"PSYCHOLOGIE" DE L’ŒCUMÉNISME

Puisque d’aucuns pensent devoir commencer à ébaucher une psychologie de l’anti œcuménisme, je me suis dit que l’on pouvait peut-être commencer le même travail en sens inverse, voilà pour quoi je propose cette analyse « psychosociologique » de l’œcuménisme.

Quoiqu’il en déplaise à certains le sens des mots, bien que toujours à déterminer en fonction de leur contexte, produisent des effets de sens inévitables qu’il faut bien expliciter ou remettre en perspective si l’on veut communiquer un minimum.

Les croyants, du moins les Chrétiens surtout, ont beaucoup de mal à assumer des mots comme Vérité ou Orthodoxie. Il s’agit bien des Chrétiens car ni les Juifs ni les Musulmans, autoproclamés comme tels, ne doutent un instant qu’ils sont dans le seul Vrai qui puisse exister.

Il est évident que le mot vérité ne peut se définir que par distinction avec ce qu’on appelle l’erreur, l’illusion ou le mensonge.

Il est évident que le mot orthodoxie ne peut se définir que par distinction avec ce qui n’est pas vrai, pas authentique, pas droit, pas juste, pas correct, pas adéquat, pas conforme, pas réglé, pas réglementé, pas historique etc. donc ce qui n’est pas reconnu comme tel c'est-à-dire schismatique, hétérodoxe, hérétique, kakodoxe, apostat etc. etc.

De nos jours où la connaissance scientifique comme le contact avec les hommes de toute la planète avec leur culture, leur religion, leurs mœurs se sont accrus, il est bien difficile d’assumer ses croyances, sa vision du monde et ses pratiques religieuses comme étant les seules justes à être au service de la Vérité…

Ainsi le relativisme est-il naturellement de mise,

  • et il devient distance par rapport à soi et aux autres
  • jusqu’à devenir éventuellement et tout simplement de l’indifférence par rapport à une quelconque recherche de la vérité,
  • ou bien il se retourne en autodénigrement et en survalorisation des autres,
  • ou bien encore il se transforme en syncrétismes divers et variés
  • ou bien il cherche à égaliser tout selon l’optique et le format d’un seul
  • ou bien enfin il est suivi de la recherche d’une unité transcendant les différences.

Cette recherche d’une unité transcendante a donné l’œcuménisme au sens strictement chrétien ou au sens élargi qui s’exprime surtout, dans le système de représentation généralisé, par toutes sortes de colloques, réunions, discours, déclarations, et rituels suivis de publications qui veulent prouver qu’il y a égalité entre tous, aux yeux de tous : des plus hautes sphères éclairées et illimitées dites représentatives jusqu’au bas peuple considéré avec condescendance voire indignation comme croupissant dans les bas-fonds étroits de l’obscurantisme.

Il existe néanmoins, loin des consensualistes confusionnistes de surface, souvent carriéristes opportunistes accomplis de la scène internationale, des chercheurs spirituels authentiques qui, faisant quelque concession au point de vue orientalisant, estiment qu’en restant fidèles à leur propre chemin, ils peuvent malgré tout considérer sans jugement d’autres chemins proches ou éloignés sur les flancs de la montagne qui est gravie par tous, estimant que plus on s’élève plus on se rapproche. Ceux-ci continuent de cheminer en silence, dans la solitude, à l’écart des agitations spectaculaires de masse, confiants en l’Esprit qui souffle où Il veut ou bien quelquefois acceptent de rencontrer de temps à autre d’autres « chercheurs spirituels » d’autres voies pour guetter à leur écoute attentive et respectueuse d’éventuels universaux qui caractérisent l’être humain , animal religieux depuis toujours en tout lieu. Ceux-ci se gardent bien de légiférer, d’organiser ou dogmatiser pour composer de force un ensemble unifié et encore plus de changer la tradition de leur propre cheminement en quoi que ce soit.

Si l’on appelle cette position œcuméniste alors je veux bien y adhérer mais à l’exclusion de toute autre. Non pas par « crispation identitaire » mais en sachant que chaque voie spirituelle, – pour adopter un langage universaliste – a sa propre structure, son propre fonctionnement, sa propre progression, ses propres références, en bref sa propre cohérence et qu’il serait néfaste et contreproductif d’y changer quoi que ce soit.

Voilà pourquoi je m’associe à tous ceux qui veulent que l’Orthodoxie demeure fidèlement l’Orthodoxie même s’ils sont aux yeux des bienpensants dominants des indécrottables, des archaïques, des crispés, des sectaires, des forcenés, des faibles d’esprit, de pitoyables incultes, des impérialistes sans respect, des hommes des cavernes, des esprits bornés, des handicapés de la communication, des brutes dangereuses en puissance qui ne connaissent pas la communication sans violence…et j’en passe.

Et bien que cherchant moi-même la substantifique moelle de l’Orthodoxie, je sais à quel point il est bon qu’une « religion » comme l’Orthodoxie conserve ce qui apparaît comme non essentiel au yeux des Importants car le cheminement de chacun lui est propre et il est plus que probable qu’à tel moment il ait besoin de tel aspect de sa religion qui ne lui sera pas ou plus nécessaire à tel autre. Il est nécessaire que tous les âges, tous les tempéraments, puissent évoluer dans un espace où chacun trouvera la nourriture dont il a besoin à telle étape de son chemin. Que ce soit dans une journée ou dans une vie il est bon que la « religion », pour employer une métaphore bien chrétienne orthodoxe, offre des repas légers ou consistants selon les faims variables de ses fidèles. Vous ne ferez pas forcément avaler un cassoulet bien roboratif à quelqu’un qui vient de se réveiller, il lui faudra certainement quelque chose de plus léger, il n’empêche que le plat plus consistant sera nécessaire à un autre moment. J’ai choisi la métaphore de l’alimentation mais on pourrait prendre celle des soins médicaux. Tous les médicaments doivent être à disposition pour être utilisés le moment voulu et il n’y a rien à écarter, mettre au rebut ou jeter en pensant qu’un moment donné devient automatiquement une phase irréversible d’une évolution rectiligne. Garder de tout en réserve n’est pas forcément faire preuve de conservatisme, c’est simplement savoir par expérience qu’on peut avoir besoin de tout.

Les Chrétiens contemporains, surtout européens peut-être, ont horreur du conflit. Ils ne veulent pas heurter la sensibilité de l’autre, ils veulent pour l’autre le respect et l’autonomie quel qu’en soit le prix, ils ne veulent surtout pas contrarier l’autre, ils veulent l’épanouissement de l’autre, sa libre-expression, comme les parents modernes ont horreur du conflit avec leurs enfants, c’est la même configuration d’esprit. Ils craignent d’être considérés comme dominants, abusifs, comme autoritaires, étouffants, comme normatifs, intolérants. Bref ils veulent tout faire pour être aimés !

Pour cela ils pratiquent ce qu’on appelle la Tolérance (dont certains disaient naguère qu’il y a des maisons pour ça…) qui ne ressemble que de loin à la Courtoisie et qui n’a rien à voir avec l’Amour. Il s’agit d’une disposition d’esprit qui se veut certes fraternelle, égalitariste et libératrice.

Pourtant à y regarder de près qui est-ce qui confesse, professe, milite pour cette tolérance ?

Ceux qui se sentent forts et qui du haut de leur supériorité reconnue universellement mais vécue de façon culpabilisée veulent prouver, au moins par leur discours, que les autres sont à égalité avec eux et qu’ils ne veulent que leur bien. Il n’empêche : la tolérance est l’apanage de ceux qui se sentent et sont effectivement nantis, de ceux qui ont réellement le pouvoir. Cependant ceux-ci ne se rendent pas compte que la tolérance ne pouvait être inventée que par eux, à la place qu’ils ont, avec leur histoire et dans le rapport hiérarchique mondial effectif qui est celui qu’ils ont eux-mêmes établis.

En fait c’est la même pensée qui est à l’œuvre chez les bien pensants, ceux que l’on appelait naguère la « gauche-caviar » et maintenant les « bobos » qui vivent confortablement à l’abri des besoins et des conflits basiques de cohabitation des quartiers populaires. Tous ces gens bien intentionnés désirent que l’ « on » – c’est à dire l’état, les organisations diverses, avec les impôts de tous, mais surtout pas eux directement, sauf éventuellement dans des mises en scènes soigneusement médiatisées d’une durée supportable – s’occupe d’ « eux ». Cela part de bonnes intentions. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions

Tout cela n’est pas très nouveau sous le soleil, dans l’Evangile il y a de nombreuses histoires de cette sorte de Pharisiens qui font de beaux discours et auxquels Jésus conseille de nettoyer premièrement l’intérieur de la coupe et du plat, afin que l’extérieur aussi devienne net. Matthieu 23:26

Il y a quelque chose de la même pensée qui est à l’œuvre chez les parents se voulant « compréhensifs » et « préoccupés » du bien être, de la protection et du respect de l’autonomie de leurs enfants. Ils ne voient plus ou pas qu’en renonçant à s’affirmer eux-mêmes dans leur identité propre en laquelle ils ne croient plus, c'est-à-dire en refusant d’exercer l’autorité, ils font ce qu’ils sont censés redouter le plus c'est-à-dire qu’ils risquent d’exercer un pouvoir abusif sur leurs enfants qu’ils voient en réalité comme faibles tout en proclamant qu’ils désirent qu’ils aient la même force qu’eux pensent être. En réalité par leur « tolérance » et leur bienveillante générosité, ils les maintiennent insidieusement par leur assistance et leur protectionnisme dans une dépendance réelle et dans cette faiblesse programmée en voulant les mettre à l’abri de tout et en écoutant leurs moindres variations de désir ou d’opinion. Ce refus d’assumer sa propre identité de parents et donc d’imposer des repères ou des normes sous le prétexte du respect de l’autre, en l’occurrence l’enfant, pourrait bien être tout simplement non pas une noble bienveillance égalitariste mais plutôt une façon de vivre et d’être en relation confortable à l’abri des conflits éprouvants (mais inévitables dans n’importe quelle confrontation avec un autre). Cette apparente noble bonne volonté iréniste semble plutôt être un égoïsme bien organisé.

Toute cette attitude bienveillante pour ne pas employer le néologisme de « benevolantisme » est devenue la mentalité dominante contemporaine, et au vrai il n’est pas étonnant qu’un domaine comme le comportement des parents puisse être utilisé facilement comme métaphore du comportement des bobos ou des hiérarques ecclésiastiques puisqu’il y a là identité comportementale.

Le problème est que ceux qui se sentant en position dominante (trop à leurs propres yeux) ne respectent, ni ne revendiquent, ni ne défendent, ni ne font respecter leurs valeurs et leurs repères, pour laisser généreusement de l’espace à l’autre, ne se rendent pas compte qu’ainsi ils ne donnent pas à l’autre supposé égal ce dont il a besoin réellement pour se situer, se borner, se distinguer en connaissance de cause et que dans cette confusion généralisée qu’ils maintiennent et alimentent au nom du plus noble idéal, ils incitent l’autre à en surajouter dans la différenciation jusqu’au mépris intégral et violent de ce qui n’est pas lui et qui ne mérite que provocation , mépris, voire disparition…

Commentaires

Av_A a dit…
Cher abba Maxime,
XP est ressuscite!XC воскресе - משיח קם!
J'espere que vous trouverez ce mot. J'avais trouve voici un certain temps votre message sur mon blog francais. Et en suis tres touche.je vou ai repondu sur le blog, mais pas de reponse de vous sinon que je vois que vous affichez mon link. pas de probleme)). en revanche, je serais heureux d'avoir un contact avec vous. mon email courant est: "abbaleksandr@gmail.com". si vous avez facebook, j'ai aussi un link
av Aleksandr" car en Israel, j'essaye d'ecrire aussi en plusieurs alangues et surtout participer a la societe israelienne.
J'espere vous lire bientot. que Dieu vous benisse,
in Xto
av Aleksandr
(archipretre alexander winogradsky)