« Les avares ne croient point à une vie à venir, le
présent est tout pour eux.Cette
réflexion jette une horrible clarté sur l’époque actuelle, où, plus qu’en aucun
autre temps, l’argent domine les lois la politique et les mœurs. Institutions,
livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d’une vie future
sur laquelle l’édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant
le cercueil est une transition peu redoutée. L’avenir, qui nous attendait par
delà le requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas au
paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son cœur et
se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis
le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale !
pensée d’ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au
législateur : Que payes-tu ? au lieu de lui dire : Que
penses-tu ? Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple,
que deviendra le pays ? »
Il est clair que nous sommes sur une trajectoire de croissance démographique insoutenable. Cette croissance a indirectement entraîné la réduction de 300 millions d'acres de forêt et la réduction de 26% du pourcentage d'eau douce disponible par personne. La quantité de poissons péchés dans la nature a considérablement diminué au cours des dernières décennies, parallèlement à l'augmentation des zones océaniques mortes. Depuis la lettre initiale, les températures moyennes mondiales ont augmenté de plus d'un demi-degré Celsius et les émissions de CO2 ont augmenté de 62%.
Alors que la situation est sombre, nous ne sommes en aucun cas incapables d'inverser les tendances désastreuses. Les auteurs de la lettre font 13 suggestions pour aider la Terre à fonctionner normalement. Il s'agit notamment de réduire le gaspillage alimentaire, d'établir des réserves naturelles, de développer et d'utiliser des technologies vertes et d'instituer des incitations économiques pour modifier la consommation et les comportements de gaspillage des populations.
Avec la pression croissante sur les gouvernements et l'industrie pour mettre en œuvre le changement, et les mouvements de base pour changer les comportements, nous pouvons relever n'importe quel défi. Tout comme nous l'avons fait pour s'attaquer à la destruction de la couche d'ozone, l'humanité peut se rassembler pour s'attaquer aux nombreuses autres conditions désastreuses qui se présentent à nos futurs moyens de subsistance.
Pas de limite à la haine et la libido ressentimentale…
J'ai déjà commis un article sur les gens de gauche et la contradiction insurmontable du chrétien qui se veut de gauche. Quand j'aurai le temps je ferai la même chose pour les gens "de droite"… mais la gauche je connais bien je l'ai vécue de l'intérieur. Inutile de me raconter des histoires.
J'ai donc bien montré comment la "pensée" de gauche — qui naguère se prévalait d'être l'unique lieu de l'intelligence… qui y croit encore ? — était répétitive, bornée, systématiquement négative, ne sachant que faire naître et alimenter les conflits et la division : lutte des classes, luttes des races, guerre des sexes, conflits de générations etc. Et ceci aujourd'hui dans notre société contemporaine même. Eh bien lisez le texte terrible de la réponse à Prilepine de Mikhaïl Smoline qu'a traduit Laurence sur ces communistes soi-disant "orthodoxes" et vous constaterez jusqu'où cet esprit diabolique de division a été à son paroxysme dans "l'art" de susciter des conflits, alimenter l'inimitié, de susciter la haine, de fomenter des complots, de programmer meurtres et massacres dans une totale obsession permanente de rapports de force en lutte pour le pouvoir.
[…] C’est là que se révéla toute la substance spirituelle des bolcheviques, ils tuèrent férocement le Souverain et la Souveraine, et leurs enfants, et leurs parents, et leurs amis, et leurs serviteurs. A ce propos, ils trouvèrent même ensuite la nourrice du souverain, qui l’avait nourrie de son lait, et la fusillèrent avec son mari et sa fille. Voilà quelle « philanthropie » rare parmi les hommes était la leur.
Peut-on se rappeler quelque chose de semblable de l’autre côté ? Volodia Oulianov fut-il fusillé pour l’attentat de son frère contre l’Empereur Alexandre III ? Sa mère, son frère et ses sœurs, qui avaient reçu, un avant le crime, la noblesse héréditaire de la part de ce même Empereur furent-ils fusillés ? Ou bien peut-être, après l’assassinat de l’Empereur Alexandre II, les monarchistes avaient-ils pris de nombreux otages dans le milieu des révolutionnaires et de leurs familles, leurs amis, leurs enfants, pour les fusiller, comme ce fut le cas après l’assassinat d’Ouritski ? […]
La soif de sang et l'obsession exterminatrice ne sont jamais rassasiées. Là s'illustre ce qu'on fait semblant d'ignorer — cela s'appelle sans tergiverser du révisionnisme —l'éclatante vérité de la malignité congénitale de toute pensée "de gauche" dans son éphémère (70 ans tout de même) mais monstrueux triomphe historique.
[…] Il n’y a pas de chrétiens bolcheviques ni de bolcheviques chrétiens, l’un ou l’autre doit forcément tôt ou tard triompher en nous de l’autre. Ici, personne n’arrivera à rester à la fois avec les bolcheviques et le saint Souverain. Il faut choisir entre le bien et le mal et non entre le bon mal et le mauvais bien. C’est seulement dans notre absurde réalité terrestre qu’il peut exister des stalinistes orthodoxes, des bolcheviques blancs, des slavophiles de gauche et autres personnes syncrétiques.[…]
« Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon (Matthieu 6:24). » On pense toujours à l'argent et à la passion de la cupidité mais il peut s'agir également de la passion du pouvoir et de ses abus et du ressentiment haineux, jusqu'à l'horreur et l'abomination du désir d'extermination de peuples entiers, jusqu'à ses proches mêmes devenus étrangers.
[…] Les commissaires du peuple étaient nommés par le Politburo du Comité central du RSDLP dirigé par Lénine qui fut fondé le 10 octobre 1917 pour la direction politique de la révolte armée. Il comportait un Russe d’une famille de marchands, A.S. Boubnov (fusillé avec sa femme en 1938, sa fille unique condamnée à sept ans de camp et à l’exil à vie), G.E.Zinoviev (Radomyslski Evseï Gerch Aronovitch, fusillé en 1936, sa première femme fut arrêtée en 1934, 1937, 1946, 1951, libérée en 1954, gravement malade, elle mourut bientôt, le fils de sa seconde femme (24 ans) fut fusillé en 1937 ; la femme de son fils fut emprisonnée, et déportée, sa troisième femme fut emprisonnée et déportée de 1936 à 1954). L.B. Kamenev (Rosenfeld, fusillé en 1936, sa première femme le fut en 1941, ses deux fils en 1937, sa seconde femme fut fusillée en 1937, son fils placé en orphelinat, plus tard réprimé, son frère, la femme et le fils de celui-ci furent également fusillés), le sang très mêlé et en partie juif V.I Lénine (tombé psychiquement malade), G.I Sokolnikov (Brilliant Girch Iankelevitch) (tué dans un isolateur politique sur ordre de Staline en 1939, on ne sait comment ont fini ses deux premières femmes, la troisième passa dix-huit ans dans les camps et en déportation, sa fille unique fut exilée avec sa mère.) I.V. Staline (sa femme s’est suicidée, son fils fut emprisonné de 1953 à 1961, fut libéré pour quatre mois) et L.D. Trotski (Bronstein Leïba Davidovitch) (tué sur ordre de Staline en 1940, sa femme fusillée en 1938, sa fille s’est suicidée, une de ses filles fut réprimée, un autre petit-fils fusillé (19 ans), encore une autre petite-fille a disparu sans laisser de traces, le fils de sa concubine fut fusillé en 1937, la femme d’un autre fils en 1938, un petit-fils disparut sans laisser de traces en 1937).[…]
« De l’Orient à l’Occident » de Père Placide Deseille
20,00€ TTC
Préface de Bernard Le Caro
Avant-propos
Étapes d'un pèlerinage : autobiographie du père Placide
Les étapes d'une évangélisation : de Jérusalem à la Gaule
L'inculturation du christianisme en Occident entre le IVe et le VII siècles
Aux sources du monachisme occidental : des Pères d'Égypte à saint Benoît de Nursie
Aux origines d'une divergence : saint Augustin et la théologie trinitaire
Histoire d'une déchirure : orthodoxie et catholicisme moderne
La spiritualité catholique romaine et la tradition orthodoxe
Dieu « sensible au cœur » selon Pascal et selon les Pères orientaux
Divergences et convergences entre la tradition orthodoxe et la tradition occidentale
La Révolution française, l'Europe et l’orthodoxie
Le Mont-Athos et l'Europe
La présence orthodoxe en Europe occidentale
Signification et rôle de la diaspora orthodoxe en Europe occidentale
Orthodoxie, uniatisme et œcuménisme
Points de vue orthodoxes sur l'unité des chrétiens
Être chrétien orthodoxe aujourd'hui
Conclusion : quelques exigences de la vie chrétienne
Père Placide
Présentation de l’éditeur :
« Si les divergences principales entre l’orthodoxie et les confessions occidentales sont aujourd’hui connues, les racines de celles-ci, ainsi que leurs implications sur la vie spirituelle ont été peu traitées en langue française. Peu de choses sont connues sur la période qui a précédé le schisme de 1054 et qui l’a préparé. C’est, entre autres, cette lacune que vient compléter l’ouvrage du père Placide, de façon positive et avec discernement, en cherchant « la confession et non la confrontation ». Dans cet esprit, il sait déceler également ce qui, en Occident, a gardé un parfum d’orthodoxie après le schisme. En même temps qu’une œuvre, ces pages retracent le parcours de l’archimandrite Placide Deseille. Ayant vécu depuis son adolescence dans un monastère cistercien et ayant étudié en profondeur les sources bibliques et patristiques, il est devenu orthodoxe au Mont Athos et porte en Occident, depuis plus de quarante ans, le témoignage de la tradition de l’Église des dix premiers siècles, toujours vivante dans l’orthodoxie. Comme le dit l’higoumène du monastère de Simonos Petras, il s’agit d’un « témoignage authentique de la vie orthodoxe et du monachisme athonite dans un environnement quasiment déchristianisé et dans une société en décomposition ». L’ouvrage part de l’Orient des premiers siècles pour arriver en Occident au XXIe siècle : des racines chrétiennes de la France avec une foi commune à l’Occident et à l’Orient, puis ses déviations, notamment au niveau de son repli sur l’augustinisme, pour arriver à la Révolution française. Mais ce livre ne se cantonne pas à l’histoire ancienne, abordant les problèmes actuels de l’Église orthodoxe et sa façon de les résoudre. La sincérité et la profondeur de la démarche du père Placide, sa connaissance approfondie de la tradition spirituelle et théologique occidentale, et son expérience de l’orthodoxie donnent à sa parole une autorité unique. L’archimandrite Placide (Deseille), né en 1926, entre à l’abbaye cistercienne de Bellefontaine en 1942 à l’âge de seize ans. Il fonde en 1966 avec d’autres moines un monastère de rite byzantin à Aubazine en Corrèze. En 1977, les moines décident de devenir orthodoxes et en février 1978, ils deviennent moines au Mont Athos. Rentré en France peu après, père Placide fonde le monastère Saint-Antoine-le-Grand, à Saint-Laurent-en-Royans (Drôme) dans le Vercors, et en devient l’higoumène. Dans son sillage naît le monastère de la Protection de la Mère de Dieu, plus connu aujourd’hui sous le nom de monastère de Solan. Il a enseigné à l’Institut Saint-Serge, et est également auteur et traducteur de plusieurs ouvrages sur la spiritualité et le monachisme orthodoxes. »
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La Providence de Dieu embrasse tout dans le monde. Dieu pourvoit non seulement pour le grand et l'immense, mais aussi pour le petit et l’apparemment insignifiant ; non seulement au ciel et sur la terre, pour les anges et les hommes, mais aussi pour les plus petites créatures, les oiseaux, les plantes, les fleurs, les arbres. Toute la Sainte Écriture est remplie de la pensée de l'activité providentielle de Dieu.
Un homme qui serait insouciant et inattentif pourrait croire que les choses suivent leur cours normal, et que tous les événements se produisent par accident et par coïncidence. Il peut sembler à un tel homme inconsidéré que Dieu, s'Il existe même, est quelque part très haut dans le ciel et n'a aucun intérêt pour ce monde, qui est trop petit et insignifiant à ses yeux. Les gens qui le pensent s'appellent des déistes. L'enseignement déiste sur Dieu est devenu particulièrement répandu en Occident au cours des derniers siècles, lorsque les gens ont commencé à perdre le contact direct avec Dieu dans l'Église, les sacrements et la prière. Habituellement, ces gens sont en même temps superstitieux, attachant une grande importance à l'influence des étoiles sur la vie humaine, scrutant des signes et des présages, comme par ex. des chats croisant leur chemin, du sel renversé sur la table, le fait de se serrer la main sur le seuil, de ne pas dormir les pieds tournés vers la porte et ainsi de suite. Certaines personnes ont un nombre incalculable de superstitions, et cela ne fait que compliquer leur vie.
Il vaut mieux ne pas prêter attention à ces superstitions stupides, parce que la vie de chacun en particulier et l'univers dans son ensemble sont gouvernés par Dieu.
Quans nous prions nous disons : «Notre Père qui es aux cieux», mais en même temps nous savons que Dieu est partout, parce qu'Il est un Esprit véritable, qui «vit partout». C'est pourquoi David le Psalmiste s'est exclamé : «Où irai-je pour me dérober à ton esprit? Où m’enfuirai-je loin de ra face ? Si je monte au ciel tu y es, et si je descends au séjour des morts tu es là : si je fais mon lit en enfer, voici, tu es là. Si je prends les ailes de l’aurore, et si j'habite dans les parties les plus reculées de la mer, Ta main me conduira, et ta droite me tiendra. Si je dis : Les ténèbres me couvriront sûrement; Même la nuit sera claire pour toi. Oui, les ténèbres ne se cachent pas de toi ; mais la nuit brille comme le jour : les ténèbres et la lumière sont toutes deux semblables pour toi » (Psaume 139).
Certains conviennent que le monde en général n'est pas gouverné par des accidents, mais par Dieu. Cependant, ils pensent que Dieu ne se soucie pas de chacun, parce que l'homme est indigne et négligeable, et Dieu ne s'occupera pas de cette multitude innombrable de créatures. Mais ce raisonnement est incorrect et pécheur. Pour l'exprimer en notions humaines, si Dieu a décidé que les microbes étaient dignes d'existence et a donné à chacun d'eux une organisation et une forme spécifiques, pourquoi alors ces créatures ne seraient-elles plus dignes de son attention ? Dieu s’est soucié de leur donner la vie ; Il se soucie également de la continuation de leur vie. Certains disent qu'il y a trop d'êtres vivants. Mais comment osons-nous assigner nos limites à Dieu, qui est infini dans la perfection ? Il a créé des milliards de mondes avec des myriades d'humains, de bêtes, d'insectes et de germes, et cela ne l’épuisera pas pour autant de prendre soin de chaque vie particulière. On pourrait dire que ces créatures sont trop petites et insignifiantes, mais notre concept de taille se réfère à nos propres proportions. Ce qui est énorme à nos yeux est négligeable devant la majesté de Dieu, et ce qui nous semble de peu d’importance est grand eu égard à sa bonté et son amour. Le Seigneur pourvoit à tout, donne la vie à tous et conduit à la victoire de la vérité et du bien.
Le Sauveur a dit que même un moineau ne tombera pas sur le sol sans la volonté de notre Père (Matthieu 10:29) ; d'autant plus que rien dans nos vies ne peut arriver sans sa volonté. Les choses bonnes et bienfaisantes sont données par le Seigneur, qui est la source éternelle du bien. Les choses mauvaises ne proviennent pas directement de Dieu, car il n'y a même pas une once de mal en Dieu. Cependant, pour notre bénéfice et notre salut, le Seigneur permet au mal de nous nuire et de nous blesser. Dans ce cas, les diverses épreuves ont l'effet de médicaments amers et désagréables, mais qui sauvent. Presque toutes les pilules et opérations médicales sont désagréables pour nous, mais nous devons les accepter parce que nous savons qu'elles sont nécessaires et bénéfiques pour la santé.
Chacun devrait clairement savoir que seul Dieu est la source du bonheur, de la paix et de la félicité. Dieu a créé des consolations et des joies du monde visible pour le bien de notre nature corporelle. L'homme avec une âme intelligente, usant de toute chose avec modération, ne devrait pas oublier Dieu. L'âme ne peut se satisfaire de quelque chose de matériel et de tangible. Dans la plupart des cas, nous suivons insatiablement nos désirs corporels, et nous oublions absolument l'âme et ses besoins spirituels. Parce que Dieu ne veut pas que nous régressions de notre vocation d'enfants de Dieu vers le degré de bêtes inintelligentes, Il nous envoie des peines. En étant corrigés à propos de choses que nous cherchions de manière irresponsable, nous commençons lentement à comprendre la futilité de nos activités et à nous tourner vers Dieu.
Nous devrions fermement savoir que Dieu est infiniment bon et ne souhaite que notre bonheur et notre salut ; C'est pourquoi nous devrions également être reconnaissants en acceptant des épreuves venant de Lui. Les enfants n'arrêtent pas d'aimer les parents quand les parents les punissent même injustement, parce qu'ils savent que les parents veulent le mieux pour eux. L'Écriture dit que le Seigneur punit celui qu'Il aime.
Si le Seigneur pourvoit à nos besoins tout le temps – ce qui signifie qu'Il se soucie toujours de notre vie et de notre salut – alors nous devons aussi apprendre à suivre sa Providence dans nos vies. Parfois, nous constatons que les choses n'arrivent pas comme nous le voudrions. Nous nous mettons en colère et nous nous indignons, nous murmurons après notre sort, mais après des années, nous comprenons que ce qui s'est passé était pour le mieux car, il en aurait été autrement, c’eut été bien pire pour nous. Nous, chrétiens, devrions remercier Dieu pour nos peines, plutôt que de triompher à l’occasion de notre succès, car les peines nettoient nos passions, tandis que le succès mondain conduit à oublier Dieu et le but de notre vie sur la terre.
Mgr Alexander (Mileant)
(version française par Maxime le minime de la source)
Juifs, chrétiens et musulmans: l'Espagne médiévale ne fut pas l'éden multiculturel qu'on croit
Professeur de littérature arabe et historien, Serafin Fanjul vient de publier une somme magistrale, Al-Andalus. L’invention d’un mythe (L’Artilleur, 2017). En développant une réflexion poussée sur l’identité nationale espagnole, il bat en brèche le mythe d’un paradis multiculturel mis en place par les huit siècles de domination musulmane. Loin d’une symbiose entre chrétiens, juifs et musulmans, Al-Andalus formait une société foncièrement inégalitaire, guerroyant contre les royaumes chrétiens du Nord, soumettant les minorités en son sein. Entretien (2/2)
Causeur. Dans votre essai Al-Andalus. L’invention d’un mythe(L’Artilleur, 2017), vous déconstruisez l’image idyllique de l’Espagne musulmane que certains intellectuels espagnols ont construite a posteriori. En comparant certaines périodes d’Al-Andalus à l’Afrique du Sud sous l’Apartheid, ne commettez-vous pas un anachronisme ?
Serafin Fanjul. Je n’établis pas un parallèle entre al-Andalus et l’apartheid sud-africain, je dis seulement qu’il y a une certaine similitude entre les deux. Et en vérité, cette similitude existe en raison de la séparation des communautés religieuses et raciales, des droits très supérieurs accordés aux musulmans et au-contraire des statuts inférieurs qu’avaient les membres des deux autres communautés. Il y avait aussi entre les musulmans des différences de degré de noblesse et de prééminence selon leur appartenance au groupe des berbères, des muladis (les chrétiens d’origine hispanique convertis à l’islam), des arabes « baladis » (les premiers à avoir pénétré dans la péninsule, en 711) et des arabes commandés par Baldj, arrivés en 740.
Dans al-Andalus, les personnes n’avaient de valeur et n’étaient des sujets de droit qu’en tant que membres d’une communauté et non pas en tant qu’individus. La pierre de touche était évidemment les mariages mixtes. Il était impossible pour une musulmane de se marier avec un chrétien ou un juif, et il était même difficile pour une femme « arabe d’origine » de se marier avec un muladi (un chrétien converti à l’islam) en vertu du concept de Kafa’a (proportionnalité), et dans la mesure ou celle-ci était considérée comme ayant un sang de niveau supérieur. Quand la domination politique et militaire a été inversée et que les musulmans sont devenus minoritaires, la situation a été maintenue mais cette fois au détriment de ces derniers.
Les textes écrits dans al-Andalus abondent en allusions discriminatoires et insultantes contre les chrétiens et les juifs. Ces derniers se sont matérialisées, pour ne citer que quelques exemples, par la persécution antichrétienne du IXe siècle à Cordoue, par le pogrom de 1066 à Grenade, par les déportations de juifs au Maroc au XIIe siècle, ou par les fuites massives de chrétiens et de juifs vers l’Espagne chrétienne dès le IXe siècle.
Vous décrivez un choc des civilisations et d’un état de guerre quasi-permanents entre chrétiens, juifs et musulmans…
La première fois que j’ai lu l’expression « choc des civilisations » ce n’est pas sous la plume d’Huntington, mais dans l’œuvre majeure de Fernand Braudel La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, dont la publication remonte à 1949. Je crois interpréter correctement Braudel en affirmant pour ma part, en accord avec lui, que la langue nous égare en suggérant derrière le syntagme « choc des civilisations » l’idée de grandes confrontations guerrières. Il ne s’agit pas du tout de cela, mais plutôt de confrontations quotidiennes à petite échelle, réitératives, dans la vie courante, entre des cosmogonies différentes, des notions de base, des conceptions du monde dissemblables, des morales civiques ou sexuelles, des concepts politiques élémentaires, mais qui sont déterminants dans la relation des êtres humains avec le pouvoir : la soumission totale ou l’exercice de droits et la conscience de posséder des droits. Et cela sans entrer dans des questions plus concrètes comme la position de la femme ou celle des minorités religieuses, qui heureusement ont été depuis longtemps dépassées en Europe, alors que dans les pays musulmans elles demeurent intactes ou suscitent des convulsions graves lorsqu’elles sont débattues.
Je n’ai jamais écrit qu’il y avait un état de guerre permanent dans la péninsule ibérique médiévale entre deux blocs antagoniques et irréductibles. Et cela parce que je sais parfaitement que cela n’a pas été le cas jusqu’à ce que la Reconquête se consolide comme grand projet national au XIIe et XIIIe siècles. Je sais aussi, bien sûr, qu’il y a encore eu par la suite des alliances croisées avec des royaumes de taïfas musulmans, des interventions de troupes chrétiennes (même franques) ou musulmanes contre des princes chrétiens comme cela avait été le cas depuis le IXe siècle.
Le monde d’Averroès et Maimonide était-il si apocalyptique ?
Je ne crois pas qu’il soit très heureux de citer Averroès et Maïmonide comme deux exemples de liberté de pensée et de confraternité des communautés dans al-Andalus. Averroès était un néoplatonicien qui a été persécuté en tant que libre penseur par les Almohades. Quant au juif Maïmonide, il a été obligé de s’islamiser. Exilé au Maroc avec sa famille, il est allé ensuite en Égypte où il est retourné au judaïsme. Découvert et dénoncé par un habitant d’al-Andalus, il a été accusé d’apostasie et n’a pu finalement sauver sa vie que grâce à l’intervention du cadi Ayyad. Maïmonide expose bien sa position et son état d’esprit à l’égard des chrétiens et des musulmans dans son Épitre au Yémen.
Comment en arrivez-vous à justifier politiquement l’expulsion des juifs et des morisques (maures convertis au christianisme) de l’Espagne chrétienne ?
J’essaie seulement d’expliquer ces événements. Nous ne pouvons pas nous limiter à voir les événements du passé comme bons ou mauvais, alors qu’ils sont tout simplement irréversibles. La seule chose que nous puissions faire, c’est de nous en rapprocher le plus honnêtement possible pour essayer de les comprendre. Et dans le cas ou notre bonne foi et notre volonté régénératrice sont sincères, il nous faut essayer de ne pas les répéter.
C’est malheureusement toute l’Europe médiévale qui s’est appliquée à marginaliser et persécuter les juifs, avec de fréquents massacres et des mises à sac de quartiers juifs. Dans l’Espagne chrétienne, ce mouvement s’est produit plus tard. Si en 1212 les troupes castillanes d’Alphonse VIII ont protégé les juifs de Tolède contre les francs venus à cette occasion, en revanche, en 1348 et 1391, la situation était radicalement différente. Il y a eu alors une grande quantité de morts, d’exactions et de conversions forcées. Les juifs convertis au christianisme et ceux qui avaient maintenu leur foi, après les tentatives de conversion massive des années 1408-1415, ont cependant coexisté tout au long du XVe siècle. Au début, les Rois catholiques ont essayé de faire en sorte que les juifs et les mudéjares (musulmans) demeurent sur les lieux où ils vivaient et conservent leurs fonctions. Ils dépendaient directement du roi, payaient un impôt spécial de capitation et recevaient en échange une protection face a la société, mais toujours avec l’idée qu’à long terme on parviendrait à les convertir. Au XIIe et XIIIe siècles les communautés juives de l’Espagne chrétienne avaient augmenté considérablement alors que celles d’al-Andalus en étaient venues à disparaitre en raison de l’action des Almohades. A la même époque, la persécution des juifs redoublait en Europe. Cette attitude générale a fini par atteindre l’Espagne, stimulée par le fait que quelques juifs se livraient à l’usure et participaient au recouvrement des impôts, motifs qui irritaient les populations exploitées les plus pauvres et les incitaient à des réactions aussi brutales que totalement injustes. Jean Ier, en 1390, et Isabelle Ière, en 1477, avaient dû freiner les ardeurs belliqueuses des membres les plus exaltés du clergé.
Quelle était la situation des sujets juifs du royaume catholique de Castille ?
À la veille de l’expulsion de 1492, il y avait environ cent mille juifs dans la couronne de Castille et une vingtaine de mille en Aragon. Une minorité était riche, mais la majorité ne l’était pas (il s’agissait d’agriculteurs, d’éleveurs, d’horticulteurs, d’artisans du textile, du cuir et des métaux). La protection dans les terres des seigneurs de la noblesse était plus directe et plus efficace que celle du domaine royal. Les juifs y exerçaient des professions libérales comme la médecine en dépit des interdits. Parmi les juifs proches des Rois catholiques il y avait notamment Abraham Seneor, grand rabbin de Castille, Mayr Melamed, Isaac Abravanel, Abraham et Vidal Bienveniste. L’attitude des Rois catholiques n’était pas antijuive mais elle ne contribua pas non plus à éliminer l’hostilité populaire ni à contredire les arguments doctrinaux contre les juifs. Le plus grand connaisseur actuel de l’Espagne des Rois catholiques, Miguel Ángel Ladero Quesada, écarte les motifs économiques pour expliquer l’expulsion (qui était en fait plutôt préjudiciable pour les revenus de la Couronne). Il l’attribue plutôt à la volonté de résoudre le problème des convertis judaïsant, problème qui avait déjà justifié l’établissement de la nouvelle inquisition en 1478. On croyait alors que les juifs, par leur seule présence et en raison des liens familiaux qui les unissaient avec de nombreux convertis, contribuaient à empêcher l’assimilation ou l’absorption. D’autre part, comme les juifs n’étaient pas chrétiens, ils ne pouvaient pas faire l’objet d’enquêtes de la part de l’Inquisition. Le climat d’euphorie de la chrétienté triomphante après la prise de Grenade en 1492, aida les inquisiteurs à convaincre les Rois catholiques de la nécessité de l’expulsion. D’autant qu’à cette époque de plein affermissement du pouvoir royal, une idée se répandait de plus en plus: celle selon laquelle seule l’homogénéité de la foi pouvait garantir la cohésion du corps social, indispensable au bon fonctionnement de la monarchie. Nous savons aujourd’hui que ces idées étaient injustes et erronées, mais elles avaient alors cours dans toute l’Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler l’antisémitisme féroce de Luther, la persécution des huguenots, des protestants en Espagne, en Italie et en France, ou des catholiques dans les différents pays d’Europe du nord au cours des siècles suivants.
Quant aux musulmans, je crois savoir qu’ils n’ont pas été épargnés par l’Espagne catholique…
La politique de la Couronne envers les musulmans a été erratique et souvent contradictoire. Les mudéjares (musulmans sous la domination des chrétiens) avaient subsisté depuis le XIIIe siècle bien qu’en nombre décroissant. L’expulsion comme châtiment pour rébellion (1264) à Niebla et Murcie, l’exil volontaire pour ne pas être soumis au pouvoir chrétien et l’attraction qu’exerçait le royaume de Grenade, avaient finalement vidé l’Andalousie occidentale de ses musulmans. Après la prise de Grenade, les mudéjares ont été autorisés à émigrer ou à rester en conservant leur religion, mais en 1498 les pressions pour qu’ils se convertissent ont été tellement fortes qu’elles ont provoqué la rébellion des Alpujarras (1499-1502) avec pour conséquence le décret de baptême forcé ou l’expulsion. La fuite volontaire et clandestine de morisques s’est ensuite accrue en raison des fatwas et des exhortations des jurisconsultes musulmans (al-Wansharisi, ibn Yuma’a) qui condamnaient la permanence en territoire chrétien pour ne pas s’exposer au danger de perdre la foi et de finir christianisé. En 1526, une nouvelle rébellion de morisques (crypto-musulmans officiellement chrétiens) a éclaté dans la Sierra d’Espadan et l’explosion finale, le grand soulèvement de Grenade, Almeria et Malaga, s’est produit en 1568. Dès le début du XVIe siècle, il a été interdit aux morisques de quitter l’Espagne en raison des effets négatifs que cela pouvait avoir sur les caisses de la Couronne. Il leur a été également interdit de s’approcher des côtes à moins de dix kilomètres pour éviter leur fuite ou les empêcher de collaborer activement avec les pirates barbaresques et turcs qui dévastaient le littoral espagnol.
Et la population catholique, était-elle aussi hostile que la Couronne aux ex-musulmans devenus morisques ?
L’hostilité de la population chrétienne à l’égard des morisques n’a fait qu’augmenter au cours des événements. Elle a culminé avec la prise de conscience de leur refus de s’intégrer dans la société majoritaire. A nouveau, le peuple et le bas clergé ont exacerbé leur antipathie pour les morisques, ce qui en retour a renforcé la haine et le rejet par ces derniers de la majorité dominante, un cercle vicieux qui ne pouvait être rompu que par le maillon le plus faible, en dépit des opinions contraires des autorités politiques les plus hautes, de la noblesse de certaines régions (qui avait des travailleurs morisques comme en Aragon et à Valence), voire du roi lui-même. Entre 1609 et 1614, environ trois cent mille morisques qui ont quitté l’Espagne surtout en direction du nord de l’Afrique.
parGeronda MOÏSE l'Agiorite de bienheureuse mémoire
Ο γέροντας Μωυσής Αγιορείτη
Chers amis, que notre prière soit régulière, mais ni par coutume ni par devoir ; qu’elle soit accompagnée d’un programme, mais pas pour magnifier le programme. De cette façon, on peut s'attendre à ce que notre prière produise une douce chaleur et des variations et des grâces inspirantes. D'une manière mystique mais déterminée, Dieu nous informera si notre prière est vraie et si elle lui est agréable par la joie et la paix qui rempliront notre âme. Pour beaucoup, les tentations, les difficultés, les malheurs, les dangers, les décès, les pertes ont été des stimuli qui les ont conduits à l'art de la prière. Ces difficultés les ont aidés à faire des prières plus ardentes et plus fortes, telles qu’elles n'avaient pas été réalisées auparavant, même avec un effort persévérant, parce qu'elles n'étaient pas totalement engagées ou manquaient de sincérité.
Le véritable art de la prière est enseigné à la personne qui prie par Dieu Lui-même. La prière coutumière, sans un esprit de contrition, de componction n'est pas agréable à Dieu. Une âme qui aime Dieu ne peut vivre sans prière. Dieu attire l'âme à Lui-même par la prière. Dieu donnera seulement à l'humble le goût de la douceur de la prière. Seule la prière de l'humble peut être pure.
En dernière analyse, mes chers frères et sœurs, que vous soyez forts ou faibles, chauds ou froids, jeunes ou vieux, instruits ou sans instruction, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïcs sachez que pas même une seule parole de nos prières est inutile. Elles sont toutes entendues, toutes. Pour cette raison n'oubliez pas, pendant ces heures sacrées, de mentionner mon indigne personne, puisque Dieu aime aussi les prières pour les autres, en particulier pour ceux qui en ont tellement besoin
(Version française de Maxime le minime de la source)
Fabian da Costa est un photographe professionnel reconnu, membre de l’agence Gamma Rapho, auteur d’une quarantaine de livres (dont les textes sont souvent dus à son épouse Anne) et de très nombreuses expositions. Orthodoxe, il s’intéresse aussi à toutes les formes de spiritualité, et a depuis quelques années plus spécialement concentré son objectif sur celles de l’Inde. Ce bel ouvrage unit de magnifiques photos qu’il a prises à la Sainte Montagne à des textes de – ou sur des – spirituels athonites contemporains. C’est une reprises du Florilège du Mont Athos paru aux Presses de la Renaissance en 2005, mais avec d’importantes modifications qui lui donnent un tout nouvel aspect. Les photos ont pour la plupart été reprises, mais sont passées du noir et blanc à la couleur. Quelques photos prises à l’époque mais qui n’avaient pas été intégrées à la première édition sont ajoutées ici. Ces photos témoignent, avec un grand talent artistique, de « moments de vie » monastique et des beautés variées d’une nature majestueuse. Les textes présentent aussi quelques nouveautés. Précédés d’une préface de Bertrand Vergely intitulée « Photographier l’invisible » (qui souligne la difficulté de rendre perceptible aux yeux le mystère qui s’attache à la Sainte Montagne), inaugurés par un Prologue de Fabien da Costa, ils sont dus à des moines du Mont Athos: l’archimandrite Aimilianos, ancien higoumène de Simonos-Pétra, l’higoumène Basile d’Iviron, le hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, le moine Théotokis, du même monastère, et l’archimandrite Placide Deseille (qui réside en France mais dont le monastère est un métochion(dépendance) du monastère athonite de Simonos-Pétra. Les trois premiers chapitres rappellent brièvement l’histoire de la Sainte Montagne, expliquent pourquoi elle est appelée « le jardin de la Mère de Dieu », évoquent le renouveau qu’elle a connu depuis les années 60 du siècle dernier, et exposent brièvement les principaux éléments de la vie qu’y mènent les moines. Le chapitre 4 présente quelques grandes figures athonites du siècle dernier: saint Silouane, l’archimandrite Sophrony, le père Joseph l’Hésychaste, le père Ephrem de Katounakia, le père Porphyre et et saint Païssios. Dans le chapitre 5, le père Théotokis, moine français de Simonos-Pétra rapporte, au sujet de spirituels moins connus mais qu’il a lui-même rencontrés au début de sa vie monastique lors de ses pèlerinages au Sud de l’Athos, des anecdotes où le pittoresque et l’humour se joignent à la richesse de l’enseignement spirituel. Le chapitre 5 présente des histoires merveilleuses qui témoignent de l’action visible de la Providence divine envers les habitants la Sainte Montagne d’aujourd’hui comme d’hier. Le chapitre 6 évoque le pèlerinage que moines et pèlerins font chaque année au sommet de l’Athos, que couronne une chapelle dédiée à la Transfiguration du Seigneur. Le chapitre 7 reproduit un beau texte du Père Macaire (autrefois paru dans Le Messager orthodoxe) qui décrit les rapports du moine athonite avec la nature dans le cadre de ce que l’on peut appeler une « écologie spirituelle », laquelle implique repentir et ascèse, contemplation et amour. Dans le chapitre suivant le père Macaire, de nouveau, évoque la lumière que la Sainte Montagne, centre de référence de la spiritualité orthodoxe, apporte au monde. Le chapitre 10 est un profond exposé de l’archimandrite Aimilianos, ancien higoumène de Simonos-Pétra, sur la Prière de Jésus, qui est depuis toujours un élément essentiel de la vie monastique athonite. Ce texte est relayé par un article de l’archimandrite Placide Deseille sur la prière personnelle dans les monastères orthodoxes. Le chapitre 12 reprend un magnifique texte du père Basile (Gondikakis), higoumène d’Iviron, sur l’expérience monastique; ce texte est connu, car il s’agit d’un exposé qui avait été fait dans les années 70 au Congrès de Dijon de la Fraternité orthodoxe, et qui avait été publié par la revue Contacts, mais on le relit toujours avec la même joie, d’autant que le Père Basile y célèbre admirablement, mais sans le nommer, le Père Païssios qui était à cette époque son père spirituel et n’était pas encore connu du grand public. Le chapitre 13 est une interview de l’archimandrite Élisée, actuel higoumène du monastère de Simonos-Pétra sur la paternité spirituelle, qui joue un rôle essentiel pour les fidèles orthodoxes en général et pour les moines en particulier. Le dernier chapitre présente brièvement les vingt monastères de l’Athos (qu’une carte en début d’ouvrage permet de situer). L’ouvrage se conclut par un beau texte d’Anne da Costa qui, restée à Ouranopolis pendant que son époux allait faire les photos, justifie l’avaton(interdiction faite aux femmes de pénétrer sur le territoire de la Sainte Montagne). L’Athos, fait-elle remarquer, ne dit pas non aux femmes ; « il dit oui à l’accueil d’un mystère que l’on peut refuser mais qui a beaucoup à dire si on veut bien l’écouter. Il apprend qu’il est possible de contempler une fleur et de ne pas la cueillir, que certains territoires peuvent se connaître justement par l’absence et le silence. Ne plus se croire le droit de tout voir, de tout savoir, parce que cela existe, et bien davantage encore, parce que c’est impossible – plus profondément aussi respecter la virginité en l’autre et en soi, pour que vienne au monde le Tout Autre, tellement plus important. » On aura compris que cet ouvrage fort bien édité est aussi riche par ses textes que par ses illustrations. Ils expriment ensemble le caractère profondément vivant, à notre époque, de la spiritualité athonite et la place exceptionnelle qu’occupent ce lieu et cette institution dans le monde contemporain.
[…]– Depuis la rencontre du patriarche Cyrille et du pape de Rome, une année et demie s’est écoulée. Qu’est-ce que cela a donné dans le rapprochement et la collaboration des deux Églises ?
– Je ne pense pas que quelque chose ait bougé. Du point de vue de l’Orthodoxie, cela est impossible sans renonciation de l’Église catholique-romaine à certains de ses enseignements dogmatiques. Ils existent depuis des décennies, et il n’y a aucun progrès. Les catholiques ne renoncent pas à leur doctrine selon laquelle le pape est le chef de l’Église, qu’il est infaillible dans ses décisions. Ils n’ont pas renoncé à beaucoup d’autres de leurs enseignements qui sont pour nous inacceptables. Aussi, la rencontre du patriarche Cyrille avec le pape François a été consacrée à des questions sociales. Le patriarche a maintes fois mentionné que dans les conditions de la chute de la moralité dans le monde, toutes les Églises chrétiennes doivent combattre ensemble contre ce phénomène et défendre les valeurs chrétiennes. Malheureusement, cela ne donne pas grand chose. Aussi, je pense que la question qui s’est posée au patriarche n’est pas l’union avec les catholiques, mais simplement la résolution des questions morales et éthiques dans le monde.
– Cela a-t-il réussi ?
– Cette rencontre était inattendue et nombreux sont ceux, tant en Russie qu’à l’étranger, qui ont exprimé leur inquiétude à cette occasion. Je pense que maintenant cela s’estompe, mais certaines personnes en parlent encore.
– Comment l’Église russe hors-frontières vit-elle en Amérique aujourd’hui ? Les relations entre la Russie et les États-Unis, pour ne pas dire plus, ne sont pas des meilleures. Vous êtes russes, mais aussi américains. Comment pouvez-vous vivre entre « deux feux » ?
– Nous sommes confus qu’aux États-Unis se créent des idées inexactes sur la Russie. L’histoire de soi-disant immixtions dans les élections américaines est bien sûr inventée. Mais de telles histoires n’ont pas d’incidence sur notre vie. Nous ne ressentons aucune pression ou persécution de la part des autorités américaines. Les simples Américains ont été et restent de bonnes personnes, nous ne ressentons aucune haine de leur part. Cela reste le fait de la télévision, où des gens font la promotion de leurs intérêts politiques ou nationaux. Mais c’est leur problème.[…]
Exposition organisée, du 5 décembre 2017 au 14 janvier 2018, au Centre culturel et spirituel orthodoxe russe, 1 quai Branly, à l’occasion du 30e anniversaire du rappel à Dieu du grand iconographe et théologien de l’icône Léonide Ouspensky.
Voici la première exposition consacrée à l’œuvre de Léonide Ouspensky, l’initiateur du renouvellement de l’art sacré et du retour à l’icône traditionnelle au XXie siècle.
Grâce à lui, par son enseignement, d’abord – il a des élèves dans le monde entier – puis par ses écrits – son ouvrage fondamental, La théologie de l’icône dans l’Eglise orthodoxe est traduit dans un grand nombre de langues – ensuite par sa création picturale, l’art liturgique de l’Eglise Orthodoxe tout entière a retrouvé la splendeur inhérente à son authentique théologie mystique. De l’œuvre picturale, certains aspects sont moins connus, comme les images réalisées pour l’Orthodoxie occidentale, d’autres en revanche le sont mieux mais trop partiellement. Il faut aussi rappeler l’œuvre sculptée ainsi que le travail sur métal repoussé auquel il consacra les premiers efforts de sa vie ecclésiale. Aussi plus d’une centaine d’œuvres, venues de France mais aussi de plusieurs pays d’Europe, ont été rassemblées, allant des tous débuts de sa conversion, dans les années 1930, jusqu’à sa mort, en 1987. La variété et l’originalité de ces œuvres permettront, nous l’espérons, de saisir la richesse d’inspiration et la prière de ce grand artiste contemporain.
Lieu : Centre culturel et spirituel orthodoxe russe, 1 quai Branly, Paris 75007. Horaires d’ouverture : L’exposition sera ouverte en semaine de 14h00 à 19h00, les samedis et dimanches – de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00. L’exposition sera fermée le lundi.
Liste des manifestations relatives à l’exposition Ouspensky du 5 décembre 2017 au 14 janvier 2018 :
___ Projection du film de Natalia Sergueeva: Leonid Ouspenky. L’histoire de la transfiguration et de l’amour. Леонид Успенский. История преображения и любви. Tous les mercredi, jeudi et samedi, au 2ème étage du Diocèse, à 16h30:
Les 6, 7, et 9 décembre 2017; les 13, 14, et 16; les 20, 21, et 23; les 27, 28, et 30.
Les 3, 4, et 6 janvier; les 10, 11 et 13 janvier 2018.
Conférences :
Mardi 12 décembre 2017, à 20h, au 2ème étage du Diocèse de Chérsonèse ( 26, rue Péclet, Paris 75015): Marie Chantal Savinkov, chef de chœur, spécialiste en anthropologie sociale, iconologue : « Ouspensky, passeur de la Tradition »
Mardi 19 décembre 2017 à partir de 15h, dans l’auditorium du Centre : Archiprêtre Nicolas Ozoline, professeur d’histoire de l’art chrétien et d’iconologie « L’actualité de l’iconologie de Léonide Alexandrovitch Ouspensky » Grégoire Aslanoff, historien de l’art au CNRS, chargé de l’enseignement d’iconologie à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge : « Un aspect méconnu de l’œuvre de L. A. Ouspensky : présentation des rares peintures et dessins profanes conservés » Anne Philippenko, restauratrice d’icônes et de tableaux. peintre d’icônes et professeur d’iconographie : « Léonide Ouspensky, mon professeur »Xénia Muratova, historienne d’art; professeur émérite des universités françaises; président du Centre international d’études Pavel Muratov : « Ouspensky et l’icône en exil » (Entre le 7 et le 12 janvier 2018, la date précise sera communiquée ultérieurement)
Je suis un grand pécheur, gravement malade. Si vous voyez
une personne pécher même à l'heure de sa mort, ne le jugez pas. Le jugement et
la moquerie font de grandes blessures à l'âme. Le Seigneur dit: " 1Ne
jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. 2 Car on vous jugera du
jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous
mesurez."(Matthieu 7: 2) .Le jugement est une manifestation de la bêtise
humaine, il montre que celui qui juge ne connait pas encore Dieu ou lui-même
comme il le devrait.
Juger est un grand péché, quand nous nous exaltons au-dessus
des autres. Tous ceux qui se glorifient sont abominables devant le Seigneur.
"Quiconque s'élèvera sera abaissé, et celui qui s'humiliera sera
élevé" (Matthieu 23:12). Quand vous jugez les autres, vous jugez Dieu. Que
vous ayez vu un voleur, une prostituée ou un ivrogne affalé dans la rue, ne
jugez pas, parce que le Seigneur a permis leurs passions. A travers celles-ci,
ils doivent trouver le chemin vers Dieu - ils doivent être humiliés, voir leur
propre impuissance, en venir à connaître le Seigneur, et se repentir. Et
êtes-vous agréable à Dieu ? Cela signifie que le Seigneur, dans sa grâce et sa
miséricorde, réfrène vos passions. Sachez que s'il les laisse aller, vous
tomberez dans des péchés bien pires, et peut-être ne réussirez-vous pas à
sortir de ces péchés et vous périrez. Soyez donc humble et prudent. Vous avez
vu qu'une personne a péché, mais avez-vous vu comment il s'est repenti plus
tard ? Alors ne jugez pas ! Comme un fil passant dans le chas d'une aiguille,
l'homme connaît le même péché qu'il a jugé chez un autre.
+ + +
Soyez humble et aimant devant tous les hommes, et si vous ne pouvez pas aimer tout le monde, traitez au moins tout le monde avec bonne volonté. La bonté vous ouvrira les portes du paradis, l'humilité vous y conduira, et l'amour vous révélera Dieu. Dieu n'est vu que dans la vérité et l'amour divin, car « Dieu est amour ». Souvenez-vous et comprenez-moi bien : sans le Christ, tout n'est rien! L'homme est créé à l'image du Christ, et si nous qui sommes à sa ressemblance ne venons pas à Lui, nous périrons ! "Si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés" (Jean 8:24).
(Version française par Maxime le minime de la source)
Un texte profondément chrétien du P. Philip LeMasters :
La force divine de ceux qui sont pleins de lumière
Homélie pour le 3ème dimanche de Matthieu
et la commémoration de
Saint Joseph de Damas
dans l'Église orthodoxe
Il y en a qui pensent que le chemin du Christ est une béquille pour les faibles, une source de soutien pour les mauviettes, les lâches et les perdants pour se sentir mieux dans leur misérable condition. Bien sûr, cette attitude reflète seulement la faiblesse de ceux qui sont spirituellement aveugles, qui sont asservis à leur propre désir de puissance et qui refusent de montrer de la pitié envers leur prochain dans leurs souffrances. Au lieu d'embrasser les ténèbres en adorant les faux dieux de la domination et de la vengeance, les chrétiens fidèles s'ouvrent à la force divine qui peut faire de nos défis les plus amers des points d'entrée dans la béatitude du Royaume.
Il va sans dire que nous connaissons tous trop bien la douleur, le chagrin et le manque de paix. Les attaques terroristes dans notre propre pays et à l'étranger, les guerres sans fin, les meurtres et autres formes de violence et d'injustice, les conflits raciaux et politiques, les souffrances de nos frères et sœurs du Moyen-Orient et d'ailleurs persécutés pour leur foi et contraints de quitter leur patrie, notre propre perte d'êtres chers et d'autres problèmes personnels difficiles nous tentent aujourd'hui de permettre aux ténèbres de s'emparer des âmes. Il est facile et souvent tentant de remplir nos coeurs de haine, de peur et de désespoir en acceptant le mensonge selon lequel nous trouverons le salut en damnant les autres, en rendant le mal pour le mal et en abandonnant l'espoir. Mais le faire reviendrait à se détourner de la victoire sur la mort et le péché que le Christ a accomplie à travers Sa Croix et Son tombeau vide. C'est aussi répudier le pouvoir transformateur du Saint-Esprit répandu à la Pentecôte, dont les fruits sont "amour, joie, paix, patience, gentillesse, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi." Comme l'écrivait saint Paul: "La loi n'est pas contre. Et ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. "(Galates 5: 22-24)
Afin de crucifier notre corruption et d'ouvrir les yeux de nos âmes à la Lumière rayonnante du Christ au milieu de toutes les tentations qui nous assaillent, nous devons avoir la détermination obstinée des soldats, des athlètes et des fermiers. Saint Paul a utilisé ces exemples avec saint Timothée parce qu'ils ont tous des entreprises très exigeantes qui exigent une discipline, un sacrifice et une persévérance quotidiens. Personne ne peut réussir dans ces vocations en se laissant aller, en cédant à des désirs égocentriques ou en s'abandonnant à la peur. Il a dit à Timothée de "participer à la souffrance comme un bon soldat du Christ Jésus." Ce n'est pas parce qu'il plaît à Dieu de souffrir, mais parce que vivre une vie chrétienne fidèle exige que nous luttions pour la guérison de nos âmes et au service de notre prochain, d'autant plus que nous résistons aux tentations qui menacent de nous consumer. Il y aura une certaine douleur, car nous devons prendre nos croix dans l'obéissance à la voie de notre Seigneur. Notre foi exige d'être fidèle chaque jour, quel qu'en soit le coût…
parGeronda MOÏSE l'Agiorite de bienheureuse mémoire
Ο γέροντας Μωυσής Αγιορείτης
Selon le même saint Père, saint Jean, auteur du fameux livre spirituel, L'Échelle, la vraie prière est à la fois mère et fille des larmes. La contrition et la componction sont ses compagnes habituelles. La prière pleine de componction est fondée sur une vie attentive ; attention à la présence constante de Dieu dans notre vie, à la pureté de notre cœur, à la véritable humilité de notre esprit et au mystère de la mort que nous devons toujours nous rappeler et contempler. Comme il est impossible pour le feu et l'eau de coexister, il est également impossible de mélanger la componction avec une vie de luxe. Et si nous pouvions seulement orienter notre conscience vers les nombreuses interventions salutaires de Dieu dans notre vie, nos yeux se rempliraient de larmes de joie pour ses abondantes bénédictions. L'hymnologie orthodoxe est remplie de ces douces larmes de gratitude combinées avec des larmes de componction, qui correspondent à ce qu'on appelle dans la terminologie ascétique χαρμολύπη (tristesse joyeuse).
Puissent nos prières être favorisées par de telles larmes, mais faisons attention à ne pas perdre cette bénédiction à cause de l'orgueil. Marc l'Ascète nous informe qu'avec ces larmes le Christ nous a visités et a ouvert nos yeux. Le souvenir de nos péchés en général, et pas nécessairement des péchés spécifiques, suffit à la componction. Saint Barsanuphe dit que la componction viendra quand nous aurons apprivoisé notre volonté de telle sorte que nous serons capables d'abandonner nos droits non-spirituels et notre désir de reconnaissance du monde. Il est important de distinguer la véritable componction des larmes de la superficialité, de la vanité et de la sentimentalité. Et nous devons faire attention. La componction peut être balayée par une langue négligente. La prière sans componction est comme un repas sans goût, selon l'Ancien Elias. Le saint Théognoste nous dit que la componction peut être acquise dans la prière par la tempérance, la vigilance et l'humilité. Et Niketas Stethatos observe que la componction engendre l'humilité et l'humilité la componction.
(Version française de Maxime le minime de la source)