BÉNÉDICTION par Charles BAUDELAIRE

BÉNÉDICTION
[…]

Vers le Ciel, où son œil voit un trône splendide, 

Le Poète serein lève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l’aspect des peuples furieux :
 
— « Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence 
Qui prépare les forts aux saintes voluptés ! 

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
 À ce beau diadème éblouissant et clair ; 

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs ! »
Charles BAUDELAIRE
in Les fleurs du mal


Commentaires

Souventes fois, Olivier Clément, providentiel professeur au Lycée Louis-Le-Grand, antre infernal de l'élitisme républicain, nous disait la fulgurance prophétique des poètes "maudits", lucioles thaboriques aux temps lugubres hérités des "Lumières", horribles ténèbres en vérité. Jean d'Athos
Souventes fois, Olivier Clément, providentiel professeur au Lycée Louis-Le-Grand, antre infernal de l'élitisme républicain, nous disait la fulgurance prophétique des poètes "maudits", lucioles thaboriques aux temps lugubres hérités des "Lumières", horribles ténèbres en vérité. Jean d'Athos