Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

lundi 16 juillet 2018

Un nouveau livre sur l'Ancien Ephrem de Katounakia


Écrit par un de ses frères spirituels de la communauté de l'Ancien Joseph l'Hésychaste, l'Ancien Joseph de Vatopaidi, il rapporte quelques épisodes de leurs expériences communes au sein de cette communauté remarquable, et met en valeur les vertus et les charismes du Père (« Papa ») Éphrem. Une grande partie de l'ouvrage rapporte des anecdotes qui montrent sa sainteté, et de riches conseils spirituels, qui concernent notamment la prière hésychaste (appelée aussi « Prière de Jésus ») dont il fut l'un des maîtres au Mont-Athos au cours de la seconde moitié du xxe siècle. (source) Éditions l'Age  d'homme

La collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » lui avait consacré un premier volume (voir ci-dessous) , écrit par son premier disciple, le Père Joseph de Katounakia (L’Ancien Éphrem de Katounakia, 2012). Elle lui en dédie ici un second, qui n’est nullement une répétition du précédent, mais vient le compléter. Moins détaillé quant à la vie du grand spirituel, il est d’une certaine manière plus personnel, puisqu’il témoigne avant tout de l’amour fraternel qui l’a étroitement uni, pendant plusieurs décennies, avec l’auteur, le Père Joseph de Vatopaidi (1921-2009). Tous deux furent d’abord très liés au sein de la petite communauté de l’Ancien Joseph l’Hésychaste, dont le Père Éphrem fut le prêtre desservant avant que d’autres prêtres ne fussent ordonnés en son sein, tandis que le Père Joseph était un disciple de l’Ancien. (source) Jean-Claude Larchet

PÈRE JOSEPH DE KATOUNAKIA 

L'ANCIEN EPHREM DE KATOUNAKIA

Père Joseph de Katounakia - L'Ancien Ephrem de Katounakia

La vie du P. Ephrem de Katounakia (1912-1998), l'un des plus grands spirituels orthodoxes du XXe siècle et l'un des plus grands hésychastes de notre époque. Son disciple, le P. Joseph, qui vécut auprès de lui dans son ermitage du Mont Athos, présente, dans ce beau livre, sa vie et son enseignement, ainsi que divers textes — lettres, petits discours spirituels, prières improvisées — dont il est l'auteur. On y découvre l'exceptionnelle personnalité d'un moine habité par la grâce.





DANS LA MÊME COLLECTION


dimanche 15 juillet 2018

Comprendre la politique us à la lumière des salles obscures

LES FILMS PRÉFÉRÉS DU PRÉSIDENT TRUMP…

(source)



1.



Donald Trump a déclaré au New Yorker en 1988 que le film de combat de Jean-Claude Van Damme est un de ses vieux favoris. Le film suit un soldat américain entrant dans une compétition violente et underground d'arts martiaux.
Trump sur "Bloodsport"
Dans son profil new-yorkais, M. Trump a qualifié le film d'action de «film incroyable et fantastique».

Franck Dux, un champion américain de karaté, n'a qu'une obsession : remporter le Kumite, un tournoi clandestin d'arts martiaux organisé à Hong Kong, une rencontre où tous les coups sont permis, y compris les coups mortels ! (source)

2.


"Goodfellas" de Martin Scorsese qui a été l'un de ces films à succès, figure sur la liste des films préférés de Donald Trump, il raconte l’ascension d’un jeune homme et ses amis gravissant les échelons du syndicat du crime organisé.
Trump, louant son «casting de stars», a qualifié le film "Goodfellas" de 1990 de «splendide divertissement».
Les Affranchis (Goodfellas) est un film de gangsters américain réalisé par Martin Scorsese, sorti en 1990.
Le film est basé sur le livre Wiseguy, de Nicholas Pileggi, sorti en 1986, racontant l'histoire vraie de Henry Hill, un gangster new-yorkais. Pileggi participe à l'écriture du scénario avec Scorsese. Le film retrace la montée et la chute d'Henry Hill (joué par Ray Liotta) et de ses amis (interprétés par Robert de Niro et Joe Pesci), des complices de la famille Lucchese, une des cinq familles mafieuses de New York ; la période couverte par l'histoire va de 1955 à 1980.
Originellement, Scorsese voulait appeler le film Wiseguy, du nom du livre de Nicholas Pileggi, mais ce titre était déjà utilisé pour une série télévisée en fin de diffusion ; il se tourna donc vers le titre Goodfellas.
Les Affranchis est un succès au box-office, avec 46,8 millions de $ de recettes rien qu'aux États-Unis, pour un budget de 25 millions $. Il reçoit aussi d'excellentes critiques. Le film est nommé six fois aux Oscars, (Source)

3.


"Le parrain"
Le drame oscarisé sur une famille de criminels italo-américains fait partie des meilleurs films de Trump qui parle de l'original de 1972 «The Godfather : Part II» comme d'un «classique».
Michael Corleone a succédé à son père Vito Corleone à la tête de la famille. Il dirige alors les affaires des Corleone d'une main implacable, en éliminant ses ennemis les uns après les autres. Mais en tentant en vain de ressembler à son père, il ne fera preuve que d'une autorité dévastatrice qui peu à peu l'éloignera des personnes qu'il aime. La deuxième partie du Parrain offre deux histoires parallèles. L’une implique le chef de la Mafia en 1958/1959 après les événements du premier film, l’autre est une suite de flash-back (retours en arrière) sur le parcours de son père, Vito Corleone, de sa jeunesse en Sicile à la création de la famille Corleone à New York. Le jeune Vito est interprété par Robert De Niro (source)

4.

    

Le bon, la brute et le truand

"Les personnages sont bien développés et parfois me rappellent certains des types que j'ai eu à traiter au fil des ans dans les affaires", a déclaré M. Trump à Movieline du film 1966.


Pour conclure sa Trilogie du dollar (également appelée Trilogie de l’homme sans nom) et pour éviter de se répéter, Sergio Leone augmente de deux à trois le nombre de protagonistes : Clint Eastwood et Lee Van Cleef, qui partageaient la vedette dans Et pour quelques dollars de plus, se voient adjoindre Eli Wallach dans ce troisième film. (source)
Le scénario introduit une nouveauté : l'irruption de l'Histoire, avec la guerre de Sécession américaine comme toile de fond. Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. (source)

vendredi 13 juillet 2018

Pécher : rater la cible…


source
sur le site interbible

Péché

Hébreu : חטאת (hatta't)
Grec : αμαρτία (amartia)
Latin : peccatum

Il existe une riche variété de termes pour désigner la notion de « péché », chacun y ajoutant une nuance particulière. On peut lire dans le Dictionnaire encyclopédique de la Bible (page 995) une définition aussi brève que claire des trois termes les plus courants: hatta' t, cawôn et peshac..

• Le nom usuel hatta' t provient d'un mot qui signifie « manquer le but ou la cible ». Le péché apparaît alors « comme un manquement objectif, contre les hommes ou contre Dieu ».

• « Le mot cawôn, littéralement « ce qui est tordu, de travers », souligne éventuellement l'aspect moral du péché; mais il met lui aussi en relief sa réalité, son objectivité: ce n'est pas la conscience psychologique qui est en est la mesure ».

• « Le mot peshac, "révolte", "rébellion", vise l'intention mauvaise elle-même et souligne l'initiative prise dans la rupture. C'est lui qui rend le mieux l'aspect religieux du péché: opposition de la volonté humaine à Dieu, refus d'écouter, infidélité et rejet ».

La notion de « péché » apparaît comme une réalité complexe et ne se réduit pas à la simple transgression d'un précepte. Même s'il est un acte objectif, que l'on peut cerner et définir avec précision, il reste que le péché n'est pas un concept abstrait qui loge dans le monde merveilleux des idées immuables ou dans les sévères codes de lois. Le péché est inscrit dans la vie des sujets personnels que sont les êtres humains.

Le mot hatta' t est utilisé autant dans le monde profane que dans le monde de la religion. Il est utilisé dans le cadre d'une conception dynamique de l'existence. Il suppose un lien étroit entre l'individu et la communauté, de même qu'entre la transgression et la condamnation. Il y a manquement, hatta' t, dès qu'une relation communautaire est lésée: un homme peut manquer vis-à-vis un autre homme ou vis-à-vis Dieu. À partir du moment qu'un rapport communautaire implique des normes de conduite, on contrevient à un tel rapport en transgressant les normes. On manque donc l'objectif que la communauté s'était fixé.

Cette conception du péché comme manquement aux exigences de la vie communautaire exprime, malgré son apparence juridique, l'importance de la relation entre les individus. Le terme hatta' t conviendra bien pour exprimer le manquement aux exigences de l'Alliance, l'infidélité à la parole donnée de suivre les voies du Seigneur. Puisque le peuple de Dieu tire son existence de l'Alliance, ces manquements sont une atteinte non seulement à la volonté de Dieu mais à l'identité même du peuple. Le péché, c'est le comportement qui fait passer à côté du projet de Dieu pour son peuple. Les prophètes insistent pour montrer que le péché ne situe pas seulement au niveau religieux. Il y a aussi transgression de l'Alliance quand on passe à côté de ses devoirs de respect, de soutien, de justice envers les membres du peuple. Ce sont également les prophètes qui approfondiront la dimension morale du péché, en montrant que la tendance à manquer aux exigences de la vie de foi a son siège dans le coeur de l'être humain. Le meilleur exemple de cet approfondissement du sens du péché est donné par le psaume 50. Les expressions de la reconnaissance du péché sont nombreuses et variées; elles côtoient aussi des affirmations sur la bonté, la fidélité et la miséricorde de Dieu. Toute la prière est orientée vers la demande du pardon qui est perçu comme une re-création du coeur:

Aie pitié de moi, ô Dieu, selon dans ta grande miséricorde 
et dans ton immense compassion efface mon péché
Lave-moi de plus en plus de mon iniquité 
et de mon péché purifie-moi […]
Crée en moi un cœur pur ô Dieu
et renouvelle en ma poitrine un esprit droit[…]


Psaume 50

Yves Guillemette, ptre

jeudi 12 juillet 2018

MONDIAL FOOTBALL en RUSSIE

On m'a envoyé un texte d'opinion sur le football en Russie qu'il m'a paru intéressant de reproduire sur mon blog aussi ne me priverai-je pas de vous le faire lire :


"Tous ces fans de football venus pour voir le mondial ont pu voir la Russie par eux-mêmes, sans aucune interférence inutile des porte-parole des médias occidentaux qui considèrent que leur mission est de traîner sans fin la Russie dans la boue. Beaucoup de gens, Européens et Américains en particulier, sont allés en Russie en s’attendant à trouver le pays décrit par leurs médias : un endroit sombre et lugubre, vétuste et sale, avec un service grossier et inutile, des fonctionnaires voyous et corrompus, et, pour couronner le tout, très dangereux. Ce qu’ils ont trouvé à la place était un pays amical, hospitalier, propre, sûr et éclairé, conçu pour créer la meilleure atmosphère de fête imaginable. C’est une percée en matière de relations publiques. Leur expérience de première main de la vie en Russie rendra un peu plus difficile pour leurs médias nationaux de continuer à leur vendre la désinformation sur la Russie.

Mais je suis sûr qu’ils vont encore essayer, à cause d’une combinaison d’inertie institutionnelle et de parti pris antirusse enraciné. À titre d’exemple de tels efforts de couverture biaisée qui ont échoué, un couple de correspondants britanniques a écrit que des gens faisaient le salut nazi et chantaient des « chansons des jeunesses hitlériennes » dans un bar. C’était à Volgograd, autrefois Stalingrad, là où les envahisseurs nazis ont été arrêtés et battus – un endroit où les souvenirs de guerre sont encore présents et où, pensait-on, quelqu’un qui ferait le salut nazi serait frappé. La totalité de cette histoire, telle que rapportée, semblait beaucoup trop ridicule, et des journalistes russes sont donc venus enquêter. Effectivement, ils ont découvert que certaines personnes dans un bar de Volgograd ont fait le salut nazi. Ils étaient saouls, mais c’étaient… des fans de football britanniques. Personne ici ne s’en est offusqué ou ne leur a fait des ennuis. Peut-être n’était-ce pas simplement une stupidité d’ivrogne mais quelque chose comme une expérience de provocation : aller à Stalingrad et faire semblant d’être un nazi, juste pour voir si l’endroit est vraiment sûr.

Il y a trois décennies, des amis russes ont fait quelque chose de similaire aux États-Unis : ils ont acheté quelques bouteilles de vodkas, volé un camion de pompiers et l’ont conduit à travers l’Alabama en buvant de la vodka et en chantant des chansons russes. Pour ce comportement exubérant, ils ont passé deux nuits dans la prison du comté et ont été libérés. Les États-Unis étaient un pays sûr… à l’époque.

Reportages biaisés et provocations à part, plusieurs centaines de milliers de fans de football étrangers qui ont visité la Russie, plus plusieurs centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde qui ont regardé les reportages sur la Russie, ont vu un pays ouvert, accueillant, beau, sûr et prospère. C’est une victoire pour la Russie et une défaite pour CNN, le New YorkTimes, le WashingtonPost et Hollywood, qui ont tous essayé de représenter la Russie comme une menace. Cette représentation de la Russie n’est pas entièrement fausse. Tout dépend de leurs intentions (ou plutôt de celles de leurs propriétaires). Ceux qui se battent pour la domination du monde n’auront plus qu’à s’en prendre à eux-mêmes : chaque fois qu’ils iront en Russie, ils rentreront bredouilles. Mais ceux qui vont en Russie pour jouer avec un ballon de football dans un champ, ou pour tout autre but pacifique, et qui restent amicaux et respectueux, sont sûrs de passer un bon moment. Ce choix est le leur – et le vôtre."

mercredi 11 juillet 2018

Le Saint Tsar Nicolas II. Son activité ecclésiale

sur le Blog La lorgnette de Tsargrad



"[…] Contrairement à l’opinion largement répandue, en particulier chez les étrangers, l’Empereur de Russie n’était ni le chef, ni le chef spirituel de l’Église Orthodoxe Russe locale, mais, en sa qualité de porteur du pouvoir suprême du plus grand empire orthodoxe, et Oint de Dieu, il portait également la sainte responsabilité de Défenseur et de Protecteur de l’Orthodoxie, et dès lors, il occupait dans le monde orthodoxe la place la plus élevée. Mais l’essentiel, c’était la grande mission universelle confiée par la Providence Divine à l’Empereur de Toutes les Russie. […] 

LIRE L'INTÉGRALITÉ DE L'ARTICLE ICI

dimanche 8 juillet 2018

Deep Web, Dark Web, Darknet… Où est le danger réel?

Darknet : faut-il démanteler la revente illégale de la liberté de s’exprimer et de s’informer ?

SOURCE
Par Yannick Chatelain 
(Enseignant Chercheur. Head of Development. Digital I IT, Grenoble École de Management (GEM)


Hivint/FlickrCC BY

« Quand un seul chien se met à aboyer à une ombre, dix mille chiens en font une réalité. » (proverbe chinois)

En matière de terrorisme islamique, sitôt un attentat commis, le responsable de la radicalisation, le coupable du passage à l’acte émerge rapidement. En France tout du moins, la chanson est toujours la même : le complice le plus impliqué c’est Internet.

Étrangement, pas un seul instant les médias de masse ne se remettent en question dans leur mode de traitement outrancier d’actes odieux. Nous-mêmes en tant qu’usagers nous interrogeons-nous sur le relais que nous faisons sur les réseaux sociaux des actes les plus abjectes ?


« Pardonnez-moi une question dérangeante : Quel groupuscule terroriste pourrait rêver d’attachés de presse plus forcenés répondant aussi promptement à leurs attentes : essaimer l’horreur absolue ».

Dans les situations auxquelles je me réfère, le coupable étant tout désigné, les solutions du « politique “experts” » pleuvent comme un jour de mousson : c’est à qui inventera dans l’urgence de nouvelles solutions miracles. Contraindre un peu plus Internet étant l’une des premières options. Depuis le sinistre onze septembre, à la courte paille du simplisme, vous aurez constaté que c’est toujours Internet qui gagne.

S’en suivent usuellement des interventions anxiogènes sur le « Deep web », le « dark web », le « darknet »… dans un mélange des genres invariablement orientés mauvais genre. Reconnaissons que le terme darknet sonne très « force obscure » aux oreilles de l’opinion publique.

L’évoquer est une chose, cependant, lorsqu’il est mis en avant dans ces contextes dramatiques, c’est de façon réductrice, pour ne pas dire totalement dévoyée. Que cela soit intentionnel ou pas, je vous en laisse juge. Il s’agit toutefois de mettre en avant la face sombre de la bête. Cela se traduit par un défilé d’orateurs alarmistes décrivant un espace qui est pourtant bien éloigné de la réalité qu’ils décrivent.

De la différence entre deep web, dark web et le darknet

Ben Ward/Flickr

Le deep web, ou web profond, par opposition au Web de surface, est constitué de ressources non référencées par des moteurs de recherches. Notons à ce sujet, qu’il s’agisse de Google ou d’autres moteurs, que n’importe quel Webmaster peut choisir d’empêcher l’indexation de contenu.


Le dark web, lui, est une partie réduite du deep web. C’est le contenu du web qui existe sur les           « darknets » pris dans un sens plus large que le sens originel du terme. À l’origine le terme darknet (inventé dans les années 1970) désignait des réseaux qui étaient isolés d’Arpanet – l’ancêtre d’Internet – pour des raisons de sécurité.

La disqualification systématisée du « darknet »

Dans le contexte d’attentats que j’évoque, les discours les plus abracadabrants sur le sujet ne manquent pas, et ce, jusques au plus haut sommet de l’état. Feindre d’avoir identifié le problème c’est déjà rassurer la population. Cependant si le problème est mal posé… je vous laisse le soin d’imaginer l’efficacité de la solution.

Certains n’hésiteront pas à mettre le darknet sur le banc des accusés, des assertions aussi surprenantes qu’invérifiables comme le fera Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, le 22 mars 2016 – immédiatement après l’attentat ayant frappé le l’aéroport et une rame de métro de Bruxelles – d’abord à l’Assemblée nationale, pour surenchérir le lendemain au Sénat :


« Ceux qui nous frappent utilisent le darknet et des messages chiffrés. »

Que dire, face à ce type de déclaration à l’emporte-pièce ? Nous pouvons ajouter qu’ils utilisent vraisemblablement des voitures, des téléphones portables et ont même parfois – croyez-le ou non – une télévision… et rajouter, pour être taquin, qu’il fut un temps où Ben Laden et ses comparses étaient les rois de la cryptographie.

Ce type de discours de diabolisation sert à légitimer et enchaîner des lois qui restreignent nos libertés, en favorisant l’acceptation sociale d’absurdités. Le sulfureux darknet de Monsieur Cazeneuve, est en cela un levier puissant, régulièrement de sortie. Le traitement médiatique de ce dernier est naturellement concentré sur les usages criminels possibles comme nous avons pu l’observer encore récemment avec le démantèlement de BlackHand, un forum qui proposait à la vente depuis plus de deux ans de nombreux produits et services illicites : stupéfiants, armes, faux papiers, données bancaires volées…

Au-delà du terrorisme, le darknet est ainsi brandi à toutes occasions par ses détracteurs. Rien de très étonnant, vous conviendrez que de par son nom même, c’est celui qui peut générer le plus de fantasmes et rendre légitime un contrôle – pour votre bien et le mien – de plus en plus exagéré. Tout est donc mis en œuvre pour ancrer dans les esprits le darknet comme un repère infesté de crapules sans foi ni loi. Les gouvernances, quels que soient les régimes, utilisent le sempiternel même argument réducteur – la cybercriminalité – pour rendre acceptable leur volonté de destruction de toute possibilité d’anonymat des citoyens.

Le darknet une zone de non-droit ? Ah bon !

Paradoxe et non des moindres – n’en déplaise à ceux et celles qui souhaiteraient voir disparaître « le monstre » – évoquer une zone de non-droit peuplée de criminels est une absurdité. La preuve en est : puis-je me permettre de souligner que le « darknet », contrairement à ce qui est raconté – dans la partie mineure au service de la délinquance qu’il représente – n’est pas une zone de non-droit comme le démontre l’affaire « Black Hunt ». C’est un endroit permettant aux services de renseignement mondiaux l’infiltration, la mise en place de honey pots, le suivi au plus près de l’évolution de la criminalité, etc. !

« Darknet » : le dernier refuge de la liberté d’informer et de s’informer

Il faut garder à l’esprit que cet « Internet de l’ombre » n’est pas un grand dédale où s’organisent les pires trafics : il est avant tout l’outil qui a permis et qui permet, lorsque la situation l’exige, de relayer des idées à l’abri de l’oppression, de faire savoir au monde la teneur d’une situation sans exposer sa vie pour avoir parlé.

Allons faire un tour en « enfer » ! Suivez le guide !

Pour vous faire une idée par vous même : téléchargez Tor, puis lancez-le. Un navigateur va s’ouvrir. Dans un second temps, accédez alors à « hidden wiki » en copiant l’adresse suivante dans votre navigateur : http://zqktlwi4fecvo6ri.onion/wiki/ vous découvrirez une sorte de Wikipedia proposant de nombreuses ressources classées par thème.

Expérimenter c’est connaître !

Vous constaterez par vous-même qu’une majorité de ressources présentes ne sont aucunement destinées à recruter des assassins, vendre des armes, de la drogue… mais peuvent servir à des personnes qui risquent leur vie en s’exprimant. Toutes les ressources traditionnelles du Web de surface sont disponibles pour : mettre en place des sites, des blogs, discuter en ligne, etc. en minimisant le risque d’être tracé.

(Attention : n’allez pas traîner là où il ne faut pas ! Il y a les bons là où rodent les méchants et la loi est la loi. L’expérimentation à ses limites en forme de barreaux de prison.)

Avec Internet, le citoyen-monde où qu’il se trouve, s’il y a accès, peut disposer d’outils lui permettant d’accéder à une information non contrainte et d’en diffuser sans risque. Quel individu assez fou et mégalomane pourrait encore avoir la prétention de faire taire une conscience humaine en train de se mondialiser et empêcher certains hommes d’informer et d’être informés ?

Voilà la raison même d’être du darknet. Lorsque la parole est brimée, il faut aux hommes un espace protégé pour qu’elle puisse s’exprimer. Je m’étonne d’ailleurs que les agences de presse n’y soient pas (sauf erreur de ma part) présentes, pour permettre un accès à l’information par-delà la censure exercée dans certains pays.

Que le « darknet » dérange de nombreux États est indéniable, mais est-ce bien pour la raison qu’ils invoquent ? Alors plutôt que de dire n’importe quoi à son sujet, Messieurs les censeurs de ce monde, laissez donc faire le renseignement pour ce qui concerne les délinquants avérés qui s’y promènent et laissez donc le darknet en paix au service de la liberté inaliénable d’informer et d’être informé.

Maurice Clavel : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »



« Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs. » 
(Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais)


samedi 7 juillet 2018

DIGITAL DETOX par Jean-Claude LARCHET

« Digital detox » orthodoxe: la proposition de Jean-Claude Larchet au récent colloque international sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe

Les nouveaux médias, encore appelés médias numériques, dont les instruments sont les ordinateurs, les tablettes et surtout maintenant les smartphones et dont le contenu est principalement celui de l’Internet et des réseaux sociaux et des messages, ont envahi la vie des hommes de notre époque, en particulier celle des jeunes, dès l’âge de 10 ans, parfois moins.
Leurs capacités de communication rapide et presque gratuite, la possibilité qu’ils donnent d’accéder à tous et à tout, et la force des images que les médias numériques véhiculent, leur ont donné un pouvoir de séduction considérable. La pression sociale (notamment celle du conformisme) mais aussi l’organisation économique de la société en a fait des instruments qu’il est pratiquement obligatoire de posséder, sous peine de se voir exclu de divers groupes ou circuits sociaux, administratifs ou économiques.
Mais c’est surtout une dépendance interne, psychologique, qui s’est établie chez les utilisateurs de tous âges. Cette dépendance inquiète beaucoup de parents, car elle affecte maintenant beaucoup d’enfants. Elle est remarquée par les utilisateurs eux-mêmes, et est fortement perçue dans les cas les plus graves, qui nécessitent un traitement drastique, sous la forme notamment d’un sevrage total de longue durée et parfois d’un accompagnement psychiatrique en clinique. Mais cette addiction est souvent inconsciente dans les cas moins graves, car l’habitude a le pouvoir de faire apparaître comme normal ce qui ne l’est pas. On doit le constater : chez la plupart des utilisateurs, l’usage est devenus abus.
Dans ce colloque qui réunit des acteurs de médias orthodoxes, les médias sont présentés dans la plupart des cas d’une manière positive, comme appartenant ou devant appartenir à la vie ecclésiale, avec l’idée qu’ils sont devenus de nos jours des moteurs indispensable à l’activité pastorale et missionnaire de l’Église. Cette vision quasi paradisiaque doit cependant être tempérée. Dans la vraie vie, la consultation de sites orthodoxes occupe malheureusement beaucoup moins de place que celle des autres sites, et beaucoup de jeunes orthodoxes y restent totalement étrangers. Dans une très grande majorité de cas, les passions qui habitent l’homme déchu l’attirent vers des contenus conformes à ces passions, que ce soit dans le choix des sites visités ou dans les motivations de la communication sur les réseaux sociaux comme Facebook, où le narcissisme (que les Pères de l’Église appellent philautia) joue un rôle considérable, que ce soit dans la mise en scène de soi-même ou dans la recherche effrénée de « like » qui flattent l’ego.
J’ai publié récemment un livre de 320 pages, intitulé en français « Malades des nouveaux médias », qui a été traduit en roumain sous le titre « Captivi în Internet », et est en cours de traduction en anglais sous le titre « Addicts of modern medias ». Je montre dans ce livre, de manière très détaillée et argumentée, les effets négatifs, corrosifs et destructeurs des nouveaux médias dans les divers sphère de la vie de l’homme : psychique, intellectuelle, culturelle, sociale, relationnelle, et enfin et surtout spirituelle. Je propose aussi un certain nombre de prophylaxies et de thérapies, en particulier de nature spirituelle. Pour le présent exposé, qui doit être très court, j’ai choisi de parler seulement du jeûne et de l’abstinence, comme moyens de limiter et de contrôler l’usage des nouveaux médias, devenu dans la plupart des cas abusif et nocif.

L’Église orthodoxe a établi pour les périodes de carêmes et certains jours de la semaine ou de l’année des règles de limitation et d’abstinence concernant l’usage de la nourriture et de la sexualité.
L’une des finalités principales de ces règles est d’habituer l’esprit à contrôler les impulsions corporelles et psychiques, à réorienter et à recentrer les forces psycho-physiologiques vers la vie spirituelle, à instaurer un état de faim et de désir qui fait ressentir à l’homme sa dépendance à l’égard de Dieu et son besoin de Lui, à établir dans l’âme un état paisible qui dispose à la pénitence et favorise l’attention et la concentration dans la prière.

L’abus, devenu commun, des nouveaux medias, produit des effets contraires à ceux recherchés par le jeûne et l’abstinence : épuisement vain de l’énergie, sollicitation et dispersion extérieures permanentes, mouvement et bruit intérieurs incessants, occupation envahissante du temps, impossibilité d’établir ou de maintenir la paix intérieure, destruction de l’attention et de la concentration nécessaires à la vigilance et à la prière.
Ces effets, il faut le souligner, sont relatifs à l’usage même des nouveaux médias dès lors qu’il atteint un certain seuil, indépendamment de leur contenu. Comme la montré le grand spécialiste des medias Marshall Mc Luhan, le medium a plus d’impact que le message qu’il véhicule, au point que l’on peut dire que « le medium est le message » (« the medium is the message »). Cela ne doit évidemment pas faire oublier la question du contenu qui, lorsqu’il est mauvais, vient solliciter et alimenter les passions, et augmente encore le degré d’incompatibilité avec la vie ascétique au sens large, et nuit encore plus à la vie spirituelle.

L’Église doit prendre en compte ces circonstances nouvelles créés par notre époque, et établir des règles appropriées, accompagnant celles du jeûne alimentaire et de l’abstinence sexuelle, de manière à aider l’homme moderne, par une limitation volontaire régulière, à se libérer des nouvelles addictions qui l’enchaînent, et de manière à lui donner les moyens de mener pleinement la vie spirituelle qui convient à sa nature et qui est la condition de son épanouissement personnel véritable.
On pourrait dire que nulle règle n’est nécessaire pour cela et que des recommandations pastorales suffisent, mais on pourrait dire la même chose par rapport au jeûne alimentaire ou à l’abstinence sexuelles pour lesquelles cependant l’Église a établi des canons, et même de manière solennelle, c’est-à-dire lors de Conciles œcuméniques, pour la raison que les règles officiellement et précisément formulées ont un impact plus grand, une portée plus universelles et un caractère plus obligatoire que de simples recommandations – d’ailleurs pas toujours données – au sein d’une paroisse.

La question qui se pose est ici celle de la nature du jeûne et de l’abstinence pratiquées.
Il s’agit déjà, comme l’indique ce qui précède, de limiter le temps de connexion et de réguler strictement l’usage et le contenu des médias. Il est nécessaire d’abandonner la connexion permanente, et de limiter la connexion à une période définie dans la journée. Il convient d’abandonner les médias non nécessaires, comme les médias sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) et tous les sites de divertissement. Tous les sites Internet présentant un risque de tentations ou de mauvaises rencontres doivent évidemment être évités. Il convient de limiter aussi la connexion Internet à ce qui est strictement nécessaire pour le travail professionnel ou les études.
Les parents doivent apprendre à leurs enfants utilisateurs des nouveaux medias à pratiquer une telle limitation en leur en expliquant le sens.
Les périodes de carême sont des opportunités offertes à tous d’abandonner les relations virtuelles et artificielles des réseaux sociaux pour retrouver des relations réelles, concrètes, approfondies avec la famille et les amis, et, d’une manière générale, être plus attentifs aux personnes qui nous entourent. Ces périodes de carême sont aussi des opportunités pour redécouvrir le silence et la solitude, qui sont nécessaires à l’exercice et au développement de la vie spirituelle.
La question qui risque de fâcher, dans le contexte de ce colloque, est de savoir si l’on doit étendre la règle du jeûne et de l’abstinence des nouveaux médias aux sites orthodoxes eux-mêmes. Je ne veux pas mettre au chômage partiel la plupart des participants à ce colloque, et mon but est encore moins de limiter la présence de la parole chrétienne et ecclésiale dans un monde où elle est déjà trop peu présente.
Mais je voudrais tout d’abord faire remarquer que lors des carêmes, et surtout du Grand Carême, un certain nombre de médias orthodoxes, en particulier ceux qui ont un contenu spirituel, s’autolimitent : ils ferment leurs sites pour une période plus ou moins longue, ou du moins ralentissent et restreignent leur production.
Un telle restriction a une valeur exemplaire et témoigne à sa manière de l’existence du carême et des limitations auxquelles il invite.
Ma seconde remarque concerne la lecture. Il est vrai que, très positivement, la plupart des médias orthodoxes proposent, au moins pour une part, des lectures spirituelles, et certains sites sont même consacrés uniquement à cela. Il n’y a donc pas de raison, en principe, de limiter la production ou la consultation de tels sites, et il semble qu’on devrait même l’encourager, dans la mesure où les fidèles sont invités, pendant les périodes de carême, à faire davantage de lectures spirituelles.
Je voudrais cependant signaler ici que les études scientifiques qui ont été faites sur les modalités de la lecture sur écran montrent que ce type de lecture est à la fois très rapide et très superficiel.
Sur les écrans, les textes nous apparaissent comme des images. Pour cette raison, le texte sur écran fait l’objet, comme une image, d’un balayage en surface, le regard s’arrêtant habituellement sur quelques lignes seulement.
Une étude scientifique a montré que la plupart des gens ne lisent pas le texte ligne par ligne, comme ils le feraient pour un livre, mais sautent rapidement du haut jusqu’au bas de la page, dans un mouvement qui suit généralement la forme d’un F : ils lisent les premières lignes, descendent un peu, lisent la partie gauche de quelques lignes, puis descendent le long de la partie gauche de la page.
Une deuxième étude a conclu qu’un lecteur moyen sur le Web ne lit qu’environ 20% du texte.
Une troisième étude a établi que la plupart des pages Web sont regardées au maximum pendant 10 secondes, ce qui montre de toute évidence qu’elles ne sont pas vraiment lues.
La lecture sur écran ne s’arrête guère sur les mots ou les expressions. C’est une lecture où l’on fait peu de retours en arrière. C’est une lecture peu réflexive. C’est une lecture superfi­cielle qui ne donne guère lieu a un effort de compréhen­sion et à un effort de mémorisation.
De beaucoup de façon, le multimédia rend la relation au texte plus instable, plus légère, plus fragile, plus éphé­mère.
Les périodes de carêmes peuvent et doivent être des périodes où le temps et la qualité de la lecture peuvent être retrouvés par l’abandon des supports numériques au profit des supports imprimés et en particulier des livres qui, toutes les études le montrent, permettent une lecture beaucoup plus fructueuse que la lecture sur écran et n’a pas les inconvénients de celle-ci.

Se couper complètement des médias, quels qu’il soient, pendant les périodes de carême est une solution idéale pour retrouver l’hésychia indispensable à l’approfondissement de la vie spirituelle, qui est précisément le but principal des temps de jeûne.
Je voudrais noter en conclusion que de nombreuses cliniques privées et hôtels proposent des séjours plus ou moins longs de déconnexion totale aux prix le plus bas de 1000 euros ou 1200 dollars la semaine. L’Église orthodoxe devrait officiellement offrir cette possibilité pendant les périodes de carême, la gratuité du service étant assurée et le rendant donc accessible à tous, avec un outre un profit spirituel qu’on ne trouve pas ailleurs. L’une de ces cliniques a pour slogan publicitaire : « Déconnectez vous pour vous reconnecter. » L’Église peut reprendre à son compte ce slogan en précisant : Déconnectez vous des nouveaux medias pour vous reconnecter à Dieu et à votre prochain.

lundi 2 juillet 2018

L’actualité brûlante des contes de fées



extrait du dernier Drone de Slobodan Despot

[…] un aspect du Petit Poucet qui m’a toujours inspiré de vastes méditations.Qu’on me permette ici de rappeler cet épisode clef du conte de Perrault. S’étant égarés dans les bois, le petit Poucet et ses frères sont recueillis dans une maison qui se trouve être celle d’un ogre. Lequel ogre s’apprête à faire d’eux son petit-déjeuner le lendemain matin — car sa femme, par pitié, l’a persuadé de décaler son festin d’un jour. Or, juste en face d’eux, dans la même chambre, dorment les sept filles de l’ogre, sept petites princesses couronnées qui sont les prunelles des yeux de leur papa. Pour échapper au human breakfast, le petit Poucet intervertit son bonnet et ceux de ses frères avec les couronnes des fillettes modèles. Et le mangeur d’enfants, aveuglé par son avidité, finit par tuer sa propre progéniture...
Or c’est aux filles de l’ogre que je repense toujours, bien davantage qu’à la fratrie du petit Poucet. A elles, et plus précisément à leur conscience. Car si le jeune Poucet, cadet de ses frères, avait assez d’esprit pour sauver sa bande des griffes de ce monstre, on peut supposer que les têtes féminines du même âge n’étaient pas plus idiotes.
Que savaient-elles donc du monstrueux penchant de leur père, ces enfants gâtées? Pouvaient-elles tout ignorer de sa sanglante besogne? Se voilaient-elles la face? Étaient- elles anthropophages, elles aussi? On les imagine mal, avec leurs jolies couronnes, déchiqueter à pleines dents de la chair crue. Je les vois plutôt déguster une tendre escalope du bout de la fourchette, le dos bien droit, en faisant mine d’ignorer qu’elle provient d’un petit garçon de leur âge.
Quand on vit sous le toit d’un ogre, et qu’on ne s’enfuit pas à toutes jambes, la fausse candeur est de mise.
[…]
Vous l’avez deviné: les filles de l’ogre, c’est nous tous! Européens, Occidentaux, cadres et administrateurs du monde entier, bref toute la «suprasociété» globale. Ce dixième ou ce cinquième d’humanité qui vit avec des exigences de confort et de consommation dépassant tout ce que la Terre peut supporter. Tous, nous vivons sous la protection d’un monstre qui se nourrit de chair humaine et qui régurgite de quoi nous alimenter nous aussi. Notre père nourricier, depuis 1945, est l’oncle Sam, qui a assuré notre prospérité, notre impunité — et notre ductilité — pendant trois générations tout en colonisant la planète entière. A l’heure où j’écris, l’oncle Sam maintient la planète sous sa perfusion de bombes, à raison d’une goutte létale toutes les douze minutes, ou 120 par jour, quelque part, n’importe où, sans même être officiellement en guerre avec qui que ce soit. Il consacre les 53% de son budget à la défense, autrement dit à l’agression. Depuis la chute de son meilleur ennemi, l’URSS, il a mis en selle le terrorisme islamique en tant que faux chien fou qu’il lâche sur les indociles ou qu’il fouette et jugule selon ses besoins. Il délocalise la torture, renverse les gouvernements élus, soutient les pires sous-ogres de la planète, pille toutes les ressources du monde grâce à sa joint ventureunique entre l’État et les corporations (finançant les razzias des oligarques avec l’argent des esclaves contribuables), s’emploie à taxer tout l’argent du monde et vit aux dépens du village global comme les voyous des favelas organisent leur petit ménage: l’œil injecté de cocaïne et le revolver sur la tempe de tous leurs voisins.
Bref, notre père nourricier est, hors toute concurrence, le système criminel le plus avide et le plus tentaculaire depuis la chute du nazisme. La disproportion est si criante qu’il apparaît obscène de poursuivre et condamner qui que ce soit d’autreavant que la Méduse atlantique à la chevelure de serpents ne soit neutra- lisée. Mais justement: nul ne peut regarder la Méduse dans les yeux sous peine de pétrification. […]

vendredi 29 juin 2018

Les chroniques russes d'une Française

Ne manquez pas de lire les Chroniques de Pereslav rédigées par Laurence la Française "venue en Russie pour retrouver ses racines spirituelles"… (sic)
Vous saurez tout sur ce qui se passe vraiment dans la Russie contemporaine post (et encore "un peu") soviétique et en voie de récupération de son patrimoine religieux qui nous est, à nous orthodoxes-pièces rapportées, cher, voire vital.



Voici un extrait de son dernier message sur son Blog :
 […] Avec le passeport technique, nous devions aller à un autre endroit de la ville, conclure un contrat. Panique de la fonctionnaire de service: "Oh mais qu'est-ce que cela? Un passeport étranger? Vous êtes quoi? FRANCAISE? Mais qu'est-ce qui a bien pu vous amener ici?"

Passé ce moment d'angoisse, elle nous a fait cela aimablement, et nous a envoyées subir une "instruction", c'est-à-dire regarder un petit film sur les dangers du gaz, auprès d'un jeune homme blond typiquement russe, très touchant: "Dites-moi, je suis curieux, mais qu'est-ce qui peut amener une Française ici, alors que la plupart des gens veulent aller en France? Ici, c'est mieux?

- Eh bien, par certains côtés c'est mieux, et par d'autres c'est pire, mais d'abord, j'ai vécu 16 ans à Moscou, j'ai des liens amicaux, culturels, spirituels. Je ne dis pas que je n'ai pas parfois le mal du pays, mais quand j'étais là bas, la Russie me manquait. Et puis, ayant vécu 16 ans ici, je supportais mal d'entendre et de lire des mensonges russophobes partout dans les médias, je trouvais cela injuste et révoltant. Par dessus le marché, les gens qui croyaient les conneries sur la Russie, ne voyaient pas qu'on était en train de détruire leur propre pays, et moi je le voyais sans pouvoir faire grand chose. Alors psychologiquement, je me sens mieux ici."

Il m'a regardée avec gravité: "Je vous comprends..."

jeudi 28 juin 2018

Humour russe !

Celui qui n'aime pas les noirs, c'est un raciste,
Celui qui n'aime pas les juifs, c'est un antisémite,
Et celui qui n'aime pas les Russes,
 c'est un défenseur des droits de l'homme!

mercredi 27 juin 2018

"La femme est l'avenir de l'homme" ?



ON NOUS AVAIT DIT que la libération de la femme apporterait enfin un peu de sagesse, de tendresse et de bienveillance dans ce monde plein de brutes et de fureur…







samedi 23 juin 2018

MÉTROPOLITE ATHANASIOS En toutes choses soyez attentifs

SUR LE BLOG  : LA LUNETTE DE TSARGRAD


Le texte ci-dessous est la traduction de la seconde partie d’un entretien du Métropolite Athanasios de Limassol publié le 20 mars 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Le Métropolite Athanasios y développe une des dimensions du fondement de la vie spirituelle du Chrétien orthodoxe : l’attention permanente qu’il convient de maintenir vis-à-vis de soi-même, mais également envers notre environnement humain et matériel. Il souligne particulièrement l’importance de cet environnement sur la vie spirituelle.

"Je pourrais vous raconter beaucoup d’histoires semblables, mais ce n’est pas le moment. Je souhaite simplement vous dire d’être attentif à ce que vous conservez à la maison, à ce que vous portez sur vous et à ce que vous conservez dans votre environnement. Je suis allé dans toutes sortes de maisons et il m’est arrivé d’y voir des symboles démoniaques, des signes magiques, des masques, des statues bouddhistes. Soyez prudents car il ne s’agit pas de simples décorations ou souvenirs. Tout comme une icône du Christ n’est pas une décoration. Elle rayonne la grâce du Christ, tout comme la Croix rayonne la grâce. Saint Jean Chrysostome dit que si dans une maison se trouve l’Évangile, celui-ci la protège et transmet la grâce à toute la maison. De la même manière, là où se trouvent des objets, des livres et des images rayonnant une énergie démoniaque, ils agissent malheureusement sur notre environnement. On en vient aujourd’hui à ce que disaient les Pères voici des siècles; la science s’exprime clairement à ce sujet. Elle analyse, entre autres, aujourd’hui les effets des dessins animés sur l’homme.
Quand à Limassol fut organisée une conférence au sujet de la pornographie, je me suis réellement mis en colère. Une chaîne de télévision en a réalisé un film que tous purent regarder à la télévision. Une partie concernait toute cette nudité et ces choses charnelles qui furent exposées à la télévision. La deuxième partie concernait ce que regardent les enfants, les dragons, les «extraterrestres». Comment dire? Du feu sortait de leur bouche, des scènes terribles se déroulaient, j’en fus réellement exaspéré. Et de plus, il faisait complètement sombre. Si j’avais été seul, j’aurais crié! Heureusement, j’étais entouré de gens. Vraiment mon âme fut troublée. J’étais ébranlé, malgré que je savais que nous regardions un simple film, dans le cadre d’une démarche scientifique. Ce ne sont pas n’importe quels clercs, mais bien des savants, qui analysent l’influence de ce que regardent les enfants, de ce que regardent les adultes; tout cela agit sur la paix de notre âme.
Ainsi, comme le disent les Pères, le milieu de vie a une grande signification, et nous devons y accorder beaucoup d’attention, de même qu’à tout dans notre vie. A tout, même au bureau où nous travaillons. Si son aménagement ne nous apporte pas une consolation, nous ne pouvons y travailler, le travail y deviendra harassant. C’est pourquoi je vous demande de placer des icônes avec des lampes à icônes dans votre maison, et vous constaterez immédiatement un changement. L’icône du Christ, de la Panagia, des Saints, elles établissent une autre atmosphère, et là où tout était lourd et hostile, la maison se fait chaleureuse. Vous pourrez constater cet effet positif. Les choses qui nous entourent ne sont pas inoffensives. Heureusement, la science a déjà évoqué ce genre de phénomènes. Mais les Pères en parlaient déjà, décrivant tout ce labyrinthe d’influences et de changements.Il faut ajouter que certains changements dans nos âmes se produisent pour des raisons pédagogiques, venant de Dieu. Dieu veut que l’âme de l’homme devienne mûre et parfaite. C’est la même chose que pour la nourriture: nous ne mangeons pas toujours les mêmes aliments, car alors, nous en mourrions, aussi bons qu’ils fussent. En tous cas, c’est ce qu’on dit. Je ne sais si c’est tout à fait vrai, mais cela est expliqué par des spécialistes, des diététiciens et des médecins: si chaque joue vous nourrissez l’homme avec la même nourriture, il finira par en mourir ou deviendra très malade, quelle que soit sa santé au départ. La diversité est nécessaire. Vous voyez que nous mangeons avec vous de la marmelade, de la salade, et parfois, nous buvons un peu de vin. Chaque jour, les plats varient, les aliments changent. L’homme a besoin de changement. Ainsi avons-nous été créés par Dieu. Il ne nous a pas créés tels que nous mangions seulement des haricots, nous avons besoin d’aliments variés. Telle est notre nature. Il en va de même dans la vie spirituelle. Pour que l’homme soit complet, pour qu’il acquière plus d’une vertu, car si ceci n’était pas le cas, l’homme serait défectueux. Même l’amour, quand il est seul, peut nuire; l’amour, la plus grande des vertus, la plénitude des vertus! – Mais il existe des vertus qui agissent comme le sel. De quelle sorte de sel s’agit-il? Que devons-nous saler? (…)
– Le sel, c’est le discernement. Toute vertu irréfléchie peut être dangereuse, même l’amour. Quand dans un plat bien préparé on a omis le sel, il n’a pas de goût. Ainsi, le discernement donne du goût et la juste mesure en tout.
Les changements se produisent en l’homme pour qu’il devienne parfait, pour qu’il traverse les différentes étapes de la vie spirituelle, pour qu’il conquière plus qu’une seule vertu, fut-ce uniquement l’amour, ou uniquement la charité, ou uniquement la douceur, ou la prière, car alors il sera unilatéral, et en tant que tel, il ne pourra voir les autres comme il convient. Un jour, je suis allé auprès d’un grand geronda. Arriva un moine, qui loua la vertu de l’higoumène d’un grand monastère qui abritait une foule de moines. Il raconta que cet higoumène était un homme tellement pur, à l’esprit tellement pur, qu’il n’avait jamais eu une seule pensée charnelle, il ne savait pas même ce que c’était. Une âme aussi sainte ne connaissait pas la tentation charnelle. Ensuite il attendit, le reste de l’assistance et moi de même, que le geronda réponde: «Bravo! Quel homme remarquable, et quel higoumène!». Je dis: – Oui, c’est vraiment un grand homme!
Mais le geronda, sage et expérimenté, secoua la tête en signe de désapprobation et dit:
– Quant à moi, Père, je ne loue pas ce dont tu parles. Je ne veux pas que l’higoumène ignore ces choses. Je veux que l’higoumène comprenne de quoi il s’agit et qu’il traverse le feu du creuset de la tentation, afin qu’il sache et puisse consoler ceux qui luttent autour de lui. Le Paterikon mentionne semblables cas de héros de la lutte ascétique. Dieu permet que nous traversions la tentation, le danger de la chute, le péché, car nous voulons être des hommes et des femmes complets et non partiels. Imaginez un clerc qui ne comprenne pas ces choses. Il serait comme le médecin qui ignorerait ce qu’est la maladie, et rendrait les gens malades. Mais si le médecin lui-même tombe malade, si on l’attrape par les mains et pieds pour le mettre sur la table et qu’on l’y découpe, la fois suivante, quand quelqu’un lui dira «J’ai mal!», il aura une petite idée de ce que ça signifie et il ne dira pas, «Mais non, ce n’est rien!», ou «Il faut être un peu volontaire!». Lui-même aura fait l’expérience de la maladie et il apprendra à compatir avec les malades. De même, Dieu permet que nous passions par de tels changements afin que nous acquérions l’expérience, «car, ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés» (Heb.2,18). Il est nécessaire à l’homme de passer par là afin de devenir humble, connaissant ses propres faiblesses, et de comprendre l’impuissance humaine, d’apprendre à compatir à autrui, apprendre à être bon, compatissant, apprendre à consoler.
Un moine se rendit coupable d’une faute. Les autres moines voulurent le chasser, mais Abba Pambô dit: – Il me reste à moi aussi beaucoup du vieil homme, et je dois donc aussi être expulsé d’ici.
Tous firent une grande métanie et dirent:
– C’est vrai, qui peut dire qu’en lui, il ne reste rien du vieil homme? Qui sommes nous pour chasser quelqu’un du lieu du repentir?
Je me souviens d’un bon père spirituel à la Sainte Montagne. Un autre père spirituel, sévère, mais de peu de discernement, arriva et lui fit cette remarque:
– Toi, Père, tu es trop indulgent, tu autorises tout le monde à communier. Il faudra leur donner des épitimies; à l’un, un an, à un autre, deux ans, à un troisième, dix ans. Pourquoi les autorises-tu à communier? Tu dois les juger, tu es leur confesseur! Tu dois imposer comme épitimie l’interdiction de communier!
Et l’autre geronda lui répondit:
– Mon Père, quand je célèbre, je me dis que s’il y a ici quelqu’un qui ne devrait pas communier, et sortir, c’est bien moi. Et si Dieu me tolère, qui serais-je pour chasser un autre? Si quelqu’un devait sortir de l’église, car il est le plus grand pécheur, une abomination pour l’Église et qui insupporte Dieu, c’est bien moi. Et si je suis le premier des mauvais, comment chasser autrui? Je ne peux faire ce que tu dis. Si tu estimes que tu peux le faire, fais-le. Et si tu penses que lorsque tu communies, tu as le pur témoignage de ta conscience qui te dit que tu peux communier et qu’un autre ne le peut, alors, qu’il en soit ainsi. Mais moi, je n’ai pas un tel témoignage de ma conscience.
A la mesure de leurs tentations, les saints traversèrent ce cercle de transformation et goûtèrent à l’affliction et à la joie, à la douleur et à la douceur, à la pauvreté et à la richesse, à la faim, la soif et la satiété. Il devinrent des hommes accomplis. Des hommes et des femmes accomplis, consolateurs, bienveillants, acceptant autrui, parce qu’ayant parcouru tout ce chemin au long duquel Dieu les éduqua, ils comprirent, avant tout, leur nature humaine.
Nous devons savoir que c’est Dieu Lui-même, Qui de Ses propres mains, accomplit notre salut. Mais deux choses dépendent de nous. La première, c’est notre libre accord d’aller auprès de Dieu-le médecin, et de se placer entre Ses mains pour qu’Il nous guérisse, et Lui dire: «Regarde-moi, je suis malade! Je T’en prie, Seigneur, guéris-moi, car je suis malade!». La deuxième chose consiste à poursuivre le traitement jusqu’à la guérison complète. Il ne faut pas imiter ceux qui vont chez le médecin, mais qui s’enfuient de l’hôpital dès la première nuit en se disant que leur problème de santé est résolu. Non, il faut demeurer à l’hôpital, subir tous les examens, les injections, les traitements, les médicaments, etc., pour en sortir guéri. Voilà ce qu’il en est de la vie spirituelle de l’homme. D’abord, il donne son accord de collaborer avec la grâce de Dieu et ensuite, il demeure dans l’infirmerie spirituelle et endure tout ce que Dieu envoie, sachant que Dieu a pris en main son salut et qu’il est impossible qu’Il abandonne l’homme et le laisse tomber. L’homme qui aspire au salut, Dieu ne le pousse pas vers la chute.
Et quoi qu’il arrive à cet homme, quels que soient chutes, obstacles, changements, il peut profiter de tout cela pour son progrès spirituel, espérant en la Divine Providence, et récolter un immense bénéfice spirituel. Comme le dit un geronda, ce qu’il y a de plus répugnant, le fumier, peut devenir un amendement de valeur et permettre la production de doux fruits, s’il est employé correctement.
Il en va de même avec nos chutes et nos détériorations. Elles peuvent se transformer en excellents éléments spirituels, si l’homme les supporte avec patience, espère en la bonté de Dieu et continue humblement à avancer sur le chemin de la vie spirituelle, animé de la foi inébranlable que la Paternelle et Divine Providence jamais ne nous abandonnera, quoi qu’il arrive.

Traduit du russe

samedi 16 juin 2018

L'enfant au seuil du royaume Père Vladimir Zelinsky

Sur le blog Parlons d'Orthodoxie


Père Vladimir Zelinsky , du patriarcat de Constantinople, Italie
Éditeur : Parole et Silence

Ce livre est parcouru par un appel à se mettre en quête de l'enfant - quête douloureuse comme un accouchement -, de cet enfant qui vit, perdu dans notre moi. Cette quête signifie ascèse, lutte intense pour atteindre la sainteté. Cette conversion se produit dans la remémoration ou la découverte de ce qui vit déjà en l'homme, malgré toutes ses chutes.

Pareille "justification " s'exprime par la chair même des mots bien aiguisés, pétris de tradition orientale, de l'auteur, leur tension vers la découverte du Royaume promis, qui a pris la forme d'un enfant cherchant le sein de sa mère.

Sainteté et amour du monde, ascèse et sensualité, effort de la quête et douceur de l'humanité : l'harmonie entre ces éléments rend l'ouvrage du P. Vladimir Zelinsky véritablement précieux ; c'est un pas décisif vers cette "troisième voie" qu'il reste à découvrir et à parcourir un jour.

Extrait du livre

Nous avons tous Ses paroles en mémoire :

A cette heure-là, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? » Il appela à lui un petit enfant, le plaça au milieu d'eux et dit : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des cieux. Quiconque accueille en mon nom un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille. » (Mt 18, 1-5)


C'est le Royaume des cieux que le Sauveur annonce, fondamentalement; c'est le but, la source, le mystère que sa prédication dévoile en grand.

L'annonce du Royaume sonnait dans Sa bouche comme la promesse messianique, partagée aux hommes, de la souveraineté de Dieu dans Son histoire, ici et maintenant, donc dans un temps renouvelé, encore inconnu, qui se cache quelque part, tout près, frappe à la porte, appelle, attend sur le seuil.

Ce temps se hâte vers nous en Christ, vivant aujourd'hui et à venir demain ; mais cette proximité stupéfiante avec Lui, dès maintenant, transparaît de la façon la plus claire en ceci : toujours, depuis l'origine, depuis le début de l'être, ce temps appartient au Christ. Le Royaume, comme l'enfance qui est tournée vers lui, est déjà proche, il est à vos portes (Mt 24, 33).

Nous en sommes un jour sortis, ou bien nous n'y sommes pas encore entrés, nous n'avons pas encore notre permis de séjour parce que nous avons accumulé tout un temps adulte, lourd, épais, qui, au fond, nous a toujours été étranger.

Le Royaume des cieux ressemble à notre enfance oubliée, il est toujours loin au bord du chemin, il est plus petit qu'une graine de moutarde, il est au dedans de vous (Lc 17, 21) mais ses graines sont plus faciles à percevoir chez ceux qui sont capables de se faire aussi petits que cette graine de moutarde. Il est dans les enfants d'aujourd'hui, ceux qui nous entourent, comme dans ceux que nous avons été un jour. Parce que ce qui est enfantin est aussi du Royaume, ce qui s'est fait petit est du Christ, et c'est vers ce mystère, dévoilé par Lui, caché en Lui, que Jésus nous appelle à revenir.





Revenir, c'est-à-dire se faire petit, se convertir, mais aussi accueillir l' enfant. Qu'y a-t-il derrière le verbe accueillir ? Jésus ne s'exprimait pas dans notre langue européenne polysémantique, ni non plus dans une langue symbolique, ésotérique ou hiératique. Dans ses paroles il y avait la densité, la corporéité, le concret bibliques - car le Verbe s'est fait chair - en particulier dans les cellules, les muscles et la gutturalité des mots araméens.

Ne faut-il pas accueillir l'enfant comme une chair sacrée, tout juste sortie de Ses mains, comme la divine bonté de la création à nous adressée, l'enfant qui nous dit dans son langage que c'est très bon ? Il faut donner asile au petit enfant dans notre maison, dans notre cœur, dans notre moi adulte. Accueillir l'enfant c'est devenir l'asile du Verbe venu anonymement dans l'enfant, et qui a besoin d'une mère. Et c'est l'Eglise, Corps du Christ, qui devient mystiquement sa mère.

En Eglise c'est dans la prière et l'Eucharistie que nous découvrons Dieu, mais aussi dans le mystère de notre propre personne, qui s'enracine dans son origine invisible. La vie en Eglise est un long cheminement vers soi-même. « Reviens vers toi, dit saint Augustin, car tu t'es égaré, et tu es devenu étranger à toi-même. Retrouve le chemin de ton cœur. »

« Deviens celui que tu es », dit le métropolite Kallistos Ware en écho aux Pères de l'Eglise. Et nous nous demandons à nous-mêmes : qui suis-je ? Qui est chacun de nous dans son être créé ? Est-ce que le propre de la voie orientale n'est pas de chercher son moi véritable, non défiguré par le monde, de le connaître en Dieu, pour ensuite le nettoyer de l'autre moi consumé par les soucis et les passions, celui dans lequel nous vivons aujourd'hui en le prenant pour notre unique demeure ? Pour pouvoir parler de notre moi ancien, il faut se rendre compte qu' un jour il a été créé et est venu au monde grâce au Verbe par qui tout a commencé à exister.

Dieu a dit à notre propos : créons-les, et Il a dit à chacun de nous : sois. Il nous a fait don du nom connu de Lui seul, un nom perpétuel, qui ne sera jamais retranché, comme il est écrit dans le prophète Isaïe (56, 5). « Tu nous as créés pour Toi, dit saint Augustin au début des Confessions, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi. » Oui, le cœur à tout moment se révolte en nous, parce qu'il est enivré de lui-même, mais dans son moi d'aujourd'hui il est à l'étroit comme dans une cage et il aspire à avoir de l'espace en Dieu.

Le cœur de l'enfant encore petit est au large là où son être se trouve depuis l'origine - dans Ses mains : Tes mains m'ont fait et affermi (Ps 119, 73) - dans la plénitude de Sa présence gratuite, inépuisable, royale. Les mots du psaume que nous venons de rappeler sont prononcés en chacun de ces tout-petits avant même qu'ils apprennent à parler.




C'est par l'étonnement qu'ils s'expriment.

Le Seigneur nous abrite dans la chair de notre mère et nous fait entrer dans le monde, et nous y entrons par les portes d'une action de grâces émerveillée, mais pas encore pleinement consciente d'elle-même. Par la bouche des tout-petits et des nourrissons tu t'es préparé une louange... (Ps 8, 3).

La louange du tout-petit ne ressemble pas à celle de l'adulte, il s'émerveille non pas comme s'il voyait quelque chose de nouveau qu'il n'aurait encore jamais vu, mais en accueillant ce qui existe comme un tout, dans l'union à ce tout. Il s'étonne de ce qu'il perçoit et absorbe par ses sens, mais il ne rigidifie pas son étonnement spontané par une réflexion. Accueillir l'enfant, cela veut dire répondre à son action de grâces, répondre au Verbe qui l'a appelé à la vie.

S'émerveiller du miracle de la volonté créatrice de Dieu, afin que « grâce à la grandeur et à la beauté des créatures nous finissions par avoir une compréhension convenable de Celui qui nous a créés », comme dit saint Basile le Grand (Les Six Jours de la Création).

S'étonner, cela veut dire sortir de son propre espace intellectuel, s'éloigner de l'image familière de notre monde déchu, de l'image qui s'est formée, qui est apparue et s'est solidifiée dans notre esprit. S'étonner, c'est s'offrir à quelque chose qui se dévoile, c'est participer aux « choses de Dieu ». Quand l'âme dans l'homme vient de s'éveiller, elle cherche à tâtons en elle-même le tu caché des choses et engage la conversation avec elles, comme une créature dialogue avec une autre.


Père Vladimir Zelinsky