Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

mercredi 14 mars 2018

En route pour l'Orthodoxie : cheminements spirituels d'occidentaux : Bertrand vergely

L'Orthodoxie, un hymne enthousiaste à la beauté de la Vie !

Interview du philosophe et théologien
Bertrand Vergely
par Tudor PETCU

Comment avez-vous rencontré l’Orthodoxie ? 

Je n’ai pas rencontré l’Orthodoxie au sens où je ne suis pas allé vers elle. C’est elle qui est venue à moi en m’étant offerte. Ma mère était suisse. En 1945, désireuse de connaître la culture française, celle-ci a quitté la Suisse pour la France. Là, outre qu’elle a rencontré la culture française, elle a rencontré la culture russe et, avec elle, l’Orthodoxie. Cette rencontre s’est faite en trois temps. Elle a d’abord rencontré un français, Geoffroy de Souzenelle, l’époux d’Annick de Souzenelle, l’une des grandes figures de la pensée orthodoxe contemporaine à travers sa lecture de la Bible. Geoffroy s’était converti à l’Orthodoxie à la suite de sa rencontre avec un prêtre orthodoxe, Evgraph Kovalevsky, durant la seconde guerre mondiale, dans un camp de prisonniers. C’est Geoffroy qui, le premier, a révélé à ma mère l’existence de l’Orthodoxie. Par ailleurs, ma mère a rencontré le père Evgraph. Elle a notamment suivi les cours que celui-ci donnait, boulevard Blanqui à Paris, où il avait fondé une paroisse. Cet enseignement l’a beaucoup marquée, en lui faisant découvrir le caractère visionnaire de l’Orthodoxie. Enfin, troisième rencontre : celle du père Sophrony. Disciple du starets Silouane, le père Sophrony avait vécu auprès de lui dans le monastère de saint Pantéléimon au mont Athos. Bien après la mort du starets Silouane, en proie à des soucis de santé à la suite d’une longue ascèse dans une grotte, le père Sophrony avait quitté le mont Athos pour se faire opérer en France. Vivant dans un donjon à saint Geneviève-des-Bois, il avait comme projet d’aller fonder un monastère en Angleterre. Ce qu’il a fait en créant The old Rectory près de Maldon en Essex. Du fait de sa haute spiritualité, le père Sophrony a été déterminant dans la conversion de ma mère à l’Orthodoxie, Ce qu’elle a fait. En 1958. Ce que j’ai fait avec elle puisque, à l’âge de six ans, j’ai été chrismé. Il est courant aujourd’hui d’entendre dire par certaines personnes qu’elles ne veulent pas baptiser leurs enfants afin de les laisser libres de choisir la religion qu’ils voudront. En me faisant rentrer dans l’Orthodoxie ma mère n’a pas limité ma liberté. Elle l’a augmenté, cette entrée « de force », si l’on ose dire, dans l’Église, m’ayant appris très jeune que la spiritualité fait partie de la vie. Être libre pour moi a ainsi consisté non pas à choisir une religion comme la religion orthodoxe mais à rencontrer à travers elle la vie profonde et belle. J’ai découvert bien plus tard que ce n’est pas parce que l’on est orthodoxe que l’on est dispensé de se convertir à l’Orthodoxie. Je m’en rends compte actuellement. Quand est-on orthodoxe ? Quand on vit de tout son être des pieds à la tête. Quand tel est le cas, on devient à notre humble échelle, comme le Christ Pantocrator qui embrasse tout. Depuis quelque temps je ressens chaque jour de plus en plus la nécessité intense de devoir vivre ainsi de tout mon être. En ce sens, je crois que je suis en train de me convertir à l’Orthodoxie. 


Quelle raison vous a amené à vous convertir ? 


Quand j’étais petit, c’est la beauté ainsi que l’intensité de la vie liturgique qui m’ont amené à me convertir. Très vite je me suis mis à prier. Très vite également je suis devenu enfant de cœcoeurur. Quand on est un enfant et que l’on prie ou que l’on est enfant de cœur on rentre en contact avec le mystère de la personne. On a beau être un enfant, on sent ce mystère. On a de ce fait envie d’aller vers lui. En tant qu’enfant, on se sent grandi de pouvoir participer à la vie spirituelle. Aujourd’hui, ce qui m’amène à me convertir réside dans l’émerveillement. La vie est infiniment plus profonde que ce que l’on imagine. Je me convertis à chaque fois que je me sens petit devant l’immense, ignorant devant le génie de l’existence. Quand, dans l’existence, on sent vivre une existence plus vaste, quand, qui plus est, on sent que cette existence plus vaste fait davantage exister, on s’ouvre à Dieu, Dieu apparaissant comme cette vie qui, dans notre vie, rend notre vie plus vivante. L’intelligentsia occidentale qui est devenue athée voit dans Dieu un obstacle à la vie. Comme le dit Sartre, « si Dieu existe je ne peux pas être libre ». Mon sentiment est exactement inverse. Dès que Dieu existe je me mets à exister. Le fait qu’il existe me fait exister. Pour l’intellectuel occidental, l’existence dans sa nudité, dans son âpreté, est la preuve que Dieu n’existe pas. Elle est le signe que l’homme est abandonné, dans la « déréliction » dit Heidegger à qui on doit cette réflexion. En ce qui me concerne, l’existence dans sa nudité ainsi que dans son âpreté est le signe que nous sommes peu de chose, non pas parce qu’il n’y a rien, mais parce que nous sommes peu de chose par rapport à l’ineffable beauté de la vie divine. Je me sens proche de ce fait de la théologie apophatique qui est la base de la vision orthodoxe de l’existence. Je me sens également proche de maître Eckart et de sa pensée concernant le néant mystique. La gloire de la croix est le cœur du mystère du Christ. Quand on se sent petit devant l’immense, on est dans la gloire de la croix. La croix consiste à se sentir petit. La gloire consiste, elle, à sentir vivre l’immense à travers le petit. Les grands saints de la tradition orthodoxe expliquent que vivre consiste à se convertir en permanence. C’est tout à fait exact. Vivre consiste à convertir en permanence tout ce que l’on fait en immensité. Avoir un regard large, généreux, aimant à propos de l’existence. Ne pas être médiocre. Être en ce sens « royal » en faisant de l’existence un royaume. Devenir un seigneur comme le Christ qui est le Seigneur. Élever le niveau de l’existence et de la conscience de l’existence. . L’anoblir. La conversion signifie tout cela. 

Comment l’Orthodoxie a-t-elle changé
 votre conscience et votre vie


L’Orthodoxie a changé ma vie et la change encore tous les jours en m’incitant à vivre par le cœur. Le cœur est en nous l’organe de l’équilibre qui régule l’envoi du sang dans le corps et ainsi son renouvellement, en recevant le sang oxygéné et en renvoyant le sang désoxygéné. Il est ce qui permet à la vie de se renouveler et de respirer à chaque instant. Il est par ailleurs un organe affectif, moral et spirituel. Vivre par le cœur consiste à rentrer en soi en faisant vivre le vivant que l’on est par le fait de le sentir. Quand tel est le cas, l’homme extérieur et dur, l’homme qui veut non pas la vie mais le pouvoir sur la vie, vole en éclats, l’homme authentique prenant sa place. L’homme est alors renouvelé. Lui, qui ne respirait pas, se met à respirer. Il naît à la vie. L’Orthodoxie qui m’invite à vivre avec le cœur correspond à cette naissance qui change ma vie à chaque fois que je vis avec le cœur. De façon étonnante, les choses ne s’arrêtent pas là. Quand on vit par le cœur en rentrant en soi, ce n’est pas simplement nous qui nous mettons à naître. Le monde, les hommes se mettent à naître également. En toute chose, en tout être, se trouve une étincelle de la beauté divine. En vivant avec le cœur, on la voit. Mieux, on la fait vivre. On la rend vivante. C’est ce que l’on appelle la bonté. Dans L’idiot de Dostoïevski le prince Muichkine est une image de cette bonté. Quand il considère les hommes, ce qu’il voit en eux ce n’est pas le mal. C’est d’abord la bonté. Et si les hommes font du mal, ce qu’il voit c’est la douleur de la vie immolée par le mal. Ce n’est pas la méchanceté des hommes. Le prince Muichkine est la vivante expression de ce qu’est une conscience orthodoxe profonde. Quand l’Orthodoxie change ma conscience, elle produit le même effet. Non seulement elle fait vivre l’homme authentique qui est capable de vivre en moi, mais, en chaque chose, chez tout être, elle m’incite à voir l’étincelle de vie divine qui s’y trouve. Enfin, la vie orthodoxe emmène encore plus loin. Quand il parle de Dieu Pascal a cette image directement issue du Livre des XXIV philosophe : ce cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Dieu est fulgurant. Quand il jaillit, il jaillit comme une pluie divine, une nuée divine, un embrasement divin. Il ne jaillit pas en un point à un moment. Il jaillit sans cesse, partout, en étant de l’ordre de ce que les physiciens appellent un plurivers par opposition à l’univers. Dieu est une pluie divine. Dans le bouddhisme, cette façon de voir l’existence correspond au regard des délivrés vivants qui ne sont plus enfermés dans l’espace-temps soumis à la dualité. Il n’y a plus d’ici ni de maintenant, parce qu’il n’y a pas d’ici opposé au là-bas, de maintenant opposé à hier ou à demain. Dieu est pour tout espace et de tout temps. Il s’agit là de la liberté absolue qui est respiration absolue. Rien n’est plus haut ni plus vaste que cette conscience quand elle apparaît, rien n’étant plus libre ni plus rempli de souffle créateur. Quand, grâce à l’Orthodoxie, à la vie liturgique, à la prière je m’ouvre au Christ Pantocrator qui embrasse tout dans un amour infini, pendant un millième de seconde, il m’arrive d’effleurer ce mystère absolu et grandiose. Là, je peux dire que pour une quatrième fois, je fais une expérience de conscience, la conscience n’étant plus une respiration physique, une respiration de l’homme authentique, une respiration de la vie vivante, mais une respiration d’un autre ordre, d’un ordre proprement fondamental, ontologique. 

Quelle est la beauté spirituelle de l’Orthodoxie ? 


La beauté de l’Orthodoxie consiste à respecter toutes les beautés que l’on trouve dans l’existence en les emmenant encore plus loin. La première beauté est la beauté charnelle. Celle du monde. Celle des femmes pour l’homme que je suis. La beauté spirituelle de l’Orthodoxie consiste à respecter cet élan charnel en lui conférant noblesse et profondeur. La beauté cosmique est une ouverture à Dieu. Le plaisir de se sentir vivant dans son corps dans le corps vivant du monde est une ouverture à la vie divine. Dieu qui va au-delà de tout s’exprime à travers la beauté qui, dans la matière, va au-delà de la matière, en y ajoutant de la beauté. La beauté des femmes est un autre grand mystère. Cette beauté oblige l’homme à devenir délicat, attentif, noble. Sinon, quand l’homme demeure dans un éros primaire, elle s’évapore. Elle fuit. Elle se dissout. Elle se volatilise. Elle se brise. En ce sens, l’éros est une pédagogie du Christ, le maître des mutations et des transformations. La beauté cosmique est une beauté statique. La beauté de l’éros est une beauté dynamique. Si l’Orthodoxie magnifie la beauté cosmique comme ouverture métaphysique de l’intelligence humaine à Dieu grâce à l’approche poétique du monde, elle magnifie encore plus la beauté de l’éros qui se transfigure dans la beauté de la rencontre entre l’homme et la femme et dans l’élévation du désir grâce à cette rencontre. Il y a aussi la beauté de l’intelligence. Le monde, qu’il soit physique ou biologique, est organisé. Il y a une grande beauté dans le fait de voir apparaître cette organisation. Cette beauté réside dans le passage d’un monde fermé à un monde ouvert. Cela ressemble à une aurore. Lorsque les premières lueurs de l’aube apparaissent dans la nuit. Le monde qui s’éclaire est comme la vie spirituelle qui, elle aussi, est une clarté pointant au fond de la nuit. On est saisi. La nuit est vaincue. Elle n’est pas le dernier mot de la nuit. Cela ressemble à la résurrection où la mort n’est pas le dernier mot de la vie. Le monde, la vie, l’homme, sont reliés à une lumière ineffable. Seulement, ils ne savent pas encore ou ils ne le savent plus. Quand le monde, la vie et l’homme se relient à cette beauté, quand ils s’harmonisent avec elle, découvrant cette harmonie supérieure, on découvre une étrange beauté. Une beauté d’un type supérieur. Cette beauté est encore plus grande quand on a affaire à la beauté morale. Ainsi l’exigence de sérieux qui est à la base de la morale ouvre sur une humanité supérieure. Quand tel est le cas, l’humanité n’est pas harmonieuse. Elle est extraordinairement harmonieuse. Caractéristique d’une telle vie : tout ce qu’elle touche devient beau. Tout se charge d’harmonie spirituelle. Enfin, il y a la beauté de toutes les beautés. Celle qui donne une réponse à tout en illuminant les raisons de notre présence dans le monde. Il s’agit de la gloire. Il est beau de dire à quelqu’un qu’il existe. Cela permet de comprendre l’amour de Dieu pour le monde et les hommes. Aux yeux de Dieu il est beau que le monde et les hommes existent. Quand cette beauté se révèle être une beauté pas simplement belle mais plus belle que belle, on n’est plus dans la beauté mais dans la gloire. L’Orthodoxie qui signifie la juste louange est la vie illuminée par la gloire divine qui loue cette gloire. D’où le terme ortho-doxie, juste louange, juste gloire, plénitude de la gloire, vie selon la gloire. 
Quel est son trésor ? 


Le trésor de l’Orthodoxie réside dans le fait d’être une vision non banale non seulement de l’Orthodoxie mais de l’existence. Cette vision non banale est exprimée par la théologie apophatique et, derrière elle, par la vision antinomique. Quand Denys l’Aréopagite explique que l’on connaît Dieu de ne pas le connaître, il exprime par là non pas une négation de la connaissance mais un rapport intense à la connaissance. « Dieu est tellement vivant que c’est peu dire qu’il est vivant », dit-il. La vraie connaissance est une connaissance intense et la connaissance intense est la vie intense. Inversement la vie intense est connaissance intense et la connaissance intense est connaissance. Le trésor de l’Orthodoxie se trouve là. Dans ce mode de connaissance de la vie qui fait que rien n’est banal. Rien n’est platement conformiste. Rien n’est paresseux. Tout est extrêmement original. Tout a de ce fait de l’avenir. L’amour divin est ce qui donne de l’avenir à tout. Les antinomies de la connaissance apophatique permettent de rentrer dans l’amour divin. Nicolas Berdiaef a écrit tout un livre pour montrer que la vraie morale est créatrice et que la vraie morale créatrice se trouve dans le Christ. Pour parvenir à cette belle idée il s’est servi du paradoxe et avec elle de l’antinomie en expliquant que la vraie morale est une affaire de liberté, de subjectivité, donc de non morale et de non loi au sens courant et banal. Cette vision des choses exprime bien le trésor de l’Orthodoxie. Une vision totalement libre de Dieu, de l’homme et de la morale parce qu’une vision de Dieu, de l’homme et de la morale partant de l’intérieur, de la personne, de sa beauté, de sa noblesse. 


Beaucoup de personnalités orthodoxes sont connues et reconnues. Comment l’Orthodoxie peut-elle se faire découvrir en Occident ? 

Quand l’Orthodoxie se fait reconnaître cela se fait toujours de façon singulière, originale, à partir de personnes singulières et originales qui créent autour d’elles une contagion positive. « Qu’un homme se lève et des centaines se lèveront derrière lui », dit saint Séraphin de Sarov. Là où il y a des saints, là se trouve l’Orthodoxie. Quand des hommes et des femmes se sanctifient, l’Orthodoxie progresse. L’Orthodoxie ne se mesure pas à la quantité des Orthodoxes mais à leur qualité. Une chose objective aide en tout cas : la constance de la vie liturgique et sa beauté. Le fait que nuit et jour des hommes et des femmes prient est essentiel. Quand il y a une telle prière il y a un socle sur lequel s’appuyer. C’est cela qui retourne le monde : la solidité spirituelle et morale. La beauté. Il est courant de penser l’Église sur un mode politique. Ce n’est pas en adoptant une posture publicitaire que l’Église progresse. C’est en adoptant une attitude intérieure faisant vivre les cœurs en profondeur. Il ne faut pas enfin négliger la pensée et, derrière elle, l’enseignement de l’Église, son haut enseignement. Le monde a besoin d’être nourri. Il a besoin d’être réjoui. Il est souvent nourri et réjoui de l’extérieur. Il faut qu’il soit nourri de l’intérieur. Le christianisme est souvent assimilé à l’amour du prochain. Le prochain n’est pas tout le monde. Dans la parabole du bon Samaritain, c’est le Samaritain. C’est lui qu’il faut aimer. Il fait aimer ce qui sauve. On n’aime pas toujours ce qui sauve. L’Orthodoxie apprend à aimer ce qui sauve. C’est grâce à cela qu’elle se fait connaître. 

Quelle est la vision orthodoxe 
de la rédemption de l’homme ? 


La rédemption signifie le retour, la restauration, à la suite d’un retournement. On entend souvent par rédemption le rachat des fautes par la souffrance. Cette vision juridique de la rédemption ne rend pas compte du mystère ontologique de celle-ci. La société met en prison les délinquants qui paient leur dette à la société en purgeant une peine de privation de liberté. Ce n’est pas pour cela qu’il y a chez eux un retournement du cœur. L’homme est un roi. Seulement c’est un roi qui a perdu son royaume. La rédemption consiste à retrouver le sens royal de l’existence. « Cherchez le royaume des cieux et tout le reste vous sera donné par surcroît », dit le Christ. Dans La liberté de la morale Christos Yannaras cite cette parole de saint Macaire : « Souviens toi que tu es de lignée royale ». Maître Eckart parle du cœur de l’homme en l’appelant du nom de « l’homme noble ». Retrouver la dimension royale de la vie, retrouver l’homme noble que l’on a en soi, aller dans le royaume des cieux, c’est ce que veut dire la rédemption. Dieu veut que l’homme ne soit pas simplement un homme. Il veut que l’homme soit un roi. L’homme est un roi quand il est un roi comme le Christ qui est le roi par excellence, le roi des rois, par son humilité, par son amour, par le Verbe qui vit en lui. Les hommes rêvent d’un royaume extérieur dans ce monde. Ils sécularisent laïcisent le royaume de ce fait en faisant de lui un royaume non spirituel. Dieu veut un royaume spirituel pour l’homme, la vie éternelle étant la vie éternelle d’une vie spirituelle et non d’une vie banale. 

Quand quelqu'un veut découvrir l’Orthodoxie
 que lui dites vous ? 

Je ne dis rien. J’écoute. La conversion est une affaire personnelle, différente de personne à personne. Il y a des conversions qui peuvent être fausses. Il y a des conversions authentiques. On peut être amené de conseiller à quelqu’un de ne pas devenir orthodoxe. On peut être amené à dire l’inverse. On n’est pas moine par rejet du monde. On n’est pas orthodoxe par rejet des autres religions ou des autres philosophies. On est moine par amour et par grâce. On est orthodoxe par amour et par grâce. 




dimanche 11 mars 2018

CONVERTIR LES GENS ? le savoir-faire de P. Rafaïl par l'Archimandrite Tikhon

[…] la seule conversation ne peut transformer des gens qui se sont irrémédiablement égarés dans notre monde froid ou en eux-mêmes, ce qui est plus terrible encore. Pour cela il faut leur faire découvrir une autre vie, un autre univers où triomphent sans partage, non plus l’absurdité, les souffrances et une cruelle injustice, mais la foi, l’espoir et l’amour tout puissants. Et il ne suffit pas de le leur faire découvrir, en le montrant de loin et en les y attirant, mais il faut conduire l’individu dans cet univers-là, le prendre par la main et le placer devant Dieu.

Alors seulement, il reconnaîtra soudain Celui qu’il connaît et aime depuis longtemps, son unique Créateur, Sauveur et Père. Alors seulement sa vie peut véritablement changer.

Toute la question est de savoir comment pénétrer dans ce monde prodigieux. Aucun procédé humain ordinaire ne le permet. Aucun pouvoir terrestre. Aucun piston. Aucune somme d'argent. Le contre-espionnage ou les services secrets sont impuissants à vous aider à l'entrevoir. Avoir fait des études à l'Académie de théologie ou avoir été élevé à la dignité sacerdotale et épiscopale ne garantit même pas  d'y déambuler majestueusement.

Et pourtant, on pouvait y accéder paisiblement aux côtés du père Rafaïl dans sa Zaporojets noire. ll se révélait aussi tout à coup à ceux qui se trouvaient à la maison paroissiale et prenaient le thé avec lui. Pourquoi cela arrivait-il ? Tout simplement parce que le père Rafaïl était capable de vous guider génialement à travers ce monde-là. Dieu était Celui pour Lequel il vivait et avec Qui il existait lui-même à chaque instant. Et vers Qui il menait chacune des personnes qui lui étaient envoyées dans sa modeste isba paroissiale. Voilà ce qui attirait irrésistiblement les gens chez le père Rafaïl. Et en assez grand nombre, surtout les dernières années. Le père Ioann lui envoyait aussi des jeunes et quelques guides spirituels moscovites. Il accueillait tout le monde et personne ne se sentait de trop. Il retournait la vision habituelle que beaucoup s’étaient faite du monde. Il savait, à sa façon presque insouciante (il ne fallait pas qu’il soit pris trop au sérieux), donner des réponses si précises, si inattendues aux questions de ses interlocuteurs qu’on en avait parfois le souffle coupé, tant se révélait soudain la vérité de la vie! Cela pouvait se manifester dans les plus petits détails.

extrait de 

Père Rafaïl et autres saints de tous les jours



Pâques Orthodoxe à Patmos

Pâques à Patmos
 avec Haniel Sofia Rivière*
Du 3 au 10 Avril
pour 10 personnes maximum

" La découverte de Patmos nous amène à une rencontre avec le sacré enfoui au plus profond de chacun de nous. Cette île bénie exhale une atmosphère propice à la contemplation. Bien des pèlerins font un long chemin jusqu’à la découverte émouvante de la Grotte de l’Apocalypse où Saint Jean, le disciple bien-aimé de Jésus a entendu la voix de Dieu. Tout au long de cette semaine Sainte et de la célébration de la Pâques orthodoxe, nous allons vivre des moments inoubliables. Je vous proposerai d’assister à toutes les principales cérémonies religieuses qui marquent les étapes de la Résurrection dans de magnifiques églises chargées d’histoire et de dévotion. Chaque jour, je vous offrirai un séminaire de préparation afin de vous familiariser avec les rituels, la tradition et les chants byzantins et nous découvrirons également les traditions locales. Afin de permettre à chacun d'expérimenter l'ouverture de son cœur et de son esprit, nous aurons, chaque jour, des pauses silencieuses laissées libres pour prier et se connecter à la nature. Une ancienne chapelle attenante à notre hôtel nous sera ouverte. Nous aurons la grande joie de participer à la célébration Je vous proposerai d’assister à toutes les principales cérémonies religieuses qui marquent les étapes de la Résurrection dans de magnifiques églises chargées d’histoire et de dévotion. Chaque jour, je vous offrirai un séminaire de préparation afin de vous familiariser avec les rituels, la tradition et les chants byzantins et nous découvrirons également les traditions locales. Afin de permettre à chacun d'expérimenter l'ouverture de son cœur et de son esprit, nous aurons, chaque jour, des pauses silencieuses laissées libres pour prier et se connecter à la nature. Une ancienne chapelle attenante à notre hôtel nous sera ouverte. Nous aurons la grande joie de participer à la célébration de la Résurrection avec la messe de minuit. Suivra la fête traditionnelle." Haniel Sofia Rivière

Inclus: l’hébergement en chambre double, tous les petit-déjeuners, et déjeuners, le premier dîner à l’arrivée, le dernier dîner avant le départ et le déjeuner de fête, les séminaires, les visites guidées, l’entrée aux sites, ainsi que les déplacements en voiture de location. Non inclus : le voyage jusqu’à Patmos, l’assurance, 5 dîners et les boissons. Hébergement à Villa Knossos www.villaknossos.com programme détaillé sur demande haniel.sofia@me.com


*Enseignante universitaire en Angleterre pendant 20 ans, Haniel Sofia Rivière anime depuis plusieurs années, stages et pèlerinages sur Patmos. Ses origines familiales : française, grecque et arménienne d’Egypte.


vendredi 9 mars 2018

Parfois, nous penserons qu’il n’y a plus d’espoir…[…] par Geronda Aimilianos

Geronda Aimilianos de Simonos Petra

INTERPRÉTATION DU PSAUME 16

Dieu distribue injustement ses biens ?

Extrait 


[…] Quand notre vie se déroule tranquillement, posons-nous la question de savoir si Dieu est près de nous, car nos épreuves constituent notre gloire, notre couronne.

Quand nous souffrons, nous pouvons offrir deux choses à Dieu. 

La première sera notre vertu, notre conscience tranquille, ce sera notre désir des «équités» ou de la souveraineté de la volonté divine sur nous. Comme nous le disions au début de notre commentaire, notre volonté doit être la volonté de Dieu

La deuxième sera notre entière confiance en Dieu, notre remise totale à Dieu dans la patience. Des moments surviendront dans notre vie — ou plutôt ils viennent constamment — où tout nous semblera perdu et où, même ceux que nous aimons et en qui nous avons confiance, nous délaisseront; ils nous deviendront étrangers. Parfois même, nous penserons qu’il n’y a plus d’espoir. C’est justement au cours de ces heures difficiles que Dieu nous visite, afin d’éprouver notre patience, pour recevoir la preuve de notre amour. Nous avons dit que, maintes fois, les impies sont scandalisés par le bonheur des incroyants. C’est vrai.

Quand nous regardons autour de nous, nous voyons que Dieu, selon la logique humaine, distribue injustement ses biens. Là où devrait fleurir le bonheur, il dispense le malheur. Là où la richesse est nécessaire, il donne la pauvreté et, là où la pauvreté devrait régner, il accorde la richesse. Lorsque nous attendons sa bénédiction, il nous frappe violemment, alors que dans le même temps il adresse un sourire permanent à d’autres personnes. Nous dirions, en utilisant une expression contemporaine, que Dieu fait sans cesse des distinctions, et cela nous scandalise. 

Pourquoi en sommes-nous scandalisés ? Très simplement parce que notre cœur est tourné vers les choses matérielles, il est cloué aux biens terrestres, il les aime et les recherche. Mais la solution à notre drame ne se trouve pas à ce niveau matériel, elle est ailleurs. Nous ne devons pas demander l'abolition de cette injustice apparente. Le changement doit s'opérer en nous; nous devons être étrangers à tout ce qui est purement humain, à toute logique humaine, à toute vue humaine. Lorsque nous y parviendrons, Dieu seul subsistera, Il deviendra tout pour nous, et c'est cela qui nous donnera la sérénité. S'il y a dans notre vie la moindre chose qui n'appartient pas à l'autre vie, nous devons savoir que nous seront souvent tyrannisés. […]

Le présent et l'avenir ne font qu'un pour David comme ils doivent l'être aussi pour nous […] Cette quête du visage divin doit devenir notre préoccupation quotidienne, devenir notre nourriture et notre boisson, notre ouvrage. […] 

Si nous voulons appartenir à Dieu, notre route sera difficile; la souffrance, le chemin ardu, fut le mode de vie des Apôtres, des Pères et des saints. C'est la seule voie qui mène au Ciel.

Comme certains hommes considèrent les biens terrestres, tout comme les vainqueurs regardent les dépouilles de leurs ennemis, ainsi nous devons toiser les difficultés qui se dressent sur notre route. Aimons les chemins ardus du Seigneur, quelle que que soit la difficulté qui apparaisse. Avec enthousiasme, avec des cris de joie, soyons prêts à souffrir. Alors chaque jour, nous serons rassasiés.


mercredi 7 mars 2018

sur le blog La lorgnette de Tsargrad , La sainte impératrice russe martyre Alexandra

L'authentique vie spirituelle de la Sainte Martyre Alexandra,

 Impératrice de Russie





EXTRAIT

"Mais qu’est-ce que le temps? Rien, la vie, l’agitation; tous nous nous préparons au Règne Céleste. Là, il n’est plus rien d’effrayant. On peut tout enlever à l’homme, mais personne ne peut lui ôter son âme, même si le diable scrute chacun de nos pas, le fourbe, mais nous devons lutter contre lui avec vigueur : il connaît nos faiblesses mieux que nous ne les connaissons, et il les utilise. Notre devoir, c’est de rester sur nos gardes, ne pas dormir, c’est de lutter. Toute la vie est une lutte, sinon, il n’y aurait ni ascèse, ni récompense. Et donc, toutes les tentations qu’Il nous envoie, tout ce qu’Il permet, tout est pour un mieux ; partout, on voit Sa main. Les gens te font du mal. Tu acceptes sans un murmure: Il envoie un Ange-Gardien, un de Ses consolateurs. Jamais nous ne sommes seuls. Il est l’Omniprésent, l’Omniscient, l’Amour-même. Comment ne pas croire en Lui?"  (2/15 mars 1918)

LIRE les autres articles du blog sur la famille impériale ICI 

mardi 6 mars 2018

Transhumanisme vs Théôsis ?

« Homme perfectible, homme augmenté ? », un numéro hors-série de la « Revue d’éthique et de théologie morale

Recension par Jean-Claude Larchet

Homme_perfectible
Marc Feix et Karsten Lehmkühler (éd.), Homme perfectible, homme augmenté ?, Actes du colloque de l’ATEM (Association des théologiens pour l’étude le la morale), Strasbourg le 29 août 2014, Revue d’éthique et de théologie morale, hors-série, n° 286, Éditions du Cerf, Paris, 2015, 226 p.
Au cours de ces dernières décennies se sont développées aux États-Unis, puis répandues dans le monde occidental, diverses théories qui se rattachent à ce que l’on appelle le courant transhumaniste, qui est puissamment soutenu par de grands groupes internationaux comme Google.
Ce courant vise à un dépassement des limites de l’homme actuel. Il comporte à un premier niveau la promotion de tous les moyens techniques permettant ce que l’on appelle en anglais un human enhancement, c’est-à-dire un perfectionnement et une « augmentation» de l’être humain. Comme le montre cette double traduction, ce dépassement est envisagé à des degrés divers qui peuvent aller d’un simple remède à des maladies ou des infirmités, jusqu’à une amélioration des performances physiques, psychiques et intellectuelles, réalisant un être humain ayant des capacités et des performances supérieures à celles de l’homme actuel. Cela débouche sur le concept plus large de transhumanisme, qui désigne un mouvement qui a l’ambition de créer un homme supérieur, ayant une nature différente de la nature présente, une nature qui accédera notamment à l’incorruptibilité et à l’immortalité, et à une toute-puissance sur elle-même et son environnement, une nature quasiment parfaite.
Cette conception qui remet en cause la conception de l’homme actuel, de ses limites, de son imperfection, et qui ambitionne de changer sa nature même pour lui conférer des qualités quasi-divines ne peut qu’interpeller les chrétiens. L’ATEM (Association des théologiens pour l’étude de la morale), qui réunit des universitaires catholiques et protestants spécialisés dans le domaine de l’éthique ou susceptibles d’apporter leurs compétences à la réflexion éthique, lui a consacré son dernier colloque annuel. Comme chaque année, un numéro hors-série de la Revue d’éthique et de théologie morale contient les Actes de ce colloque.

Une première partie regroupe les communications relatives à une « Approche philosophique et scientifique »:

— Bernard Baertschi, « “Human enhancement”: enjeux et questions principales »
— Jean-Louis Mandel, « Améliorer la condition humaine par la génétique? »
— Ghislain Waterlot, « Entre amélioration et aliénation: réflexions à partir de la “perfectibilité” chez Rousseau et chez Bergson »
— Pascale Lintz, « “Enhancement” et nanotechnologies »
— Otto Schäfer, « La notion d’ “homme végétal”, une piste pour renouveler le discours anthropologique chrétien? »
— Valentine Gourinat, « Le corps prothétique: un corps augmenté?
— Barbara Duarte, « Le piratage corporel ou “body hacking” au service de l’augmentation corporelle »
Une deuxième partie concerne l’« Approche biblique »:
— Christian Grappe, « La notion de perfection dans le Nouveau Testament et les réflexions contemporaines relatives à l’ “human enhancement” »
Une troisième partie contient les exposés se rapportant à l’« Approche d’éthique théologique et de spiritualité »:
— Karsten Lehmkühler, « La théologie face à l’amélioration de l’homme »
— Marie-Jo Thiel, « L’homme augmenté aux limites de la condition humaine »
— Alberto Bondolfi, « Comment argumenter à propos de l’amélioration de la condition biologique de la vie humaine? »
— Jean-Claude Larchet, « La déification (“théôsis”) comme accomplissement de l’homme »
— François Marxer, « Accomplissement, performance, dépassement: quelle excellence choisir? »

Ces communications ont, comme on l’aperçoit à leurs titres, des contenus très variés. Plusieurs d’entre elles ont souligné les limites de l’ambition de créer un homme parfait, tant du point de vue de sa réalisation technique que de son principe même, notant que le christianisme a fortement valorisé l’humilité et la faiblesse, dont le Christ lui-même, comme Dieu qui s’est fait homme, a montré l’exemple, et que le projet du christianisme consiste pour une part à assumer les limites de la nature dans l’état actuel qui est le sien, qui ne sont pas forcément négatives mais peuvent servir de support à une construction et une amélioration spirituelles de soi.
Ayant été invité à présenter le point de vue orthodoxe (qui s’est jusqu’à présent très peu exprimé dans ce débat, non seulement en France mais à l’étranger), j’ai pour ma part, dans l’introduction de mon exposé qui n’a pas été reproduite dans la version éditée, tout d’abord montré les limites internes du courant transhumaniste.

J’ai fait remarquer en premier lieu que celui-ci a deux fondements:

— Bien que l’on parle à son sujet de transhumanisme ou de posthumanisme, il s’enracine globalement dans l’humanisme né à la Renaissance et développé au XVIIIe siècle par les « Lumières », c’est-à-dire dans une conception qui considère l’homme comme existant d’une manière absolue, indépendamment de Dieu, pour lequel il ne peut y avoir aucun apport surnaturel, mais seulement un apport culturel, c’est-à-dire venant des productions sociales.

— Il est pour l’essentiel lié au progrès technologique, avec l’idée que c’est au moyen des nouvelles technologies surtout (en particulier robotiques, informatiques et génétiques) que l’homme pourra être amélioré, augmenté, transformé et dépassé ; dans ce sens il a une base matérialiste . Dans la mesure où les technologies se fondent sur les sciences, et où le transhumanisme pense que des solutions à presque tous – sinon à tous – les problèmes de l’homme pourront être apportées par les progrès technologiques fondés sur le progrès scientifique, il s’enracine aussi dans le scientisme, un courant philosophique né à la fin du XIXe siècle, selon lequel tout problème de l’existence humaine est susceptible de trouver, actuellement ou dans le futur, une solution dans la connaissance scientifique.
Bien que le mouvement transhumaniste et en particulier les théories de l’enhancement se veuillent ultra-modernes (et même futuristes) on voit donc que leurs fondements reposent sur l’humanisme de la Renaissance, le rationalisme des Lumières, le scientisme du XIXe siècle et le technologisme né à la même époque.
J’ai noté ensuite que, par rapport à ses fondements mêmes, le transhumanisme et ses corrélats présentent cependant un certain nombre de faiblesses : 

1) L’humanisme en tant qu’idéal moral est mis à mal par le transhumanisme dans la mesure où en augmentant la part de technicité dans le fonctionnement physique et psychique de l’être humain, il réduit du même coup la part d’humanité, et pourrait, au terme de sa logique, déboucher sur « un monde sans humain » pour reprendre le titre d’une enquête récente de la chaine de télévision Arte. 

2) La rationalité scientifique sur laquelle repose le technologisme du transhumanisme est mise à mal par la forte part d’illusion que comporte un monde transhumain, actuellement et sans doute à jamais bien plus imaginaire que réel. À cet égard, le transhumanisme, pour une grande part, relève plus de la science-fiction que de la science. Dans l’imaginaire qu’il développe se projette un certain nombre de fantasmes humains, comme un désir de perfection (physique, psychique et intellectuelle), de toute-puissance et d’immortalité acquises par des moyens humains. 

3) Le transhumanisme se montre aveugle quant aux limites de la technologie face au vieillissement du corps humain dans sa totalité et quant à la mort qui constitue l’horizon inévitable de la vie humaine (on voit bien aujourd’hui comment l’augmentation de la durée moyenne de vie, dont la médecine se targue, est corrélée par toutes sortes de maladies dégénératives qui affectent le grand âge et ne trouvent leur solution que dans la mort). 

4) Au lieu d’augmenter l’homme, comme il le prétend, le transhumanisme le diminue parce qu’il se centre essentiellement sur les performances ou les qualités du corps, et l’ampute donc pour une grande part de sa dimension psychique et pour la totalité de sa dimension spirituelle. 

5) Dans la mesure où il vise à améliorer les performances psychiques et intellectuelles de l’homme, il les traite sur un plan essentiellement quantitatif, n’ayant de par sa nature technologique que peu de prise sur le qualitatif. La prétendue capacité de choix réalisée par des moyens informatiques, relève essentiellement de la classification et des probabilités, qui restent du domaine de la quantification. Les fonctions intellectuelles qu’il est susceptible de toucher restent de l’ordre du calcul et sont améliorées du point de vue de la rapidité, de la quantité d’information traitée, et du respect de règles logiques posées au départ. Elles manquent d’intelligence et de compréhension au sens d’appréhension du sens et de référence à des valeurs. 

6) Lorsqu’il vise la qualité, comme c’est le cas de la génétique, le transhumanisme tombe dans des pratiques eugénistes contestables, et fait dépendre les choix de critères individuels (comme le désir ou la fantaisie des parents) ou sociaux (par exemple le besoin d’une société donnée d’avoir plus de filles ou plus de garçons, où, comme on l’a vu à l’époque du nazisme, le désir d’obtenir une race pure) qui sont non seulement discutables mais extérieurs à la personne concernée. 

7) La plus grande faiblesse du transhumanisme et de l’enhancement est d’envisager une amélioration et une augmentation de l’être humain sans être capable de poser et de résoudre le problème de leur sens lorsqu’elles dépassent les limites d’une réparation ou d’un rétablissement d’ordre thérapeutique, ni le problème de leur valeur, ni même souvent, le simple problème de leur utilité.
J’ai souligné enfin que le transhumanisme (en dehors de ce cas de visée thérapeutique, très particulier et non caractéristique) pose un problème par rapport à la foi chrétienne : ce mouvement, qui prend souvent la forme d’une idéologie, se positionne en effet sinon contre la religion, du moins comme un substitut (ou ersatz) de celle-ci. 

C’est ce que fait apparaître le corps de mon exposé (édité dans ce volume) dont le but est de présenter le perfectionnement de l’homme et son dépassement tels que les conçoit le christianisme et plus spécialement tel que les ont théorisés, au cours du premier millénaire surtout, les Pères grecs dans leur élaboration de l’anthropologie chrétienne, et particulièrement dans leur doctrine de la déification de l’homme (theôsis).
Jean-Claude Larchet

lundi 5 mars 2018

En route pour l'Orthodoxie : cheminements spirituels d'occidentaux : P. YVES DUBOIS

Interview de P. YVES DUBOIS par TUDOR PETCU


1. Tout d'abord, je vous prie de bien vouloir vous présenter pour que nos lecteurs puissent mieux vous connaitre et découvrir votre personnalité. Je vous prie aussi de présenter quelques aspects concernant votre éducation et le parcours spirituel de votre jeunesse. D'un autre côté, pouvez-vous dire, s'il vous plait, comment vous avez découvert l'orthodoxie et quelle a été la signification de votre rencontre avec la spiritualité orthodoxe?

Je suis né à Bruxelles en 1938. J'ai fait mes études chez les jésuites dans cette ville.
J'ai découvert l'orthodoxie à seize ans et j'ai été immédiatement convaincu du fait que l’Église orthodoxe est l’Église des Apôtres et des Pères, dont la vie liturgique manifeste en ce monde la réalité de l'Évangile.
En 1955, je suis allé habiter dans une famille orthodoxe à Londres.
J'ai d'abord appris l'anglais, puis j'ai fait une licence en théologie au King's College de l'Université de Londres (obtenue en 1962). Je me suis marié en 1962, et nous sommes partis en Amérique du Nord, où j'ai étudié au Séminaire Saint-Vladimir. J'ai été ordonné prêtre le 2 janvier 1966.

Rentré en Angleterre en 1967, j'y ai gagné ma vie en enseignant le français dans une école de bénédictins, tout en travaillant dans la paroisse du Métropolite Antoine de Souroge.

Tant que nous avons habité à Londres, chaque mois nous avons passé un samedi entier au Monastère du Père Sophrony, où nous avons reçu beaucoup d'enseignements du Père Syméon (Brüschweiler).

J'avais déjà fait la connaissance de Timothy Ware en Amérique dès 1963. En Angleterre il est rapidement devenu mon confesseur. Nous travaillons étroitement ensemble depuis plus de 50 ans.

En 1980 nous avons déménagé à Bath en vue de fonder une paroisse anglophone au sein de l'archidiocèse grec. Cette paroisse compte à présent une centaine de personnes (le dimanche il y a entre 80 et 100 personnes à la liturgie). Il y a deux prêtres, un diacre et une moniale, cette dernière étant également aumônier orthodoxe à l'université et à l'hôpital de notre ville.

2. Quelle est, a votre avis, l'unicité de la spiritualité orthodoxe face aux autres spiritualités chrétiennes ? Peut-on dire que l'Orthodoxie présente une théologie de l'espoir et de la joie ?

En décembre 1981, j'ai eu l'occasion de passer quelques heures avec saint Païssios à son ermitage de l'Athos. Il m'a fait remarquer que je devais donner la priorité au travail pour l'unité des chrétiens divisés en Angleterre, et que le seul moyen d'y parvenir est de vénérer ensemble les saints locaux, en particulier les saints du premier millénaire, avant que les divisions ne se produisent. Heureusement, en Angleterre, il y a encore une forte dévotion aux Saints mentionnés dans l'Histoire de l'Église et de la Nation anglaise de Bede. Saint Bède est né en 672 et mourut en 735. Il était un historien attentif et avait de grands dons littéraires. Parmi les saints dont il a écrit la vie, Cuthbert, évêque de Lindisfarne (mort en 687) est l'un des plus grands. Ses reliques sont restées intactes jusqu'au XIXe siècle. Il est très aimé par les orthodoxes, les anglicans et les catholiques. Récemment, une religieuse anglicane, Sœur Benedicta Ward, a écrit des livres remarquables sur l'Église saxonne en Grande-Bretagne. Ses volumes les plus importants sont appelés High King of Heaven (Mowbray, 1999) et The Venerable Bede (Geoffrey Chapman, 1990). Un prêtre anglican, Douglas Dales, a également écrit de nombreux livres sur l'église saxonne. Ils sont lus par de nombreux chrétiens orthodoxes. Ils sont utiles comme outils pour faire ce que Saint Païssios a suggéré. 

L'écrivain C.S. Lewis, professeur de littérature anglaise aux universités d'Oxford et de Cambridge, était un auteur anglican prolifique qui mourut en 1963. Son éducation avait été superficiellement chrétienne, mais il fut athée depuis l'adolescence jusqu'à la trentaine. Il est grandement admiré par de nombreux chrétiens orthodoxes. Le métropolite Antoine de Sourozh considérait que son enseignement était essentiellement orthodoxe. A la chute du communisme, au début de 1992, le Patriarcat de Moscou distribua une grande quantité de traductions russes des livres de C.S. Lewis partout en Russie, afin d'encourager un retour à la foi orthodoxe. Ce qui rend C.S. Lewis si proche de notre Église orthodoxe est sa perception que le contenu de notre foi doit être communiqué non seulement par des déclarations intellectuelles, mais aussi par des expériences de vie. À côté de ses livres missionnaires, comme Les fondements du Christianisme (Mere Christianity), il a écrit des histoires pour enfants, la série Narnia, qui méritent aussi d'être lues par des adultes. Plus important encore, dans un roman écrit en 1956, il a réinterprété dans "Un visage pour l'éternité" l'ancien mythe grec de Cupidon et de Psyché. À travers l'histoire païenne antique, il a été capable d'aborder la complexité de la réponse des gens à Dieu, à leurs propres passions, à la souffrance, à un niveau plus profond que ce que l'on pouvait faire à travers un texte chrétien didactique. Les chrétiens orthodoxes peuvent comprendre que, jusqu'à ce que nous ayons des visages, C.S. Lewis démontre réellement quelque chose qui est spécifique à l'Église orthodoxe: notre vie spirituelle implique notre nature humaine complète, et particulièrement le cœur ou le noûs (νοῦς), avec ses profondeurs insondables, la présence de paradis et enfer. 

Notre Église orthodoxe ne présente pas le Christianisme comme un simple credo, une doctrine (bien qu'elle le fasse aussi et d'une manière intransigeante), mais comme l'ensemble de la création de Dieu rempli des énergies de Dieu. L'Orthodoxie offre les croyances les plus sublimes, mais sans perdre le contact avec les couches les plus terreuses de notre nature humaine. L'Église orthodoxe a une doctrine et des structures, mais elle ne peut être assimilée à une idéologie et à une institution religieuse. Le Dieu vivant ne peut pas être entièrement contenu dans des cadres idéologiques et institutionnels. Les personnes de la Sainte Trinité sont l'Église, mais la doctrine de la Sainte Trinité n'est pas l'Église. La Sainte Trinité crée et soutient chaque aspect de notre être, et l'élève par grâce à la déification. Le Christianisme orthodoxe n'est pas un dualisme platonicien ou cartésien, élevant l'esprit de raisonnement et méprisant les aspects matériels de la vie. Dieu, à travers l'Église orthodoxe, offre le salut à toute notre nature humaine. Le corps humain et les objets matériels sont destinés à être utilisés selon la volonté de Dieu et pour le culte de Dieu.

3. Comment caractériseriez-vous l'évolution de l'Orthodoxie en Occident et comment pourrait-elle s'imposer dans les sociétés occidentales ?

En Angleterre comme en France ou en Amérique du Nord, il y a aujourd'hui un nombre appréciable de paroisses orthodoxes qui fonctionnent dans la langue du pays. L’Église orthodoxe n'est plus perçue comme l’Église des seuls expatriés d'Europe de l'Est. Pour ce qui est de s'imposer, l’Église n'a pas vocation à dominer la société. Il est temps de sortir de l'ère constantinienne. Dans les temps apostoliques, l’Église a défié l'empereur romain en proclamant que Jésus est Seigneur. Lorsque l'empire s'est converti, les Pères du désert se sont retirés d'une situation compromettante pour l'Église. La période soviétique fut un retour à l'ère d'avant Constantin. Ce qui se passe aujourd'hui en Russie est compréhensible mais inquiétant. En Occident, les Orthodoxes sont fort heureux de ne pas avoir le statut d'Église d'état.

vendredi 2 mars 2018

La "noble" mission pacifique des États Unis… ?

"…but only for a good cause.”


Depuis combien de temps, la machine de guerre des États-Unis est-elle en pilote automatique ? Depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde a cru que la politique étrangère des États-Unis était une bonne chose, et que les motifs de l'Amérique pour propager la démocratie étaient honorables, voire nobles… 
Jusques à quand cette vision de l'histoire peut-elle être entretenue, et combien de centaines de milliers de corps déchiquetés par l'acier des bombes US made faudra-t-il entasser pour remettre en question la justification aveugle d'une politique internationale continument guerrière et glorifiée à longueur de films et de séries américaines où une fin prétendue sacrée justifie tous les moyens ?

lundi 26 février 2018

SYRIE , Réveillons-nous , ils sont devenus fous !

19 février, 2018
Tribune libre
Par Michel Raimbaud

Depuis maintenant sept ans, la Syrie est en guerre. Ce pays aimable, tolérant, hautement civilisé que même ses détracteurs ne pouvaient s’empêcher de trouver beau et attachant est d’ores et déjà confronté à un formidable défi, celui de l’après-guerre. Les assaillants barbares venus de cent pays, atlantistes comme islamistes, se sont acharnés à vouloir en détruire les richesses, les infrastructures, les capacités, les monuments, les beautés naturelles afin de le rayer de la carte. Ils ont aussi et surtout tenté de broyer le peuple syrien, d’effacer sa mémoire et son identité afin de l’anéantir.




Le Lion de Palmyre, datant du 1er siècle avant Jésus-Christ, a été détruit par Daech à la pelle mécanique en 2015. Désormais restaurée, cette pièce maîtresse du musée de Palmyre est exposée dans les jardins du musée de Damas. (Photo IVERIS)

Avec la complicité d’une soi-disant « communauté internationale » en trompe-l’œil, ils s’emploient maintenant à le priver, autant qu’il sera possible, de toute perspective d’avenir, en lui volant ses droits imprescriptibles : disposer de lui-même, décider, sans ingérence étrangère, de son destin et de son régime politique. Sans pudeur et sans vergogne, les mêmes assaillants ne cachent pas leurs velléités de replacer l’avenir, notamment constitutionnel, de la Syrie sous « tutelle onusienne », c’est-à-dire sous mandat, autant dire sous le joug colonial.

Afin d’effacer l’empreinte géographique d’une Syrie mère de la civilisation (y compris la nôtre), peut-il y avoir un moyen plus efficace que de disperser un peuple et surtout de briser un Etat qui a commis le crime de lèse-majesté ? En effet, au final, l’entreprise est destinée à faire de ce qui fut jadis une grande Syrie un archipel de mini-entités, et de son peuple une mosaïque tribalisée ayant vocation à être vaporisée en une vaste diaspora : dans une première approche, ce crime inqualifiable mérite la double qualification de « politicide » - la dissolution d’un Etat qui dérange – et d’ethnocide – l’anéantissement d’un peuple qui résiste.

C’est ce qui est inscrit dans le « grand dessein » néoconservateur. Ce dernier, notons-le au passage, reviendrait à infliger à la Syrie le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant. Le sort des Syriens pourrait alors ressembler à celui des Palestiniens, irrémédiablement spoliés au nom d’une « mission divine ». Le sinistre destin des peuples amérindiens, éliminés de l’histoire, est là pour rappeler de quoi sont capables les colons venus d’ailleurs.

Les dégâts sont immenses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, auquel il conviendrait d’ajouter – mais c’est leur problème - les millions, billions ou trillions dépensés par les « puissances » assaillantes pour conduire leurs batailles « pour la démocratisation ».

Il ne sert à rien d’invoquer les valeurs de la morale, naturelle ou religieuse, le droit international et la légalité onusienne, voire la simple décence, face à des agresseurs sans foi ni loi. On ne peut attendre d’Etats qui s’érigent en gendarmes de la planète tout en se comportant comme des régimes voyous une quelconque logique. Il est paradoxal, après tout ce temps, ces horreurs, ces massacres, ces actes de sauvagerie, cette barbarie, que l’on trouve encore dans le grand Occident « démocratique » tant de défenseurs de l’indéfendable, tant d’admirateurs des djihadistes présentés comme démocrates ou « modérés ». Les intellectuels sont piégés par leur aveuglement initial, les médias sont plombés par l’omerta, les politiques sont otages de leur doxa néoconservatrice, dans l’Hexagone comme dans tout le monde judéo-chrétien.

Pourquoi un tel acharnement, une telle obstination dans le mensonge ? C’est que la Syrie est depuis longtemps dans le collimateur de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël. La Syrie historique est le centre de gravité du Proche-Orient, le lieu de naissance des trois religions révélées, le cœur battant de l’arabisme, symbole de l’islam moderne et tolérant, siège des premiers califes : un héritage très lourd à assumer, mais qui a assuré à ce « phare de l’Orient » un prestige indéniable auprès des Arabes et une aura de sympathie chez les Musulmans.

Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout.

Depuis son indépendance et la création d’Israël, la Syrie n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible à la cause palestinienne et est toujours apparue comme un Etat rebelle à l’ordre israélo-atlantique. Face au délabrement du monde arabe, la Syrie s’est inscrite dans l’axe de la résistance et elle résiste. Son armée nationale a tenu le coup seule contre tous durant quatre ans, puis, aidée de ses alliés, a entamé la reconquête, s’affirmant au passage comme le principal artisan de l’éradication de Da’esh, malgré les mensonges et prétentions des usurpateurs fanfarons. L’Etat syrien contrôle désormais les quatre cinquièmes du territoire national, ayant mis en échec, par sa résilience, les plans des agresseurs.

Pour ceux-ci, la Syrie de 2018, après tant de batailles et tant d’essais non transformés, constitue une réalité impensable et intolérable. Il faut donc la faire disparaître de la carte, ne serait-ce qu’en l’ignorant. Il convient pour cela de délégitimer l’Etat, présenté systématiquement comme un « régime », ses institutions, sa constitution, son gouvernement, diaboliser son Président, ignorer les volontés de son peuple, les succès de son armée en les attribuant à ses alliés, voire à ses ennemis.

Il faut dénier au Président et à son entourage tout pouvoir, tout rôle à venir, tout droit de véto, et faire en sorte qu’il ne puisse y avoir de solution politique « syrienne » issue d’un dialogue national, sous l’égide de ses alliés et de ses amis. Il faut au contraire que son sort soit décidé par ses ennemis, par la « communauté internationale » aux aguets, par trois Etats représentant 470 millions de personnes soit 6 à 7% de l’humanité, lesquels pestent de ne plus pouvoir imposer leur loi au Conseil de Sécurité

Décidément, le monde est tombé sur la tête puisqu’il n’y a plus de légalité internationale, plus de respect du droit onusien, censé être la bible des diplomates. Les faux gendarmes du monde qui en sont les fauteurs de désordre, les cambrioleurs qui crient au vol, les violeurs de la légalité qui crient au viol, les agresseurs qui s’indignent des agressions de l’armée syrienne, les pratiquants d’ingérences illégales qui s’indignent de l’intervention légale des alliés et partenaires de l’Etat, tout ce beau monde s’agite et manœuvre au grand jour.

Exit les comparses et les forces écran, voilà que les commanditaires et les parrains véritables ont jeté le masque et s’emploient à réaliser ouvertement ce qu’ils ont échoué à faire par procuration durant sept ans. Israël au Sud, l’Amérique et ses affidés européens au nord–est en appui des forces kurdes portées aux nues, la Turquie au nord-ouest contre les projets des Kurdes et tous contre Bachar al-Assad. Le prétexte de la lutte contre Da’esh et le terrorisme apparaît maintenant pour ce qu’il était, une fumisterie que défendent les ennemis de la Syrie légale et à laquelle ne croient plus que les imbéciles.

Jean-Yves Le Drian exige (sic) « le retrait de tous ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ». Il ose. Devinez qui sont pour lui ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ? Oui, vous avez gagné : l’Iran, le nouveau diable à la mode, le Hezbollah terreur d’Israël, la Russie, les forces « chiites » d’Irak.

Vous savez donc quels sont les pays qui ont à y faire : les trois obsédés du bombardement humanitaire, ceux qui possèdent des armes de destruction massive, violent systématiquement le droit international, soutiennent le terrorisme quand ils ne l’ont pas créé, ceux qui souhaitent piller tranquillement les ressources pétrolières et gazières de la Syrie et de la région : en d’autres mots, l’Amérique et ses fidèles. Pour faire bon poids bonne mesure, ajoutons Israël, ami des « révolutions arabes » qui détruisent les Etats du même nom, la Saoudie, grande démocratie devant l’éternel et spécialiste en constitutions, en droits de l’homme et de la femme, et en tolérance religieuse, la Turquie membre éminent de l’OTAN, ennemie des turcs des montagnes, mais amie des séparatistes kurdes de Syrie ou d’Irak et soutien des djihadistes, le Qatar à condition qu’il continue à acheter tout et n’importe quoi dans notre pays en difficulté.

Pour le reste, la Syrie a tenu bon pendant de longues années, son armée est capable de soutenir les assauts d’Israël et d’abattre les avions qui l’attaquent. Elle est solidement ancrée dans un axe de la résistance résolu et bien coordonné, soutenue par des alliés fiables, à commencer par la Russie. La Syrie n’est pas un figurant, elle est au centre d’une guerre globale. Combien d’Etats auraient résisté comme elle l’a fait ?

Messieurs les « amis de la Syrie », ennemis de son « régime » et de son Président, vous avez maintenu la fiction d’un soulèvement populaire contre un « tyran massacreur ». En quoi cela vous regarde-t-il ? Vous avez d’ailleurs tout faux et le savez bien puisqu’en réalité le pays qui vous obsède est avant tout victime d’une guerre d’agression qui met en danger son existence.

L’Etat syrien a sûrement le droit de piloter les négociations qui décideront de son avenir et de récuser toute ingérence des agresseurs. Il a le droit de refuser vos ingérences, vos plans de partition et vos projets tordus. Les guerres de Syrie sont depuis belle lurette les composantes d’une guerre universelle en passe de devenir « mondiale ». Si cette agression regarde la « communauté internationale », c’est selon les critères du droit international, codifiés par la Charte des Nations-Unies, qu’elle doit être considérée… Là, on comprendra très bien que cette approche, la seule envisageable, vous pose un léger problème. Ce problème n’est pas celui du pays agressé. Il est celui de l’agresseur que vous êtes et qui traite la Syrie comme un « pays ouvert » à toutes les aventures et à toutes les entreprises hostiles.

Messieurs les agresseurs, n’oubliez jamais que votre présence en Syrie est illégitime et illégale, y compris s’agissant de vos barbouzes, de vos conseillers spéciaux ou de vos forces-au-sol. Et s’il y a une présence légitime par excellence, ce n’est pas la vôtre, c’est celle de l’Etat syrien, celle des alliés et partenaires du gouvernement de Bachar al-Assad, dont vous exigiez le départ. S’il y a un retrait qu’impose le respect du droit international, c’est celui des pays qui n’ont rien à faire en Syrie, vos pays.

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier
Michel Raimbaud vétéran français du milieu diplomatique, ayant servi comme Ambassadeur de France en Mauritanie, en Somalie et au Zimbabwe pendant des années. Désormais retiré du corps diplomatique il se consacre à des travaux académiques en lien avec son domaine d’expertise, nommément le monde arabo-musulman en général. Auteur du livre remarqué « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » paru en 2015 qui traite des menées néo-impérialistes occidentales dans cette région du monde.







dimanche 25 février 2018

BÉNÉDICTION par Charles BAUDELAIRE

BÉNÉDICTION
[…]

Vers le Ciel, où son œil voit un trône splendide, 

Le Poète serein lève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l’aspect des peuples furieux :
 
— « Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence 
Qui prépare les forts aux saintes voluptés ! 

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
 À ce beau diadème éblouissant et clair ; 

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ! »
Charles BAUDELAIRE
in Les fleurs du mal


samedi 24 février 2018

"Du Mont-Athos en Grèce, à Optino en Russie, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa" de Claude Lopez-Ginisty


José Muñoz, devenu moine Ambroise au Mont-Athos, humble gardien de l’Icône de la Portaïtissa, est mort martyrisé en 1997. 

L’auteur de ce livre, témoin direct et ami de José, eut la grâce de le rencontrer souvent et de l’accueillir chez lui avec l’Icône. À notre demande, il accepta avec humilité d’écrire l’histoire de sa vie. Mais ces pages bouleversantes, exigeantes de vérité, nous entraînent bien au-delà d’une biographie. Telle une icône, ce livre ouvre la porte de l’Invisible illuminant le chemin du Royaume, celui qu’a emprunté le pèlerin José, effacé derrière la Toute-Pure. Consumé d’amour pour Dieu, il livra jusqu’au bout le bon combat.
« Nous allons parler d’un martyr de notre temps, écrit Claude-Lopez-Ginisty dans son Avant-propos. Il vivait en esprit avec les martyrs de tous les temps et de tous les lieux (…). Il fut sur notre terre des vivants un homme simple marchant pieusement vers le Ciel où il demeure à présent. Il obtint du Christ par sa prière fervente le don précieux d’une icône miraculeuse qu’il accompagna dans le monde et donna sa vie pour que ses frères l’aient en abondance de guérisons et de grâces. Il devint moine secrètement au Mont-Athos. Il fut torturé à mort à Athènes où il reçut la couronne du martyre. Du Mont-Athos en Grèce, à Optino en Russie, où on le vénère à présent, son itinéraire spirituel est constellée de bénédictions insignes. »
« (…) En rassemblant tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, on s’aperçoit qu’il n’est pas réellement possible d’écrire autre chose que l’histoire de l’Icône et de frère Joseph. Cela est voulu. C’est que sa vie réelle fut celle de gardien fidèle de l’Icône et que son autre vie, il y renonça totalement en choisissant de devenir moine. Il disparut quand disparut l’Icône, c’était là sa seule vie véritable, elle était cheminement lent, sûr et douloureux vers le Ciel. Y ayant atteint enfin, il nous laisse le soin de méditer sur ce que fut son errance mystique sur la terre des vivants. »
José Muñoz :

ISBN 978-2-914857-30-7 (Kindle/e-pub/PDF) 4,30 Euros
ISBN 978-2-914857-31-4 (version papier – 180 pages) 13,00 Euros

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vendredi 23 février 2018

Le bonheur des impies ? Lecture du psaume 16 [1] par P. Aimilianos



LECTURE DU PSAUME 16
extraits

14. Seigneur, fais-les disparaître de la terre;
disperse-les durant leur vie. 
De tes réserves leur ventre est rempli; 
ils ont été rassasiés de fils, 
et ils ont légué leur surplus à leurs petits enfants.

 « Seigneur, fais disparaître les impies de cette terre, éloigne-les des fidèles, qui sont si peu nombreux. Fais disparaître les méchants durant leur vie, lorsqu’ils pensent être à l’apogée de leur prospérité, quand ils croient atteindre bientôt leur but. Fais-les disparaître de la vie présente pour qu’ils ne scandalisent pas les fidèles.» La prospérité des incroyants et des impies est cause de scandale pour les croyants. 

De tes réserves leur ventre est rempli. « Seigneur ! ceux qui ne croient pas en toi, les infidèles, mes ennemis sont comblés de biens! Ils ne leur manquent rien. Ils se rassasient non seulement de la nourriture commune aux mortels mais, de plus, de tes réserves; leur ventre est rempli de ce qu’il y a d’exquis dans cette vie. Ils se délectent de ce que les pauvres et les croyants n’ont jamais vu, même en rêve. Les nombreux enfants étaient le signe du bonheur : Ils ont été rassasiés de fils ».

D’autres manuscrits portent : «ils ont été rassasiés de viande de porc ». Le porc était, d’une part, interdit par la Loi — leur transgression est donc prouvée —, d’autre part, la viande de porc exprime le repas plantureux, l’abondance, la volupté, le bien-être. Ils ont été rassasiés : ils ont mangé autant qu’ils le désiraient et le surplus était si abondant qu’ils en nourrirent leurs petits enfants; ils étaient comblés de bonheur. 

15. Et moi, dans ta justice je paraîtrai devant ta face ;
 je serai rassasié quand paraîtra devant moi ta gloire. 

Comme le psalmiste pense différemment ! Les impies vivent pour le plaisir des sens, alors que le prophète pense uniquement aux délices spirituelles. Ils vivent des biens terrestres et pour les biens terrestres, alors que David, lui, vole au-dessus de tout cela. Il considère comme rebuts ce qui rassasie les autres. Rien de commun entre eux. 

«Ils se rassasient de biens matériels. Mais est-il possible que l’âme de l’homme puisse en être rassasiée? Assurément, Seigneur, ils sont dans l’illusion quand ils pensent posséder. Mais moi, dans ta justice, je paraîtrai devant toi. Je ne me rassasierai pas de biens périssables, je serai comblé seulement quand je verrai ta gloire. »  Il y a contradiction entre les hommes qui se repaissent de bonheur terrestre et ceux qui jouissent des délices spirituelles. 

Lorsque David dit : quand paraîtra devant moi ta gloire et je paraîtrai devant ta face, il sous-entend sa présence dans le Temple, là où Dieu le voit et l’écoute. Mais aussi en toute autre circonstance où Dieu se manifeste à l’homme, comme il est apparu  à Moïse ainsi qu’à tous ceux qui le cherchaient.
Chacun de nous peut voir Dieu et être vu de Dieu en cette vie, en raison de sa justice, de sa pureté. 

Le verset je serai rassasié quand paraîtra devant moi ta gloire est, dans la traduction du texte hébreu : «Au réveil je me rassasierai de ton image. » Il y a une légère nuance qu’il nous faut examiner. Combien de fois ne sommes-nous pas scandalisés lorsque nous constatons le bonheur des impies, quand nous voyons la joie, apparente, de ces hommes. Et survient en nous cette question :  «peut-être ai-je commis quelque erreur ? » Il n’en est rien. Eux vivent dans le temps présent. 

La version des Septante quand paraîtra devant moi ta gloire, cache un sens eschatologique. Le prophète, en pensée mais aussi avec son cœur, vit dans le présent et dans l'avenir, au moment où il ressuscitera et verra la face de son Seigneur. Il vit au-delà de ce monde, après le monde actuel. Nous sommes en présence du bonheur futur. Pour s’encourager, le psalmiste compare le monde présent et le monde à venir. C’est une prophétie sur la béatitude après la mort. Dans la nuit et dans le désespoir qui l’habite, surgit une lueur : 1’autre vie. Là, il verra Dieu « face à face». Mais il ne le contemplera que dans la mesure où il l’aura déjà vu sur terre

Le verbe «se rassasier » renferme, outre son sens évident, une autre signification, laquelle doit retenir notre attention de façon toute particulière. Nous nous rassasions quand nous mangeons. Le rassasiement indique la participation à la gloire divine. Voir Dieu veut dire que nous recevons Dieu, que nous participions à sa vie. Le rassasiement suppose donc aussi une union avec Dieu. Non pas un mélange des deux natures, mais une divinisation par grâce particulière de Dieu. Se rassasier de sa gloire veut dire que nous participons à la vie — c’est-à-dire à l’énergie et non à l’essence — de la Divinité ; nous devenons des dieux. 

Le psalmiste dit :  «Seigneur, ils sont absorbés par les biens matériels, moi je préfère ne pas être une masse de chair animée qui se promène, mais être un intellect qui voit Dieu, une âme qui palpe Dieu. Je veux participer à ta vie, ne faire qu’un avec toi. Ma vie est cachée dans ta vie, je suis toi et toi tu es moi. » 
*
*    *

Ce psaume admirable est à la fois si simple et tellement important c'est la prière d’un homme qui souffre. 
Si nous ne souffrons pas aujourd’hui, n’oublions pas que, vraisemblablement, demain nous souffrirons et qu’autour de nous il y a des milliers de frères éprouvés, amis proches ou lointains, qui ne cessent d’être membres de notre corps. Prions avec ce psaume ou avec de semblables paroles pour ces hommes. Nous venons de dire que si nous ne souffrons pas aujourd’hui, nous souffrirons peut-être demain, pour mieux dire, nous souffrons toujours. Chaque chose peut devenir cause de douleur. Le combat du chrétien, notre combat, est lui aussi une cause de souffrance. Satan « comme un lion rugissant » cherche l’occasion de nous induire en tentations. Même nos amis, voire les êtres qui nous sont chers, peuvent être source de souffrances. Nous pouvons dire que notre vie est une passion. Toutefois n'oublions pas le sens profond que nous livre ce psaume : la souffrance, les difficultés, les échecs sont une visite de Dieu. C’est lorsque nous souffrons que Dieu est avec nous.


À SUIVRE

jeudi 22 février 2018

UN NOUVEAU BLOG ORTHODOXE : "RÉPONSES ORTHODOXES"


 Demain paraîtra dans la Blogosphère orthodoxe

 un nouveau Blog



Ce blog collaboratif (avec Claude du blog orthodoxologie) est destiné à donner des réponses soit à tous ceux qui,  fidèles orthodoxes, désirent préciser ou approfondir leur connaissance de leur foi, soit à d'autres personnes qui veulent se familiariser avec l'Orthodoxie sans pour cela s'y engager. Les réponses sont données par des ecclésiastiques orthodoxes parmi lesquels il y a des prêtres, des théologiens ou des Pères spirituels orthodoxes.
La première série de questions concerne un sujet bien de saison puisqu'il s'agit des questions que l'on peut se poser à propos du mystère de la confession. Bonne lecture et bon Carême !
lien du blog : http://reponses-orthodoxes.blogspot.com

mardi 20 février 2018

Des hybrides mouton-humain ont été développés en laboratoire !




Une société pervertie évolue sous nos yeux ébahis et impuissants. LHK

Cette avancée significative rapproche les chercheurs de la culture d’organes humains qui pourront servir la greffe d’organes. Des cellules humaines ont été implanté dans cet embryon de porc au début de son développement, qui a duré quatre semaines. L’expérience avait déjà fait les gros titres en 2017 ; la science va aujourd’hui plus loin dans l’espoir d’apporter une alternative aux dons d’organes.

Basant leurs travaux sur une découverte pour le moins controversée faite en 2017, les scientifiques ont annoncé samedi 17 février qu’ils étaient parvenus à créer en laboratoire un deuxième type d’hybrides humains-animaux : des embryons de moutons, humains à 0,01 % d’un point de vue cellulaire.
Les embryons, qui n’ont pu être développés au-delà de 28 jours faute d’autorisation, rapprochent un peu plus les chercheurs de la culture d’organes humains en laboratoire à des fins médicales.

En France, plus de 14 500 personnes sont sur liste d’attente pour recevoir un cœur, un foie, un poumon, un pancréas, un rein ou un intestin. Et chaque année, plus de 500 personnes meurent parce qu’elles n’ont pu recevoir d’organe. Sur les 22 617 personnes inscrites sur liste d’attente en 2016, seules 5 891 ont pu être soignées grâce à des prélèvements d’organes sur personnes décédées ou vivantes compatibles.

C’est précisément pour pallier ce manque d’organes que les chercheurs travaillent à élargir l’offre de manière artificielle. Certains tentent d’imprimer des organes 3D en laboratoire. D’autres travaillent sur des organes artificiels et mécaniques. D’autres encore créent des chimères, et plus précisément des organes à la croisée de deux espèces, dans l’espoir de cultiver des organes humains chez des porcs ou des moutons.

DE PLUS EN PLUS HUMAINS

Pour fabriquer ces chimères, les chercheurs isolent les cellules souches d’un animal, qui peuvent se transformer en n’importe quel type de cellules dans le corps. Ils injectent ensuite des cellules souches d’une espèce dans l’embryon d’une autre espèce – une procédure aussi délicate que complexe.

Si l’ADN de l’embryon est modifié pour faire en sorte qu’il ne développe pas un organe donné, les cellules intercalées sont les seules à pouvoir combler l’espace laissé. C’est ainsi que les chercheurs ont été en mesure de faire pousser un foie humain à l’intérieur d’un cochon vivant.

Les muscles artificiels se rapprochent peu à peu des muscles naturels

En 2017, des chercheurs ont réussi à développer des pancréas de souris chez le rat et ont montré que les greffes des dits pancréas pouvaient guérir les souris diabétiques. Tout de suite après, les chercheurs de l’Institut Salk ont ​​annoncé qu’ils pourraient maintenir en vie pendant 28 jours des embryons de porc auxquels avaient été ajoutées des cellules souches humaines.

Les experts se sont réjoui de l’expérience menée sur les embryons hybrides, mais ont noté que le nombre de cellules humaines implantées dans les embryons de porcs (1/100 000) était trop faible pour des greffes d’organe chez l’homme.

Le chercheur Pablo Ross de l’Université de Californie a annoncé samedi 17 février à Austin, au Texas, que son équipe et lui-même avaient mis au point la procédure visant à augmenter le nombre de cellules humaines dans les embryons de moutons à 1/10 000.

« Nous estimons que ce n’est pas encore assez pour générer un organe prêt à être greffé » a déclaré Ross lors d’une conférence de presse. Selon The Guardian environ 1 % de cellules devraient être humaines pour que la greffe d’organe fonctionne. Et pour prévenir le rejet immunitaire, des mesures supplémentaires seraient nécessaires pour s’assurer que les restes de virus animaux sont éliminés de l’ADN du porc ou du mouton. Mais les récents progrès scientifiques tendent vers le développement d’organes plus viables.

RAMIFICATIONS ÉTHIQUES

Pour Pablo Ross, les recherches pourraient aller plus vite si elles étaient mieux financées. Les instances de santé publiques des États-Unis, où l’étude a été menée, interdisent actuellement le financement public d’hybrides humains-animaux, bien qu’elles aient déclaré en 2016 que ce moratoire pourrait être levé. Jusqu’à présent, ce sont des donateurs privés qui ont financé les recherches préliminaires.

À mesure que les recherches avancent, l’examen éthique se durcira certainement. Pablo Ross et ses collègues reconnaissent la nature controversée de leur travail, mais ils estiment avancer avec prudence.

« La part des cellules humaines est pour l’instant très faible. Cela n’a rien d’un cochon à visage humain ou doté d’un cerveau humain », a déclaré Hiro Nakauchi, chercheur à l’Université de Stanford, qui a participé à l’étude. M. Nakauchi a ajouté que les chercheurs tentaient de déterminer où les cellules humaines proliféraient, afin de s’assurer qu’elles ne s’installeraient ni dans le cerveau, ni dans les organes sexuels des animaux.

Pablo Ross, pour sa part, voit dans la recherche qu’il conduit sur le développement d’organes artificiels une source réelle d’optimisme.

« Toutes les approches sont controversées, et aucune d’entre elles n’est parfaite, mais elles apportent un nouvel espoir aux personnes qui souffrent et attendent désespérément une greffe, » a-t-il dit. « Nous devons explorer toutes les alternatives possibles pour fournir des organes aux personnes malades. »




Vous avez dit "Fake News" ?

DANS LE NUMÉRO 4 du DRONE  généré par l'ANTIPRESSE


Hervé Juvin: les plus grosses fake news

 sont les mensonges d’Etat

extrait

"Hervé Juvin est un homme-orchestre. Homme d’affaires, entrepreneur, il dirige NATPOL DRS (Diversité, Résilience, Sûreté) et prépare un ouvrage sur Le moment politique – Un manifeste écologique et national, à paraître aux Editions du Rocher, avril 2018. Il est surtout l’un des essayistes les plus originaux et les plus provocants de notre temps en langue française. Avec Le Mur de l’Ouest n’est pas tombé (Pierre-Guillaume de Roux, 2015) ou Le gouvernement du désir (Gallimard, 2016), il s’attaque aux idéologies explicites ou cachées qui régissent les fonctionnements fondamentaux de notre vie politique, économique et sociale. Dans cette contribution exclusive, il rappelle que les dealers principaux de fake news sont ceux-là même qui, désormais, prétendent les poursuivre pénalement. 

Tous ensemble contre les fake news 

C’est le cri de ralliement de ce début 2018: «tous, tous ensemble contre les fake news!» On pourrait en faire une manifestation, M. Macron veut en faire une loi. Bienvenue dans le monde des vérités officielles! Le sujet est réel. Le nombre de clics, de likes ou de vues devient le critère de véridiction le plus largement reconnu. Ce que le plus grand nombre croit être vrai, voilà la vérité! Voilà qui consacre la déchéance des experts, le déni des institutions, voilà aussi ce qui ouvre la porte à de redoutables pratiques. Avec un peu de savoir faire ou beaucoup d’argent, il est si facile de propulser des sujets et, le succès attirant le succès, de les imposer comme vérité! Facebook vient de reconnaître que les identités fictives étaient deux fois plus nombreuses que selon les évaluations précédentes, et la création de faux followers, de faux contributeurs, de faux votants, est devenue une industrie! Tout le sujet des liens sponsorisés, des sondages truqués et des robots virtuels est là. Il n’est pas si éloigné de ces fabriques de l’émotion avec lesquels les media dominants fabriquent le consentement et l’obéissance d’opinions publiques sidérées par les images qui leur sont imposées. Et il en revient bien vite à la neutralité du Net, à l’intérêt des géants qui le contrôlent, et aux présupposés idéologiques et politiques qui structurent moteurs de recherche, algorithmes et affichages. Le sujet est redoutable. Quelles sont les «fake news» les plus désastreuses de ces dernières années? Difficile de ne pas citer en premier l’invention des «armes de destrucinvention massivement validée par tous les médias dominants, et qui devait légitimer une invasion de l’Irak dont chacun peut apprécier les résultats. Difficile d’éviter le sujet de l’euro, dont il a été affirmé sur tous les tons et sur toutes les tribunes qu’il assurait la convergence des économies européennes; jamais les économies n’ont autant divergé, et jamais, l’accumulation des excédents commerciaux de l’Allemagne et des déficits des pays du Sud n’a autant menacé la maison Europe. Difficile d’oublier la prétendue «insurrection démocratique» de la place Maidan, à Kiev, dont l’envoyée spéciale américaine, Mme Barbara Nuland, se fait gloire de l’avoir financé à hauteur de… 5 milliards de dollars, tout cela pour instaurer l’un des régimes les plus corrompus de la planète, et laisser quelques complices locaux faire main basse sur les ressources du pays, en cachant mal leurs croix gammées… Les prétendus «printemps arabes» relèvent de la même intoxication des opinions occidentales par les belles histoires de l’importation démocratique, l’Égypte, la Libye ou la Syrie en illustrant les brillants résultats, la Tunisie seule sauvant les apparences – mais pour combien de temps?

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