
"[...] son contenu est le fruit d’années de travail (les cours et conférences) et de longues mises au point (le site lui-même) [...]"
par Ponsot (Dominicain, enseignant en Bible à la faculté de théologie de Toulouse)
"[...] son contenu est le fruit d’années de travail (les cours et conférences) et de longues mises au point (le site lui-même) [...]"
par Ponsot (Dominicain, enseignant en Bible à la faculté de théologie de Toulouse)
« Chers Amis,La France est riche de quelques 100 000 édifices religieux. Cathédrales, paroisses, basiliques, collégiales, chapelles, oratoires, temples, synagogues et mosquées, qu’ils soient campagnards, fortifiés, lacustres ou montagnards, sont au cœur des villes et des villages de France. Parmi eux, 60 000 églises rurales en surnombre aujourd’hui, peut-être en déshérence demain, affrontent des temps difficiles. Médiévales, baroques, classiques, néogothiques, Art déco ou contemporaines, 80 % d’entre elles ne sont ni protégées ni inventoriées. 10 % dépendent de communes de moins de 200 habitants qui peuvent difficilement les maintenir, 75 % appartiennent à des municipalités désargentées de moins de 3000 habitants, responsables de plusieurs bâtiments cultuels. C’est dire la magnificence de cet héritage mais aussi le poids de sa conservation !Deux problèmes se posent avec acuité :. D’abord inventorier cet ensemble prodigieux. Y a-t-il 70 ou 100 000 bâtiments cultuels ? Quel est l’état du bâti, sa beauté plastique et sa valeur spirituelle ?. Ensuite répondre à tous ceux qui veulent connaître, protéger ou sauver cet ensemble monumental.Fondé en 2006 sous la forme d’une association loi de 1901, l’Observatoire du Patrimoine Religieux entend répondre à ce double problème.. Pour inventorier cet ensemble unique, l’OPR réunit dans une base de données des photographies et des informations permettant de recenser les 70 000 ou 100 000 édifices religieux en France.. Pour répondre aux questions juridiques, administratives, financières, architecturales, culturelles et pratiques qui se posent, l’OPR prévoit un site Internet interactif avec des consultations en ligne.Bien que modeste face à l’ampleur de la tâche, l’Internet, moyen moderne, rapide, efficace, à la portée de tous est à même de répondre aux urgences qui interpellent propriétaires, affectataires, usagers, touristes, Français et Etrangers.Par voie médiatique, l’OPR a lancé un cri d’alarme auquel la presse a répondu de manière enthousiaste. Plus de 150 interviews dans les TV, radio, magazines et quotidiens nationaux et internationaux se sont succédées depuis mai 2007. Alertées par l’ampleur et l’urgence de cette cause nationale, les Journées Juridiques du Patrimoine 2007 lui ont été consacrée. Elles se sont déroulées au Sénat devant la Ministre de la Culture et un parterre de députés et de sénateurs.Soutenu par 450 membres, par leur présidente d’honneur, Bernadette Chirac et par le cardinal Poupard, le Recteur Dalil Boubakeur, le Pasteur Claude Baty, Président de la Fédération Protestante de France et le Rabbin Korsia, l’OPR a fait appel à des bonnes volontés pour réveiller les enthousiasmes, participer aux recherches et aider ceux qui affrontent difficilement le poids de cet immense patrimoine en danger. Des partenaires vont financer le site Internet en construction dont la saisie est réalisée par une dizaine d’étudiants dans le cadre universitaire de leur maîtrise ou doctorat. Directement concernés par le devenir des églises rurales, les 100 Présidents des Conseils généraux consultés ont répondu par des subventions, des prestations, des documents, des vœux et par la demande de conférences pour leurs universités.Pour 2008, je sollicite à nouveau votre adhésion à notre association. De votre générosité dépend le sort de combien d’édifices cultuels ruraux, emblèmes émouvants de nos villes et de villages, icônes de notre mémoire et de notre identité. En soutenant l’OPR, vous aiderez le plus grand musée vivant d’architecture, de peintures et de sculptures de la Nation et vous donnerez un avenir au passé de la France.
"Eckhart, le souffle mystique
Spiritualité. Sa parole, mal comprise en son temps, continue d'interroger les théologiens.
Le maître allemand, “à qui Dieu n’a jamais rien caché”, développa un mouvement spirituel en Rhénanie et prêchait, dans sa langue, l’union mystique de Dieu et de l’homme.
Lorsque naît Eckhart von Hochheim en Thuringe, vers 1260, le catholicisme n’en a pas fini avec les croisades, autant dire : avec les péripéties d’ici-bas et leur cortège de déceptions. Le jeune Eckhart, protégé des conflits de l’heure, étudie chez les dominicains, puis part pour Paris en 1292-1293, et à nouveau en 1302-1303 ; il y acquiert le grade de maître en théologie et enseigne à la chaire des dominicains étrangers. De retour à Erfurt, il est élu provincial de Saxonie, puis vicaire général de Bohême, responsable de cinquante-six couvents allant des Pays-Bas à Prague en passant par l’Allemagne du Nord. Il y prêche en latin et – ambition proche de celle de Dante à Florence – en langue vulgaire, ce haut-allemand honni des clercs.
En 1311-1313, Eckhart enseigne à nouveau en Sorbonne. Premières critiques. « Tous ceux de Paris, avec toute leur science, ne pouvaient comprendre ce qu’est Dieu dans la plus infime créature, voire dans une mouche. Je dis à présent que tout ce monde ne saurait Le comprendre. Rien de ce que l’on peut penser de dieu n’est Dieu. » Une même spiritualité gouverna en Ombrie, un siècle plus tôt, avec le Cantique du frère Soleil de François d’Assise et ses méditations vers sa «soeur la fourmi». C’était l’époque des quatrième et cinquième croisades,sans compter celles des albigeois (1209) et des enfants (1212). Naquit alors une contestation sourde : les ordonnances savantes mènent à des catastrophes séculières ; la voie du recueillement, ouverte aux ignorants, n’est-elle pas mieux accordée aux besoins spirituels ? Ainsi vont les ptôkoï tô pneumati des Béatitudes de Matthieu, non les imbéciles heureux, mais les mendiants de l’esprit, quêteurs de souffle.
Tels sont les termes du débat entre science et nescience, qui va tout à la fois empoisonner et enrichir les conflits entre clercs au XIVe siècle. «Toute chose a un pourquoi, mais Dieu n’en a pas », assure Eckhart. Dès lors, quid des vérités instruites qui ont poussé au salut personnel et collectif par la libération des Lieux saints ? Sont-elles plus vertueuses que les sincérités de la méditation ordinaire, rehaussées de la contemplation d’une Nature offerte chez soi ? Dans le doute, les sermons de Maître Eckhart, prônés tant à Strasbourg après 1313 qu’à Cologne jusqu’en 1326, provoquent une enquête inquisitoriale de l’archevêque Henri II de Virnebourg, relative à quarante-neuf propositions suspectes.
Au cours de son premier procès, Eckhart se défend facilement : les thèses en question sont des transcriptions erronées de ses prêches, lues hors de leur contexte. Un second procès se déroule à Avignon en 1327 ; il refuse de s’y excuser et demeure intransigeant quant à l’authenticité de l’expérience mystique que condensent ses Traités et Sermons. Vingt-huit articles attribués à Eckhart, mort en 1328, seront condamnés un an après par Jean XXII. Le théologien Josef Ratzinger en examinera plus tard le dossier, bien avant de devenir le pape Benoît XVI. Selon lui, le procès n’ayant pas été canoniquement constitué, et quoi qu’il en soit de maladresses de langage, il n’y a pas motif à condamnation, ni à réhabilitation.
En définitive, qu’en reste-t-il ? Deux manières d’exister et de se réaliser. D’une part, une voie ouverte, nourrie ou pas de culture philosophique, théologique, agricole, familiale ou de métier : ce que je dois accomplir me passe infiniment, et la notion que j’en acquiers s’accorde à mes circonstances ; ce qui m’oblige à inventer ma vie plutôt que d’imiter un modèle. D’autre part, une voie intellectuelle, idéologique ou névrotique : je sais par avance où je vais, et je poursuis un destin dicté par les certitudes dont je suis le dépositaire, spirituel ou non. Opposition radicale. La manière d’exister dessinée par Eckhart, murée en son temps et depuis agréée par Benoît XVI, est l’une des voies possibles, favorite de l’orthodoxie mais interdite de principe par le rationalisme moderne.
Eckhart assurait : « Si tu demandes à Dieu la santé quand tu es malade, ta santé t’est plus chère que Dieu. Alors il n’est pas ton Dieu : il est le dieu du ciel et de la terre, mais il n’est pas ton Dieu. » Ce principe de détachement (Abegescheidenheit) hérite de la théologie négative grecque, dite “apophatique” en orthodoxie. On le retrouvera dans le Mémorial de Pascal (1654) cousu dans sa veste, prière à un Dieu qui n’est pas celui « des philosophes et des savants » et ne contredit pas Celui des simples. Eckhart était par avance intervenu dans cette discussion : «Ne pas se contenter d’un dieu pensé, car si la pensée s’évanouit, dieu s’évanouit lui aussi. » Elle concernera Jean de la Croix, le Fénelon du « pur Amour », ou le Rousseau du Vicaire savoyard regardant la Nature comme le premier langage de Dieu : il n’y a pas de savoir de la vérité, mais il y a une vérité aven aventureuse à accomplir dans le cours d’une existence attentive, débarrassée de toute représentation déjà là. En terre germanique,tout le débat sur les vérités de la foi et celles des oeuvres, racines de la protestation de Luther (1530), en est issu. Au-delà, Eckhart, initiateur de la langue philosophique allemande, compte Nicolas de Cues, Schopenhauer ou Heidegger dans sa postérité et,en poésie, Angelus Silesius (« La rose est sans pourquoi/Elle fleurit parce qu’elle fleurit/Et ne prend soin de soi […].»), le romantique Novalis ou Rainer Maria Rilke.
[...]
L’erreur serait de croire aujourd’hui en une manière d’exister sur terre divinement, c’est-à-dire sans errements ; elle relèverait non d’une mystique mais d’une pratique ou d’une éthique impossibles, traits fondamentaux d’un comportement névrotique."
Maître Eckhart, être Dieu en Dieu, textes choisis et présentés par Benoît Beyer de Ryke, Seuil, coll. “Sagesses”, 96 pages, 5 euros.
En août 2007, j'ai écrit un article sur l'Athéisme chrétien. À l'époque, je cherchais à décrire le phénomène étrange du Christianisme moderne - celui dans lequel la vie telle que nous la vivons et la vie telle que nous disons que nous croyons qu’elle est sont deux choses distinctes. Ce n'est pas un problème d'hypocrisie mais de navigation du Christianisme vers une destination off-shore dans laquelle toute l’activité spirituelle importante est accomplie quelque part ailleurs que là nous vivons. Ainsi, le salut est quelque chose d’accompli dans l'histoire (sur la croix), ou dans l'esprit de Dieu (une expiation légale ou juridique), ou n'importe où ailleurs qu’ici et maintenant. Les mystères (sacrements) deviennent des commémorations, un témoignage de l’Absence Divine plutôt que de la Présence Divine. L’Initiation qui incorpore à l'Eglise est accomplie par une «ordonnance» qui est simplement perçue comme un signe, un acte public d'obéissance dans lequel il ne se passe rien (sauf peut-être dans le lieu off-shore). Le résultat de cette bifurcation de la foi est un monde vide dans lequel nous pouvons parler de la « mort de la religion ». Les chrétiens modernes ont un rapport à la foi très semblable à celui qu’ils ont avec une opinion politique. En effet, dans beaucoup d’églises modernes, la substance de la foi est elle-même objet de débat politique. Qu'est-ce que Dieu voudrait faire de nous en tant que créatures sexuelles par exemple, est une question de perception culturelle et de persuasion - pas de révélation. De telles approches du christianisme montrent suffisamment ce que le christianisme moderne est en train de devenir en Amérique. Les églises américaines deviennent la constitution en prière (avec tous les points de vue différents de la constitution représentés par les diverses confessions ou différentes branches de celles-ci). Nous devenons une nation de l'Eglise rouge, de l’Eglise bleue, dont aucune n’a de relation avec l'Eglise, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous.
Cela peut également faire de l'Eglise un instrument politique, ou de la politique un instrument ecclésial. Ainsi, la victoire d'un parti ou la défaite d’un autre est considérée comme une victoire de signification religieuse. Les deux principaux partis de cette saison d’élection ont embrassé la «foi», et généralement se sont trouvés eux-mêmes embrassés en retour. Mais la vérité est que le christianisme avec un Christ off-shore n'est pas le christianisme du tout. Le christianisme qui peut être affecté par un changement dans les vents de la politique n'est pas le christianisme du tout. Le navire de l'Eglise a été lancé contre la vague du paganisme romain et contre le vent de la domination croissante de l’état sur toutes les formes de vie. Le sang de plusieurs milliers a été versé avant que le vent n’ait changé et ait accordé une certaine liberté à l'Église - et cependant l'Eglise à contre-courant et contre le vent a été plus forte lorsque les vents et les marées ont changé que quand elle a commencé son voyage. Car la marée et le vent sur lesquels l'Église navigue, souffle dans ce monde, négligeant la météo de la politique des royaumes dont le destin est la chute. La capacité de se repentir et de marcher en union avec la Lumière Divine de Dieu est autant à portée dans le Goulag qu’elle l'est à la classe moyenne américaine qui bénéficie d’une liberté presque illimitée. Car "où l'Esprit du Seigneur est, là est la liberté" (2 Cor. 3:17). La mort de la religion, de la vraie religion chrétienne, se produit lorsque le Dieu qui s'est fait chair et a habité parmi nous, est vu comme le Dieu qui s’est retiré (après avoir ici accompli son travail ) et se trouve uniquement dans la distance de la pensée théologique. Il est peu étonnant que dans la stérilité de l'athéisme chrétien le vide d'une véritable vie spirituelle puisse être rempli avec la vacuité de la vie politique. Le parti républicain est mort. Le Parti démocratique est mort. Aucun des deux ne peuvent vous donner la vie. Ils appartiennent à un monde qui passe. Ce qui reste est ce qui a été créé par Dieu et qui continue de voguer malgré les vents et la marée qui obéissent à sa voix. Il est un Royaume de Dieu, qui se trouve dans la communion avec le Père, par l'intermédiaire du Fils dans l'Esprit Saint. Il ne nous est pas retiré, mais Il est venu parmi nous. Il déferle sur les vies humaines et brûle avec un feu spirituel dans les mystères (sacrements) de l'Eglise. Il guérit les malades, ressuscite les morts, repousse les démons et donne gratuitement ce qu'il a reçu gratuitement. Il ne connaît pas d’autre économie que la plénitude de Dieu, qui transforme la femme stérile en joyeuse mère de plusieurs enfants, qui fait couler l'eau dans le désert et change l'eau en vin. La religion n'est pas morte - seulement la vaine prétention d’une religion engendrée dans l'illusion du monde moderne. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dispersés. Que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. Et tous ces ennemis vivent en moi et en chacun de nous et Dieu doit se lever en nous et fasse fuir l'ennemi de l'intérieur de nous. Que son règne vienne, que Sa volonté soit faite. Que le navire vogue tout droit et dans la vérité et rencontre le Vent qui souffle où il veut. Gloire à Dieu pour toutes choses!