma prime jeunesse j’avais eu deux livres de chevet : « l’Anarchisme » de Daniel Guérin et « La première et dernière liberté » de Krisnamurti. Je subodorais déjà que l’extérieur n’allait pas sans l’intime et que la préoccupation de liberté et de justice de tout groupe passait aussi par la révolution intérieure de chacun ; mais je n’avais pas alors vraiment commencé le travail. En tout cas je me suis arrêté de fumer et je suis rentré à la maison si métamorphosé que j’ai fait des émules autour de moi, aussi bien chez mes proches que mes amis et mes connaissances. Gros succès !

Quelques années plus tard j’ai lu dans un magazine que cette association dans laquelle j’avais eu la chance d’apprendre à revivre et à voir la vie autrement avait été classée dans la liste infamante des sectes. Ce qui est parfaitement ridicule voire révoltant, car à aucun moment de ma propre expérience, je n’ai été l’objet de la moindre manipulation visant à aliéner ma liberté, ou à me ruiner d’une quelconque manière ou encore à m’enrôler de force dans un gang de prosélytes… Je crains que tous ceux qui, selon leurs vertueuses déclarations, veillent soigneusement à notre liberté, ne deviennent parfois des inquisiteurs d’une espèce pire encore que ceux dont ils prétendent nous protéger.

J’y avais été initié au lâcher-prise qui est un autre nom de l'abandon, à la concentration voire à la foi même si, cette foi était un peu vague… et j’ai réenvisagé ma vie personnelle, conjugale, familiale et professionnelle dans une autre vision du monde, dans le sens de l'amour de la vie qui est sans doute inséparable d'une vie d'amour.

mercredi 19 mars 2008

L e Triomphe de l'Orthodoxie


Pas toujours le temps d’écrire tout ce que je voudrais, quand je le voudrais… Pas grave ! C’est que je ne dois pas en faire plus !

La Fête de l’Orthodoxie a été un vrai bonheur Dimanche. Défiler à l’église avec mes petits gars, chacun avec son icône, quelle joie ! Quand nous sommes revenus à la maison j’ai ouvert le coffre qui contient toutes les icônes accumulées au fil des ans et non exposées pour cause de déménagements et réaménagements multiples et cela a été un émerveillement de les découvrir ou de les retrouver. Cela a été une joyeuse excitation de sortir de leur enveloppe de papier, toutes ces icônes, petites ou grandes, pour les exposer dans le beau coin du séjour, en compagnie de celles qui trônent en permanence, tout autour. Les enfants voulaient connaître le nom de chacune d’entre elles. Alors nous avons chanté tous ensemble sans discontinuer Kyrie Eleison et chaque fois que nous encensions une icône, je demandais au Saint invité de prier Dieu pour nous, ainsi mes garçons pouvaient savoir qui était là avec nous, sur chaque icône. Une douce joie pour les parents de faire cette prière en famille.

samedi 15 mars 2008

Ma conversion II



Galerie photo Plume

La longue réserve précédente ayant été faite, je vais tout de même construire une fois de plus un récit de ma conversion puisque c'est cohérent avec mon projet initial de raconter dans ce blog comment un Orthodoxe ordinaire vit sa foi.

On peut dire que tout est parti d’un renoncement. C'est une version possible.

Je vivais alors une vie personnelle extérieure « épanouissante » - comme on la préconise de nos jours jusqu’à la propagande - bien remplie, créative, diversifiée, donc avec une certaine réussite non pas financière mais professionnelle, des relations agréables, dans différents milieux, prestigieuses pour certaines, avec des perspectives assez prometteuses etc.

A l’intérieur, cela allait beaucoup moins bien : les relations de couple étaient en crise et évidemment plus elles allaient mal et plus je m’investissais à l’extérieur. Quant aux enfants ils faisaient bien sûr souvent les frais de cette mésentente conjugale. Tout a néanmoins continué jusqu’au soir où, après une dispute de plus dans le couple, j’ai eu une sorte de prise de conscience que tout allait à vau l’eau dans notre famille et que je devais prendre une décision. Je l’ai prise : elle a été celle du renoncement. Cela a été un renoncement brutal et total. À tout ce qui faisait que cette vie était gratifiante pour mon égo, « épanouissante », à toutes mes activités, à toutes mes relations. Terminé.

Je n’avais aucune foi à l’époque, il y avait longtemps que j’étais devenu un véritable athée, c'est-à-dire un sans-Dieu à la lettre, puisqu’après une période de ma vie athéiste, rationaliste, matérialiste donc militante, j’avais enfin « compris » que Dieu n’était plus mon problème car qu’Il existât ou non, je ne m’en préoccupais plus, je vivais de la même façon. J’étais alors libre de la problématique Pile/Face qui finalement se mord la queue. J’étais « libéré » de l’existence de Dieu. Je ne fréquentais d'ailleurs plus ceux qui avaient fait de leur militance une pitoyable raison de vivre. Je n'avais plus de compte à régler de ce côté-là depuis un moment.

J’avais donc renoncé mais je n’avais plus aucune perspective. Si l’on avait pu mesurer alors les signaux électriques produits par mon âme on aurait obtenu un « électropsychogramme » sans haut ni bas, parfaitement plat. J’étais mort à tout désir...

dimanche 9 mars 2008

PARDON !

Le Dimanche du pardon ne se fête pas d'une manière remarquable dans ma paroisse grecque, à part les textes, si on les comprend ou que l'on en connaisse la signification au préalable mais rien de notable dans le comportement de fidèles... c'est un peu comme la présence de ces bancs critiqués - légitimement - par Roch et Albocicade... je ne sais si c'est comme ça ailleurs dans les paroisses grecques...
Voilà des années, depuis mon départ pour le Midi, que je n'ai pas participé à cette séance annuelle de métanies petites ou grandes suivies de saints baisers entre fidèles qui faisaient bienheureusement verser tant de larmes à droite et à gauche et qui contribuaient effectivement au bonheur des familles et de la famille ecclésiale, même si certains étaient soigneusement absents ce jour-là ou bien si d'autres avaient tout à coup disparu de l'église au bon moment, même si on n'avait quelquefois naïvement rien en tête qui puisse être pardonné par l'autre ou bien rien à pardonner à la plupart ... je savais à quel point on ne maîtrise pas toujours les effets de nos paroles, de nos attitudes, de nos comportements, voire de nos pensées et donc cela valait le coup de demander pardon à tous ceux qui se trouvaient là ce jour-là. Cela me manque je dois l'avouer, mais le Seigneur mon Dieu m'a donné bien d'autres choses et je prends tout ce qui est de mon présent, ici & maintenant.
ps : par la même occasion, pardon à ceux qui auraient pu être offensés par ce que j'ai mis ou omis dans mon blog

BON CARÊME !

"LE COMBAT DE CARNAVAL ET CARÊME"
de Bruegel l'Ancien

Peut-être pas très orthodoxe... mais Bruegel n'excelle-t-il pas à mettre au jour les images intérieures de notre esprit embrouillé par toutes les tentations et tous les combats...

vendredi 29 février 2008

Ma conversion I.

La Conversion de St. Paul
du
Caravage

La période liturgique qui vient est pour moi celle d’un anniversaire : celui de ma conversion.


Il m’est arrivé de raconter à diverses reprises cet épisode de ma vie à des personnes différentes et je sais très bien qu’un tel récit ne va pas sans poser quelques problèmes qui sont ceux de tout récit d’expérience quelle qu’elle soit.


En effet, d’abord, toute expérience humaine est vécue dans le contexte propre à la personne qui l’a vécue : contexte personnel, familial, social, historique, culturel, religieux etc. En ce sens on ne peut penser que cette expérience, si on lui accorde qu’elle puisse être également vécue par d’autres, ne sera pas vécue de façon toute particulière, à travers un regard particulier, forcément dépendant de tout le contexte dont j’ai parlé plus haut. C'est-à-dire que dans la richesse virtuelle présumée d’une expérience, ne seront actualisés que les éléments perceptibles par la sensibilité particulière (dont les composantes contextuelles sont citées plus haut) de cette personne.


Ensuite, vient le récit de cette expérience vécue. Là, à nouveau et encore, le contexte cité plus haut interfèrera et le récit établira une sélection dans toutes les informations transmissibles. Il y aura donc une mise en relief de certains éléments en même temps qu’une exclusion d’autres, et ceci, seulement par l’effet « naturel » de ce contexte, mais il faudra y ajouter l’intention du discours particulier de celui qui raconte, à l’œuvre dans son récit. Autrement dit, ce que l’auteur d’un tel récit veut que son destinataire en retienne surtout. Ce qui donnera l’occasion à nouveau d’une mise en forme de l’expérience qui pourrait bien éloigner de plus en plus de celle-ci celui qui l’a vécue.


Enfin il faut s’occuper de celui qui reçoit un tel récit. Et là encore, on peut prédire, sans se prendre pour un prophète, qu’il y aura une nouvelle sélection (mise en relief / mise à l’écart) parmi les informations transmises qui correspondront tout simplement à la personnalité du lecteur ou auditeur du récit. Qu’en retiendra-t-il ? Qu’est-ce qu’il en rapportera à son tour, à qui ? Etc. la chaîne continue…

Alors on pourrait se demander : mais à quoi bon ouvrir la bouche devant le risque de tant de déformations ? A quoi bon raconter, oralement ou par écrit, ce qui semble intégralement intransmissible ? Cependant, en même temps, y a-t-il une autre condition humaine que celle-ci, y a-t-il beaucoup d’autres possibilités en dehors du passage par le langage et les codes qui peuvent réduire, limiter, encadrer et formater et les rencontres entre les personnes avec tous leurs problèmes de communication qui peuvent interpréter et déformer ?


Évidemment cela s’applique également à mes yeux à la transmission des Évangiles, aux hagiographies, aux « expériences mystiques » et autres récits pieux qu’on n’aura pas le préjugé scientiste d’écarter obligatoirement parce que du domaine de l’irrationnel et non vérifiable.