Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

vendredi 3 juin 2016

MENSONGE, HYPOCRISIE ET ET CYNISME COMME AUPARAVANT EN 1915…

LES ALLEMANDS LES PLUS HONNÊTES ONT BIEN CLAIREMENT RECONNU LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN DONT ILS SAVENT PERTINEMMENT QU'IL A SERVI DE MODÈLE AU GÉNOCIDE JUIF PAR LES NAZIS !


Les 630 députés du Bundestag ont adopté jeudi 2 juin une résolution parlementaire reconnaissant  le génocide des Arménienspar les forces ottomanes en 1915, un texte vivement combattu par Ankara.. En représailles, la Turquie a rappelé son ambassadeur en Allemagne. Seul un député a voté contre et un autre s'est abstenu lors du vote, a annoncé le président de la chambre basse, le conservateur Norbert Lammert. Le vote ayant eu lieu à main levée, les voix en faveur du texte n'ont pas été décomptées. Mais Angela Merkel et Frank Walter Steinmeier eux-mêmes n'ont pas participé au vote.

Des Arméniens saluent le vote des députés allemands en faveur de la reconnaissance du génocide de leur peuple par l’empire ottoman au début du XXe siècle. ODD ANDERSEN / AFP


Le samedi 24 avril 1915, à Constantinople, capitale de l'empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C'est le début d'un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 à 1,5 million de victimes dans la population arménienne de l'empire turc (ainsi que plus de 250.000 dans la minorité assyro-chaldéenne des provinces orientales et 350.000 chez les Pontiques, orthodoxes hellénophones de la province du Pont).




Plus de 20 pays, dont la France par la loi du 29 janvier 2001, ont reconnu le génocide des Arméniens, suscitant la colère de la Turquie, qui nie toujours l'organisation d'une campagne pour leur élimination systématique.

HONTE AUX COLLABOS CONTEMPORAINS !








mercredi 1 juin 2016

ÉVOLUTIONNISME, CRÉATIONNISME, ET INTERPRÉTATION PATRISTIQUE DES ÉCRITURES par J-C LARCHET

Extrait de la recension du livre du P. Séraphin Rose récemment paru en français par jean Claude LARCHET in orthodoxie.com (les  sous-titres sont de Maxime le minime)

Le fondamentalisme pur et dur

[…] Disons-le d’emblée, le Père Séraphim Rose est un fondamentaliste pur et dur, et ses positions paraîtront sans aucun doute surprenantes à des lecteurs européens, peu habitués à la querelle qui aux États-Unis oppose – depuis longtemps dans un débat devenu banal – les créationnistes (en majorité évangélistes) aux évolutionnistes. Selon lui, par exemple, « l’univers n’est pas âgé de plus de 7500 ans » (p. 193), et le monde a été créé par Dieu en 7 jours correspondant à nos journées actuelles, chacune ayant 24 heures, pas une de plus ni de moins. Une position manifestement intenable, car les notions de semaine et d’heure n’étaient pas universelles dans l’Antiquité et se sont imposées tardivement dans l’Histoire (sur l’histoire du découpage du temps voir l’excellent livre de P. Couderc, Le calendrier dans la collection « Que sais-je? »). 

La Bible

La Bible elle-même n’entend pas que les sept jours de la création du point de vue de Dieu correspondent à nos journées (voir pas exemple le psaume 90, 4 : « Car mille ans sont à Tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit »). Il n’y a pas a priori d’obstacle, du point de vue de la foi chrétienne, à considérer que les jours de la création aient correspondu à de très longues périodes, ni que l’univers ait plusieurs millions d’années. 

L'interprétation de la Bible par les Pères de l'Église

Le père Séraphim Rose fait de l’Écriture et des Pères une lecture exclusivement littérale et historique, proche de celle du fondamentalisme protestant. Dans plusieurs passages il affirme que les Pères privilégient ce type de lecture, ce qui n’est pas exact. Même saint Jean Chrysostome, qui est apparenté au courant exégétique dit antiochien qui accorde une grande importance au sens littéral et historique, ne se limite pas à ce sens premier, et les représentants de l’exégèse dite alexandrine considèrent qu’il y a quatre types de sens dans l’Écriture : le sens littéral ou obvie ; le sens allégorique ; le sens tropologique (ou moral) ; et le sens anagogique (qui indique ce vers quoi on doit tendre). Origène ou saint Maxime le Confesseur par exemple accordent très peu de place au sens littéral et historique, et privilégient le sens spirituel, considérant que l’Écriture a le plus souvent un sens symbolique.

Les failles de la théorie évolutionniste

Cela dit le livre du père Séraphim Rose a le mérite de montrer les failles de la théorie évolutionniste, devenue un article de foi de la pensée moderne et enseignée comme un dogme intangible et obligatoire dans notre système éducatif, de l’école primaire à la terminale.
Il démontre que cette théorie n’est pas purement scientifique, mais a une base et des visées philosophiques, et que dans sa dimension scientifique même, elle présente de nombreuses insuffisances et contradictions. Outre qu’elle comporte des variantes qui ne sont pas compatibles entre elles (lamarckisme, néo-lamarckisme, darwinisme et néo-darwinisme, avec plusieurs écoles), elle ne permet pas de rendre pleinement compte de l’évolution qu’elle postule. C’est un fait bien connu et reconnu qu’il y a entre les espèces supposées avoir évolué de l’une à l’autre de nombreux « chaînons manquants », ce manque étant particulièrement criant en ce qui concerne le passage des prétendus « hominidés » à l’homme.

Il faut dire qu’il n’y a pas que les fondamentalistes religieux qui critiquent l’évolutionnisme: dès son apparition et jusqu’à nos jours, la théorie évolutionniste sous ses diverses formes a suscité des réserves de la part de philosophes (parmi lesquels Marx qui voyait dans le darwinisme une couverture pseudo-scientifique apportée au système concurrentiel du capitalisme, qui élimine les plus faibles et renforce les plus forts), d’épistémologues (qui ont souvent souligné sa dimension idéologique), d’historiens des sciences, et de scientifiques (un certain nombre de ces critiques sont recensées dans cet article).

Cette théorie, et toutes celles qui sont relatives à la paléontologie et à la cosmologie ont, sur le plan scientifique même, la faiblesse de ne pas pouvoir trouver de confirmation dans une expérimentation, et d’être limitées à une observation indirecte et partielle de vestiges ou de traces comportant beaucoup de lacunes. L’évolutionnisme n’est qu’une hypothèse (c’est-à-dire une explication supposée) présentant de nombreuses zones d’ombre et de nombreux points de fragilité.
Le père Séraphim Rose en présente quelques-uns. Il note que le rejet de l’évolutionnisme n’amène à rejeter ni la variation, ni le développement, ni amélioration des espèces, car c’est à tort que l’on assimile ces trois notions à l’évolution pour justifier celle-ci. Il montre que la théorie évolutionniste est avant tout une philosophie. Et surtout – c’est l’un des buts fondamentaux de son livre – il rappelle quelle est la conception qu’ont les Pères de la création, souligne que celle-ci reste normative pour les chrétiens et montre pourquoi, selon lui, elle n’est nullement conciliable avec l’évolutionnisme. Il faudrait rappeler ici de manière plus développée que la science et la religion n’ont pas les mêmes bases ni les mêmes visées: le but de la première est de tenter de donner une compréhension rationnelle, aussi cohérente que possible, des phénomènes (c’est-à-dire, étymologiquement, des apparences), tandis que la seconde est de donner, en se fondant sur une révélation, une connaissance spirituelle de ce qui transcende les apparences et qui donne sens à la vie de l’homme non seulement en cette vie mais dans l’au-delà.

Contre la pensée unique, matérialisme et athée, que notre société impose de manière de plus en plus coercitive et intolérante, le livre du père Séraphim Rose a le mérite de rappeler que l’évolutionnisme n’est pas un dogme intangible, et que sur la question de l’origine du monde et de l’homme d’autres façons de voir se justifient à partir de cadres de référence différents.
Jean-Claude Larchet

Les pesticides tueurs d'abeilles de plus en plus utilisés en France





SOURCE
Selon les données du ministère de l'Agriculture, les tonnages des cinq principaux néonicotinoïdes vendus en France ont augmenté de 121 tonnes entre 2013 et 2014. Soit 31% de plus en un an. Malgré leur interdiction partielle en Europe. Les insecticides tueurs d'abeilles de plus en plus utilisés malgré leur toxicité. Les néonicotinoïdes ont été partiellement interdits par l'Union Européenne en décembre 2013. Leur interdiction totale est prévue pour 2018. Et pourtant, ils sont de plus en plus utilisés en France. Selon les données du ministère de l'Agriculture, les tonnages des 5 principaux tueurs d'abeilles vendus en France ont augmenté de 121 tonnes entre 2013 et 2014. Soit 31% de plus en un an. Malgré le moratoire européen. Le syndicat d'apiculteurs l'Union nationale des apiculteurs français (Unaf) réclame l'arrêt pur et simple de l'utilisation des néonicotinoïdes. Du côté de l'Assemblée Nationale et du Sénat, c'est un dialogue de sourd. Résultat: l'interdiction sera réexaminée par les députés les 7 et 8 juin en commission du développement durable. "C'est catastrophique" Gilles Lanio, président de l'UNAF (union nationale des apiculteurs français), est révolté. Le syndicat demande l'interdiction pure et simple de ces produits toxiques.

"A notre grande surprise, malgré une suspension qui a été décidée au niveau de l'Europe sur la période 2013-2015, on s'aperçoit qu'il y a une augmentation sérieuse - ce n'est même pas un maintien – de plus de 30% de l'utilisation de ces produits-là en France", explique-t-il à RMC. "C'est alarmant. C'est catastrophique. Aujourd'hui, ce qui est quand même gravissime, c'est qu'on est capable de produire sans ces produits-là, et à moindre coût avoir des rendements qui tiennent la route. Ce n'est pas la peine d'aller sur une suspension et de permettre à d'autres d'exister. Ces fameux produits, il faut les supprimer purement et simplement". Les données 2015... pas disponibles

De 2013 à 2014, les tonnages sont passés de 387 tonnes à 508 tonnes de 2013 à 2014. Quant aux données 2015, elles ne sont pas disponibles.
"Nous avons écrit par deux fois à la Direction générale de l’alimentation [au ministère de l’Agriculture] pour avoir accès à ces informations", dit-on à l’Unaf. "Sans réponse, nous avons saisi la CADA [Commission d'accès aux documents administratifs] en février, qui vient de nous donner raison".

Le syndicat pourrait saisir le tribunal administratif s'il n'obtient pas les chiffres de l'année dernière.



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mercredi 25 mai 2016

lundi 23 mai 2016

Désir d'œuvrer au bien de l'humanité et progrès par le saint starets Ambroise d'Optino



Vraiment pouvons-nous dire qu'il y ait le moindre indice d'un développement moral de l'humanité vers la perfection ?
 Non, ce n'est pas l'humanité en général qui peut atteindre la perfection morale sur terre (perfection qui est d'ailleurs imparfaite), mais c'est bien plutôt le croyant, en tant qu'individu, dans la mesure même où il accomplit les commandements de Dieu, et selon le degré de son humilité. Quant à la perfection finale, la perfection totale, on l'obtiendra au ciel, dans la vie éternelle, dont la vie éphémère sur terre n'est que la préparation, tout comme les années de scolarité d'un jeune servent de préparation à son futur métier. Si la destinée de l'homme était limitée à son existence terrestre, si tout prenait fin ici-bas, pourquoi donc l'apôtre Pierre déclarerait-il: «La terre, avec les œuvres qu'elle renferme, sera consumée » (2P : 3, l0) ? En ajoutant ensuite: «Mais ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera » (v. 13). Sans la vie éternelle et bienheureuse, notre séjour terrestre serait dénué de toute valeur et absurde. 

Le désir d'œuvrer au bien de l'humanité est très louable, mais il se situe dans une fausse perspective. Le Roi prophète David disait: « Évite le mal et fais le bien» (Ps 34, 1S). Mais de nos jours, c'est tout le contraire. Tout le monde, désire bien - en paroles du moins - œuvrer pour le bien du prochain. mais personne ne se soucie de commencer par se libérer d'abord de son propre mal pour ensuite, seulement, se préoccuper du salut de son prochain. La jeune génération, avec son programme bien planifié au bénéfice de l'humanité, est semblable au collégien qui, avant même d'avoir fini ses études, rêve déjà de devenir professeur ou recteur d'université Mais inversement, on peut tomber dans l'autre extrême en se disant: « Puisque nous ne pouvons pas faire progresser toute l'humanité, il est totalement inutile de faire quoi que ce soit. » Le chrétien, lui, doit œuvrer pour les autres selon sa situation et ses forces, mais qu'il le fasse en son temps et selon l'ordre qui convient, tel que je l'ai indiqué. Enfin c'est à Dieu et à Sa sainte volonté qu'il nous faut attribuer la réussite de notre entreprise.

dimanche 22 mai 2016

samedi 21 mai 2016

MÈRE THÈCLE, JOHN TAVENER [2]

Mère Thècle

Mère Thècle avec le compositeur John Tavener

C’est une femme d'origine russe, belle, diplômée de Cambridge, Mère Thècle, qui a co-fondé le monastère près de Whitby dans lequel elle a vécu recluse jusqu’à la fin de sa vie. C’est elle qui a écrit les textes de quelques unes des œuvres religieuses les plus importantes du compositeur Tavener, et qui a été la force motrice spirituelle qui a animé l'une de ses pièces les plus célèbres, The Protecting Veil (1987) [Pokrov (ru), Hagia Sképè (gr)].

En 1993, elle a composé le texte de Song For Athene de Tavener, écrit à l'origine en mémoire d’Athena Hariades, une jeune actrice demi-grecque de ses connaissances ayant trouvé la mort dans un accident de vélo. Tavener a assisté à l'enterrement d’Athene, et quand il est reparti il avait déjà la musique entièrement composée dans son esprit. «J’ai appelé Mère Thècle ce même jour, se souvient-il, et je lui ai dit : « Je veux du texte. »

Le lendemain il avait un courrier de Thècle contenant la citation de Hamlet de Shakespeare: «que des vols d’anges te conduisent en chantant à ton repos », ainsi que des versets de l'office funéraire orthodoxe.


Rebaptisé pour l'occasion, Song For Athene est devenu la musique jouée lorsque le cercueil de Diana, princesse de Galles, a été transporté de l'abbaye de Westminster, en Août 1997.

Mère Thekla a aussi été la librettiste de Tavener pour son opéra Mary Of Egypt (Sainte Marie l’Égyptienne) (1992) et pour des oeuvres chorales dont l'Apocalypse (1993) et Fall and Resurrection(1999), dédié au Prince de Galles, son ami.

Elle a exercé une influence remarquable sur Tavener, presbytérien qui avait flirté avec le catholicisme romain avant de se convertir à l'Église orthodoxe en 1977.

Il a contacté Sœur Thekla, qu'elle était alors, en 1984, après avoir lu un livre religieux qu'elle avait écrit. Elle est ensuite devenue l'un des principaux guides spirituels du compositeur: il l'appelait sa mère spirituelle.

Thekla a été élevée en Angleterre et a travaillé comme actrice et maîtresse d'école avant de prendre ses vœux. Sa relation avec Tavener était presque télépathique: elle lui envoyait des mots étranges - «crucifier» ou «pomme», par exemple - qu'il devait instinctivement comprendre et interpréter. Il l’a décrite une fois comme «la femme la plus remarquable que j'ai jamais rencontrée dans ma vie».

Pourtant, à bien des égards ces personnes qui formaient un « couple » étaient totalement opposées. C’était Thekla, toujours pratique, qui a entraîné le Tavener qui n’était pas de ce monde dans la dynamique d'un partenariat créatif. Elle n'a jamais perdu sa veine espiègle d’actrice et persistait à l’appeler «mon chéri». En dépit de toute sa piété, Tavener la voyait comme un «personnage assez sauvage, assez redoutable ; elle avait un tempérament féroce ».

Il ne pouvait pas imaginer travailler avec un autre librettiste :«C’est une de ces relations très particulières dans la vie, qui ne se reproduira plus. » Quand Tavener a osé suggérer une sorte de collaboration professionnelle, Thekla a répondu, dans son style : «Oui, mon chéri, mais en coulisses. »
Avec une autre religieuse, Mère Maria, Mère Thekla a fondé la première communauté orthodoxe en Angleterre, se déplaçant d'un monastère qu'elles avaient fondé en 1966 à Filgrave, Buckinghamshire, dans une ferme délabrée à Higher Normanby, en dehors de Whitby, en 1971. C’était l'endroit le plus sombre que l’on puisse trouver, sur le bord des landes du North Yorkshire.

Les religieuses se réunissaient seulement à midi, pour un repas frugal de légumes du potager et du riz. À l’hesychasterion (ermitage ou maison de prière) Thekla suivait la routine simple de Hilda une sainte du 7ème siècle : elle se levait à 4h du matin, s'enveloppait dans un "linceul" noir flottant qui lui servait d’unique habit et s’adonnait à la prière toutes les trois heures, six fois par jour.

La ferme était divisée en «cellules» meublées simplement dans lesquelles les religieuses dormaient et méditaient ; une ancienne étable est devenue leur chapelle. À l’ordinaire immuable de leurs offices et de leurs obligations quotidiennes, s’ajoutait un travail de traduction des offices liturgiques, la peinture d’icônes dont elles ornaient les murs de la chapelle, et la culture de la terre autour de la ferme.

Les touristes n’étaient pas encouragés à la visite. Un panneau à l'entrée avertissait : "Clôture de monastère, ne pas entrer." À l'origine, il y avait cinq religieuses à Higher Normanby, mais après le décès des moniales Maria, Catherine et des deux autres, Thekla s’est retrouvée seule jusqu'en 1994, avec l'espoir qu'une plus jeune sœur, d'origine américaine, sœur Hilda, prendrait le relais. En fin de compte, ce ne fut pas un succès. Il y a quelques années Hilda sans cérémonie livra Mère Thekla à l'infirmerie de l'abbaye anglicane de St Hilda à Whitby. Hilda prit la relève au monastère, mais le vendit et mourut à Whitby en 2010.

Fille d'un avocat, Mère Thekla est née Marina Sharf le 18 Juillet 1918 à Kilslovodsk dans le Caucase au milieu de la clameur de la Révolution russe. Elle a décrit son baptême dans un vase de fleurs parce que ses parents ont été empêchés de se rendre à l'église par des tirs croisés dans les rues. Peu après, ils ont déménagé en Angleterre et elle a grandi à Richmond, dans le Surrey, avant de déménager à Chelsea.

Formée à l’école de filles de la City de Londres, elle est allée ensuite au Girton College, à Cambridge, pour y faire des études d'anglais, obtenant son diplôme en 1940. L'année suivante, elle a rejoint le WAAF (Women's Auxiliary Air Force) et a passé la guerre à travailler pour les services secrets britanniques, en partie en Inde, comme mentionné dans les dépêches en 1943, elle ne s’est cependant jamais attardée sur cet épisode de sa vie.

Après la guerre, elle a travaillé pendant quelques années comme fonctionnaire au Ministère de l'éducation, ensuite en tant que professeur, et elle est devenue responsable du département d'anglais à l'école de filles de Bedford.

Sa décision de devenir religieuse fut abrupte. «Je suis allée faire une retraite et j’ai fait la connaissance de Mère Maria et voilà. Ce fut un appel. Un peu comme un coup de foudre. Vous ne pouvez pas vous y opposer quand cela vous frappe. J’avais l'habitude d'aimer des choses comme visiter les magasins de livres d'occasion, mais vous ne pouvez pas comparer la vie de maintenant avec la vie d’avant. C’est comme marcher à reculons à travers un miroir.»

Sa nouvelle vie était en contradiction totale avec son éducation privilégiée. En tant que Mère Thekla, elle faisait cuire des pains, tandis que ses œufs étaient fournis par une ferme locale. Bien que le monastère ait été équipé d’une micro-onde, d’une machine à laver et d’un ordinateur, ces frivolités que sont la télévision, la radio, le téléphone et les journaux étaient interdits.

« C’est la monotonie de notre vie qui libère l'esprit ; tout ce qui peut survenir devient sans importance » disait Mère Thekla à un journaliste en visite en 2002. « C’est très douloureux d'être confronté à votre vrai soi sans les parures. Il y a du temps ici pour prier pour le monde. Voilà notre travail : ce n’est pas quelque chose que nous faisons pendant nos loisirs du dimanche. »

C’est un petit livre de Thekla La Vie de Sainte Marie d'Égypte (1974), la célèbre sainte ancienne prostituée, qui a attiré l'attention de John Tavener et qui est devenu la base de son deuxième opéra, Mary Of Egypt (1992). À cette occasion, elle a soutenu de ses conseils Tavener après le décès de sa mère en 1985 à la suite duquel il craignait qu’il n’écrirait plus jamais écrire de musique.

Ayant retrouvé une muse, Tavener a été conseillé par Thekla de «revenir sur le marché » - pour employer un langage commerçant - et il l'a fait avec The Veil Protection pour violoncelle et cordes, qui, avec tout son contenu mystique est devenu un énorme succès populaire, grâce en grande partie à Classic FM, qui l’a passé sur sa station de façon répétée. « C’était devenu ridicule, se rappelait Tavener. Je ne pouvais même pas aller à un aéroport sans être accosté par des gens qui me disaient : « Je veux vous dire maintenant à quel point votre musique nous a touchés. » La pièce a été un tel succès qu'il a permis à Tavener de vivre de sa musique.

Quand les critiques classiques ont rejeté son travail, Thekla l'encourageait avec le mantra : «Soyez mort à tout cela, mon chéri. Soyez seulement mort. »

Elle a écrit les textes pour le visionnaire  We Shall See Him As He Is (1993) de Tavener, extrait de la première épître de Jean, et pour Let Us Begin Again (1995), qui est mimé ainsi que chanté. Pour Total Eclipse (2000), dans lequel Tavener a confronté un orchestre d'instruments baroques au transcendant saxophone soprano de John Harle, Thekla a compilé des extraits des Évangiles pour les solistes et le chœur qui décrivent la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas.

En 2003, des nouvelles d'une "effroyable rupture" ont suggéré que Mère Thekla et Tavener s’étaient brouillés, apparemment à cause de l'intérêt croissant du compositeur pour les religions orientales. Mère Hilda a déclaré que si on lui demandait d'expliquer ce qui était arrivé, Thekla répondrait probablement, « Pardon my French: 'Go to Hell’». [Excusez ma grossièreté : « Allez au diable !]

Mère Thekla a été la dédicataire du mémoire de John Tavener The Music Of Silence: A Composer’s Testament (1999). Non seulement elle l’avait aidé spirituellement, y disait Tavener, mais elle avait également « aidé à accorder ma musique et ma vie.»

À sa grande tristesse, Mère Thekla n'a laissé aucune collègue survivante. À ses funérailles à l'abbaye de St Hilda une chorale a chanté un morceau nouvellement composé par Tavener, They are all Gone into the World of Light ainsi que Song for Athene.

(version française de Maxime le minime de la source)



davidharrisonphotographer

mercredi 18 mai 2016

« D’une qualité remarquable, la théologie du père Jean Romanidès n’est pas sans défauts…» par Jean-Claude LARCHET



SUR LE SITE ORTHODOXIE.COM
Jean Claude Larchet nous offre une fois de plus une recension dont l'honnêteté intellectuelle, la rigueur scientifique, le sens de la mesure et l'esprit critique traditionnels français bien heureusement cultivés, associés à l'exigence d'une fidélité sans faille à l'Orthodoxie  dérangent nos partis pris hâtifs et nos aversions inconsidérées  en nous transmettant un enseignement bienfaisant pour tous les orthodoxes.  Grâces lui soient rendues   !



Jean Romanidès, Théologie empirique
Présenté et commenté par Mgr Philarète, 
L’Harmattan, Paris, 2015, 336 p.

Le père Jean Romanidès (1927-2001) est l’un des plus grands théologiens orthodoxes contemporains

Son œuvre se distingue par son souci rigoureux d’orthodoxie, sa cohérence, son originalité, sa force d’expression, son ancrage dans la tradition des Pères et l’expérience spirituelle. Elle se présente en Grèce comme l’alternative majeure à la théologie – aujourd’hui de plus en plus critiquée – du métropolite Jean Zizioulas (avec lequel Romanidis et ses disciples furent en oppostion) et à la théologie néo-grecque du groupe réuni dans les années 60 autour de la revue Synaxis, marquée par un mélange de théologie et de philosophie traduisant une méthode théologique déficiente, par une volonté de modernité et par une forte influence de la théologie russe décadente de la diaspora (Boulgakov et ses disciples) et de la philosophie occidentale (principalement existentialiste).

Le père Jean Romanidès est né au Pirée en 1927 de parents qui avaient été chassés de Cappadoce par les Turcs lors de la dramatique « épuration ethnique » de 1922. Deux mois après sa naissance, ses parents émigrèrent aux États-Unis. C’est à New York, dans le quartier de Manhattan, qu’il reçut sa première formation scolaire, avant d’entreprendre, lorsque le temps fut venu, des études de théologie à l’École de théologie orthodoxe de Holy Cross, dont il fut l’un des premiers diplômés (1949). Il poursuivit ensuite ses études à l’université de Yale (1950-1954), passa un an à l’Institut Saint-Serge à Paris, avant de rejoindre la Faculté de théologie de l’Université d’Athènes où il soutint en 1957 une thèse de doctorat qui avait pour thème « Le péché ancestral » (trad. anglaise: « Original Sin », 2e éd., Zephyr, Ridgewood, 2002) et qui, à l’époque, parut révolutionnaire. Il fut alors élu professeur à l’École supérieure de théologie orthodoxe de Holy Cross (1958) et devint éditeur de la Greek Orthodox Theological Review, l’une des deux plus importantes revues orthodoxes de langue anglaise. Il quitta ce poste en 1965 et fut élu en 1968 professeur à la Faculté de théologie de l’Université Aristote de Thessalonique. Il fut ordonné prêtre en 1970. Il participa à différentes commissions de dialogue théologique, cela au-delà de sa retraite, qu’il prit en 1984, et jusqu’à son décès, à Athènes, en 2001.

L’œuvre de Romanidès fut, par son engagement, son originalité, sa vigueur et, il faut le dire, de sa dimension anticonformiste et provocatrice, sujette à débat dès l’origine et jusqu’à la fin. Le père Georges Dragas, qui fut l’un de ses étudiants et l’un de ses éditeurs aux États-Unis, écrit à son sujet : « C’était un combattant qui croyait clairement qu’il avait à défendre la dogmatique patristique orthodoxe telle qu’il l’avait redécouverte. C’était un théologien orthodoxe entièrement engagé qui cherchait à établir son orthodoxie sur les enseignements et la tradition vivante des Pères, tant ecclésiale qu’ascétique. Ayant grandi dans un contexte occidental et ayant été pleinement exposé aux traditions chrétiennes occidentales, il fut conduit non pas à tenir sa propre orthodoxie pour assurée, mais à l’examiner en profondeur pour redécouvrir et défendre son intégrité. Il acquit ainsi la conviction que la tradition patristique orthodoxe était radicalement différente des traditions occidentales qui, en raison de certaines exigences historiques, avaient imposé à celle-ci leur influence. »

Par la rupture qu’elle a imposée dans le monde orthodoxe par rapport aux modes de pensée établis, par la conscience nouvelle qu’elle a développée de l’identité orthodoxe par rapport à la théologie et à la spiritualité latines hétérodoxes (qu’il considérait comme enracinée dans l’œuvre d’Augustin d’Hippone et comme ayant été développée et imposée à l’Occident par les Carolingiens), l’œuvre du père Jean Romanidès a exercé une influence décisive beaucoup de théologiens orthodoxes contemporains, si bien que, comme le note le père Georges Métallinos dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, « on doit distinguer dans la pensée orthodoxe moderne un avant et un après Romanidès ».

La pensée du père Jean Romanidès a fait l’objet d’une présentation d’ensemble, qui a reçu son approbation, par Andrew J. Sopko (Prophet of Roman Orthodoxy. The Theology of John Romanides, Synaxis Press, Dewdney, BC, Canada, 1998).

Ses livres et articles sont disponibles en grec, mais aussi en anglais. On en trouvera une partie (téléchargeable légalement en différents formats) sur le site Internet qui lui est consacré, et dans lequel il est accompagné par deux de ses principaux disciples actuels, le métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise, et le père Georges Métallinos, ancien doyen et professeur de la faculté de théologie d’Athènes.

L’importante diffusion de l’œuvre du père Jean Romanidès aux États-Unis tient au fait qu’il y a passé la plus grande partie de sa vie et a enseigné de nombreuses années dans l’un des deux principaux instituts supérieurs de théologie orthodoxe américains, et a écrit la plus grande partie de son œuvre en anglais.

Dans le monde francophone, c’est La Lumière du Thabor, revue aujourd’hui disparue d’un groupe schismatique de Vieux-calendaristes, que revient le mérite d’avoir fait connaître le père Jean Romanidès (comme lui revient le mérite d’avoir publié plusieurs textes importants du père Georges Florovsky, et une partie importante de l’œuvre de saint Justin Popovitch). Elle a offert, au fil de ses numéros, la traduction de plusieurs de ses articles (« Le Christ, la vie du monde »; « L’ecclésiologie de saint Ignace d’Antioche »; « Examen critique des applications de la théologie »; « La franco-latinisation de l’orthodoxie »; « Sur l’accord de Balamand »). Un autre article, d’une qualité exceptionnelle, sur « le Filioque », extrait d’un ouvrage du grand théologien intitulé Franks, Romans, Feudalism and Doctrine, a également été traduit et publié par l’équipe éditoriale de la revue dans un remarquable Dossier Saint Augustin paru aux éditions L’Âge d’Homme.

L’évêque de ce groupe, Mgr Philarète (alias Laurent Motte) a eu l’heureuse idée de rassembler l’ensemble de ces études dans le présent volume intitulé Théologie empirique. Il les a fait précéder d’une vaste et très bonne introduction de 70 pages, qui présente la biographie de l’auteur et une synthèse des principaux thèmes de son œuvre, dont ce volume offre un bon échantillon: la méthodologie de la théologie orthodoxe (fondée sur l’expérience spirituelle de l’illumination et de la glorification, et non sur une spéculation de type philosophique, d’où le titre donné au volume); les trois degrés de la vie spirituelle (purification, illumination, glorification) ; le christianisme comme thérapeutique; l’opposition de la théologie franque – imposée à l’Occident par Charlemagne – à la théologie romaine (c’est-à-dire de l’empire romain, improprement appelé byzantin par les historiens, et de sa continuation après la chute de Constantinople, improprement appelée « Byzance après Byzance »), tout à la fois orientale et occidentale; la différence radicale entre la doctrine catholique-romaine du péché originel (issue d’Augustin) et la conception orthodoxe du péché ancestral; le Filioque comme produit de la théologie des Franks (orthographe justifiée par l’auteur); les déviations de la théologie augustinienne et l’inspiration augustinienne de la théologie des Franks; le schisme de 1054 non pas comme le résultant d’une « estrangement » progressif entre l’Occident et l’Orient seon une opinion devenue courante, mais comme le produit de la politique des Franks imposée aux papes; la vision du Verbe par les justes de l’Ancient Testament et leur glorification/déification; la glorification/déification comme but de la vie chrétienne; l’opposition de la théologie orthodoxe des énergies divines incréées à la doctrine de la grâce créée (qui prend sa source dans la doctrine augustinienne des « théophanies », intermédiaires créées), développée par la théologie franque.

On regrette, d’un point méthodologique, que les commentaires de ceux qui ont à l’origine publié ces traductions françaises se trouvent, dans les notes réunies en fin de volume, mélangées sans distinction avec celle du père Jean Romanidès. Cela donne une fâcheuse impression de tentative de récupération de sa pensée par un groupe dont il restait distant, puisque, rappelons-le, il a toujours appartenu à l’Église orthodoxe canonique et représentait même officiellement son Église locale (le patriarcat de Constantinople)dans des réunions œcuméniques internationales.

D’une qualité remarquable, la théologie du père Jean Romanidès n’est pas sans défauts. Sa vigueur tient souvent à une systématisation et à une simplification excessives, comme celle du schéma purification – illumination – glorification (qui certes appartient à la tradition patristique mais y fait l’objet d’une conception plus souple), ou celle de l’opposition Romains-Franks poussée jusqu’à l’époque actuelle (et qui finit par se substituer comme deux concepts politiques à la distinction orthodoxie-hétérodoxie), ou comme la réduction du christianisme à une thérapeutique (ce qui certes s’applique au salut et à la vie ascétique, mais n’est pas pertinent pour ce qui concerne la divinisation). Parmi ses autres faiblesses, on peut signaler l’insistance trop forte sur la responsabilité de la théologie de saint Augustin dans les déviations dogmatiques du catholicisme-romain, qui en fait le responsable de tous les maux passés et présents. On trouve certes chez Augustin les racines de plusieurs d’entre-elles et non des moindres, mais ce qu’il faudrait surtout incriminer c’est l’augustinisme (constitué par les disciples d’Augustin qui ont systématisé certaines de ses positions) et l’utilisation qui en a été faite plusieurs siècles plus tard, quand l’augustinisme, courant longtemps minoritaire, s’est imposé de longue lutte comme courant dominant en Occident (le père Placide Deseille a livré à ce sujet une excellente analyse). Une troisième faiblesse des positions du père Jean Romanidès est l’appui qu’il a apporté à la christologie monophysite aux cours de réunions œcuméniques où il a représenté le patriarcat de Constantinople et qui ont abouti au mauvais compromis de Chambézy (auquel ont aujourd’hui heureusement renoncé toutes les Églises locales orthodoxes à l’exception du patriarcat de Constantinople). Une quatrième faiblesse de la pensée du théologien grec est son exaltation de l’hellénisme (commune à beaucoup de théologiens grecs des années 60, différents de lui et différents entre eux), s’incarnant dans le projet utopique, quasi politique, de restaurer dans le monde (mais en excluant paradoxalement les pays slaves) l’Empire romain sous le nom de Romanie. Ce dernier aspect de la pensée de Romanidès, peu présent dans ce volume, a été exposé dans son livre Romanité, Romanie, Roumélie, dont on trouvera une présentation détaillée et une critique équilibrée dans le compte rendu qu’en a fait le père André de Halleux pour la Revue théologique de Louvain (15, 1984, p. 54-66) : « Une vision orthodoxe grecque de la Romanité », que l’on peut lire en ligne et télécharger ici.

mardi 17 mai 2016

FÊTE DE L'ICÔNE DE LA MÈRE DE DE DIEU DE KAZAN



ACATHISTE traduite en français par Claude ICI

Politique française : Libéralisme ???

Primaires à droite : les imposteurs du libéralisme
Le libéralisme ne se réduit pas à un saupoudrage de réformettes : politiciens, journalistes et faiseurs d’opinion devraient le savoir !



Dans l’histoire de France, le libéralisme a cette fâcheuse habitude soit d’être voué aux gémonies soit de voir son nom travesti.
Habituellement, « libéral » est l’injure suprême, un synonyme d’exploiteur, d’égoïste, de sans cœur. Pour Jean-Luc Mélenchon, la politique de François Hollande, qui constitue une lourde déception, est de plus en plus libérale. Les extrêmes se rejoignant, Marine le Pen ne manque pas une occasion de stigmatiser les dérives libérales du pouvoir en place.
Ce qui est plus nouveau, c’est que des hommes politiques, tant de droite, du centre ou de gauche, revendiquent une étiquette libérale ou que des journalistes caractérisent ainsi leurs propositions sans qu’il s’agisse pour autant de les dénigrer. La situation n’est pas totalement inédite (songeons à l’« Empire libéral »), mais elle retient l’attention. On a ainsi entendu parler d’un « tournant libéral » du Président Hollande. Récemment, la coqueluche des médias, Emmanuel Macron, a affiché son identité de « libéral de gauche ».

Primaires à droite : le bal des imposteurs libéraux

Mais le libéralisme n’est pas l’apanage de la gauche. Les candidats aux primaires à droite rivaliseraient de libéralisme. François Fillon aurait le programme le plus audacieux en la matière, mais maintenant Alain Juppé se dénomme « libéral pragmatique », sans compter les « petits candidats » qui sont loin de rejeter l’étiquette à commencer par Hervé Mariton, dépeint comme « libéral et conservateur ».
D’un certain point de vue, on ne peut que se réjouir de cette situation. Après quatre décennies presque ininterrompues de désastre économique et social, un frémissement libéral semble se manifester. Il témoigne aussi du fait que la dichotomie classique droite/gauche non seulement ne fait plus rêver, mais encore ne masque plus l’emprise des étatistes sur la politique française.
À bien d’autres égards, l’utilisation à tout va du terme libéral agace et plus encore inquiète. Elle manifeste une inculture encyclopédique au sujet du libéralisme dans l’hexagone. À force de qualifier tout et n’importe quoi de libéral, on obscurcit également le débat.
La « loi Macron » ? Libérale. Le projet de loi « El Khomri » ? Libéral. Les propositions à droite de hausser l’âge de départ à la retraite ? Libérales. Le contrat de travail unique ? Libéral. Le revenu universel ? Libéral (c’est Lionel Stoléru, un grand libéral, qui vous le dit !).

Ignorance des grands principes du libéralisme

Emmanuel Macron Libéral
Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, CC-BY 2.0
Pourquoi cette bouillie en termes d’idées ? Tout simplement parce que les grands principes du libéralisme ne sont pas connus. Il est d’ailleurs fort révélateur que les hommes politiques qui se disent libéraux ou que les journalistes cernent comme tels, ajoutent toujours un terme : on est libéral, certes, mais conservateur ou pragmatique ou encore social. La deuxième partie de l’expression achève de détruire le peu de libéralisme que l’homme politique pouvait présenter.
Ainsi, Alain Juppé, dont toute la carrière s’est construite autour de l’antilibéralisme, serait aujourd’hui libéral. Ce qui ne l’a pas empêché de déclarer qu’il fallait conserver le « modèle social français », issu du Conseil national de la Résistance, regroupement pour l’essentiel de marxistes qui ont inspiré les réformes désastreuses de l’après-guerre. Mais encore faut-il avoir lu le programme du Conseil national de la Résistance…
Il faut donc marteler que le libéralisme ne se réduit pas à un saupoudrage de réformettes dites libérales. Il s’agit d’un courant de pensée cohérent, fondé sur des grands principes à commencer par le respect strict du droit de propriété et l’encadrement drastique des fonctions de l’État.
Malheureusement, depuis le retrait de la vie politique d’Alain Madelin, il n’existe aucun homme politique d’envergure en France qui ait une solide culture libérale. Or, la vérité est dans les principes. Tant que certains hommes politiques se revendiqueront du pragmatisme, il n’y aura rien à attendre d’eux, si tant est bien entendu qu’on puisse en attendre quelque chose en France…
Ainsi que l’écrivait Bastiat, le plus grand penseur libéral français du milieu du XIXe siècle (mais quel homme politique le lit-il ?), le pire pour le libéralisme n’est pas d’être attaqué, mais d’être mal défendu.