Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

vendredi 5 mai 2017

Melodia, l’histoire de la vie musicale russe depuis plus de 50 ans

http://www.resmusica.com/2014/05/05/les-50-ans-de-melodyia-par-andrey-krichevskiy/

Les 50 ans de Melodia par Andrey Krichevskiy

Melodya
Le label russe Melodyia célèbre ses 50 ans. Fondé à l’époque de l’URSS, Melodyia a enregistré tous les grands artistes soviétiques et russes. Le label est l’une des dernières légendes du disque, secteur malmené par la crise et les fusions. A l’occasion de cet anniversaire Andrey Krichevskiy, directeur de Melodyia nous présente les actuelles ambitions du label. 
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« Nos archives se composent de plus de 230.000 cassettes analogiques avec des enregistrements uniques »

ResMusica :  Qu’est ce qui fait l’ADN de Melodia ?
Andrey Krichevskiy : L’ADN de Melodia c’est l’histoire de la vie musicale russe  depuis plus de 50 ans.  L’ADN de Melodia c’est l’addition de plusieurs caractéristiques : la tradition musicale, la profonde vénération de la musique et de ses créateurs, le style unique et distinctif formé par des générations d’artistes talentueux ainsi que le travail des ingénieurs du son et des éditeurs.
En outre, Melodia est également un centre d’archives qui n’a que très peu d’équivalents dans le monde.  Nos archives se composent de plus de 230.000 cassettes analogiques avec des enregistrements uniques. La tâche principale de Melodia est de moderniser et de sauver ce patrimoine culturel. Nous dépensons d’énormes ressources – humaines et financières – pour la numérisation des archives.  Pour nos 50 ans, nous pouvons dire que nous avons numérisé 50% de nos archives.
RM : N’est-il n’est pas  intimidant de diriger une entreprise avec de tels trésors dans les archives?
AK : C’est un grand honneur mais c’est intimidant. Pour moi, en tant que Russe, plus la mission est intimidante, plus elle est intéressante à mener.
RM : Comment se porte le marché du disque en Russie ? Quels sont vos meilleurs marchés d’exportation?
AK : Le marché du disque en Russie est un marché en métamorphose avec la croissance de la sphère numérique. iTunes a été lancé en Russie il y a seulement un an. Le marché du disque russe est résistant et nous avons des positions commerciales fortes comme dans le domaine des contes populaires. Ces séries enregistrées dans les années 1950 se vendent toujours très bien auprès des nouvelles générations. A l’export, nos ventes de disques résistent aussi très bien. Nos meilleurs marchés sont : la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon. Il faut dire que nous avons la chance d’avoir un catalogue porté par des noms universellement connus des amateurs de musique : Richter, Gilels, Rostropovitch, Yudina, Kissin…
RM : Comment choisissez-vous les enregistrements à rééditer ?
AK : Nous avons un département éditorial important. Il sélectionne avec soin des bandes à éditer. Chaque semaine, nous effectuons les réunions éditoriales pour discuter de la politique de publication. Nos critères sont : la qualité de la performance, la qualité du son et la rareté de l’enregistrement. Nous essayons aussi de répondre aux besoins du marché, aux besoins de nos distributeurs et, bien sûr, de suivre les produits de nos concurrents.
RM : Melodia publie également de nouveaux enregistrements avec des artistes du XXIe siècle. Comment combinez-vous le passé et le présent ?
AK : Pour nous, il n’y a pas de différence entre le passé et le présent – il n’y a qu’un seul critère de sélection : la qualité. Nous publions des enregistrements d’artistes contemporains uniquement s’ils répondent aux plus hautes exigences professionnelles.
RM : Vous venez de sortir une collection de 33 tours à l’occasion de votre anniversaire. Pouvez-vous expliquer la philosophie de ce projet ?
AK : L’année dernière, nous avons organisé un vote par Internet. Nous avons demandé aux internautes de sélectionner les 50 enregistrements les plus populaires de l’histoire de  Melodia. Après avoir reçu les résultats du vote et après discussions avec notre staff éditorial, nous avons établi la liste des 50 vinyls de différents genres – musiques rock et pop russes,  classique  et contes populaires. Aujourd’hui, nous avons déjà publié  la moitié de la série et le reste sera édité progressivement tout au long de l’année. Chaque pressage est limité à 500 exemplaires et chaque album est numéroté de 1 à 500 – pour les collectionneurs. Nous avons déjà une demande pour la poursuite de cette série et nous allons bientôt commencer à publier de nouveaux disques mais dans un emballage plus « ordinaire ».
RM Melodia travaille sur une édition complète de la musique russe pour piano solo. Pouvez-vous nous expliquer ce projet ?
AK : Cette anthologie de la musique pour piano de compositeurs russes et soviétiques  est un projet commun entre Melodia et la Fondation . La série est divisée chronologiquement  en 4 : la musique russe (avant 1917), la musique composée entre 1917 et 1991, la musique contemporaine (1991-2010) et de la musique de compositeurs russes expatriés. En ce moment, nous préparons le septième volume avec des œuvres de compositeurs contemporains : K.Volkov, T.Chudova , T.Shakhidi , Yu.Vorontsov  et A.Sergunin Sysoev. Un huitième disque sera édité à l’automne.
Le projet est conçu comme une série de 30 disques contenant des enregistrements des chefs-d’œuvre reconnus de la musique russe et soviétique, mais aussi des enregistrements des compositions injustement oubliées. Cette anthologie est une tentative pour rassembler la musique constituant la fierté de la culture russe. La série comprendra des œuvres de compositeurs tels que , Aram Khatchaturian, , Andrei Eshpai, , Vissarion Chebaline, Mieczyslaw Weinberg, , Alexandre Alexandrov, , Galina Ustvolskaya, Dmitri Kabalevsky, Konstantin Makarov-Rakitine et bien d’autres. Une  importante partie des compositions est enregistrée pour la première fois. Cette série est en premier lieu un aperçu, pour le XXIe siècle, de la musique des deux siècles précédents.  L’anthologie propose quelques-uns des jeunes virtuoses actuels tels que : , Asiya Korepanova, , Ekaterina Mechetina et bien d’autres. Ces musiciens ont également pris part à la recherche des partitions dans les archives des éditeurs et ils ont donné leurs avis sur les musiques qui méritaient l’attention des auditeurs.
RM : Quels sont les autres projets futurs de Melodia ?
AK : Nous avons des plans ambitieux pour notre année anniversaire. Nous avons  publié des coffrets consacrés à Emil Gilels,  et .  Chacun de ces coffrets contient des enregistrements inédits. Nous préparons également d’autres box avec des enregistrements rares des pianistes  et . Nous allons aussi republier les enregistrements de  dont nous fêtons les 100 ans cette année.  Du côté des nouveaux enregistrements, nous avons une collaboration avec la soprano . Nous venons de publier un récital en solo et nous venons de finir, dans la salle historique du Conservatoire,  l’enregistrement d’un programme russe : Rachmaninov, Prokofiev et quelques raretés de Miaskovsky.  Nous préparons aussi des enregistrements du duo de piano  et , ainsi que des albums  du pianiste Vazgen Vartanian et de la violoniste .
Crédits photographiques  : Melodia

mardi 2 mai 2017

Document rare : Saint Païssios chantant "Christos anesti" et " Axion estin"…



Saint Païssios et le chant byzantin

"Voyez-vous le renouveau de la musique byzantine? Même de jeunes enfants apprennent la musique byzantine. Jadis, on trouvait difficilement quelqu'un qui la sache. Aujourd’hui, en revanche, certains enfants l’ont si bien apprise que les aînés en deviennent complexés! Quelles douces modulations du larynx possède notre musique byzantine! Les morceaux purement byzantins. enparticulier, ont des modulations douces et harmonieuses. Les unes sont légères comme le chant du rossignol, les autres ressemblent à des vaguelettes qui se brisent sur le rivage, et elles donnent une certaine majesté à la psalmodie. Toutes rendent et soulignent les pensées  divines que véhiculent les hymnes.

Mais il est rare d’entendre ces modulations harmonieuses. La plupart des chantres psalmodient d‘unc façon pauvre et sèche. Ils tronquent les modulations, laissent des trous, des vides. Le pire est qu’ils psalmodient sans accentuer les mots. Je m’interroge: les textes de leurs livres ne portent-ils pas d’accent tonique ? Sont-ils comme la grammaire actuelle, qui a supprimé les accents et les esprits ? Ils psalmodient de façon bien plate. Tout est au même niveau, comme si un bulldozer était passé par là pour niveler ! On les entend répéter Pa, Ni, Zo, Pa, Ni, Zo, et c’est tout ce qu’ils savent faire. 

D’autres, au contraire, accentuent les mots sans mettre d’âme à leur chant et, au lieu de psalmodier, ils ne font que crier. D’autres encore accentuent avec force tous les mots et psalmodient toutes les phrases sans faire de différences martelant les syllabes comme s’ils plantaient des clous avec un marteau! C’est la triste réalité : la plupart des psalmodies sont ou bien dénuées d’accentuation ou bien dures comme des coups de marteau! 
Elles ne stimulent pas intérieurement, ne transforment pas. Dire que la pure musique byzantine est si harmonieuse! Elle apaise et adoucit l’âme. La vraie psalmodie est le débordement de l’état spirituel intérieur. Elle est une divine allégresse! Le Christ comble le cœur d’allégresse et l’homme prie Dieu d’un cœur exultant d’allégresse. 

Quand le chantre participe avec tout son être à sa psalmodie, il en est transformé, au bon sens du terme, et tous ceux qui 1’écoutent en sont transformés. 

Il y a quelques années, un chantre éminent vint au Mont Athos où il se ridiculisa. Les pères psalmodiaient selon la vraie tradition byzantine, accomplissant les modulations qui ont disparu des partitions actuelles. Ils invitèrent ce chantre à psalmodier avec eux dans le chœur, mais lui ne faisait aucune modulation, car il les ignorait. Les pères athonites eux, savaient les exécuter par tradition. Ce chantre et certains autres se posèrent ensuite des questions. Une salutaire inquiétude s’empara d’eux: ils consultèrent alors les manuscrits, s’exercèrent, écoutèrent de vieux chantres qui psalmodiaient selon la tradition, et ils retrouvèrent les modulations héritées des anciens."
St Païssios 
in "Avec Amour et douleur pour le monde contemporain "
Le monde reviendra à la tradition
édité par le monastère St Jean le Théologien Souroti Thessalonique

lundi 1 mai 2017

QUELLE MÉDIATION ? par Slobodan Despot



EXTRAITS DU N° 74

Voici quelques mois, un ami journaliste m’avait interpellé sur le nom de cette lettre: «Pourquoi prétendez-vous faire de l’antipresse, alors que vous produisez des articles argumentés, nuancés, cultivés et souvent impartiaux? Bref: vous faites de la presse à l’ancienne!» J’ai beaucoup réfléchi à cette boutade. De fait, notre mission n’est pas d’offrir un contrepoint aux partis pris de la presse. Notre mission est de reconstituer une presse qui n’existe plus, d’assurer l’intérim. L’Antipresse, c’est la presse à l’endroit.




[…] La disparition d’une presse indépendante, souveraine et différenciée est l’une des causes fondamentales de cette régression. Sans nous en apercevoir — parce que nous demeurons attachés aux rites et aux signes extérieurs — nous sommes sortis de l’ère des médias. Les médias intermédiaires et médiateurs ont cessé d’exister. Leur rôle originel implique une neutralité qu’ils n’ont plus, une fonction de relais entre des offres et des demandes, entre des propositions et des réalités. Même si certains secteurs — culture, loisirs, sport — continuent de produire une information de qualité, nous avons affaire désormais, du point de vue de leur fonction stratégique, à des outils de propagande et de rééducation.

Le constat vaut autant, à des nuances près, pour le service public que pour le privé: signe d’une fusion totalitaire entre l’État et le grand capital et de l’avènement d’une hypercaste, de cette Suprasociété que Zinoviev avait prophétisée dès la fin de l’URSS. La seule presse digne de ce nom, demain, sera celle qui vivra grâce à ses lecteurs et pour eux, et non à la botte et pour le profit de ses annonceurs ou de ses propriétaires.

La factologie contre l’information

Ainsi donc, par un paradoxe qui n’étonnera guère les rhétoriciens, les plus grands producteurs de fake news se sont transformés en juges et garants de la véracité des faits, réduisant l’information à de la factologie.

Les faits ne sont pas l’information


Là réside leur tromperie première: les faits n’existent qu’au travers de la narration qu’on en fait. Ils sont tributaires d’une grille de lecture, donc d’une subjectivité assumée. La factologie, elle, prétend occulter la part inévitable de subjectivité du travail de l’information. Cet escamotage, au vu de l’évolution des mêmes médias ces dernières décennies, est assez compréhensible. A force de marcher sur une planche systématiquement inclinée, ils ont perdu la sensation même du plat. De fait, une information sans parti pris et sans prédication morale est tout simplement impensable dans un grand média d’Occident. Ce parti pris et cette prédication monocorde traduisent une vision du monde monolithique et s’incarnent en un langage monolithique. Ainsi, on ne trouvera pas dans les mass media d’autre appellation pour le gouvernement légal de Syrie que «le régime de Damas». Ce n’est d’ailleurs plus une appellation, mais le tag de stigmatisation apposé à une entité qu’on combat.

Un univers monolithique



La pluralité d’opinions n’est plus, elle aussi, qu’une vue de l’esprit. Le cas du Journal publiant en 1924, contre ses propres convictions, les reportages de plus en plus dévastateurs d’Henri Béraud sur la réalité soviétique (qui deviendront son Ce que j’ai vu à Moscou), simplement parce que son directeur s’y était engagé, semble relever d’une utopie idyllique. De tels démentis à la ligne éditoriale ne se tolèrent plus, surtout pas en feuilleton. S’il subsiste encore dans la presse anglo-saxonne quelques rares journalistes de haut vol aux positions imprévisibles, il n’est plus aucune figure de ce genre en France ou en Allemagne. Ici, il arrive tout au plus que les journaux concèdent une tribune à des agitateurs extraprofessionnels, comme un Onfray ou un Botho Strauss.

Le débat d’idées est en effet peu à peu devenu un service extra-rédactionnel. On lui aménage des bacs à sable du genre Figaro Vox: ces services assurent le maintien d’un certain lectorat tout en servant de soupapes à la pression de l’opinion — au même titre que les commentaires en ligne. Ils masquent la normalisation et l’appauvrissement intellectuel des contenus proprement rédactionnels.
Cela se passe désormais… chez vous!

La brutalité et la rapidité de ce processus sont particulièrement sensibles dans l’évolution des organes de presse d’Europe de l’Est récemment rachetés par des groupes occidentaux (essentiellement germaniques). Impersonnalisation, globalisation, financiarisation, émasculation sont les mots-clefs de ces «réformes», qui souvent n’aboutissent qu’à la mort du patient, ou à la transformation de journaux historiques en simples vecteurs de pub. Le «package» idéologique infusé de pair avec le capital occidental n’est pas négociable, dût-il choquer et aliéner les derniers restes de lectorat. Le filtre du globalisme occidental doit être appliqué à chaque objectif, à chaque écran, à la plus vieille paire de lunettes du plus chevronné des rédacteurs, celui-là même qui avait réussi à se faufiler par l’ironie et le double langage entre les dogmes grossiers du socialisme réel.

Le monolithisme agressif des médias occidentaux est une donnée de base du dispositif stratégique incarné dans son volet militaire par l’OTAN. Au temps de la guerre ex-Yougoslavie, un Serbe ou pro-serbe avait plus de chances d’obtenir une tribune ou un démenti dans un journal croate que dans un journal d’un pays en principe non impliqué comme la France. La France où, justement, la presse faisait preuve d’un bellicisme atlantiste très en avance sur les positions réelles du gouvernement, plutôt souverainiste et réservé du temps de Mitterrand et Chirac.

A cette époque, les populations occidentales n’avaient pas encore conscience du bain de fake news où elles barbotaient, car les enjeux des matraquages médiatiques d’alors, à première vue, ne les concernaient pas. C’est grâce à cette indifférence et à l’absence totale de contre-pouvoirs que des contrevérités avérées que les médias se refusaient à corriger se sont retrouvées telles quelles dans le matériel de preuve des juges du TPI. Ceux-ci ont même réussi à mettre en accusation un personnage fictif issu d’un roman satirique (Le Héros sur son âne), le dénommé Gruban Malić, simplement parce qu’un reporter américain avait été suffisamment idiot pour ne pas «fact-checker» la blague d’un journaliste local!
Vers la robotisation

Les choses ont fondamentalement changé avec la décentralisation de l’information via l’internet, le rapprochement des enjeux (crise européenne, islam, migrations), et l’irruption de la contre-information russe. La mue récente des médias occidentaux, leur raidissement idéologique et leur dégringolade éthique témoignent à la fois d’une évolution professionnelle et d’un changement de mission stratégique.



Sur le plan professionnel, ce développement laisse entrevoir une issue burlesque qu’un Philip K. Dick n’eût pas reniée: le remplacement des rédacteurs par des algorithmes. Nous n’en sommes plus très loin avec l’émergence des outils informatiques de fact checking comme le Decodex du Monde ou le CrossCheck adopté par des dizaines de rédactions dans le but de traquer les fake news de la présidentielle française. Ces journalistes ne semblent pas avoir compris qu’en s’associant avec un enthousiasme de jobards à ces programmes d’«intelligence artificielle» fournis par Google, ils signaient leur propre arrêt de mort. Si les journalistes ne savent plus discerner le vrai du faux par leurs propres moyens, à quoi peuvent-ils bien servir, eux et leur formation?

De fait, c’est en Californie que s’élabore désormais l’avenir du journalisme officiel, notamment français. Le News Lab est ce «ministère de la vérité» de Google qui «collabore avec journalistes et entrepreneurs pour construire l’avenir des médias». Le manifeste de sa mission primordiale — «Fiabilité et Vérification» — est repris tel quel par les médias affiliés pour justifier leur nouvelle besogne de triage (plutôt que de création) des contenus.

Personne en France n’a prêté attention à l’explosion des ambitions de Google sous sa nouvelle entité portant le nom évocateur d’Alphabet. Personne ne s’est demandé à quoi allait réellement servir le «fonds Google» de 60 millions concédé par le géant informatique à la France en 2013 contre l’abandon de la requête en matière de droits formulée par les éditeurs français à son encontre. Or, non content de s’immuniser en versant une modeste obole aux Français, Google s’est assuré avec ce fonds d’un laboratoire grandeur nature pour expérimenter sa vision du «journalisme 2.0» avec la collaboration de médias dépassés affichant fièrement leur idiotie et leur inutilité.
Qui croit encore aux médias?

La dématérialisation de la presse ne marque pas une simple évolution technique, mais, comme dans le cas de Google, un changement de métier, passant notamment par des services et des applications sans grand lien avec le cœur de la profession. Le concept de journalisme est lui-même redéfini à la volée. Sous les formulations doucereuses du News Lab, on décèle le projet d’une supervision universelle de l’information par contrôle, filtrage et élimination, étroitement parente des pratiques logicielles de la NSA dénoncées par Snowden.

Aux yeux du système, les médias d’information sont déjà du passé. Seuls leurs opposants croient encore à leur existence. Aujourd’hui déjà, les jeunes adultes ne s’«informent» plus en lisant Le Monde — fût-ce sur écran —, mais en puisant dans la vapeur nébulisée par les réseaux sociaux. Ces réseaux sont eux-mêmes régis par des algorithmes qui sélectionnent les informations qu’ils reçoivent et les orientent vers ceux qui pensent comme eux. Modifier cette orientation, y introduire une part graduelle d’inversion, discréditer les identités où l’on se reconnaît sur le net, n’est qu’une affaire de programmation. D’où l’investissement massif des pouvoirs financiers et politiques américains dans ces réseaux.

Cette migration de l’information vers le contrôle s’accompagne de l’objectivation d’une idéologie sous forme d’algorithmes impersonnels. Une telle mécanicisation de la pensée ne s’est encore jamais vue dans l’histoire. Elle ressortit, d’une part, à la pétrification de l’empire atlantiste dans sa phase terminale: Les documents publics de l’OTAN regorgent d’instructions et de projets relatifs au contrôle de l’information. L’un de ses hauts dirigeants vient d’ailleurs d’assimiler les «fake news» (lisez: l’information libre) à une agression militaire contre l’Alliance au sens du fameux article 5 de sa charte. L’arrestation de blogueurs en territoire européen nous pend au nez.

D’autre part, elle est concomitante d’une contestation, par les élites techno-financières, de la démocratie participative elle-même. Le prétendant le plus «branché» à la présidence française n’a-t-il pas déclaré qu’il ne voyait pas l’utilité… de l’élection? Les peuples ne votent-ils pas systématiquement mal? Ne serait-il pas prudent de leur ôter la voix – ou alors de les dissoudre dans l’anonymat des «réseaux»?


Les journaux traditionnels, avec tous leurs défauts, sont des composantes indispensables de la démocratie. Ils incarnent la capacité d’une communauté humaine à s’organiser et à parler d’une même voix pour défendre un projet de société commun. La disparition de la pluralité de la presse, puis de la presse elle-même, signifie aussi la disparition des communautés et l’atomisation terminale de la société en particules humaines interchangeables. Les Européens soucieux de préserver leurs libertés et leurs identités ne devraient pas se réjouir de la disparition des médias, mais œuvrer à leur réactivation. Les médias représentatifs du sentiment et de l’intérêt populaires ont de beaux jours devant eux. Même imprimés sur du papier!

samedi 29 avril 2017

"JE VOUS L'AI DIT ET VOUS NE CROYEZ PAS"


JEAN 10

1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. 4 Lorsqu'il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un étranger; mais elles fuiront loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. 6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait.

7 Jésus leur dit encore: En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands; mais les brebis ne les ont point écoutés. 9 Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance.

11 Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12 Mais le mercenaire, qui n'est pas le berger, et à qui n'appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite; et le loup les ravit et les disperse. 13 Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se met point en peine des brebis. 14 Je suis le bon berger. Je connais mes brebis, et elles me connaissent, 15 comme le Père me connaît et comme je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis. 16 J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là, il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. 17 Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre.18 Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre: tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père.

19 Il y eut de nouveau, à cause de ces paroles, division parmi les Juifs. 20 Plusieurs d'entre eux disaient: Il a un démon, il est fou; pourquoi l'écoutez-vous? 21 D'autres disaient: Ce ne sont pas les paroles d'un démoniaque; un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles?

22 On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C'était l'hiver. 23 Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. 24 Les Juifs l'entourèrent, et lui dirent: Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? Si tu es le Christ, dis-le nous franchement. 25 Jésus leur répondit: Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. 26 Mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. 27 Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. 28 Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main.29 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. 30 Moi et le Père nous sommes un.

31 Alors les Juifs prirent de nouveau des pierres pour le lapider. 32 Jésus leur dit : Je vous ai fait voir plusieurs bonnes oeuvres venant de mon Père : pour laquelle me lapidez-vous? 33 Les Juifs lui répondirent: Ce n'est point pour une bonne oeuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu. 34 Jésus leur répondit: N'est-il pas écrit dans votre loi: J'ai dit: Vous êtes des dieux ? 35 Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et si l'Écriture ne peut être anéantie,36 celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous lui dites : Tu blasphèmes! Et cela parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu. 37 Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas. 38 Mais si je les fais, quand même vous ne me croyez point, croyez à ces oeuvres, afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et que je suis dans le Père. 39 Là-dessus, ils cherchèrent encore à le saisir, mais il s'échappa de leurs mains.

40 Jésus s'en alla de nouveau au delà du Jourdain, dans le lieu où Jean avait d'abord baptisé. Et il y demeura.41 Beaucoup de gens vinrent à lui, et ils disaient: Jean n'a fait aucun miracle; mais tout ce que Jean a dit de cet homme était vrai. 42 Et, dans ce lieu-là, plusieurs crurent en lui.

vendredi 28 avril 2017

samedi 22 avril 2017

OÙ est "CHEZ NOUS" ? QUI est "NOUS" ?

2ème épitre de Saint Jean :

" Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n'a point Dieu; celui qui demeure dans cette doctrine a le Père et le Fils. 10 Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas: Salut! 11 car celui qui lui dit : Salut! participe à ses mauvaises oeuvres." (2 Jean 9-11)


Extraits de l’arrêt du 13 février 2003 de la Cour européenne des droits de l’homme :

• La Cour rappelle que la liberté de pensée, de conscience et de religion représente l’une des assises d’une « société démocratique » au sens de la Convention. Cette liberté figure, dans sa dimension religieuse, parmi les éléments les plus essentiels de l’identité des croyants et de leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les agnostiques, les sceptiques ou les indifférents.

• Il y va du pluralisme – chèrement conquis au cours des siècles – qui ne saurait être dissocié de pareille société. Cette liberté implique, notamment, celle d’adhérer ou non à une religion et celle de la pratiquer ou de ne pas la pratiquer.

• Par ailleurs, dans une société démocratique, où plusieurs religions coexistent au sein d’une même population, il peut se révéler nécessaire d’assortir la liberté en question de limitations propres à concilier les intérêts des divers groupes et à assurer le respect des convictions de chacun

• Selon la Cour, dans une société démocratique, l’Etat peut limiter la liberté de manifester une religion, par exemple le port du foulard islamique, si l’usage de cette liberté nuit à l’objectif visé de protection des droits et libertés d’autrui, de l’ordre et de la sécurité publique

• la Cour estime (…) qu’un parti politique dont les responsables incitent à recourir à la violence ou proposent un projet politique qui ne respecte pas la démocratie ou qui vise la destruction de celle-ci ainsi que la méconnaissance des droits et libertés qu’elle reconnaît, ne peut se prévaloir de la protection de la Convention contre les sanctions infligées pour ces motifs.

• Nul ne doit être autorisé à se prévaloir des dispositions de la Convention pour affaiblir ou détruire les idéaux et valeurs d’une société démocratique.

• Dans ce contexte, la Cour considère qu’il n’est pas du tout improbable que des mouvements totalitaires, organisés sous la forme de partis politiques, mettent fin à la démocratie, après avoir prospéré sous le régime démocratique. L’histoire européenne contemporaine en connaît des exemples.

• la Cour partage l’analyse effectuée par la chambre quant à l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie,

• A l’instar de la Cour constitutionnelle, la Cour reconnaît que la charia, reflétant fidèlement les dogmes et les règles divines édictés par la religion, présente un caractère stable et invariable. Lui sont étrangers des principes tels que le pluralisme dans la participation politique ou l’évolution incessante des libertés publiques.

• La Cour relève que (…) l’instauration de la charia est difficilement compatible avec les principes fondamentaux de la démocratie

• Il est difficile à la fois de se déclarer respectueux de la démocratie et des droits de l’homme et de soutenir un régime fondé sur la charia, qui se démarque nettement des valeurs de la Convention, notamment eu égard à ses règles de droit pénal et de procédure pénale, à la place qu’il réserve aux femmes dans l’ordre juridique et à son intervention dans tous les domaines de la vie privée et publique conformément aux normes religieuses.

• La Cour considère que, quelle que soit l’acception que l’on donne à la notion de djihad (dont le premier sens est la guerre sainte et la lutte à mener jusqu’à la domination totale de la religion musulmane dans la société), invoquée dans la plupart des discours mentionnés ci-dessus, une ambiguïté régnait dans la terminologie utilisée quant à la méthode à employer pour accéder au pouvoir politique.

lundi 17 avril 2017

LA RÉSURRECTION ICI ET MAINTENANT par J.C LARCHET

« La victoire sur la mort est avant tout une victoire spirituelle qui se manifeste dès maintenant », une interview de Jean-Claude Larchet dans l’hebdomadaire de l’Église roumaine « Lumina de Duminica »

« La victoire sur la mort est avant tout une victoire spirituelle qui se manifeste dès maintenant », une interview de Jean-Claude Larchet dans l’hebdomadaire de l’Église roumaine « Lumina de Duminica »



« Lumina de Duminică » , version hebdomadaire du quotidien de l’Église roumaine  « Ziarul Lumina » a publié hier une interview de Jean-Claude Larchet sur le sens de la Résurrection. On en trouvera ici la version roumaine et ci-dessous la version française.
« La victoire sur la mort est avant tout une victoire spirituelle qui se manifeste dès maintenant »


  1. Mis à part le christianisme, aucune autre religion ne parle de Résurrection. Qu’est-ce que la Résurrection du Christ a représenté pour le monde antique et païen et comment les Saints Pères ont mis en lumière cet événement dans leurs écrits?
L’affirmation d’une résurrection des morts a représenté une nouveauté radicale par rapport au courant de pensée dominant du monde antique, représenté notamment par le platonisme, qui valorisait l’âme exclusivement et considérait que la vie après la mort ne pouvait être que la vie de l’âme seule, libérée du corps qui n’était pour elle qu’une prison le temps de cette vie terrestre.
L’anthropologie chrétienne a toujours considéré que l’homme est constitué d’une âme et d’un corps indissociablement, et que le corps a une valeur autant que l’âme, car il a lui aussi été créé par Dieu, porte Son image, est appelé à participer à la vie spirituelle, à recevoir la grâce divine et même à être déifié. Cette valorisation du corps en tant que constitutif de la nature humaine a été confirmée au plus haut niveau par le fait que le Verbe, le Fils de Dieu, en S’incarnant a pris non seulement une âme, mais un corps. Sa dimension spirituelle, son aptitude à être déifié sont quant à elles soulignées dès l’origine par saint Paul: « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu? Et que vous ne vous appartenez pas? Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Co 6, 19-20).
Cette anthropologie a non seulement été défendue par les premiers Pères de l’Église (en particulier saint Irénée) contre les courants platoniciens et gnostiques qui méprisaient le corps, mais aussi au XIVe siècle par saint Grégoire Palamas qui a fortement souligné la participation du corps à la vie spirituelle – dès ses premiers degrés, dans l’ascèse et la prière – jusqu’en son plus haut degré – la vision de Dieu–, et le fait qu’il est déifié au même titre que l’âme.
La foi en la résurrection fut quant à elle défendue par les premiers Pères, contre les intellectuels de l’époque qui la jugeaient scandaleuse et la raillaient. On en trouve une apologie développée dans le Contre Celse d’Origène, et surtout dans le traité Sur la résurrection des morts d’Athénagore.
  1. Sur la Croix la vie semblait engloutie par la mort. Mais, en Christ, la mort « en entrant en Dieu est consommée », elle se dissout en Lui, car « ne trouve aucune place pour elle là-bas ». Qu’est-ce que nous pouvons faire, en tant qu’êtres mortels, pour que la mort ne puisse plus nous toucher, pour que nous soyons semblables au Seigneur, en tant que « vases » où la mort ne trouve plus d’abri?
La victoire sur la mort n’est pas seulement, comme on le croit souvent, une victoire physique, qui se manifeste dans la résurrection future. C’est avant tout une victoire spirituelle qui se manifeste dès maintenant: le Christ sur la Croix a vaincu le pouvoir que la mort a sur nous par la crainte qu’elle nous inspire, et le pouvoir que le diable a sur nous par le moyen de cette crainte. C’est l’enseignement même de saint Paul, qui affirme que le Christ, en participant à notre nature, avait pour but « d’affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort » (He 2, 15). Et Théodore de Mopsueste et saint Jean Chrysostome en particulier ont noté que les hommes développent en eux les passions comme une tentative de vivre intensément et d’échapper à la mort, ce qui est évidemment une double illusion.
Ces idées trouvent aussi un fondement dans les paroles de saint Paul qui, face à la victoire du Christ sur la mort s’écrie: « Ô mort, où est ta victoire? où est ton aiguillon? » (1 Co 15, 55). En nous unissant au Christ, nous pouvons recevoir cette grâce qu’Il nous a acquise: non seulement dépasser la mort physique par la résurrection future, mais avant cela n’être plus dominé spirituellement par la mort, notamment à travers la crainte qu’elle nous inspire, et par là devenir libre par rapport à nos passions qui nous attachent à notre vie biologique et à ce monde.
  1. La Résurrection opère un changement fondamental dans la nature déchue, en ouvrant une possibilité énorme: la sanctification de la mort elle-même. Dans le Patriarcat roumain, l’année 2017 a été dédié à tous ceux qui ont témoigné de l’Orthodoxie durant l’oppression communiste. Comment ont-ils réussi, par le dépassement de la peur et de la douleur physique, de sanctifier leurs propres morts? Qu’est-ce que la mort a signifié pour eux?
Je ne sais pas si l’on peut parler d’une sanctification de la mort: le tropaire de Pâques dit que le Christ « par Sa mort a vaincu la mort » et saint Jean Chrysostome y voit « la mort de la mort ». La mort qui signifiait avant cela l’anéantissement de toute chose devient elle-même un néant; elle cesse d’être une fin pour devenir le simple point de passage d’un mode de vie à un autre.
Quant aux martyrs, ils nous donnent l’exemple de chrétiens qui, par la foi dans le Christ et l’union étroite à Lui, ont dépassé la peur de la souffrance et de la mort. Elles n’ont plus de pouvoir sur eux, ni le diable ni le péché qui agissent en s’appuyant sur elles. Ils les affrontent non seulement de plein gré, mais de bon gré.
Mais cela, chaque chrétien est appelé aussi à le réaliser par la vie ascétique (que certains Pères qualifient de martyr progressif et non sanglant): elle nous apprend à nous familiariser avec la souffrance (dans les peines volontaires de l’ascèse que nous recherchons – comme le jeûne, les veilles, le travail fatigant, et toutes les formes de renoncement –, ou dans les peines involontaires que cette existence terrestre nous impose – comme les maladies – mais que nous acceptons de bon gré); elle nous apprend aussi à nous familiariser avec la mort (dans ce que les Pères appellent la « mémoire de la mort », mais aussi dans le processus de mortification du « vieil homme » [Rm 6, 6; Eph 4, 22]; Col 3, 9] qui est l’homme soumis, par le biais de ses passions, aux déterminismes biologiques et sociologiques).
  1. À partir du moment de la victoire du Christ sur la mort, la Résurrection est devenue la loi universelle du monde créé, surtout pour l’homme. On pourrait dire que notre salut est garanti à 100%. Et pourtant, ce n’est pas ainsi, car nous tombons souvent dans le péché. Quel est le rôle de la pénitence, des larmes, de ce baptême d’après le baptême? Peuvent-elles faire en sorte que la Résurrection nous soit plus proche?
Attention: il ne faut pas confondre résurrection et salut. Tous les hommes, quelle que soit leur qualité spirituelle, ressusciteront (cf. Ac 24, 15), c’est-à-dire retrouveront leur corps (quoique sous un nouveau mode d’existence). Après le Jugement, certains mèneront une vie paradisiaque avec ce corps, d’autres subiront les peines de l’enfer avec ce corps. La vie éternelle est certes une grâce, mais elle sera accordée à tous les hommes; cependant, selon les choix qu’ils auront fait au cours de leur vie terrestre pour ou contre Dieu, pour certains, comme le dit saint Maxime le Confesseur, ce « toujours-être » sera un « toujours-être-bien » (celui de la vie paradisiaque), tandis que pour d’autres ce sera un « toujours-être-mal » (celui de la vie infernale).
Mais c’est effectivement à travers la purification de nos péchés (et avant tout de nos passions qui en sont la source) et à travers la pratique corrélative des vertus que nous trouvons le salut. Ces deux aspects sont contenus dans la pratique des commandements divins, qui ne sont pas des règles morales ni des lois, mais des préceptes qui nous permettent de nous assimiler au Christ dans notre mode d’existence (c’est-à-dire dans les actes, dispositions et états de tout notre être).
La pénitence joue un rôle de premier plan dans ces deux phases de la vie spirituelle, car la pénitence ne consiste pas seulement à pleurer sur les fautes passées ou présentes, mais à vouloir fermement s’améliorer dans l’avenir et dès maintenant. C’est fondamentalement un processus de conversion (ce que marque bien son nom grec, metanoia, qui signifie littéralement changement de mentalité). Ce processus (qui doit être actif en permanence) nous permet de nous désolidariser du mode de vie déchu (selon les passions et les péchés qui en découlent) pour nous attacher au mode de vie selon le Christ.
  1. Même pour les chrétiens de nos jours, la Résurrection représente plutôt une espérance, une croyance. Comment pouvons-nous faire en sorte qu’elle devienne une réalité présente dans nos âmes?
La résurrection signifie positivement pour l’homme la possibilité de vivre éternellement en Dieu dans tout son être – âme et corps. Cette vie, qui sera celle des justes après le Jugement, peut et doit être anticipée: dans l’Église, nous pouvons vivre les prémices du Royaume des cieux à la mesure de notre développement spirituel en Christ. On voit comment chez les saints le corps témoigne déjà ici-bas d’une nouvelle vie, donnée par la présence en lui des énergies divines (dont les icônes et les reliques manifestent le rayonnement et la force).
Grâce à la résurrection future, la mort n’est pas une fin définitive de la vie spirituelle que nous menons ici-bas avec tout notre être, ni le commencement d’un mode de vie définitif sans le corps. Elle ne rompt pas fondamentalement la continuité de la vie spirituelle que nous commençons à mener ici-bas dans l’Église. La vie dans le Royaume ne sera pas une vie radicalement nouvelle, mais une restauration et un renouvellement (de la vie de l’âme avec le corps) et un accomplissement (de la vie spirituelle qui trouvera alors sa plénitude).
  1. Dans votre ouvrage La vie après la mort selon la Tradition orthodoxe, vos tout premiers mots touchent au mystère de la mort, la seule chose incontournable de notre vie, dont on ne connaît ni ce qu’elle est, ni où elle nous conduit. On pourrait continuer, en s’exclamant: « Infiniment plus accablant est le mystère de la Résurrection ! » Pourquoi le Christ ne parle pas de manière plus développée sur Sa Résurrection, mais seulement annonce aux Apôtres qu’Il sera tué par les juifs et ressuscitera le troisième jour? Pourquoi n’a-t-Il pas révélé aux vivants les mystères de l’au-delà?
Parce que Dieu fera « toute chose nouvelle » (Ap 21, 5), qu’il y aura alors « des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65, 17; Ap 21, 1), nous ne pouvons pas vraiment comprendre à partir de notre condition déchue actuelle ce que sera notre vie future, mais seulement en avoir des aperçus. À la Résurrection nous retrouverons notre corps (et non un corps étranger) mais il existera selon un mode nouveau, du fait notamment qu’il sera moins matériel, plus subtil, et ne sera plus soumis aux déterminismes spatio-temporels auxquels sont soumis dans le monde actuel toutes les choses matérielles. Il ressemblera au corps qu’avait Adam à l’origine (ce que nous ne pouvons pas non plus précisément connaître) et au corps qu’avait le Christ ressuscité, lequel avait des propriétés surnaturelles puisqu’il pouvait se trouver en plusieurs lieux à la fois, parcourir en un instant de grandes distances, ou franchir les portes closes ou les murs (Jn 20, 19 et 26)…
Ce corps qui sera aussi le nôtre est ce que saint Paul appelle le « corps spirituel » en le distinguant du corps psychique ou animal (cf. 1 Co 15, 35-50).
  1. Le Christ a dit : « Je suis la Résurrection et la Vie: celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jn 11, 25), et l’écrivain ecclésiastique Athénagore l’Athénien conclut son œuvre Sur la résurrection des morts, en disant: « S’il n’y avait pas de résurrection, l’homme ne pourrait lui-même non plus durer. » Quel est le rôle du corps, de la matière, dans le fait de la Résurrection? Le Christ est ressuscité avec Son corps, et nous, par la communion eucharistique, c’est-à-dire par Son corps ressuscité, avons la communion avec l’immortalité. Parlez-nous sur l’importance du corps au sein du christianisme.
C’est un vaste sujet, car le christianisme depuis l’origine a eu à lutter contre des courants de pensée assez forts qui dévalorisaient le corps. Pour le platonisme et pour les différents courants gnostiques de l’Antiquité, l’homme c’est l’âme seulement, ou même seulement la partie la plus noble de celle-ci l’intellect (nous en grec). Selon eux, l’homme vivait à l’origine en tant que pur esprit dans un état de perfection qu’il a perdu; sa déchéance a consisté pour lui à tomber dans le monde matériel, son âme entrant dans un corps qui est devenu pour elle une prison; la philosophie (comprise dans un sens éthique) consiste alors à détacher l’âme du corps en s’élevant par l’esprit au-dessus du monde matériel. Pour le courant gnostique (qui a pris une grande variété de formes dans l’Antiquité et jusqu’à une époque récente dans diverses sectes), la matière, et donc le corps, c’est le mal. Dès les premiers temps, les Pères se sont attaché à montrer que l’homme ce n’est ni le corps seulement ni l’âme seulement, mais les deux ensemble, indissociablement. Si Athénagore dit que « s’il n’y avait pas de résurrection, l’homme ne pourrait lui-même non plus durer », c’est parce que l’homme n’est pas durablement concevable sans son corps; le corps est une partie de l’être humain; comme le dit saint Irénée, l’homme sans son corps n’est plus vraiment homme. Les Pères soulignent que pour le christianisme, l’homme tout entier, corps et âme, est appelé à être sauvé et déifié, que le corps et la matière en général ne sont pas mauvais, mais que ce qui est mauvais c’est l’attachement passionnel à la matérialité et à l’apparence sensible des choses. Les Pères, à la suite de saint Paul n’opposent pas l’âme au corps, mais ce qui est spirituel à ce qui est charnel, or le corps et l’âme sont tous deux susceptibles d’être spirituels ou charnels, selon qu’ils sont unis à Dieu ou à ce monde.
C’est dans la théologie de saint Grégoire Palamas que le corps a été le plus fortement valorisé dans sa fonction et son destin spirituels: le docteur hésychaste souligne la forte implication du corps dans la prière et dans la vie ascétique en général, mais aussi dans la vision de Dieu et la participation à la vie bienheureuse en Dieu. Mais évidemment il n’a pas été le premier à le faire. Saint Maxime le Confesseur par exemple évoque « l’homme tout entier divinisé par la grâce du Dieu fait homme qui l’a créé, qui tout en restant homme tout entier, âme et corps, à cause de la nature, devient dieu tout entier, âme et corps, à cause de la grâce et de la divine splendeur qui lui convient entièrement, de la gloire bienheureuses au-dessus de laquelle on ne peut rien concevoir de plus sublime » (Ambigua à Jean, 7, PG 91, 1088C).
Lumina de Duminică, Pâques 2017

vendredi 14 avril 2017

L'EPITAPHIOS dessiné par une petite fille

Dessin d'Olympe (8 ans)
Lorsque de la Croix te descendit
mort, Toi la Vie de tout être, 
cet homme d’Arimathie t’embaumant de myrrhe, ô Christ, t’entoura d’un linceul. 
Et dans un grand élan d’amour, 
de cœur et des lèvres 
il désirait embrasser ton corps immaculé. 
Mais il hésitait dans sa crainte
 ct te criait dans l'allégresse : Gloire à ta condescendance, ô Philanthrope ! 

Le Seigneur règne, il s'est revêtu de beauté : le Seigneur s'est revêtu de puissance, et il s'en est ceint.

Lorsque tu as été déposé
dans un tombeau neuf, pour le monde,
Toi, le Rédempteur de tous, 
l’Enfer, déjoué, était effrayé on te voyant ; 
les verrous ont été brisés,
fracassées les portes, 
les tombeaux se sont ouverts, les morts ressuscitaient. 
Alors, Adam, en gratitude, 
te criait, dans son allégresse : 
Gloire à ta condescendance, ô Philanthrope ! 

Car il a affermi l'univers, qui ne sera pas ébranlé.

 Lorsque de plein gré, tu fus cloîtré 
corporellement dans la tombe, 
Toi qui, divinement, demeures 
indescriptible et indéterminé, 
tu as complètement fermé 
de la mort les demeures 
et, de l’Enfer, as vidé tous les royaumes, ô Christ. 
Et tu rendis ce Sabbat digne de la bénédiction divine 
ainsi que de ta gloire et de ta splendeur.

À ta maison convient la sainteté, Seigneur, pour 1a longue suite des jours. 

 Lorsque les Puissances te voyaient 
 calomnié par des iniques, 
ô Christ, comme un imposteur, 
tremblaient face à ton indicible longanimité, 
en voyant aussi au tombeau
scellée cette pierre
par les mains qui ont percé ton côté immaculé. 
Or, face à notre salut même, elles criaient dans l'allégresse : 
Gloire à ta condescendance, ô Philanthrope ! 

 Toi qui te revêts de la lumière comme d’un manteau
 Joseph te descendit de la Croix, avec Nicodème .
 et, te voyant mort, nu et sans tombeau, 
plein de compassion, il entonna un chant funèbre 
disant dans ses lamentations : 
Hélas, ô mon très doux Jésus ! Tout à l’heure, le soleil, te voyant suspendu à la croix
s’est couvert de ténèbres, 
la terre a chancelé de peur, 
et le voile du temple s’est déchiré. 
Mais maintenant je vois que tu as subi la mort volontairement pour moi. 
Comment vais-je t'ensevelir, ô mon Dieu ? 
Comment dans un linceul t'envelopperai-je ? De quelles mains toucherai-je ton corps très pur ?
Et quels chants te chanterai-je, 
en ton exode, ô Très Tendre ? 
Je magnifie tes Souffrances,
je psalmodie ta Sépulture et ta Résurrection, 
et je crie : Ô Seigneur, gloire à Toi !

jeudi 13 avril 2017

PASSION VOLONTAIRE DE NOTRE SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS CHRIST


"Aujourd'hui, le Maître de la création
est présenté devant Pilate,
à la croix est livré le créateur de tous les êtres.
 Il y est mené comme un agneau
 de sa propre volonté…"

Cette icône de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ
n'est pas si fréquente, mais elle est ô combien importante d'un point de vue théologique, car elle montre clairement, que Notre Créateur, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, Dieu Lui-même et Doux Jésus à la fois, est monté en vérité  Lui-même sur la croix pour nous sauver, en assumant entièrement notre humanité depuis la naissance jusqu'à la mort en passant par la passion, en nous unissant à Lui afin que nous retrouvions notre image et ressemblance divine primordiale selon laquelle nous avons été créés et qui est notre vraie nature d'enfants de Dieu le Père.



"Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre.Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre: tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père."
 (Jean 10;17)

SAINT ET GRAND JEUDI


Tout accepter comme venant de Dieu par Hig . NIKON Vorobiov

"Il faut accepter toutes les humiliations, les insultes, les outrages et même les chutes comme venant de la main de Dieu (et il en est ainsi). Accepter tout ce qui contribue à rabaisser notre «moi», sans se plaindre et avec gratitude. Mais même en agissant ainsi, l’homme ne peut jamais se libérer totalement de la vanité et de l'arrogance. Sans l'humilité, l’homme ne peut sans préjudice pour lui-même recevoir les dons de Dieu. 

Voilà pourquoi il est prédit que dans les temps derniers, du fait de la montée de l'orgueil, les hommes ne feront leur salut que par l'endurance dans les épreuves et les maladies, et non par des exploits ascétiques. 

 Apprends par l'expérience les vérités du Christianisme. L'école de théologie délivre des connaissances théoriques sur le christianisme. Armé de ces connaissances, muni du titre mérité de docteur en théologie, on peut fort bien non seulement ne pas croire dans le Christ, mais même nier l'existence de Dieu.

 Seule l'expérience, le contact réel avec le Christ engendre une foi vivante, lucide. Cette foi, on l'acquiert par de nombreuses épreuves, par des tentations, en tombant et en se relevant, ce qui conduit dans un premier temps à l'humilité (il y a des degrés divers d’humilité), puis aux dons spirituels. 

Demande à Dieu la sagesse de transformer tes péchés et tes tentations en profit pour ton âme, en croissance spirituelle. Et surtout, il faut toujours rechercher le Royaume de Dieu, pour le trouver..."

Higoumène NIKON VOROBIEV

in Lettres Spirituelles ed. l'Age d'Homme collection Grands Spirituels Orthodoxes)

mercredi 12 avril 2017

Père Boulad : "Si jamais il n’y a pas un changement en profondeur en France avec les prochaines élections, nous allons vers une guerre civile"




Vu de L’Égypte, que pensez-vous de l’Europe ?

L’Egyptien a une profonde admiration pour l’Europe. Et pas seulement l’Egyptien, mais le monde arabe. Il est fasciné par l’Europe. Il y a deux ans, je lisais un article dans une revue koweitienne, un article en arabe intitulé : « Un jour, on regrettera l’Europe ». Cet article constatait que l’Europe était en train de se faire démolir de l’intérieur par l’immigration et affirmait que si l’Europe s’écroulait, ce serait une catastrophe, non seulement pour l’Europe, mais pour tous.

L’Islam a vis-à-vis de l’Europe un sentiment ambivalent : fascination et rejet. Amour et haine. En psychologie, on connait cela, l’ambivalence. L’Islam a d’autant plus de haine et de rejet qu’il admire l’Europe, car il voudrait être comme elle. Mais il n’y arrive pas, à cause des contraintes de la religion dans laquelle il se débat, qui l’empêche d’ouvrir son esprit et d’entrer dans ce processus des valeurs de droits de l’homme, de démocratie et de réflexion critique. Alors, ce qu’on n’arrive pas à imiter et à être, on le démolit, par dépit face à un défi qu’on n’arrive pas à relever. Le monde arabe est complexé par rapport à son retard culturel et civilisationnel. Alors beaucoup de musulmans veulent être comme les Européens, mais comme ils n’y arrivent pas, ils réagissent par la haine et le dépit. Je souhaiterais citer l’exemple d’une enseignante française, qui a pendant 20 ans enseigné dans cinq lycées des quartiers chauds musulmans des banlieues autour de Paris. Elle a tout essayé, elle a donné le meilleur d’elle-même pour enseigner la culture et la langue française, les valeurs de la république, l’histoire. Elle dit avec beaucoup de peine et de dépit qu’elle n’a reçu en contrepartie que rejet, refus, haine, rancœur, agressivité de ses élèves. Pas un seul lycée mais cinq ! La troisième génération qui était censée s’intégrer ne veut pas de la France ! Ce qu’ils veulent c’est l’argent, le bien-être, la couverture sociale, mais ils ne veulent absolument pas être Français. Je comprends tout à fait la réaction de l’Australie qui dit : vous êtes les bienvenus chez nous si vous voulez vous intégrer, mais si vous ne voulez pas, rentrez chez vous immédiatement. C’est ce que l’Europe n’arrive pas à faire, n’a pas le courage de faire, c’est pour cela qu’elle est en train de s’autodétruire. Il y a un livre d’Erice Zemmour très connu maintenant en France qui s’appelle le suicide français. Eric Zemmour est un auteur brillant, il y en a beaucoup d’autres qui sont dans la même perspective. La France est en train de se suicider. Mais le peuple ne comprend pas, ne réagit pas, se laisse faire. Seul un courant de la droite est conscient du danger, réagit, et aussitôt on veut le faire taire en le traitant d’islamophobe et de raciste. C’est là que je dénonce l’idéologie de la gauche libérale comme une idéologie mortifère qui veut tuer et détruire ce qui est beau, bien et positif. Une culture de la mort si je puis dire. Je ne sais pas si j’ai répondu à la question, mais vu de L’Égypte et de l’Orient, l’Europe est une chance extraordinaire, qui fascine à bon droit, car l’Europe a apporté au monde la civilisation. Mais avec ce complexe d’infériorité d’une religion qui n’arrive pas à sortir de la pétrification dans laquelle elle est, et sa civilisation qui n’arrive pas à se développer, le monde arabe est ambivalent par rapport à L’Europe.

Comment voyez-vous la crise actuelle en France et le problème de l’immigration ?

Cette crise tient à deux facteurs. Tout d’abord, elle est liée à l’idéologie de la gauche libérale qui détruit la France de l’intérieur depuis des décennies pour des raisons obscures, surtout d’ordre financier et économique, liées à la mondialisation. Le deuxième facteur est l’islamisation exponentielle de la France qui est parmi les pays occidentaux les plus atteints par ce phénomène. Je pense que la gauche et l’Islam font bon ménage, on appelle cela l’islamo-gauchisme, en visant à déstabiliser la société française, la vider de toute identité, de tout dynamisme, pour remplacer cette identité par l’Islam. Pour dire les choses simplement, d’ici quelques années la France et l’Europe seront musulmanes par le triple jeu de l’immigration, de la démographie et des conversions, l’Islam étant une religion par nature conquérante et prosélyte.

Nous avons le devoir d’accueillir l’étranger et de lui donner le maximum de possibilités pour s’intégrer, pour qu’il construise le pays en même temps que lui-même. Mais lorsque cet immigré refuse de s’intégrer, il n’y a plus qu’une seule solution, c’est de le mettre à la porte. Ou tu es content ici, alors fais l’effort de t’intégrer en apprenant la langue et en assumant la culture, ou bien tu ne veux pas, alors rentre chez toi.

Les gouvernements qui se succèdent en France semble encourager l’immigration malgré ce rejet de la France, la police est dépassée lorsque l’on brûle les voitures et les magasins. C’est un désastre à tous les points de vue, la gauche libérale est un échec retentissant en France et ailleurs.

Que doivent faire les chrétiens face à cette situation de crise de l’Europe ?

Les chrétiens devraient étudier et analyser la situation de l’Europe et de l’Eglise en toute objectivité pour la comprendre. Toute action suppose au préalable une analyse. On ne peut pas résoudre un problème si on ne l’a pas bien posé. Il faut sortir du politiquement correct, sortir du bourrage de crâne des grands médias pour étudier en toute objectivité la question de l’Eglise, de l’Islam, et de l’Europe. Cela suppose que l’on fasse venir des personnes susceptibles de donner un éclairage différent que celui de l’opinion manipulée. Les chrétiens devraient donc d’abord procéder à une analyse et une connaissance en profondeur. Deuxièmement, à une action concertée.

Que faire dans le contexte actuel ?

Il faut agir non seulement pour protéger les chrétiens d’Orient et d’Egypte, mais aussi pour protéger les musulmans ouverts et modérés, qui veulent réformer l’Islam, mais qui ne peuvent pas s’exprimer car eux aussi sont opprimés. Donc la question n’est pas tant « chrétiens contre musulmans », il ne s’agit pas que les chrétiens européens s’occupent seulement des chrétiens persécutés, car les chrétiens du Moyen-Orient sont solidaires des musulmans qui souffrent de l’Islam oppressant qui les étouffe ! C’est au nom de mon amour pour les musulmans que je veux les libérer du « fascisme islamique » tel que décrit par un auteur musulman, Hamed Abdel-Samad, dans son livre paru très récemment en français, dont le titre est justement « Le fascisme islamique ».

Il faut libérer la parole, libérer l’homme, lui donner son humanité, la possibilité de s’exprimer. Le sortir de ce carcan religieux étroit qui est celui de l’Islam, et dont il n’arrive pas à se débarrasser. Il s’agit moins d’aider les chrétiens d’Egypte et du Moyen-Orient que d’aider à promouvoir un discours libre et vrai, accès sur la liberté, l’homme, la démocratie, les valeurs. C’est là qu’un dialogue est nécessaire avec des personnes qui peuvent vous orienter et conseiller.

L’Eglise catholique elle-même est tombée dans le piège, et elle y est toujours. 

Elle ne veut pas comprendre un autre langage que celui de ces « experts » en Islam formés à Oxford, Paris, Berlin, ou à Washington, qui ne connaissent l’Islam que de façon très théorique, académique, qui ne veulent pas comprendre qu’il y a un autre dialogue possible, nécessaire et impératif avec l’Islam, qui n’est pas celui qu’ils ont mené jusqu’à présent et qui a été un échec total et une impasse. Car depuis 50 ans qu’on a instauré ce dialogue après Vatican II, on est au point zéro, et on a même reculé.

Quel message souhaiteriez-vous adresser au Français ?

Un sursaut, un refus, un rejet de cette manipulation dont ils font l’objet. D’ailleurs, il semble que les Français sont de plus en plus conscients, il y a un réveil depuis quelques mois qui se fait en France, vers une revendication d’identité. Ils refusent de laisser leur identité française et leur culture se dissoudre. Il y a dans le peuple français, avec toute la bonté, la douceur et l’accueil qui le caractérise, un nerf, une volonté de vie et de survie, de révolte. Si jamais il n’y a pas un changement en profondeur en France avec les prochaines élections, nous allons vers une guerre civile, car je ne pense pas que les Français vont se laisser marcher sur les pieds, se laisser écraser et effacer de la carte de l’Europe et du monde. La France est un très grand peuple, une culture qui est la mienne, que j’ai reçue depuis ma petite enfance, que j’admire, qui est une richesse extraordinaire. Je trouverais dommage que la culture française s’écroule, que l’Europe disparaisse elle aussi, car la France et l’Europe sont un message, à l’avant-garde de la pensée, de l’art, de la culture, de la philosophie. Ce serait catastrophique que cela soit remplacé par l’Islam. Je n’ai rien contre les musulmans, mais j’en veux beaucoup à l’Islam, dont les musulmans sont les premières victimes. Victimes de ce fascisme islamique décrit par l’auteur musulman Hamed Abdel-Samad dont j’ai parlé avant.

Après vous être débarrassés du communisme et du nazisme, ce serait tragique de tomber dans un fascisme bien pire que les précédents car il se réfère à Dieu lui-même, ce qui fait que ce serait plus difficile de l’éradiquer. Donc une fois qu’il aura pris racine, vous aurez ce que nous avons connu pendant des siècles chez nous au Moyen-Orient et que je connais dans ma propre famille qui a vécu le massacre de 20.000 chrétiens en 1860, qui a fait que mon grand-père s’est réfugié en Egypte.

LES COPTES UNE ÉGLISE DE MARTYRS