Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

lundi 10 mars 2014

"Ukraine : Les nazis, ces grands démocrates..."

Un article éclairant publié le 07 mars 2014 à 13:00 de Daoud Boughezala rédacteur en chef de Causeur.
"On a beaucoup glosé sur les nazis ukrainiens qui ont contribué à renverser le tigre en papier Ianoukovitch. Les plus rationalistes d’entre nous croient rêver en entendant Vladimir Poutine dénoncer des « néo-fascistes antisémites » pendant que Bernard Henri-Lévy porte aux nues les libéraux alliés de l’Occident place Maïdan.
On a beau avoir conscience de vivre dans un monde renversé, cette coalition euro-libéro-facho nous met cul par-dessus tête. Difficile de juger in abstracto lorsqu’on crie au loup nazi tous les quatre matins dans notre République de France.
Il n’empêche, en dehors de tout parti pris poutinien, les faits sont têtus : Secteur droit et Svoboda (« Liberté ») rassemblent une bonne partie des opposants ukrainiens qui ont pris le pouvoir à Kiev. Secteur droit, la roue solaire sur ses boucliers, affiche clairement la couleur : il faut « nettoyer » ou « éliminer » les Russes de Crimée, région où ils sont majoritaires. D’un coup d’un seul, les justifications du Kremlin à la protection de la Crimée prennent tout leur sens : protéger les populations russes de ces zigs n’est sans doute pas du luxe. Imprécations, esthétique crypto-nazi, appels à la déportation ou au meurtre, SD ne fait pas vraiment dans la dentelle… 

Mais que dire de son rival et néanmoins proche partenaire Svoboda, réputé moins extrémiste ? Ce parti identitaire, qui entend également remettre la main sur la Crimée, n’avance pas franchement masqué. Ses membres montrent une nostalgie certaine pour ce qu’ils estiment être les heures les plus glorieuses de l’histoire ukrainienne. Comprenez les années 1940 durant lesquelles, alliés du Reich hitlérien, les nervis du nationaliste ukrainien Stepan Bandera constituaient la division SS-Galicie pour faire la nique aux troupes soviétiques de l’Oncle Jo. Les vétérans de cette petite unité combattante ne s’y trompent d’ailleurs pas : en mai 2010, ils ont décerné une croix d’or à Oleh Tiahnybok, le chef charismatique de Svoboda.
 Vous me direz, le port d’insignes militaires est un loisir comme un autre… Mais leurs excentricités folklos ne s’arrêtent pas là : à la nuit tombée, bombers, Doc et symboles SS ponctuent les défilés des gros bras de Svoboda. Le cocasse, c’est que ces musclés – nettement moins affables que ceux du Club Dorothée – se piquent aussi de penser, flanqués de Yurii Mykhal’chyshyn, la petite trentaine, député et ancien candidat à la mairie de Lvov. En 2005, ce petit prodige, qui se rêve en intellectuel organique de l’extrême droite ukrainienne, avait créé le « Joseph Goebbels Political Research center » pour régénérer la pensée « nationale-socialiste » ukrainienne. N’allez surtout pas croire qu’il s’agit d’un énième nazillon négationniste : Mykhal’chyshyn admet l’existence de la Shoah comme… « l’un des épisodes les plus éclatants de la civilisation européenne » qui « réchauffe le cœur des Palestiniens, lesquels espèrent qu’il se reproduise » (sic). Dans le lobby pro-Maïdan de Paris, il ne s’est pour l’instant pas trouvé grand monde pour juger ce discours « nauséabond »…" (source)

dimanche 9 mars 2014

Dimanche du triomphe de l'Orthodoxie



C'est aujourd'hui jour d'allégresse et de joie, puisque brille la lumière des véritables dogmes : l'Eglise du Christ resplendit ornée par les saintes icônes maintenant rétablies et par l'éclat des images alors que la concorde donnée par Dieu règne parmi les fidèles.
(Laudes 3ème Stichère ton 4)



« Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est ». 
Ce qui a été cru partout : en Orient comme en Occident, car « il n'y a qu'une seule foi, vraie, celle que confesse l'Église entière, répandue sun toute la terre » (chap. 2). Ce qui a été cru toujours : depuis les origines et sans discontinuer « puisqu'en aucune manière nous ne nous écartons de ce qu'ont jadis proclamé nos pères et nos pieux ancêtres » (ibid.). Ce qui a été cru par tous car « ce que tous, ou la plupart d'entre eux, ont affirmé clairement, d'un même accord, fréquemment, avec insistance, tels une réunion de théologiens unanimes, ce qu'ils nous aurons transmis après l'avoir reçu de la Tradition, cela doit être tenu pour indubitable, certain et définitif » (chap. 28). ST VINCENT DE LÉRINS (Commonitorium)

samedi 8 mars 2014

Les collyves (Κόλλυβα) de St Théodore Tyron

Bénédiction des koutia (кутя)

Le vendredi de la première semaine du Grand Carême, après l' office des Vêpres avec la Liturgie des Présanctifiés, un Moleben est chanté dans l'église du Saint Mégalomartyr Théodore Tyron et des Kolivas sont bénis en son honneur. Cette célébration a été instituée après un certain événement dans l'histoire de l'Église. En 362 , l'empereur grec Julien l'Apostat dans son désir de se moquer des chrétiens a ordonné que le sang des sacrifices aux idoles devait être secrètement répandu sur tous les aliments vendus sur les marchés d'Antioche. L'apostat voulait de cette manière souiller les fidèles qui étaient strictement à jeun au cours de la première semaine du Grand Carême. Mais le Mégalomartyr Théodore, qui avait été brûlé à mort en 306 pour sa confession de la foi chrétienne, apparut en songe à Mgr Eudoxe, l'informa des ordres de Julien, et lui conseilla que les chrétiens mangent des Koliva pendant une semaine au lieu de la nourriture souillée.


















lundi 3 mars 2014

La prière de Carême : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu


Господи и Владыко живота моего, Дух праздности, уныния, любоначалия и празднословия не даждь ми. Дух же целомудрия, смиренномудрия, терпения и любви даруй ми, рабу Твоему. Ей, Господи, Царю! Даруй ми зрети моя прегрешения, И не осуждати брата моего Яко благословен еси во веки веков. Аминь.

„Doamne şi Stăpânul vieţii mele, duhul trândăviei, al grijii de multe, al iubirii de stăpânire şi al grăirii în deşert nu mi-l da mie. Iar duhul curăţiei, al gândului smerit, al răbdării şi al dragostei, dăruieşte-l mie, robului Tău. Aşa Doamne, Împărate, dăruieşte-mi ca să-mi văd greşalele mele şi să nu osândesc pe fratele meu, că binecuvântat eşti în vecii vecilor. Amin”.

“Κύριε και Δέσποτα της ζωής μου, πνεύμα αργίας, περιεργίας, φιλαρχίας και αργολογίας μη μοι δώς. Πνευμα δε σωφροσύνης, ταπεινοφροσύνης, υπομονής και αγάπης χάρισέ μοι τω σω δούλω. Ναι Κύριε Βασιλεύ, δώρησαί μοι του οράν τα εμά πταίσματα, και μη κατακρίνειν τον αδελφόν μου: ότι ευλογητός ει εις τους αιώνας των αιώνων.Αμήν”.

O Lord and Master of my life! Take from me the spirit of sloth, faint-heartedness, lust of power, and idle talk. But give rather the spirit of chastity, humility, patience, and love to Thy servant. Yea, Lord and King! Grant me to see my own errors and not to judge my brother, for Thou art blessed unto ages of ages. Amen.

Herr und Gebieter meines Lebens, Gib mir nicht den Geist des Müßiggangs, des Verzagens, der Herrschsucht und der Geschwätzigkeit. Schenke vielmehr mir, Deinem Diener, den Geist der Keuschheit, der Demut, der Geduld und der Liebe. Ja, Herr, mein König, gewähre mir, meine Sünden zu sehen und meinen Bruder nicht zu verurteilen, denn gesegnet bist Du in alle Ewigkeit, Amen.

 Señor y Maestro de mi vida, no me abandones al espíritu de pereza, de desánimo, de dominación o de palabra vana. Da en cambio a tu siervo el espíritu de castidad, de humildad, de paciencia y de caridad. Oh Señor y Rey, concédeme reconocer mis faltas y no juzgar a mi hermano. Tú que eres bendito por los siglos de los siglos. Amén.

Signore e Sovrano della mia vita, non darmi uno spirito di ozio, di curiosità, di amore del dominio, di vaniloquio. Ma concedi al tuo servo uno spirito di saggezza, di umiltà, di pazienza e di amore. Si, Signore e Re, dammi di vedere le mie colpe e di non giudicare il mio fratello, perchè tu sei benedetto nei secoli dei secoli. Amin. 

Seigneur et Maître de ma vie, ne m'abandonne pas à l'esprit de paresse, de découragement, de domination et de vain bavardage ! Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit de chasteté, d'humilité, de patience et de charité. Oui, Seigneur-Roi, Accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frêre, ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen.


(voir débat intéreressant sur la traduction de la prière de St Ephrem sur le forum orthodoxe)

samedi 1 mars 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (11) par Père André BORRELY : Conclusion

Dans l'Orthodoxie, la fête de tous les saints n'est pas célébrée le 1er novembre, mais le premier dimanche après la Pentecôte. Ainsi est affirmé le fond même de l'Orthodoxie, à savoir une ontologie de la grâce. Ce que l'Occident chrétien a appelé la grâce, l'Orthodoxie le comprend comme une déification, comme la présence réelle en l'homme des énergies divines incréées, comme l'extension aux hommes de l'acte générateur éternel par lequel le Père fait à son Fils le don infini de son Souffle vital, de l'Esprit de la Pentecôte. 


Et c'est bien le fond de l'Orthodoxie que saint Séraphim de Sarov livrait à Nicolas Motovilov lorsqu'il lui disait : Le but de la vie chrétienne est l'acquisition du Saint Esprit de Dieu. 

Le dimanche de la Toussaint, l'Orthodoxie semble mettre très haut la barre que seuls les saints parviennent à sauter tandis que celui qui ose vous parler de ces choses se contente de passer sous la barre. Mais le dimanche après la Toussaint, on lit les versets 10 à 16 du chapitre II de l'épître aux Romains. Or, ce que St Paul dit de l'homme par rapport à la Torah, nous pouvons le dire de l'homme par rapport au Christ. Saint Paul affirme : Quand les païens privés de la Torah accomplissent naturellement les prescriptions de la Torah, ces hommes, sans posséder la Torah, se tiennent à eux-mêmes lieu de Torah ; ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur. (...)
Père André Borrély
(extrait de la revue "Orthodoxes à Marseille" n°151 1, rue Raoul Ponchon 13010)

vendredi 28 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (10) par Père André BORRELY : Saint Augustin, un génie (trop) solitaire... (2)

La déchirure gravissime fut celle de la Réforme. A cette époque, l'Orthodoxie vivait sous la Τουpκοκpατια, la domination des rayas par les Turcs. En grec byzantin et contemporain, o ραγιας est synonyme d'esclave. Dans l'usage courant, il devient synonyme de chien. 


Dans les dernières semaines de mon diaconat je me trouvais, comme le prévoit l'Ordo, à côté de Mgr Mélétiοs venu consacrer notre église Saint Irénée et les prêtres et moi avons aidé le Métropolite à enfouir dans l'autel les reliques d'une jeune femme brûlée vive par les Turcs à la fin du 16ème siècle. Et le Métropolite utilisait un livre liturgique datant du 18ème siècle et imprimé à Venise parce qu'il était interdit aux chrétiens de publier de tels ouvrages en Grèce, dans les Balkans et en Asie Mineure considérés par les Turcs comme terre d'Islam. Et si vous allez un jour au Phanar, vous verrez une porte d'entrée que plus personne n'a jamais franchie depuis que, le jour de Pâques, le 10 avril 1821, les Turcs pendirent le patriarche Grégoire V à cet endroit avant de jeter son cadavre dans le Bosphore. 


La conséquence de cette absence fut que l'affrontement fratricide des catholiques et des protestants devint un phénomène latin-latin. Qu'il s'agisse de la grâce ou du mystère trinitaire, du libre-arbitre ou du péché originel, de la prédestination et d'un certain pessimisme, les théologiens occidentaux sont partis de l'oeuνre du génie solitaire que fut saint Augustin, alors que l'Orthodoxie n'eut que l'embarras du choix entre St Athanase, St Basile de Césarée, les deux Grégoire (de Nysse et de Nazianze), St Jean Damascène, St Maxime le Confesseur. Et le christianisme oriental demeura indifférent à l'augustinisme, tout comme l'Occident chrétien fut indifférent à la théologie de St Grégoire Palamas. Dans sa Somme théologique,  Thomas d'Aquin se réfère fréquemment à l'oeuvre de St Augustin.



Luther a été, à l'origine, un membre de l'Ordre de Saint Augustin. Luther se présentait comme un augustinien : Augustinus meus totus est, Augustin est entièrement mien.
Ou encore: Il était un homme de bien; s'il avait vécu aujourd'hui, il aurait été d'accord avec nous... Je suis un augustinien et, de plus, un disciple fidèle du fondateur de mon ordre. C'est dans la pensée d'Augustin que le jansénisme plongea ses racines. Et ce n'est pas sans signification que Jansénius ait intitulé Augustinus l'ouvrage, dans lequel est exposée la doctrine janséniste qui laissa indifférent l'Orient lequel ne s'était pas non plus passionné pour le conflit doctrinal qui avait opposé  Augustin et Pélage.

(à suivre)

mardi 25 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (9) par Père André BORRELY : Saint Augustin, un génie (trop) solitaire... (1)

Considérable aura été l'influence de St Augustin sur l'Occident chrétien jusqu'en ce 21ème siècle. En Europe occidentale, en Afrique du Nord, on s'exprimait et pensait en latin. A Constantinople, la langue parlée était le grec. Or, d'une part, le latin est une langue juridique et militaire, et d'autre part les Latins cessèrent de comprendre le grec. L'exemple le plus intéressant parce que le plus lourd de conséquences jusqu'à nos jours, est l'incapacité de la Romanité tardive à apprendre le grec à un homme comme saint Augustin. Celui-ci bâillait aux corneilles durant les cours de grec dans son adolescence et ne dépassa jamais, en grec, le niveau qu'atteignent nos bacheliers d'aujourd'hui, en latin. Lorsque Augustin composa son traité Sur la Trinité, l'absence d'ouvrages rédigés en latin sur le dogme trinitaire était à peu près complète. Ce qu'avaient publié sur ce sujet Tertullien, Novatien, Foebade d'Agen, Hilaire de Poitiers et Ambroise de Milan, était très inférieur à ce qu'à la même époque avaient aussi publié sur le même sujet s. Athanase, s. Basile, s. Grégoire de Nazianze, s. Grégoire de Nysse et Didyme l'Aveugle. Or, ces ouvrages n'avaient pas été traduits en latin pour la plupart. Un homme comme Tertullien, au 3ème siècle, était encore bilingue. Ce ne sera plus le cas d'Augustin. 

Selon que vous pensez en grec ou en latin vous ne pensez pas toujours la même réalité. Les Latins disent sacrement quand les Orthodoxes disent mystère. La mentalité occidentale a tendance à hypertrophier la pensée rationnelle et juridique au point de dessécher l'intelligence des symboles en insistant trop sur le concept juridique de validité. On est tenté de réduire le sacrement à ce qu'on pourrait appeler le minimum indispensable pour qu'il soit valide. D'une manière générale, ce qui. jusqu'à ce jour encore oppose le plus l'Orthodoxie et l'Occident chrétien, c'est la profondeur de la pénétration de la mentalité juridique dans toutes les manifestations de l'existence humaine : le mariage et le divorce, le péché et la confession, la rédemption et le salut, le sacerdoce et l'autorité dans l'Église. 
(à suivre)



samedi 22 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (8) par Père André BORRELY : Un autre Christianisme (2)

Tertullien
Cette approche foncièrement juridique, voire judiciaire du péché et du salut, a vu le jour avec Tertullien, qui fut le premier à le concevoir en termes de droit romain.

Elle s'est poursuivie avec St Ambroise, évêque de Milan et St Augustin qui tous deux considèrent la mort du Christ comme une satisfaction pour la peine due par le péché des hommes. Thomas d'Aquin fait sienne la définition augustinienne du péché et cette définition est juridique. Pour l'évêque d'Hippone comme pour Thomas, le péché consiste à vouloir retenir ou acquérir ce que ne permet pas la justice. C'est tout ce qui est contra legem aeternam, contre la loi éternelle. 

Augustin - Ambroise de Milan - Thomas d'Aquin

 Au contraire, en Russie, non seulement il ne s'est pas produit d'hypertrophie du sentiment de culpabilité, mais on a assisté à une contestation existentielle du juridisme. Les fols en Christ assumaient la culpabilité d'autrui sans protester. Ils transgressaient les conventions sociales, couraient le risque de l'irresponsabilité sociale. Ils contestaient l'imposture de ceux qui croient croire, les appelant ainsi à se convertir en manifestant eux-mêmes un dépouillement du moi si profond qu'ils étaient convaincus que le péché est le fait de tous, la croix commune de l'Église. Mais pas du tout dans le sens où l'a entendu la théologie occidentale du péché originel. L'Orient chrétien de l'Abbé Isaac n'a jamais admis que le Dieu qui est ontologiquement l'Amour puisse tenir pour coupable un petit d'homme qui vient de naître. 

Pour les Latins, ce n'est pas assez de voir le fils succéder à son père, il faut le voir s'identifier avec lui, de sorte qu'ils soient, non pas seulement l'un à la suite de l'autre, mais pour ainsi dire l'un dans l'autre, comme incorporés l'un à l'autre.

Tout le genre humain fait corps avec Adam. A travers la succession des générations humaines, une communauté radicale unit toute la multitude des êtres humains en un grand corps unique, étroitement soudé à son chef. Dans ce grand corps le péché originel s'écoule naturellement, de la tête dans tous les membres.



Mais ici nous devons mesurer l'influence considérable qu'exerça chez les Latins l’œuvre de St Augustin et notamment sa polémique contre Pélage et Julien d'Eclane. Le monde byzantin demeura étranger à la perspective occidentale. Pour l'Orthodoxie, le péché est nécessairement un acte libre de la personne, il ne saurait être expliqué par la nature. Le Patriarche St Photios considère comme une hérésie la croyance en un péché de nature, en une faute héréditaire, sexuellement transmissible. Il n'est de péché que personnel et qui engage la responsabilité et la liberté humaines. 

Il s'agit de bien traduire le 12ème verset du 5ème chapitre de l’Épitre aux Romains. 
La  première partie du verset ne fait pas problème : Διὰ τοῦτο (voilà pourquoi) ὥσπερ δι’ ἑνὸς ἀνθρώπου (de même que c'est par l'entremise d'un seul homme) ἡ ἁμαρτία εἰς τὸν κόσμον εἰσῆλθεν (que le péché a fait son entrée dans le monde) καὶ διὰ τῆς ἁμαρτίας ὁ θάνατος (et par la péché la mort) καὶ οὕτως εἰς πάντας ἀνθρώπους ὁ θάνατος διῆλθεν (et qu'ainsi la mort a passé dans tous les hommes)

Et voici le passage que Grecs et Latins ont compris de manière divergente. En grec, dans le seul texte considéré par tous les chrétiens comme normatif on lit : εφ'ω παντες ημαρτον. Parce que les chrétiens occidentaux (notamment les Allemands et les Français) sont très supérieurs aux Orthodoxes en matière d'exégèse historicocritique, ils savent depuis longtemps que les Latins, en traduisant εφ'ω παρ iv Θuο ont fait un beau contresens. En effet, ils ont traduit εφ'ω παντες ημαρτον par in quo ornes peccaverunt et ont compris en lequel — c'est-à-dire en Adam — tous ont péché, prenant ω pour un masculin alors que les Grecs y ont vu un neutre. La forme εφ' ω est une contraction entre επti et le pronom relatif ω au neutre. En 1915 déjà, le P. Lagrange écrivait : εφ'ω ne peut signifier « dans lequel», mais seulement «parce que». Il est inutile d'insister sur ce point reconnu par les exégètes catholiques les plus autorisés. Écrites en 1915, ces lignes honorent grandement le P. Lagrange. La traduction fidèle au texte grec est la suivante : Voilà pourquoi, de même que c'est par 1 `entremise d'un seul homme que le péché a fait son entrée dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé en tous les hommes, parce que tous ont péché.
Ce qui est totalement incompréhensible, c'est qu'en 1931, 16 ans après la publication de la traduction de l'épître par le P. Lagrange, tel dominicain ait pu trouver profonde et vraiment nouvelle.., la grande doctrine augustine-thomiste de l'incorporation au premier homme. (à suivre)
 

Quelle pitié que l'homme oublie son image originelle....

mardi 18 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (7) par Père André BORRELY : Un autre Christianisme (1)

Genèse de la sécularisation en Occident

Venons-en alors au second texte de s.© Je ne vous aurai pas fait perdre votre temps et votre bienveillante attention sera récompensée si je parviens à vous faire sentir combien, d'une certaine façon, on a affaire, pourrait-on dire, à un autre Christianisme.

Voici donc ce qu'écrit l'Abbé Isaac : Ce n'est aucunement pour nous libérer des péchés, ou pour quelque autre motif que notre Seigneur est mort, mais uniquement afin que le monde ressente l'amour de Dieu pour sa création. Si cette admirable épopée n'avait eu d'autre raison que la rémission de nos péchés, il aurait suffi d'un autre moyen pour la réaliser ... N'ayons donc pas honte d'assumer une telle prise de conscience au sujet des mystères du Dessein de salut de notre Seigneur. Car; si nous leur donnons pour motif le rachat des péchés, nous diminuons tout à fait la portée de la mort du Christ et de sa venue dans le monde ... Alors, si nous n'avions pas péché, le Christ ne serait donc pas venu ni ne serait mort, car il n'y aurait pas eu de raison à ce que Dieu revêtît notre corps, qu'il a dû revêtir à cause des péchés du monde... Et si la mort n'avait pas dominé sur nous par la tyrannie du péché, ce mystère de la révélation dans la chair n'aurait pas existé, et les hommes et les anges auraient été coupés de toute cette lumière et de toute cette connaissance. Il conviendrait alors de rendre grâce au péché, puisque c'est à lui que nous devrions d'avoir reçu tous ces biens, et que c'est à lui qu'il nous faudrait attribuer toutes ces merveilles... Mais il n'en est pas ainsi ! De grâce ! Ne restons pas à la surface des Écritures...
(...) Bossuet avait été formé dans une tradition théologique selon laquelle, d'une part, le péché est essentiellement la transgression d'une loi et, d'autre part, l'Incarnation est une oeuvre de justice au moins autant que d'amour. 
Mais parler de mérite issu de notre libre-arbitre surnaturalisé par la grâce, c'est indiquer un type d'action ayant pour conséquence que la personne à l'égard de laquelle on mérite, nous doit, en retour de notre action, une récompense déterminée. Et dire que la liberté humaine a le pouvoir d'acquérir des mérites à l'égard de Dieu, c'est attribuer à cette liberté la capacité de déterminer en Dieu l'obligation de récompenser l'homme sous peine de se déjuger lui-même. D'aucuns en sont arrivés à parler de droit strict à la vie éternelle pour l'homme en état de grâce. Ceux-là avaient-ils lu, dans le troisième évangile, la parabole du pharisien et du publicain ? La même perspective essentiellement juridique a conduit nombre de chrétiens à considérer qu'après avoir reçu de Dieu le pardon, le ou la pénitent(e) doit encore fournir une expiation. C'est le propre d'une vision juridique de tout l'ensemble de la vie chrétienne de voir surtout dans le péché le fait d'enfreindre des principes formels et conventionnels, impersonnels et abstraits. On voit dans le pécheur l'homme qui contrevient à des règles utilitaires de comportement et de bienséance sociale. Le salut est alors senti comme une justification et une expiation individuelles. Ce que le Dr. Hesnard avait appelé en 1949 l'univers morbide de la faute envahi par la peur égocentrique de transgresser. Le confesseur devient une sorte de juge des âmes siégeant au tribunal de la pénitence. Cette approche foncièrement juridique, voire judiciaire du péché et du salut, a vu le jour avec Tertullien, qui fut le premier à le concevoir en termes de droit romain.(à suivre)

samedi 15 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (6) par Père André BORRELY : Le dévoiement de l'éloquence sacrée

Genèse de la sécularisation en Occident

J'en viens ainsi au texte de Bossuet. Le Vendredi saint 26 mars 1660, dans l'église parisienne des Minimes, Bossuet prononça une homélie dont voici un extrait:  "Il n'appartient qu'à Dieu de venger ses propres injures; et tant que sa main ne s'en mêle pas, les péchés ne un sont punis que faiblement ; à lui seul appartient de faire justice aux pécheurs : et lui seul a le bras assez puissant pour les traiter selon leur mérite. A moi, à moi, dit-il, la vengeance: eh ! Je leur saurai bien rendre ce qui leur est . Il fallait donc, mes frères, qu'il vînt lui-même contre son Fils avec toutes ses foudres, et puisqu'il avait mis en lui nos péchés, il y devait mettre aussi sa juste vengeance. Il 1'a fait, chrétiens, n'en doutons pas. C'est pourquoi le prophète Isaïe nous apprend que, non content de l'avoir livré à la volonté de ses ennemis, lui-même voulait être de la partie, l'a rompu et froissé par les coups de sa main toute-puissante. La malédiction de Dieu pénètre au-dedans et frappe Jésus-Christ dans ses puissances... Dieu lui montre cet œil enflammé : il le regarde, non de ce regard qui ramène la sérénité, mais de ce regard terrible qui allume le feu devant soi, dont il porte l'effroi dans les consciences ; il le regarde enfin comme un pécheur, et marche contre lui avec tout l'attirail de sa justice. "

Certes, je n'ignore pas le mot de Talleyrand : Tout ce qui est excessif est insignifiant. Cependant, on peut comparer ce texte à un verre grossissant. L'important est de lire le texte que grossit la loupe. Comment un évêque pouvait-il attirer un aussi grand nombre de fidèles et réaliser le tour de force d'introduire le sadisme dans la théologie de l'amour ? 

On n'aperçoit pas spontanément la différence qui pouvait séparer la volupté éprouvée par le Roi prétendument très-chrétien et sa Cour en écoutant Bossuet et la jouissance que les empereurs de la Rome païenne offraient aux contemporains de celles et de ceux dont Tertullien a pu dire : sanguis martyrum, semen christianorum, le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Pas une fois Bossuet ne prononce le mot amour. Au contraire, dans une quinzaine de lignes seulement, Monsieur de Meaux accumule dix-sept mots ou membres de phrase qui présentent l'Incarnation comme une affaire judiciaire, comme une vendetta, une punition. Si l'Abbé Isaac s'était trouvé dans l'église des Minimes, le 26 mars 1660, je suis prêt à parier qu'il aurait eu le même comportement que l'Αρδtre Jean à Éphèse, selon Eusèbe de Césarée et St Irénée de Lyon:
Étant allé aux bains, il aperçut Cérinthe à l'intérieur ; il bondit alors hors des Thermes sans s'être baigné, en s'écriant : «Sauvons-nous, de peur que les Thermes ne s'écroulent, car à l'intérieur se trouve Cérinthe, l'ennemi de la vérité ! » Il est vrai que, dans le texte sur le cœur compatissant, l'Abbé Isaac prie en larmes à toute heure.., pour les ennemis de la vérité. Il aurait prié pour Bossuet, dans cette église au cours d'une célébration où on laissait cet évêque défigurer le christianisme et le rendre hideux. Mais la question de fond qui se pose est de savoir comment on avait pu en arriver là.

Un tel texte témoigne d'une conception globale de tout le Christianisme. On s'engage dans la perspective profondément anti-évangélique d'une théologie juridique du péché dont on croit que le contraire est la vertu alors que c'est la foi et l'amour. Une telle théologie ne peut s'inscrire que dans le contexte d'une théologie juridique de la rédemption et de la confession, avec les concepts de satisfaction, de mérite, d'expiation, de justification, etc. Petit à petit, le juridisme a métastasé dans toutes les manifestations de l'existence chrétienne : dans la conception des sacrements et particulièrement du mariage ainsi que de l'autorité et de la primauté dans l'Église. (à suivre)

mercredi 12 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (5) par Père André BORRELY : "Une fin de vie sans douleur... "

"Demandons au Seigneur une fin de vie chrétienne, 
sans douleur, 
sans honte, paisible, 
et notre justification devant son trône redoutable."

De cet amour compatissant pour les hommes je retiens un second exemple que je prends dans la prière litanique par laquelle le diacre orthodoxe invite la communauté à demander "Χριστιανά τά τέλη τῆς ζωῆς ἡμῶν", que notre vie ait une fin chrétienne, "ανώδυνα", exempte de douleur : Nous prions pour obtenir la grâce de ne pas souffrir. L'Orient chrétien a expérimenté le don des larmes mais les stigmates sont restés un phénomène occidental. 
Je vais peut-être choquer quelqu'un dans cette assemblée... Si tel devait être le cas j'en demande dès maintenant pardon. 
S'agissant de la profondeur abyssale de l'amour que Marthe Robin a eu pour le Christ et de la vie de prière qui fut la sienne durant tant d'années, j'ai la plus vive conscience de mon indignité et le plus profond respect pour cette femme qui ne mangeant ni ne dormant jamais ne fut que prière. Je n'ai aucune compétence médicale pour prendre position au sujet de son inédie, c'est-à-dire sur le fait que durant plus d'un demi-siècle elle n'a, dit-on, avalé que l'hostie de la divine communion. Je n'ai pas davantage d'opinion sur une éventuelle encéphalite léthargique. Mais en tant qu'orthodoxe je ne peux éviter de me poser deux questions : 
Comment tant de souffrance durant tant d'années sans recourir aux idées de mérite, de réversibilité des mérites, d'expiation ? Marthe offraient ses souffrances. 
Et je me demande aussi si ce type de sainteté parle aux hommes de ce temps ou si au contraire il ne les incite pas à se plonger dans l'œuvre de Nietzsche.

 La souffrance, la douleur, l'épreuve c'est ce que nous subissons mais ne pouvons pas vouloir. La souffrance, qui meurtrit notre volonté impuissante, est capable tantôt de briser une vie sans l'anéantir, tantôt de l'anéantir sans parvenir à la dépouiller de son prestige. De toute manière, la douleur ne saurait devenir une machine à fabriquer des mérites. (à suivre)

Marthe Robin
Sur le site http://www.martherobin.com/ on peut lire :
Marthe Robin meurt le 6 février 1981. Une enquête diocésaine en vue de la béatification de la "Servante de Dieu" est ouverte en 1986. Deux experts, un théologien et un historien, sont nommés en 1988. Le Nihil obstat est accordé par Rome en 1991. Entre 1988 et 1996, plus de 120 témoins et experts sont consultés. La Copia Publica est rédigée pour être transmise à la Congrégation pour les Causes des Saints. Un dossier de 17.000 pages est déposé à Rome en 1996. Un décret de la Congrégation pour les Causes des Saints du 24 avril 1998 constate la validité de l'enquête diocésaine. La rédaction de la Positio, résumé de 2000 pages du dossier de béatification qui présente les résultats de cette enquête diocésaine, s'est terminée le 6 mai 2010. A partir de ce moment elle est soumise à une commission de la Congrégation pour les Causes des Saints. Cette commission se prononcera sur l'héroïcité des vertus de Marthe Robin. Dans le cas d’un vote favorable, Marthe Robin serait alors déclarée "vénérable". Si cette étape est franchie, il faudra recenser un miracle pour passer de ce statut à celui de "bienheureux", puis il faudra un autre miracle pour arriver à celui de "saint" canonisé. Le nombre des visiteurs qui vont prier dans la ferme de la Plaine, lieu où elle vécut, ne cesse d’augmenter.

lundi 10 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (4f) par Père André BORRELY : la transfiguration de l' εpως en αγαπη

Origène a écrit que les réalités que nous expérimentons dans le devenir, nous devons en éclairer la vision par l'expérience divinisante que nous faisons de l'Esprit. Mais il ajoute qu'inversement l'expérience que nous faisons de l'Esprit ne doit jamais être désincarnée, que pour être vraie, elle doit s'enraciner dans notre vie terrestre. 
Et Origène d'écrire : ιστορικά πνευματικως, πνευματικά ιστορικως.

Je propose de modifier la formule et de dire: εpοτικα πνευματικως,πνευματικα εροτικως. Offrir aux couples la perspective de la transfiguration de l' εpως en αγαπη, c'est leur donner un témoignage d'amour. Et si, dans le mariage orthodoxe, on lit toujours le récit du miracle opéré par Jésus aux noces de Cana, c'est parce que les Pères ont vu dans l'eau des jarres un symbole de l'érôs et dans le vin de grand crû celui de l'αyαπη, de l'ερως transfiguré.

Mais l'Orthodoxie va plus loin encore. Elle a le même rite de la triple déambulation des époux autour d'une table, dans la nef, et autour de l'autel, lors de l'ordination d'un clerc majeur. Et durant cette danse sacrée, on chante les mêmes tropaires. Ainsi est affirmé que le mariage est une ordination, ce qui signifie qu'un divorce est comparable à un clerc majeur qui défroque.

L'Abbé Isaac écrit encore : Laisse-toi conduire par la compassion qui, lorsqu'elle se trouve dans ton cœur, est en toi l'icône de la sainte beauté á la ressemblance de laquelle tu as été créé. La vision que l'Orthodoxie a de l'amour humain est, certes exigeante. Le thème de la Croix est présent dans la célébration du mariage.



Aimer c'est expérimenter la loi de la vie qui ne peut jaillir que de la mort à notre ego. Il fut un temps οù celui qui avait commis un adultère, devait demeurer 15 ans sans communier. Il n'est pas question d'envisager un retour à cette sévérité. Mais il n'est pas davantage question d'être laxistes. Le Christ fut bon (envers Lazare et ses sœurs, pour la veuve de Naϊn et pour le serviteur du Centurion), mais il ne fut pas gentil avec les marchands et les changeurs de monnaie qu'il chassa à coups de fouet de cordes. Pour l'Orthodoxie, le mariage chrétien est essentiellement l'invocation et le don du saint Esprit en vue de la transfiguration de l'ερως en αγαπη plutôt qu'un contrat. Et si survient un divorce l'Église orthodoxe consent à bénir, à certaines conditions, un nouveau départ. L'homme contemporain est peut-être moins hypocrite que ses pères ; il est en tout cas plus fragile, plus instable. L'engagement nuptial dans la durée lui fait peur. Ce n'est plus un chêne mais une chétive plante d'appartement qui a besoin de tendresse maternelle et d'infinie compassion. (à suivre)

tonsure monatique

samedi 8 février 2014

USA, UE et opposition en Ukraine

Un enregistrement pirate sur l'Ukraine met les USA dans l'embarras http://fr.reuters.com/article/idFRPAEA1600K20140207?p=PAEA1600K-OFRWR

vendredi 7 février 2014

L'archevêque catholique de Rouen bazarde le patrimoine de l'Église...

Pour ceux, catholiques et orthodoxes oecuménistes  militants, à qui le scandale serait passé inaperçu :
Ben voyons ! Je pensais que c'était une époque révolue et qu'on avait tout vu sur les marchés aux puces et chez les brocanteurs mais il en restait encore, alors autant en profiter n'est-ce pas, faut pas se gêner...
Juste une remarque : Je n'ai toujours pas bien compris... c'est avec ces gens-là qu'on veut que je sois en communion ? Vous êtes bien sûrs ? Qu'on ne me demande même pas du respect.
Lisez l'Article de François Teutsch ci-dessous :

relique

Brader le patrimoine religieux est très à la mode dans les diocèses. Baisse du nombre de pratiquants, crise des vocations, difficultés financières face aux charges énormes d’entretien des bâtiments, les raisons sont parfois légitimes de vendre des édifices inutilisés depuis des décennies. L’archevêque de Rouen, Mgr Jean-Charles Descubes, s’y met également. Mais lui va beaucoup plus loin : il a fait vendre, le 30 janvier, à l’hôtel Drouot, de nombreuses pièces d’art sacré appartenant au diocèse : vêtements liturgiques anciens ; objets d’art, crucifix ou enluminures ; calices et ostensoirs ; et, surtout, reliquaires garnis de reliques.
La maison de ventes a procédé à une publicité discrète. Et on la comprend : tardives, les réactions sont plutôt stupéfaites ! Un prêtre du diocèse estime que l’affaire est grave ; des laïcs s’adressent à l’archevêque pour lui demander des explications. De quel droit décide-t-il ainsi de vendre, loin de sa ville, des objets appartenant au patrimoine ancestral de la communauté chrétienne ? Pourquoi n’a-t-il pas communiqué sur le sujet, expliqué la cause de cette vente, proposé à ses diocésains de se porter acquéreur ? Aucune réponse n’a été apportée à ces questions insolentes.
L’archevêché a mollement contesté, par un communiqué aussi sec qu’obscur. Mais le catalogue de l’exposition, bien réel, est explicite. Il comporte notamment, chose spécialement choquante, des reliques.
On pense ce qu’on veut de la piété populaire envers les reliques des saints. D’un point de vue laïc, c’est une violation délibérée du Code civil, qui est clair : « Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence », puis « Les conventions ayant pour effet de conférer une valeur patrimoniale au corps humain, à ses éléments ou à ses produits sont nulles. » D’un point de vue catholique, c’est la même chose : « Il est absolument interdit de vendre les saintes reliques. » (Code de droit canonique)
Que Mgr Descubes et les divers « conseils » qui l’entourent se moquent éperdument de ces « vieilleries » n’étonne personne. Le mépris que certains clercs affectent envers d’anciennes formes de dévotion n’a d’égal que leur enthousiasme pour une modernité perpétuellement dépassée. Mais qu’ils acceptent que des restes humains, autrefois vénérés comme reliques de saints, soient vendus à l’encan est un scandale.
Il paraît que le diocèse de Rouen est dans une situation financière difficile. Ce ne sont pas les quelques milliers d’euros rapportés par cette vente qui y changeront grand-chose. En période de soldes d’hiver, cette vente macabre sera-t-elle suivie d’une braderie ? 70 % sur les invendus, reste un beau tibia de saint Gervais et une vertèbre abîmée de saint Maclou ! Pendant ce temps-là, quelques jeunes prêtres payés un demi-SMIC travaillent 70 heures par semaine à redonner l’espérance à leur maigre troupeau, à évangéliser dans un monde hostile, à visiter les malades, à servir les pauvres et à réconforter les clochards.
J’en connais. Ils sont l’honneur de l’Église. Ils se moquent des honneurs. Mais jamais ils n’oseraient scandaliser leurs fidèles de cette manière. Qu’ils prennent patience : Mgr Descubes aura 75 ans l’an prochain…
Pendant ce temps, des chrétiens semblables aux premiers disciples subissent le martyre... ailleurs bien sûr.

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE (4e) par Père André BORRELY :

De même, la prière eucharistique des divines liturgies orthodoxes s'adresse à Dieu le Père d'une manière apophatique :... c'est Toi le Dieu ineffable, qu'il est impossible de considérer sous toutes tes faces, invisible, incompréhensible... Toi qui es sans commencement, indescriptible, immuable ..., créée à l'image, à la réplique de Dieu et pour lui ressembler Il faut donc tenir le même langage au sujet de l'homme en tant que personne et non point comme individu, au sujet de sa sexualité, de sa culture, et d'une manière générale pour tout ce qui touche à l'homme. Les sciences de l'homme sont des sciences de la nature humaine mais en aucune manière de la personne humaine unique au monde, imprévisible, incomparable, irreproductible. 

Et rien n'est plus incompatible avec cette vision foncièrement positive et optimiste de l'homme et du monde, que le dualisme

Si les chrétiens sont désunis, c'est bien parce qu'ils ont introduit la division entre la sainte Écriture et la Tradition, entre la parole et les rites sacramentels, entre les clercs et les laïcs, l'autorité et la liberté, la foi et les œuvres, le corps et l'âme, la pensée et la vie, la connaissance et l'amour, entre la foi et la raison, la philosophie et la théologie, entre les réalités spirituelles et les choses sensibles, le terrestre et le céleste, le temps et l'éternité, la contemplation et l'action, entre la nature et la personne, la nature et la grâce, ou entre la nature et le surnaturel. 

Et ce dualisme paraît s'être prolongé dans la société déchristianisée avec la théorie marxiste de la lutte des bourgeois et des prolétaires. Et on peut même se demander s'il n'y a pas un peu de cela dans un certain féminisme. 

 

 Par contre, rien ne manifeste mieux l'optimisme foncier de la vision de l'homme et du monde selon l'Orthodoxie, rien ne révèle mieux l'amour qui est la source intarissable de cet optimisme, que l'audace avec laquelle l'Église utilise le langage du corps pour évoquer des réalités spirituelles mais en aucune manière désincarnées. Il est du plus haut intérêt que, dans tout monastère orthodoxe, tout au long du Grand Carême, on lise à l'heure de Sexte, l'ouvrage d'un Abbé du monastère du Sinaï nommé Jean, qui vécut au 6 ème ou au 7 ème siècle. Le titre de ce livre est L'Échelle sainte. Or, avec la même surprise qu'en ouvrant le Cantique des cantiques puis la première épître de Jean, et en songeant que cet ouvrage est lu et médité par des moines et des moniales, on tombe sur la phrase suivante : Que l'éros physique ou : 1'amour charnel nous serve de modèle pour notre désir de Dieu. Et le même auteur écrit encore : Bienheureux celui qui a obtenu un désir de Dieu semblable à celui d'un amant passionné pour celle qu'il aime! 

Origène a écrit que les réalités que nous expérimentons dans le devenir, nous devons en éclairer la vision par l'expérience divinisante que nous faisons de l'Esprit. Mais il ajoute qu'inversement l'expérience que nous faisons de l'Esprit ne doit jamais être désincarnée, que pour être vraie, elle doit s'enraciner dans notre vie terrestre.(à suivre)

mardi 4 février 2014

L'ORTHODOXIE, CETTE INCONNUE [4d] par Père André BORRELY : Mystère et Apophase

Par ce terme (de mystère) on ne désigne en aucune façon le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Dans le texte de l'Abbé Isaac sur le cœur compatissant, il y a un adverbe, ἀμέτρως , qui précise que cette compassion est sans mesure. Cette précision est très importante car elle témoigne de ce fait que c'est avec le judéο-christianisme que les idées de parfait et d'infini ont été unies. Pour les Grecs de l'Antiquité, le parfait et le fini allaient ensemble bien plutôt que le parfait et l'infini. Pour eux, le fini est supérieur à l'infini qu'ils confondent aisément avec l'indéfini. Ils aiment voir des clartés nettes se découper sur les choses.

La perfection ne se trouve pas, selon eux, dans les dieux de l'Olympe mais dans une belle sculpture, et une sculpture est belle dans la mesure où elle est achevée, accomplie, par faite au sens latin de perficere signifiant : faire complètement, achever; accomplir. La démesure est inséparable de l'expérience du mystère. 
Bernard de Clervaux exprimera cette conviction lorsqu'il écrira : Modus diligendi Deum, est diligere sine modo la mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure. Ce qu'il y a dans l'homme de plus profond, ce qui concerne son être même, c'est d'être créé à l'image de Dieu et pour lui ressembler. Dans ces conditions, le sens de toute existence humaine est d'être divinisé en étant engendré à la Vie même du Père qui n'est pas quelque chose mais quelqu'un à savoir le saint Esprit dont le Fils est ici-bas le Dispensateur unique et obligé dès lors que, dans l'intimité de la vie trinitaire, il en est le Réceptacle éternel. Et tout le sens de la vie humaine est de devenir ce que Dieu est. Dieu s'est fait homme pour révéler à l'homme qu'il est divinisable, qu'au plus intime de sa finitude humaine il y a de l'infini et du divin. 

L'Orthodoxie est comme envoûtée par la contemplation du sans-fond, de la possibilité que Dieu offre à l'homme en tant que personne de participer au sans-fond du Dieu tri-unique. I1 y a donc de l'inépuisable en l'homme.

C'est pourquoi l'Église est un mystère et une mère bien plus qu'un ensemble d'institutions dimension institutionnelle, et c'est pourquoi aussi l'érôs est tendu vers le sens, attendant la déification et donc irréductible à la sexualité, belle et bonne, en tant que créée par Dieu, mais aussi fragile et faillible, soumise à l'épreuve du temps. 

Pour tenter d'évoquer le sans-fond de l'humain préconstruit pour être divinisé on a créé le mot apophatisme à partir du grec αποφασίς qui signifie négation. Pour un homme tel que l'Abbé Isaac, une idée comprise c'est une vie changée, la connaissance est nécessairement compromettante étant une forme de l'amour. Et la compassion follement démesurée de ce grand anachorète pour tout le créé manifeste simplement que l'homme a pour vocation de ressembler au Dieu bon et ami de l'homme.