jeudi 31 juillet 2008

MÉMOIRE du SAINT MARTYR PANTELEIMON (5)


Lorsque, le lendemain, Pantoléon se rendit chez son maître Euphrosyne, celui-ci lui demanda:

-Où étais-tu pendant tant de jours ?

Il parlait en réalité du saint baptême et des autres sacrements de la foi chrétienne qu'il avait reçue, et qui étaient tous de grand prix: ce qui a été acquis par le Sang même du Christ surpasse en effet toutes les richesses. Euphrosyne cessa alors de le questionner. Saint Pantoléon était rempli de la grâce divine et gardait précieusement en lui-même le trésor de la sainte foi. Il était très préoccupé par son père. Comment le faire sortir des ténèbres de l'idolâtrie et le conduire jusqu'à la lumière de la connaissance du Christ ? Il se mit à s'entretenir chaque jour avec lui, utilisant des paraboles et lui posant des questions.

-Père! Pourquoi les dieux qui ont été faits debout ne s'assoient-ils jamais, et ceux qui ont été faits assis ne se lèvent-ils jamais?

-Cette question n'est pas très claire et je ne sais pas quoi répondre à cela.

Proposant constamment à son père des problèmes semblables, le saint l'obligea à douter des dieux et à comprendre petit à petit le mensonge de l'idolâtrie. Son père cessa alors d'apporter des offrandes quotidiennes aux idoles comme il le faisait auparavant, puis il les méprisa et cessa de les adorer. Pantoléon se réjouit d'avoir au moins semé le doute dans l'esprit de son père à propos du paganisme, même s'il n'avait pas réussi à l'en détourner complètement. Plus d'une fois, il eut envie de briser les idoles qu'on trouvait à foison dans la maison, mais il se retenait, d'une part pour ne pas blesser son père que le commandement de Dieu demande d'honorer, d'autre part parce qu'il attendait le jour où, ayant connu le seul vrai Dieu, son père déciderait de les briser lui-même de sa propre main.

mercredi 30 juillet 2008

MÉMOIRE du SAINT MARTYR PANTELEIMON (4)


Un jour, il advint que sur le chemin du retour, il aperçut sur le bord de sa route un enfant mort des suites de la morsure d'une énorme vipère, qui était encore allongée près de sa victime. Devant cet horrible spectacle, Pantoléon recula de frayeur, puis, s'étant ressaisi, il se dit: « Le moment est venu pour moi de m'assurer que tout ce qu'Hermolaüs m'a dit est bien vrai ». Il regarda le ciel et dit: « Seigneur Jésus-Christ, bien que je sois indigne de T'invoquer, si Tu veux que je devienne Ton serviteur, manifeste Ta puissance, et fais qu'en Ton Nom cet enfant s'anime et que la vipère crève ! ». L'enfant se leva sur le champ, comme s'il sortait du sommeil, et la vipère se fendit en deux. Pantoléon crut alors pleinement au Christ et, tournant ses yeux charnels et ses yeux spirituels vers le ciel, il rendit grâce à Dieu qui l'avait fait sortir des ténèbres vers la lumière de la connaissance, en versant d'abondantes larmes de joie. Il se rendit en hâte chez le saint presbytre Hermolaüs, lui raconta ce qui était arrivé et tomba à ses pieds en demandant le baptême. Le vieillard sortit de la maison et s'en alla en compagnie du jeune homme voir la vipère morte: l'ayant vue, il rendit grâce à Dieu pour ce miracle qui avait amené Pantoléon à Le connaitre. De retour chez lui, il baptisa le jeune homme au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, célébra la liturgie dans la maison, et fit communier le nouveau chrétien aux divins mystères du Corps et du Sang du Christ.

Après son baptême, Pantoléon resta sept jours auprès du vieillard, recevant l'enseignement que lui communiquait la grâce du Christ par la bouche d'Hermolaüs. Il abreuvait son âme à la source d'eau vive, pour qu'elle puisse produire une abondante récolte de fruits spirituels. Le huitième jour, il rentra chez lui et rencontra son père.- Où étais-tu pendant tous ces jours, mon fils ? Je me suis inquiété pour toi.

-J'étais avec mon maître dans le palais de l'empereur; nous soignions un malade que l'empereur aime beaucoup, et nous ne l'avons pas quitté tant que la santé ne lui a pas été rendue.

En prononçant ces paroles, le saint ne mentait pas, mais exposait les faits de manière allégorique et mystérieuse. Son « maître» était pour lui le saint presbytre Hermolaüs, le « palais de l'empereur », la chambre secrète où s'accomplissaient les saints mystères, et le « malade », sa propre âme que le Roi Céleste aimait tant qu'Il la soigna de Ses traitements spirituels sept jours durant.

mardi 29 juillet 2008

Aide à la CONFESSION par Saint Ignace BRIANTCHANINOV ( suite 2)

Examinant mon ulcère, observant ma mise à mort, je suis gagné par une amère tristesse. Je suis perplexe: que faire? Suivrai-je l'exemple de l'antique Adam, qui, voyant sa nudité, s'est empressé de se cacher de Dieu ? Me justifierai-je comme lui en rejetant la faute sur le péché ? Il est inutile de se cacher de Celui qui voit tout ! Il est inutile de se justifier devant Celui qui vainc toujours lorsqu'il doit juger !
A la place des feuilles, je revêtirai les larmes du repentir. Au lieu de la justification, j'offrirai une reconnaissance sincère de mes fautes. Vêtu des larmes de repentir, je me présenterai devant mon Dieu. Où Le trouverai-je ? Au Paradis ? Mais j'en suis chassé, le Chérubin qui en garde l'accès ne me laissera pas entrer ! La lourdeur même de ma chair me cloue à la terre, ma prison !
Courage, pécheur et fils d'Adam ! La lumière a jailli dans ta prison, Dieu est descendu dans le lieu de ton exil afin de t'élever vers ta patrie céleste perdue ! Tu voulais connaître le bien et le mal ? Il te laisse cette connaissance ! Tu voulais devenir comme Dieu? Ton âme est devenue semblable au diable et ton corps aux bêtes! Mais en t'unissant à Lui, Dieu te fait dieu par Sa grâce, Il te pardonne tes péchés! Et ce n'est pas assez! Il extirpe de ton âme la racine du mal, la contamination pécheresse, l'enfer semé par le diable ! Il te fait don du remède pour te guérir du péché autant de fois que tu chuteras à cause de ta faiblesse! Ce remède, c'est la confession des péchés. Veux-tu déposer le vieil Adam, toi que le Saint Baptême a déjà revêtu du nouvel Adam, mais que les iniquités commises ont replongé dans la vétusté et la mort? Veux-tu, toi qui t'es asservi au péché par la violence de l'habitude, recouvrer la liberté et la sainteté? Immerge-toi dans l'humilité !

Vaincs la honte présomptueuse qui t'apprend à feindre malicieusement et hypocritement la justice, en t'enfonçant toujours davantage dans la mort de l'âme ! Rejette le péché, fais-lui la guerre par une confession sincère ! Voilà le remède qui doit précéder tous les autres ! Sans lui, la prière, les larmes, le jeûne, et tous les autres remèdes sont insuffisants, insatisfaisants et inconsistants. Orgueilleux, va donc chez ton père spirituel pour trouver à ses pieds la miséricorde du Père Céleste ! Seule la confession sincère et fréquente peut t'affranchir de tes habitudes pécheresses, rendre ton repentir fertile, et ton amendement solide et vrai.

J'ai écrit ces lignes instructives, pleines d'exhortations et de rappels à l'ordre, en m'accusant moi-même durant un de ces brefs et rares moments de componction où les yeux de l'esprit s'ouvrent à la connaissance de soi. Toi qui liras ces lignes avec foi et amour en Christ, peut-être y trouveras-tu quelque chose d'utile, qui suscitera un soupir du cœur, une prière de l'âme? Ton âme a tant souffert de la volonté des péchés, elle a si souvent vu devant elle l'océan de la perdition ! Le repos est dans ce seul refuge : la confession de ses chutes et de ses péchés.

MÉMOIRE du SAINT MARTYR PANTELEIMON (3)


Trouvant dans ces dernières paroles le prétexte à un entretien utile, Hermolaüs commença à semer dans le coeur du jeune homme, comme dans une terre fertile, les bonnes graines de la Parole de Dieu.

-Crois-moi, mon bon enfant ! Je ne te dirai que la vérité: toute la science et tout l'art d'Asclépiade, d'Hippocrate et de Galien sont choses bien insignifiantes. Elles ne peuvent aider que très peu ceux qui y recourent. Les dieux, que l'empereur Maximien, ton père et les autres païens adorent, sont vains; ils ne sont que fables destinées à tromper les faibles d'esprit. Le seul Dieu, le Dieu tout-puissant, c'est Jésus­Christ. Si tu crois en Lui, tu pourras guérir tous les maux, à la seule invocation de Son très-saint Nom. Il rendait la vue aux aveugles, purifiait les lépreux, ressuscitait les morts. D'une seule parole, Il purifiait les gens de ces démons que les païens adorent tant. Non seulement Sa Personne, mais Ses vêtements mêmes apportaient la guérison: c'est ainsi qu'une femme qui perdait du sang depuis douze années fut guérie immédiatement au seul contact de la frange de Son vêtement. Qui pourrait raconter en détails toutes les merveilles qu'Il a accomplies? De même qu'on ne peut dénombrer les grains de sable, les étoiles du firmament, ni les gouttes d'eau de la mer, on ne peut ni énumérer les miracles de Dieu, ni mesurer Sa grandeur. Aujourd'hui encore, Il est une aide puissante pour Ses serviteurs, une consolation pour les affligés, la guérison des malades, le rempart devant les calamités, l'affranchissement de tous les malheurs venant de l'ennemi. Il n'attend pas d'être prié pour agir, mais Il prévient toute prière et tout mouvement du coeur. Il donne aussi le pouvoir de guérir à ceux qui L'aiment et Il leur accorde le don d'opérer des miracles encore plus grands que les Siens. Et en plus de tous ces bienfaits, il offre la vie éternelle dans la gloire éternelle du Royaume Céleste.

Pantoléon accepta le discours d'Hermolaüs comme un discours véridique et digne de foi, et le garda dans son coeur. Son esprit s'y plongea avec joie. Il avait en effet souvent entendu de telles paroles de la bouche, de sa mère et souvent aussi, il l'avait vue prier le Dieu dont Hermolaüs lui parlait. A partir de ce moment, Pantoléon vint chaque jour chez le vieillard pour jouir de ses enseignements divinement inspirés, s'affermissant dans la connaissance du seul vrai Dieu. En sortant de chez son maître Euphrosyne, il ne rentrait jamais chez lui sans avoir rendu visite au vieillard et sans s'être abreuvé à la source de ses paroles si utiles pour l'âme.

lundi 28 juillet 2008

MEMOIRE du SAINT MARTYR PANTELEIMON (2)

2
Euphrosyne se rendait souvent dans les appartements impériaux pour délivrer des soins médicaux, car il avait en charge toute la cour impériale, jusqu'au bourreau. Pantoléon l'y accompagnait, comme un jeune disciple suivant son maître, et tous étaient surpris par la beauté et l'intelligence du jeune homme. En le voyant l'empereur demanda: «D'où vient-il et de qui est-il le fils ? ». Ayant reçu la réponse à sa question, l'empereur ordonna au maître d'enseigner à son disciple l'art médical le plus rapidement possible, car il avait le désir de garder toujours à ses côtés ce jeune homme tellement digne de se tenir devant l'empereur et de le servir. A cette époque, Pantoléon était déjà devenu un homme fait.

En ces temps-là vivait à Nicomédie un presbytre nommé Hermolaüs, qui se cachait dans une humble maison par crainte des impies, en compagnie de quelques pieux chrétiens. Il se trouvait que le chemin qui conduisait Pantoléon de sa maison à celle de son maître passait devant la demeure d'Hermolaüs. Voyant souvent le jeune homme passer devant sa fenêtre, Hermolaüs comprit en observant son visage et son regard qu'il serait un jour un vase élu de Dieu. Un jour, il décida d'aller à la rencontre du jeune homme, le priant de bien vouloir entrer dans sa demeure. Pantoléon, qui était doux et obéissant, accepta l'invitation et s'assit auprès du vieillard. Ce dernier le questionna sur ses origines, sur ses parents, sur son mode de vie et sur sa foi. Le jeune homme raconta tout en détails, notamment que sa mère défunte était chrétienne, alors que son père, encore en vie, adorait de nombreux démons en accord avec les lois païennes.

-Et toi, cher enfant ! De quel côté voudrais-tu être ? A quelle foi souhaites-tu prendre part ? A celle de ton père ou à celle de ta mère ?

-Lorsque ma mère était en vie, elle m'enseignait sa foi que j'aimais beaucoup. D'un autre côté, mon père m'incite vigoureusement à suivre les lois païennes, et désire m'établir au palais dans les rangs des proches et nobles serviteurs et soldats de l'empereur.

-Et quelle science ton maître t'enseigne-t-il ?

-La science d'Asclépiade, d'Hippocrate et de Galien, ce qui correspond exactement au désir de mon père. Mon maître pense qu'en assimilant cette science, je pourrai facilement guérir les gens de toutes les maladies.

dimanche 27 juillet 2008

MEMOIRE du SAINT MARTYR PANTELEIMON (1) le 27 juillet

Tropaire de saint Pantaleïmon, t.3 : Grâce à la science que te donne ta sainteté, tu es capable de guérir gratuitement les âmes et les corps: chasse donc, Trésor de miséricorde, Pantaleïmon loin de nous les maladies, illustre martyr, et prie le Christ Dieu de nous accorder la grâce du salut.

Kondakion de saint Pantaleïmon, t.5 : Imitateur de la suprême Compassion, ayant reçu le pouvoir des guérisons, Athlète vainqueur et Témoin du Christ notre Dieu, par tes prières guéris nos spirituelles maladies. Écarte les pierres d’achoppement qu’en tout temps met l’Ennemi sous les pas de ceux qui ne cessent de chanter : Seigneur, accorde-nous ton salut !



Dans l'espace créé par la distance entre le 27 juillet du calendrier orthodoxe d'origine
et le 27 juillet du réformé
13 jours pour transmettre en 13 épisodes
LA SAINTE HISTOIRE DE ST PANTALEIMON :

1

Sous le règne de l'impie Maximien (305-311), ce cruel bourreau des chrétiens, alors que les ténèbres de l'impiété païenne recouvraient presque tout l'univers, que l'on déclenchait partout de grandes persécutions où une multitude de confesseurs allaient au martyre pour le très-saint Nom de Jésus-Christ, la ville de Nicomédie en Bithynie offrit au Christ les souffrances du saint et grand martyr Pantéléimon. Ce très glorieux martyr naquit à Nicomédie d'un père riche et célèbre du nom d'Eustorgios; ce dernier était païen et farouchement attaché à l'idolâtrie. En revanche, Euboulie, sa mère, avait été instruite dans la foi chrétienne par ses ancêtres et servait le Christ avec ferveur. C'est ainsi qu'unis par la chair, les époux étaient séparés par l'esprit: alors que le mari apportait des sacrifices aux faux dieux, l'épouse apportait ses louanges au seul vrai Dieu. L'enfant qui naquit reçut le nom de Pantoléon, c'est-à-dire «en tout semblable au lion », car on attendait de lui qu'il eût un courage semblable à celui de l'imposant animal. Ce n'est que plus tard qu'on donna à l'adolescent le nom de Pantéléimon, c'est-à-dire « le tout miséricordieux », car, sans rétribution, il offrait sans distinction à tous ceux qui l'approchaient, pour les malades la guérison, et des aumônes aux pauvres, qu'il comblait de bienfaits en puisant dans la fortune héritée de son père.

Dès sa plus tendre enfance, sa mère l'éduqua dans la piété chrétienne, lui enseignant la connaissance du seul vrai Dieu qui vit dans les cieux, notre Seigneur Jésus-Christ. Elle tenait à ce qu'il crût en Lui et Lui fût agréable par ses bonnes oeuvres, le détournant ainsi du polythéisme paien. L'enfant écoutait avec attention les instructions de sa mère et les assimilait autant que son jeune âge le lui permettait. Mais hélas ! Quelle perte cruelle dut subir l'adolescent, lorsque cette mère, bon guide de ses jeunes années, partit vers le Seigneur, avant qu'il n'eût atteint l'âge de raison d'un homme fait ! C'est ainsi que Pantoléon tomba facilement dans les erreurs paternelles, qui l'amenait sacrifier aux idoles, l'affermissant dans l'impiété païenne. Par la suite, devenu jeune homme, il fut placé dans une école de grammaire où il réussit avec succès tous les examens de philosophie païenne. Son père le confia ensuite à un médecin nommé Euphrosyne, pour qu'il apprit l'art de guérir dans une école de médecine. L'esprit du jeune homme était vif, il assimilait facilement ce qu'on lui enseignait, et il en vint bientôt à surpasser tous ses camarades et à égaler son maître. Il se distinguait de surcroît par sa tenue, son éloquence, sa beauté, et faisait une très forte impression sur tous. Même l'empereur Maximien, qui vivait à l'époque à Nicomédie, le connaissait. Mais c'était aussi le moment où les chrétiens étaient livrés au supplice. Maximien en brûla une fois vingt mille dans une église. Il fit également mettre à mort l'évêque Anthyme le jour de la nativité du Christ.
(la suite demain)

vendredi 25 juillet 2008

Aide à la CONFESSION par Saint Ignace BRIANTCHANINOV ( suite 1)


Pour les Pères, la plaie du péché n'est pas restreinte à un membre particulier, elle contamine l'être entier. Embrassant le corps et l'âme, elle a pris possession de toutes les forces et propriétés de l'homme. En interdisant à Adam et Eve de goûter à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, Dieu a qualifié ce grand ulcère de mort: « Le jour où tu en mangeras, tu mourras! » (Gen.2, 17) Et de fait, aussitôt qu’ils eurent mangé du fruit défendu, nos ancêtres sentirent la mort éternelle. Leur regard devint charnel, ils virent qu'ils étaient nus. La prise de conscience de la nudité du corps révéla la soudaine nudité de l'âme qui venait de perdre la beauté de l'innocence sur laquelle reposait l'Esprit Saint. Les regards trahirent la honte de ces âmes qui renfermaient désormais toutes les composantes du péché : l'orgueil, l'impureté, la tristesse, l’acédie, le désespoir... Quelle grande plaie que la mort de l'âme ! Quelle vétusté irréparable après la perte de la ressemblance à Dieu ! L'Apôtre appelle cette grande plaie la loi du péché et le corps de la mort (Rom.7, 24-25). L'esprit et le cœur, une fois mis à mort, se sont complètement tournés vers la terre, servant docilement les désirs corruptibles de la chair. Il se sont assombris et alourdis, jusqu'à devenir chair. La chair n'est plus capable de relation avec Dieu, elle ne peut plus hériter de la béatitude éternelle et céleste (ICor.6,50). Cette grande plaie a gagné le genre humain en entier, en devenant le consternant apanage de chaque homme.

mercredi 23 juillet 2008

Lettre privée de Païsios l’Athonite concernant l’œcuménisme




Lettre privée de Paisios l’Athonite concernant l’œcuménisme

La Sainte Montagne
Le 23 janvier 1969

Révérend Père Haralambos

Considérant la grande agitation qui a lieu dans notre Église à cause des différents groupes qui oeuvrent pour l’union [des Églises] ainsi que les échanges entre le Patriarche Œcuménique et le Pape, je suis profondément attristé en tant qu’enfant de l’Église. Aussi j’ai pensé qu’il serait bon qu’en plus de mes prières j’écrive ces quelques mots qui viennent au pauvre moine que je suis afin qu’ils servent à recoudre les différentes parties du vêtement de notre Mère [l’Église]. Je sais que vous ferez preuve d’amour et que vous allez les partager avec vos amis religieux. Merci.

Tout d’abord je demande pardon à chacun pour l’audace dont je fais preuve en écrivant ces mots car je ne suis ni un saint ni un théologien. Je souhaite que chacun comprenne que ce que j’écris est l’expression de ma profonde tristesse qui résulte de l’attitude infortunée montrant un amour pour le monde de la part de notre père le Patriarche Athénagoras.

Il semble qu’il aime une autre femme moderne qui s’appelle l’Église du pape, parce que notre Mère Orthodoxe ne l’impressionne plus du tout car Elle est tellement modeste.
Cet amour de la part de Constantinople provoque de grandes impressions parmi les Orthodoxes de nos jours, qui vivent dans un environnement où l’amour est dénué de sens et qui sont éparpillés dans des villes partout dans notre monde. De plus cet amour est conforme à l’esprit de notre temps : la famille perdra sa signification divine avec cette sorte d’amour dont le but est la désintégration et non l’union.

C’est avec un tel amour mondain que notre Patriarche nous entraîne vers Rome. Pourtant il devrait nous aimer en premier, nous ses enfants, ainsi que notre Mère l’Église ; hélas il a reporté son amour très loin de nous. Le résultat, il est vrai, fait plaisir à ses enfants séculiers qui aiment le monde ( qui ont cet amour mondain ) mais il nous a complètement scandalisés, nous qui sommes les enfants de l’Orthodoxie, jeunes ou vieux, et qui avons la crainte de Dieu.

Je dois avouer avec une grande tristesse que parmi tous les unionistes [oecuménistes] que j’ai rencontrés, je n’ai jamais vu un seul qui avait une goutte de spiritualité. Cependant ils savent parler d’amour et d’union alors qu’ils ne sont pas eux-mêmes unis à Dieu car ils ne L’ont pas aimé.

C’est avec tendresse que je supplie tous les frères unionistes : puisque l’union des Églises est une affaire spirituelle et que nous avons besoin d’un amour spirituel, laissons cette question à ceux qui ont un très grand amour de Dieu et qui sont de véritables théologiens comme les Pères de l’Eglise, qui ne sont pas des légalistes mais qui continuent à se donner en service pour l’Église (au lieu d’acheter de grands cierges) et qui sont allumés par le feu de Dieu au lieu de l’être par le briquet du sacristain…

Nous devons reconnaître qu’il n’ y a pas que des lois naturelles mais qu’il y a également des lois spirituelles. Par conséquent la colère à venir de Dieu ne pourra être évitée par une réunion de pÉcheurs (et alors nous recevrons une colère double) mais par la repentance et l’adhésion aux commandements de Dieu.

C’est pourquoi nous devrions savoir que notre Église Orthodoxe n’a même pas un seul défaut. Les insuffisances apparentes proviennent du fait que nous n’avons pas suffisamment d’hiérarques et de pasteurs ayant une solide base patristique. « Les élus sont peu nombreux ». Cela ne doit pas nous troubler. L’Église est l’Église du Christ et Il la dirige. L’Église n’est pas un bâtiment de pierres, de sable et de ciment qui peut être détruit mais l’Église est le Christ Lui-même. « Et tout homme qui tombera sur cette pierre sera brisé ; celui sur qui elle tombera elle les pulvérisera » (Mathieu, 21 :44-45).

Lorsqu’il le faudra, Notre Seigneur suscitera un Marc d’Éphèse ou un Grégoire Palamas, pour rassembler nos frères scandalisés, confesser la foi Orthodoxe, renforcer la Tradition et combler de joie notre Mère l’Église.

Dans le passé, de nombreux fidèles, moines ou laïcs, se sont détachés de l’Église à cause des unionistes. A mon avis chaque fois que des gens se séparent de l’Église à cause des fautes du Patriarche ils ne font pas bien du tout. C’est du dedans, tout près de notre Mère l’Eglise, qu’il est du devoir et de l’obligation de chaque membre de lutter à sa façon. Cesser de commémorer le Patriarche, se séparer et créer sa propre église et de continuer à parler de façon blessante du Patriarche dénote un manque de sens.

Si pour cette déviation (ou une autre) du Patriarche nous nous séparons de l’église et que nous fassions nos propres églises – que Dieu nous en préserve- nous dépasserons les Protestants ! Il est plus facile de se séparer que de se réunir à nouveau.

Malheureusement nous avons beaucoup d’« Églises » créées par des groupes importants ou même par une seule personne. Il se peut que chacun fasse son Église dans son skite (je parle de choses qui arrivent dans la Sainte Montagne) et se figure ainsi qu’il a créé son Église indépendante.

Si les unionistes [oecuménistes] donnent à l’Église sa première blessure, les groupes que je viens de mentionner lui donnent la seconde.

Prions afin que Dieu nous éclaire, y compris le Patriarche Athénagoras, afin que que l’union entre ces « Églises » se fasse en premier, que la tranquillité revienne parmi les fidèles qui ont été scandalisés, que la paix et l’amour fraternel règnent entre tous les membres des Églises Orthodoxes ; ensuite nous penserons à l’union avec les autres « confessions » si et seulement si elles désirent sincèrement embrasser la foi Orthodoxe.

Je dois ajouter qu’il y a un troisième groupe dans notre Église. Il s’agit des frères qui sont Ses enfants fidèles mais qui n’ont pas d’entente spirituelle entre eux. Ils passent leur temps à se critiquer les uns les autres et ce n’est pas pour le bon combat. Ils se surveillent mutuellement [au lieu de se surveiller eux-mêmes] et font des critiques violentes à ce que les uns ou les autres disent ou écrivent…

Beaucoup de mal en résulte car ils se font mutuellement tort. Cela sème l’incroyance dans le cœur des faibles car le comportement de ces personnes les scandalise.

Malheureusement parmi nous il y en a qui font des récriminations insensées envers d’autres. Nous voulons qu’ils conforment leur caractère spirituel au nôtre. En d’autres termes, si quelqu’un n’est pas en harmonie avec notre caractère, ou bien s’il est un peu doux avec nous, ou même s’il est un peu tranchant, nous concluons immédiatement qu’il n’est pas une personne spirituelle. Or nous sommes tous nécessaires dans l’Église : tous les Pères, les doux comme les austères ont offert leur service à l’Église. C’est comme les herbes, elles peuvent être douces ou amères et dans tous les cas elles font du bien à notre corps. Il en est de même pour le Corps de l’Église. Tous sont nécessaires. Chacun complète la caractère spirituel de l’autre et tous nous sommes liés entre nous afin de supporter non seulement nos différences de caractères mais également nos faiblesses humaines.

A nouveau je vous demande pardon d’avoir écrit avec audace. Je ne suis qu’un pauvre moine et mon travail est de lutter à la mesure de mes moyens afin de me libérer du vieil homme et d’aider les autres dans l’Égliseavec l’aide de Dieu par la prière.

C’est parce que ces nouvelles qui fendent le cœur concernant notre Sainte Orthodoxie sont parvenues à mon ermitage m’ont grandement attristé que j’ai écrit ce que je ressens.

Prions afin que Dieu nous accorde Sa grâce et que chacun puisse contribuer à sa façon à la gloire de notre Église.  
Avec mes respects pour tous.
Le moine Païsios.

(Traduit de l’anglais à partir de la revue « Orthodox Heritage » Vol. 06 Mai-Juin 2008. par Tanios)

Saint Père Païsios prie Dieu pour nous !

                                                        




lundi 21 juillet 2008

Pour la CONFESSION (3) : Les 8 principales passions, leurs subdivisions et leurs ramifications

Comme j'aime bien les listes en voici une de plus, c'est biblique,
ça a commencé avec les 10 commandements...
celle-ci est de Saint Ignace BRIANTCHANINOV pour préparer la confession
On ne rigole plus, c'est du sérieux, et il y a du grain à moudre...




1) La gloutonnerie : l'ivrognerie, le non-respect des jeûnes, le fait de manger en cachette, la gourmandise, le manque de tempérance, le fait de choyer sa chair ou son ventre, de s'octroyer du repos sans raison ou avec excès. Tout cela engendre l'amour de soi-même, l'infidélité à Dieu, à l'Église, à la vertu et aux hommes.

2) L'adultère : les actes et sensations adultères de l'âme et du corps, l'acceptation des pensées impures, l'entretien avec les pensées impures, la jouissance des pensées impures, le consentement et le fait de s'attarder sur les pensées impures, les rêveries d'adultère, le fait de céder à l'emprise de ces rêveries, de ne pas garder ses sens, surtout le toucher (qui ouvre la porte à l'audace et met en fuite toutes les vertus), les paroles obscènes, la lecture des livres voluptueux, la débauche, l'adultère, la débauche contre nature.

3) L'amour de l'argent : l'amour pour l'argent, pour les biens mobiliers ou immobiliers, le désir de s'enrichir, les rêves de richesse, les réflexions sur les moyens de s'enrichir, la crainte de la vieillesse, de la pauvreté soudaine, de la maladie, de l'exclusion, l'avarice, l'amour du gain, l'absence de foi en Dieu, l'absence d'espérance dans la divine providence, l'attachement ou l'amour maladif et excessif pour divers objets corruptibles qui privent l'âme de sa liberté, l'inclination vers les vaines distractions, l'amour des cadeaux, le fait de s'approprier les biens d'autrui, la concupiscence, la dureté du cœur envers les mendiants et les nécessiteux, le vol, le pillage.

4) La colère : l'emportement, l'acceptation des pensées de colère, les rêveries de colère ou de vengeance, le trouble du cœur, la fureur, et l'enténèbrement de l'esprit qui s'en suit, les cris indécents, les disputes, les paroles outrageantes, cruelles, mordantes, les coups, les bousculades, les meurtres, la rancune, la haine, l'animosité, la vengeance, la calomnie, le jugement, la révolte, l'offense du prochain.

5) La tristesse : le chagrin, l'angoisse, le refus de l'espérance en Dieu, le doute à propos des promesses de Dieu, le fait de ne pas rendre grâce à Dieu pour tout ce qui arrive, la lâcheté, l'impatience, le fait de ne pas se faire des reproches, l'affliction à cause du prochain, le murmure, le reniement de la croix, la tentative de descendre de la croix.

6) L'acédie : la paresse pour toute bonne action et surtout pour la prière, l'abandon de sa règle de prière (à l'église ou en cellule), l'abandon de la prière incessante et des lectures utiles à l'âme, la distraction et la hâte durant la prière, la négligence, le manque de révérence, l'oisiveté, le sommeil superflu, la position couchée et toutes les autres formes de mollesse, le fait de changer constamment de place, les sorties fréquentes de la cellule, les promenades, les visites chez les amis, les paroles vaines, les plaisanteries, les blasphèmes, l'abandon des métanies et autres pieux exercices corporels, l'oubli de ses péchés, l'oubli des commandements du Christ, la négligence, le fait de se laisser captiver par quelque chose, l'absence de crainte de Dieu, l'endurcissement, l'insensibilité, le désespoir.

7) La présomption : la recherche de la gloire humaine, la vantardise, le désir et la recherche des vains honneurs terrestres, l'amour des beaux vêtements, le fait de vouloir avoir des serviteurs ou des objets dans sa cellule, l'intérêt pour la beauté de son visage, de sa voix, ou pour toute autre qualité du corps, l'intérêt pour les sciences et arts corruptibles de ce siècle, la recherche du succès dans ces sciences et dans ces arts dans le but d'acquérir la gloire, la honte de confesser ses péchés, le fait de dissimuler ses péchés à son père spirituel ou devant les gens, la malignité, la justification de soi, le fait de se lancer dans des controverses, d'avoir son propre raisonnement, l' hypocrisie, le mensonge, la flatterie, l'adulation, l'envie, l' humiliation du prochain, la versatilité, la connivence, le manque de conscience, le fait d'avoir une nature démoniaque ou de mener une vie démoniaque.

8) L'orgueil : le mépris du prochain, le fait de se préférer à tous, l'insolence, l'enténèbrement, la lourdeur de l'esprit et du cœur, l'attachement à la terre, le blasphème, l'incroyance, la fausse intelligence, l'insoumission à la loi de Dieu et à l'Église, le fait de suivre sa volonté propre charnelle, la lecture des livres hérétiques, pervers et vains, l'insoumission aux autorités, les moqueries mordantes, l'abandon de l'humilité du Christ et du silence, la perte de la simplicité, de l'amour de Dieu et du prochain, la fausse philosophie, l'hérésie, l'impiété, l'athéisme, l'ignorance, la mort de l'âme.

dimanche 20 juillet 2008

"PSYCHOLOGIE" DE L’ŒCUMÉNISME

Puisque d’aucuns pensent devoir commencer à ébaucher une psychologie de l’anti œcuménisme, je me suis dit que l’on pouvait peut-être commencer le même travail en sens inverse, voilà pour quoi je propose cette analyse « psychosociologique » de l’œcuménisme.

Quoiqu’il en déplaise à certains le sens des mots, bien que toujours à déterminer en fonction de leur contexte, produisent des effets de sens inévitables qu’il faut bien expliciter ou remettre en perspective si l’on veut communiquer un minimum.

Les croyants, du moins les Chrétiens surtout, ont beaucoup de mal à assumer des mots comme Vérité ou Orthodoxie. Il s’agit bien des Chrétiens car ni les Juifs ni les Musulmans, autoproclamés comme tels, ne doutent un instant qu’ils sont dans le seul Vrai qui puisse exister.

Il est évident que le mot vérité ne peut se définir que par distinction avec ce qu’on appelle l’erreur, l’illusion ou le mensonge.

Il est évident que le mot orthodoxie ne peut se définir que par distinction avec ce qui n’est pas vrai, pas authentique, pas droit, pas juste, pas correct, pas adéquat, pas conforme, pas réglé, pas réglementé, pas historique etc. donc ce qui n’est pas reconnu comme tel c'est-à-dire schismatique, hétérodoxe, hérétique, kakodoxe, apostat etc. etc.

De nos jours où la connaissance scientifique comme le contact avec les hommes de toute la planète avec leur culture, leur religion, leurs mœurs se sont accrus, il est bien difficile d’assumer ses croyances, sa vision du monde et ses pratiques religieuses comme étant les seules justes à être au service de la Vérité…

Ainsi le relativisme est-il naturellement de mise,

  • et il devient distance par rapport à soi et aux autres
  • jusqu’à devenir éventuellement et tout simplement de l’indifférence par rapport à une quelconque recherche de la vérité,
  • ou bien il se retourne en autodénigrement et en survalorisation des autres,
  • ou bien encore il se transforme en syncrétismes divers et variés
  • ou bien il cherche à égaliser tout selon l’optique et le format d’un seul
  • ou bien enfin il est suivi de la recherche d’une unité transcendant les différences.

Cette recherche d’une unité transcendante a donné l’œcuménisme au sens strictement chrétien ou au sens élargi qui s’exprime surtout, dans le système de représentation généralisé, par toutes sortes de colloques, réunions, discours, déclarations, et rituels suivis de publications qui veulent prouver qu’il y a égalité entre tous, aux yeux de tous : des plus hautes sphères éclairées et illimitées dites représentatives jusqu’au bas peuple considéré avec condescendance voire indignation comme croupissant dans les bas-fonds étroits de l’obscurantisme.

Il existe néanmoins, loin des consensualistes confusionnistes de surface, souvent carriéristes opportunistes accomplis de la scène internationale, des chercheurs spirituels authentiques qui, faisant quelque concession au point de vue orientalisant, estiment qu’en restant fidèles à leur propre chemin, ils peuvent malgré tout considérer sans jugement d’autres chemins proches ou éloignés sur les flancs de la montagne qui est gravie par tous, estimant que plus on s’élève plus on se rapproche. Ceux-ci continuent de cheminer en silence, dans la solitude, à l’écart des agitations spectaculaires de masse, confiants en l’Esprit qui souffle où Il veut ou bien quelquefois acceptent de rencontrer de temps à autre d’autres « chercheurs spirituels » d’autres voies pour guetter à leur écoute attentive et respectueuse d’éventuels universaux qui caractérisent l’être humain , animal religieux depuis toujours en tout lieu. Ceux-ci se gardent bien de légiférer, d’organiser ou dogmatiser pour composer de force un ensemble unifié et encore plus de changer la tradition de leur propre cheminement en quoi que ce soit.

Si l’on appelle cette position œcuméniste alors je veux bien y adhérer mais à l’exclusion de toute autre. Non pas par « crispation identitaire » mais en sachant que chaque voie spirituelle, – pour adopter un langage universaliste – a sa propre structure, son propre fonctionnement, sa propre progression, ses propres références, en bref sa propre cohérence et qu’il serait néfaste et contreproductif d’y changer quoi que ce soit.

Voilà pourquoi je m’associe à tous ceux qui veulent que l’Orthodoxie demeure fidèlement l’Orthodoxie même s’ils sont aux yeux des bienpensants dominants des indécrottables, des archaïques, des crispés, des sectaires, des forcenés, des faibles d’esprit, de pitoyables incultes, des impérialistes sans respect, des hommes des cavernes, des esprits bornés, des handicapés de la communication, des brutes dangereuses en puissance qui ne connaissent pas la communication sans violence…et j’en passe.

Et bien que cherchant moi-même la substantifique moelle de l’Orthodoxie, je sais à quel point il est bon qu’une « religion » comme l’Orthodoxie conserve ce qui apparaît comme non essentiel au yeux des Importants car le cheminement de chacun lui est propre et il est plus que probable qu’à tel moment il ait besoin de tel aspect de sa religion qui ne lui sera pas ou plus nécessaire à tel autre. Il est nécessaire que tous les âges, tous les tempéraments, puissent évoluer dans un espace où chacun trouvera la nourriture dont il a besoin à telle étape de son chemin. Que ce soit dans une journée ou dans une vie il est bon que la « religion », pour employer une métaphore bien chrétienne orthodoxe, offre des repas légers ou consistants selon les faims variables de ses fidèles. Vous ne ferez pas forcément avaler un cassoulet bien roboratif à quelqu’un qui vient de se réveiller, il lui faudra certainement quelque chose de plus léger, il n’empêche que le plat plus consistant sera nécessaire à un autre moment. J’ai choisi la métaphore de l’alimentation mais on pourrait prendre celle des soins médicaux. Tous les médicaments doivent être à disposition pour être utilisés le moment voulu et il n’y a rien à écarter, mettre au rebut ou jeter en pensant qu’un moment donné devient automatiquement une phase irréversible d’une évolution rectiligne. Garder de tout en réserve n’est pas forcément faire preuve de conservatisme, c’est simplement savoir par expérience qu’on peut avoir besoin de tout.

Les Chrétiens contemporains, surtout européens peut-être, ont horreur du conflit. Ils ne veulent pas heurter la sensibilité de l’autre, ils veulent pour l’autre le respect et l’autonomie quel qu’en soit le prix, ils ne veulent surtout pas contrarier l’autre, ils veulent l’épanouissement de l’autre, sa libre-expression, comme les parents modernes ont horreur du conflit avec leurs enfants, c’est la même configuration d’esprit. Ils craignent d’être considérés comme dominants, abusifs, comme autoritaires, étouffants, comme normatifs, intolérants. Bref ils veulent tout faire pour être aimés !

Pour cela ils pratiquent ce qu’on appelle la Tolérance (dont certains disaient naguère qu’il y a des maisons pour ça…) qui ne ressemble que de loin à la Courtoisie et qui n’a rien à voir avec l’Amour. Il s’agit d’une disposition d’esprit qui se veut certes fraternelle, égalitariste et libératrice.

Pourtant à y regarder de près qui est-ce qui confesse, professe, milite pour cette tolérance ?

Ceux qui se sentent forts et qui du haut de leur supériorité reconnue universellement mais vécue de façon culpabilisée veulent prouver, au moins par leur discours, que les autres sont à égalité avec eux et qu’ils ne veulent que leur bien. Il n’empêche : la tolérance est l’apanage de ceux qui se sentent et sont effectivement nantis, de ceux qui ont réellement le pouvoir. Cependant ceux-ci ne se rendent pas compte que la tolérance ne pouvait être inventée que par eux, à la place qu’ils ont, avec leur histoire et dans le rapport hiérarchique mondial effectif qui est celui qu’ils ont eux-mêmes établis.

En fait c’est la même pensée qui est à l’œuvre chez les bien pensants, ceux que l’on appelait naguère la « gauche-caviar » et maintenant les « bobos » qui vivent confortablement à l’abri des besoins et des conflits basiques de cohabitation des quartiers populaires. Tous ces gens bien intentionnés désirent que l’ « on » – c’est à dire l’état, les organisations diverses, avec les impôts de tous, mais surtout pas eux directement, sauf éventuellement dans des mises en scènes soigneusement médiatisées d’une durée supportable – s’occupe d’ « eux ». Cela part de bonnes intentions. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions

Tout cela n’est pas très nouveau sous le soleil, dans l’Evangile il y a de nombreuses histoires de cette sorte de Pharisiens qui font de beaux discours et auxquels Jésus conseille de nettoyer premièrement l’intérieur de la coupe et du plat, afin que l’extérieur aussi devienne net. Matthieu 23:26

Il y a quelque chose de la même pensée qui est à l’œuvre chez les parents se voulant « compréhensifs » et « préoccupés » du bien être, de la protection et du respect de l’autonomie de leurs enfants. Ils ne voient plus ou pas qu’en renonçant à s’affirmer eux-mêmes dans leur identité propre en laquelle ils ne croient plus, c'est-à-dire en refusant d’exercer l’autorité, ils font ce qu’ils sont censés redouter le plus c'est-à-dire qu’ils risquent d’exercer un pouvoir abusif sur leurs enfants qu’ils voient en réalité comme faibles tout en proclamant qu’ils désirent qu’ils aient la même force qu’eux pensent être. En réalité par leur « tolérance » et leur bienveillante générosité, ils les maintiennent insidieusement par leur assistance et leur protectionnisme dans une dépendance réelle et dans cette faiblesse programmée en voulant les mettre à l’abri de tout et en écoutant leurs moindres variations de désir ou d’opinion. Ce refus d’assumer sa propre identité de parents et donc d’imposer des repères ou des normes sous le prétexte du respect de l’autre, en l’occurrence l’enfant, pourrait bien être tout simplement non pas une noble bienveillance égalitariste mais plutôt une façon de vivre et d’être en relation confortable à l’abri des conflits éprouvants (mais inévitables dans n’importe quelle confrontation avec un autre). Cette apparente noble bonne volonté iréniste semble plutôt être un égoïsme bien organisé.

Toute cette attitude bienveillante pour ne pas employer le néologisme de « benevolantisme » est devenue la mentalité dominante contemporaine, et au vrai il n’est pas étonnant qu’un domaine comme le comportement des parents puisse être utilisé facilement comme métaphore du comportement des bobos ou des hiérarques ecclésiastiques puisqu’il y a là identité comportementale.

Le problème est que ceux qui se sentant en position dominante (trop à leurs propres yeux) ne respectent, ni ne revendiquent, ni ne défendent, ni ne font respecter leurs valeurs et leurs repères, pour laisser généreusement de l’espace à l’autre, ne se rendent pas compte qu’ainsi ils ne donnent pas à l’autre supposé égal ce dont il a besoin réellement pour se situer, se borner, se distinguer en connaissance de cause et que dans cette confusion généralisée qu’ils maintiennent et alimentent au nom du plus noble idéal, ils incitent l’autre à en surajouter dans la différenciation jusqu’au mépris intégral et violent de ce qui n’est pas lui et qui ne mérite que provocation , mépris, voire disparition…

vendredi 18 juillet 2008

Pour la CONFESSION (2) : 10 outils spirituels


Only for children ?....

1. Mets-toi à l’écoute en t'asseyant seul avec Dieu.
2. Demeure dans le silence et purifie tes pensées de toute tâche quotidienne.
3. Lis les prières pour attiser ton attention à Dieu.
J'ai péché, Seigneur, pardonne-moi. + Dieu, accorde ta grâce au pécheur que je suis.
4. Demande à Dieu d'ouvrir ton cœur et de te révéler les choses à confesser.
5. L’honnêteté demande du courage. Approche avec audace dans le Christ.
6. Résiste à toute gêne pendant le mystère.
7. Ne laisse pas la honte faire obstacle à ce que tu reçoives l'amour de Dieu.
Cours vers Lui.
8. Ne sois pas désolé d’être un pécheur.
Cela devrait être sans surprise pour toi.
9. Si tu as de la tristesse, sois désolé d’avoir blessé Dieu.
10. Cherche à ne plus pécher, non pas parce que tu attends la perfection de toi-même,
mais plutôt parce que tu n'as plus envie de faire de mal, ni à toi ni à Dieu.

mardi 15 juillet 2008

L'histoire de ma conversion et celle de quelques autres...

 La conversion de Saint Paul (Pieter Bruegel -1567)
J'ai fait un nouveau blog.
J'y explique "COMMENT JE SUIS DEVENU ORTHODOXE "
Ce blog est le dépositaire du récit de ma conversion déjà publié ici que j'ai mis à part pour qu'il puisse être lu sans interruption si l'on veut. Les messages ne sont pas dans l'ordre chronologique de parution des messages, habituel pour un blog ; ils sont présentés dans l'ordre chronologique de l'histoire, par chapitres successifs.

Ce récit de conversion sera sans doute suivi d'autres que l'on a bien voulu me confier à traduire ou à transcrire.
On peut bien sûr laisser des commentaires par chapitre. Ce serait un écho tout à fait apprécié par leur auteur qui en serait très touché.

jeudi 3 juillet 2008

La psychologie de l’antioecuméniste selon Mgr Séraphin (de Sendaï, à la retraite)

Sur le Live Journal de Mgr Seraphim on trouve un message concernant l’anti-œcuménisme intitulé : The Psychology of Rejection

J’ai d’abord essayé de répondre sur le blog de + Séraphim (dont j’apprécie la connaissance du Japon qui m’est cher ainsi que la sensibilité artistique sans apprécier ses positions ecclésiologiques) mais n’étant pas dans la liste de ses amis je n’ai pas pu y déposer ma réponse il m’a semblé en cette saison de renégâteries (excusez le néologisme) que cela pouvait susciter quelques réflexions de votre part.
On voudra bien me pardonner les erreurs ou maladresses de traduction et me corriger si je me suis trompé ou ai mal interprété.


La psychologie de l’antioecuméniste

selon Mgr Séraphin (de Sendaï à la retraite)

"Pourquoi les gens rejettent-ils l’unité et préfèrent-ils la division ? –
Pensées en vitesse :

  1. d’un côté c’est la tendance d’une personnalité analytique plutôt que synthétique.
    d’un autre c’est la réalisation de soi en tant qu’opposé à l’autre, la projection de soi sur l’autre etc.
  2. sur un autre plan c’est de l’agoraphobie spirituelle, la peur de ce qui n’est pas contenu et défini… de ce qui n’est pas dans la petite maison que l’on a construite…
  3. on peut constater que d’aussi loin que l’œcuménisme se développe existe une
    opposition à l’œcuménisme qui ne peut pas être vue seulement comme l’excitation
    de quelques fêlés avec des ordinateurs qui voudraient se donner une raison de
    vivre mais cela prend racine dans la psyché profonde de toute personne et nous
    trouverons sans doute des pensées de rejet, même et selon d’autres modes et
    peut-être pas moins, en nous-mêmes.
  4. que la tâche de l’œcuménisme doit se fonder sur une pratique et une ascèse psychologiques et spirituelles (travail intérieur ou ascétisme)
  5. Nous comprenons la prière du Seigneur "que tous soient un ..." comme se référant d'abord à l’unité des personnes qui en étant hors de l’unité ensuite ne rejetteront pas les autres ..."

A quoi servent ces interprétations psychologiques bon marché ?
Voulez-vous des sujets d’enquête supplémentaires ?
En voulez-vous par exemple sur le clergé ?

  • Pourquoi vraiment devient-on ecclésiastique ? – Tendance à l’évitement de la réalité ? Désir de trouver une tribune permanente gratuite et un public docile pour exprimer ses idées ? Déséquilibre du corps et de l’esprit ? etc.
  • Pourquoi vraiment garde-t-on le célibat ? – Peur du sexe opposé ? Homosexualité refoulée ? Peur des enfants ? etc.
  • Quel est l’avantage apporté pour la sanctification de devenir évêque ? – Une façon de faire carrière comme une autre ? Carrière spirituelle ou mondaine ? Goût du pouvoir ? Ego démesuré ? etc.
  • Il me serait facile de fournir encore beaucoup de réponses comme celles-ci aussi stéréotypées qu’irrespectueuses des convictions affichées des gens concernés ?

Je ferai juste remarquer que choisir de rester orthodoxe quand on est né d’origine russe, grecque, roumaine ou serbe c’est peut-être seulement du conformisme.
Je dirai également que choisir l’orthodoxie, dans n’importe quel domaine c’est par définition distinguer ce qui n’est pas orthodoxe et choisir l’exclusion. L’étiquette même implique cela forcément.
Choisir d’être protestant c’est choisir de protester non ? Et de s’exclure, ou bien encore une fois c’est peut-être seulement du conformisme familial ou régional.

Si vous voulez une « bonne » étiquette soyez « catholiques » par exemple, ça c’est pacifique, universaliste, inclusif pas exclusif.Vous êtes peut-être d’anciens catholiques d'ailleurs ? Pourquoi ne l’êtes-vous pas restés ? Pourquoi avoir choisi de vous exclure de la communion romaine et avoir choisi l’exclusion de tous les autres avec cette nouvelle appartenance ?

Le seul véritable œcuménisme, s’il faut à tout prix qu’il y en ait un, est spirituel. Il est dans la confiance en l’autre, n’importe quel autre, dans le respect intégral de l’autre quelle que soit sa religion quelle que soit sa confession et il est dans la confiance en l’infinie miséricorde divine. Il n’est pas dans les spectacles soigneusement et bruyamment médiatisés, il n’est pas dans les beaux discours oecuméniquement corrects et dans les images des diplomates professionnels en soutane. Pas dans la communion volontariste simulée ! Il est dans l’amour sincère du prochain qu’il soit pharisien, samaritain ou… athée !!!

mercredi 2 juillet 2008

Cuisine épiscopale et oecuménisme des fraises et des framboises

Un cuisinier (également diététicien et vendeur de fruits et légumes) reconnu comme tel (on voit bien que c’est un « vrai » cuisinier : il a le costume, la toque blanche, tout !) arrive pour faire un discours et m’expliquer ce que je dois manger et comment, pour bien me nourrir, de manière agréable et profitable et être en bonne santé.
Et il a décidé de faire une conférence sur les fraises et les framboises et voilà ce qu’il dit à peu près :

Toutes les deux sont des fruits, toutes les deux sont des baies que l’on trouve à l’état sauvage, on peut cultiver toutes les deux dans un jardin, toutes les deux sont rouges à quelques nuances près (c’est insignifiant…), toutes les deux sont utilisées pour constituer des desserts et on les consomme également en salades de fruits, en sorbets, en crèmes glacées, en sirop, en confitures, en tartes etc. Et il dit encore : on peut donc manger l’une ou l’autre, elles sont bonnes toutes les deux. Ok ! Jusque là tout va bien.
Mais voilà que dans son enthousiasme prosélyte pour montrer l’identité et l’égalité des deux fruits, il dit finalement : Mangez l’une ou l’autre, pas de différences, c’est la même chose, aucune importance !
Alors là je dis stop et vous savez pourquoi ? Parce que les fraises n’ont pas mauvais goût et même je les aimais dans mon enfance et j’en mangeais sans réticence mais maintenant, je ne peux plus, parce que j’ai expérimenté intimement et douloureusement qu’elles me font mal au ventre, que je ne les digère pas et cela jusqu’à provoquer en moi une réaction allergique si j’insiste, mais pas les framboises... Voilà !

Alors le cuisiner spécialiste reconnu, il est bien gentil, mais moi, ses fraises, il peut se les garder parce que si, lui, il veut à tout prix faire sa propagande pour non seulement me persuader qu’il n’y pas vraiment de différences entre les deux mais en plus qu’il projette de faire un hybride du genre « fraiseboise » dont il va inonder le marché, eh bien, je vous le dis tout net, je n’en consommerai pas une seule, même avec tout son baratin qui veut finalement me faire passer des vessies pour des lanternes, et je préfère me passer de dessert, je tiens à rester en bonne santé…

D’ailleurs pourquoi veut-il à tout prix vendre ses salades ce gars-là ?

Qu’est-ce que ça va lui rapporter ? Sûrement quelque chose !


Ma petite histoire n’est pas un savant traité de théologie, je vous l’accorde, et certains trouveront que c’est bien peu comme argumentation mais je me contenterai de cela pour commencer, on n’en est qu’au hors-d’œuvre finalement et pas encore au dessert…