Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

vendredi 16 mars 2018

La source de toute méchanceté et de tout péché, la racine de toutes les iniquités…

[…] Souvent, le Père Cléopas rappelait les péchés issus de la philautie et incitait chacun au repentir en disant :


« La source de toute méchanceté et de tout péché, la racine de toutes les iniquités, c’est la philautie ! L’amour de soi est un amour déraisonnable pour le corps et c’est la plus grave et la plus subtile des passions qui as- servissent la nature humaine. 
De la philautie naissent : l’orgueil, l'arrogance, la fierté, la haine, 1’envie, la convoitise, la jalousie, la méchanceté, la duplicité, la rivalité, la rancune, le désir de vengeance, l’intempérance du ven- tre, et beaucoup d’autres passions. Toujours de la philautie, tirent leur origine la complaisance envers soi, le ménagement de soi, l’autojustification, le contentement de soi, la vantardise, l’éloge de soi, le plaisir que l’on prend à soi-même, la présomption, et tous les autres péchés connus et ignorés.»
Il arrivait parfois au Père d’énumérer des centaines et des centaines de péchés qui tirent leur origine de la philautie. […]

extrait du livre de Père Ioannichié Balan

mercredi 14 mars 2018

En route pour l'Orthodoxie : cheminements spirituels d'occidentaux : Bertrand vergely

L'Orthodoxie, un hymne enthousiaste à la beauté de la Vie !

Interview du philosophe et théologien
Bertrand Vergely
par Tudor PETCU

Comment avez-vous rencontré l’Orthodoxie ? 

Je n’ai pas rencontré l’Orthodoxie au sens où je ne suis pas allé vers elle. C’est elle qui est venue à moi en m’étant offerte. Ma mère était suisse. En 1945, désireuse de connaître la culture française, celle-ci a quitté la Suisse pour la France. Là, outre qu’elle a rencontré la culture française, elle a rencontré la culture russe et, avec elle, l’Orthodoxie. Cette rencontre s’est faite en trois temps. Elle a d’abord rencontré un français, Geoffroy de Souzenelle, l’époux d’Annick de Souzenelle, l’une des grandes figures de la pensée orthodoxe contemporaine à travers sa lecture de la Bible. Geoffroy s’était converti à l’Orthodoxie à la suite de sa rencontre avec un prêtre orthodoxe, Evgraph Kovalevsky, durant la seconde guerre mondiale, dans un camp de prisonniers. C’est Geoffroy qui, le premier, a révélé à ma mère l’existence de l’Orthodoxie. Par ailleurs, ma mère a rencontré le père Evgraph. Elle a notamment suivi les cours que celui-ci donnait, boulevard Blanqui à Paris, où il avait fondé une paroisse. Cet enseignement l’a beaucoup marquée, en lui faisant découvrir le caractère visionnaire de l’Orthodoxie. Enfin, troisième rencontre : celle du père Sophrony. Disciple du starets Silouane, le père Sophrony avait vécu auprès de lui dans le monastère de saint Pantéléimon au mont Athos. Bien après la mort du starets Silouane, en proie à des soucis de santé à la suite d’une longue ascèse dans une grotte, le père Sophrony avait quitté le mont Athos pour se faire opérer en France. Vivant dans un donjon à saint Geneviève-des-Bois, il avait comme projet d’aller fonder un monastère en Angleterre. Ce qu’il a fait en créant The old Rectory près de Maldon en Essex. Du fait de sa haute spiritualité, le père Sophrony a été déterminant dans la conversion de ma mère à l’Orthodoxie, Ce qu’elle a fait. En 1958. Ce que j’ai fait avec elle puisque, à l’âge de six ans, j’ai été chrismé. Il est courant aujourd’hui d’entendre dire par certaines personnes qu’elles ne veulent pas baptiser leurs enfants afin de les laisser libres de choisir la religion qu’ils voudront. En me faisant rentrer dans l’Orthodoxie ma mère n’a pas limité ma liberté. Elle l’a augmenté, cette entrée « de force », si l’on ose dire, dans l’Église, m’ayant appris très jeune que la spiritualité fait partie de la vie. Être libre pour moi a ainsi consisté non pas à choisir une religion comme la religion orthodoxe mais à rencontrer à travers elle la vie profonde et belle. J’ai découvert bien plus tard que ce n’est pas parce que l’on est orthodoxe que l’on est dispensé de se convertir à l’Orthodoxie. Je m’en rends compte actuellement. Quand est-on orthodoxe ? Quand on vit de tout son être des pieds à la tête. Quand tel est le cas, on devient à notre humble échelle, comme le Christ Pantocrator qui embrasse tout. Depuis quelque temps je ressens chaque jour de plus en plus la nécessité intense de devoir vivre ainsi de tout mon être. En ce sens, je crois que je suis en train de me convertir à l’Orthodoxie. 


Quelle raison vous a amené à vous convertir ? 


Quand j’étais petit, c’est la beauté ainsi que l’intensité de la vie liturgique qui m’ont amené à me convertir. Très vite je me suis mis à prier. Très vite également je suis devenu enfant de cœcoeurur. Quand on est un enfant et que l’on prie ou que l’on est enfant de cœur on rentre en contact avec le mystère de la personne. On a beau être un enfant, on sent ce mystère. On a de ce fait envie d’aller vers lui. En tant qu’enfant, on se sent grandi de pouvoir participer à la vie spirituelle. Aujourd’hui, ce qui m’amène à me convertir réside dans l’émerveillement. La vie est infiniment plus profonde que ce que l’on imagine. Je me convertis à chaque fois que je me sens petit devant l’immense, ignorant devant le génie de l’existence. Quand, dans l’existence, on sent vivre une existence plus vaste, quand, qui plus est, on sent que cette existence plus vaste fait davantage exister, on s’ouvre à Dieu, Dieu apparaissant comme cette vie qui, dans notre vie, rend notre vie plus vivante. L’intelligentsia occidentale qui est devenue athée voit dans Dieu un obstacle à la vie. Comme le dit Sartre, « si Dieu existe je ne peux pas être libre ». Mon sentiment est exactement inverse. Dès que Dieu existe je me mets à exister. Le fait qu’il existe me fait exister. Pour l’intellectuel occidental, l’existence dans sa nudité, dans son âpreté, est la preuve que Dieu n’existe pas. Elle est le signe que l’homme est abandonné, dans la « déréliction » dit Heidegger à qui on doit cette réflexion. En ce qui me concerne, l’existence dans sa nudité ainsi que dans son âpreté est le signe que nous sommes peu de chose, non pas parce qu’il n’y a rien, mais parce que nous sommes peu de chose par rapport à l’ineffable beauté de la vie divine. Je me sens proche de ce fait de la théologie apophatique qui est la base de la vision orthodoxe de l’existence. Je me sens également proche de maître Eckart et de sa pensée concernant le néant mystique. La gloire de la croix est le cœur du mystère du Christ. Quand on se sent petit devant l’immense, on est dans la gloire de la croix. La croix consiste à se sentir petit. La gloire consiste, elle, à sentir vivre l’immense à travers le petit. Les grands saints de la tradition orthodoxe expliquent que vivre consiste à se convertir en permanence. C’est tout à fait exact. Vivre consiste à convertir en permanence tout ce que l’on fait en immensité. Avoir un regard large, généreux, aimant à propos de l’existence. Ne pas être médiocre. Être en ce sens « royal » en faisant de l’existence un royaume. Devenir un seigneur comme le Christ qui est le Seigneur. Élever le niveau de l’existence et de la conscience de l’existence. . L’anoblir. La conversion signifie tout cela. 

Comment l’Orthodoxie a-t-elle changé
 votre conscience et votre vie


L’Orthodoxie a changé ma vie et la change encore tous les jours en m’incitant à vivre par le cœur. Le cœur est en nous l’organe de l’équilibre qui régule l’envoi du sang dans le corps et ainsi son renouvellement, en recevant le sang oxygéné et en renvoyant le sang désoxygéné. Il est ce qui permet à la vie de se renouveler et de respirer à chaque instant. Il est par ailleurs un organe affectif, moral et spirituel. Vivre par le cœur consiste à rentrer en soi en faisant vivre le vivant que l’on est par le fait de le sentir. Quand tel est le cas, l’homme extérieur et dur, l’homme qui veut non pas la vie mais le pouvoir sur la vie, vole en éclats, l’homme authentique prenant sa place. L’homme est alors renouvelé. Lui, qui ne respirait pas, se met à respirer. Il naît à la vie. L’Orthodoxie qui m’invite à vivre avec le cœur correspond à cette naissance qui change ma vie à chaque fois que je vis avec le cœur. De façon étonnante, les choses ne s’arrêtent pas là. Quand on vit par le cœur en rentrant en soi, ce n’est pas simplement nous qui nous mettons à naître. Le monde, les hommes se mettent à naître également. En toute chose, en tout être, se trouve une étincelle de la beauté divine. En vivant avec le cœur, on la voit. Mieux, on la fait vivre. On la rend vivante. C’est ce que l’on appelle la bonté. Dans L’idiot de Dostoïevski le prince Muichkine est une image de cette bonté. Quand il considère les hommes, ce qu’il voit en eux ce n’est pas le mal. C’est d’abord la bonté. Et si les hommes font du mal, ce qu’il voit c’est la douleur de la vie immolée par le mal. Ce n’est pas la méchanceté des hommes. Le prince Muichkine est la vivante expression de ce qu’est une conscience orthodoxe profonde. Quand l’Orthodoxie change ma conscience, elle produit le même effet. Non seulement elle fait vivre l’homme authentique qui est capable de vivre en moi, mais, en chaque chose, chez tout être, elle m’incite à voir l’étincelle de vie divine qui s’y trouve. Enfin, la vie orthodoxe emmène encore plus loin. Quand il parle de Dieu Pascal a cette image directement issue du Livre des XXIV philosophe : ce cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Dieu est fulgurant. Quand il jaillit, il jaillit comme une pluie divine, une nuée divine, un embrasement divin. Il ne jaillit pas en un point à un moment. Il jaillit sans cesse, partout, en étant de l’ordre de ce que les physiciens appellent un plurivers par opposition à l’univers. Dieu est une pluie divine. Dans le bouddhisme, cette façon de voir l’existence correspond au regard des délivrés vivants qui ne sont plus enfermés dans l’espace-temps soumis à la dualité. Il n’y a plus d’ici ni de maintenant, parce qu’il n’y a pas d’ici opposé au là-bas, de maintenant opposé à hier ou à demain. Dieu est pour tout espace et de tout temps. Il s’agit là de la liberté absolue qui est respiration absolue. Rien n’est plus haut ni plus vaste que cette conscience quand elle apparaît, rien n’étant plus libre ni plus rempli de souffle créateur. Quand, grâce à l’Orthodoxie, à la vie liturgique, à la prière je m’ouvre au Christ Pantocrator qui embrasse tout dans un amour infini, pendant un millième de seconde, il m’arrive d’effleurer ce mystère absolu et grandiose. Là, je peux dire que pour une quatrième fois, je fais une expérience de conscience, la conscience n’étant plus une respiration physique, une respiration de l’homme authentique, une respiration de la vie vivante, mais une respiration d’un autre ordre, d’un ordre proprement fondamental, ontologique. 

Quelle est la beauté spirituelle de l’Orthodoxie ? 


La beauté de l’Orthodoxie consiste à respecter toutes les beautés que l’on trouve dans l’existence en les emmenant encore plus loin. La première beauté est la beauté charnelle. Celle du monde. Celle des femmes pour l’homme que je suis. La beauté spirituelle de l’Orthodoxie consiste à respecter cet élan charnel en lui conférant noblesse et profondeur. La beauté cosmique est une ouverture à Dieu. Le plaisir de se sentir vivant dans son corps dans le corps vivant du monde est une ouverture à la vie divine. Dieu qui va au-delà de tout s’exprime à travers la beauté qui, dans la matière, va au-delà de la matière, en y ajoutant de la beauté. La beauté des femmes est un autre grand mystère. Cette beauté oblige l’homme à devenir délicat, attentif, noble. Sinon, quand l’homme demeure dans un éros primaire, elle s’évapore. Elle fuit. Elle se dissout. Elle se volatilise. Elle se brise. En ce sens, l’éros est une pédagogie du Christ, le maître des mutations et des transformations. La beauté cosmique est une beauté statique. La beauté de l’éros est une beauté dynamique. Si l’Orthodoxie magnifie la beauté cosmique comme ouverture métaphysique de l’intelligence humaine à Dieu grâce à l’approche poétique du monde, elle magnifie encore plus la beauté de l’éros qui se transfigure dans la beauté de la rencontre entre l’homme et la femme et dans l’élévation du désir grâce à cette rencontre. Il y a aussi la beauté de l’intelligence. Le monde, qu’il soit physique ou biologique, est organisé. Il y a une grande beauté dans le fait de voir apparaître cette organisation. Cette beauté réside dans le passage d’un monde fermé à un monde ouvert. Cela ressemble à une aurore. Lorsque les premières lueurs de l’aube apparaissent dans la nuit. Le monde qui s’éclaire est comme la vie spirituelle qui, elle aussi, est une clarté pointant au fond de la nuit. On est saisi. La nuit est vaincue. Elle n’est pas le dernier mot de la nuit. Cela ressemble à la résurrection où la mort n’est pas le dernier mot de la vie. Le monde, la vie, l’homme, sont reliés à une lumière ineffable. Seulement, ils ne savent pas encore ou ils ne le savent plus. Quand le monde, la vie et l’homme se relient à cette beauté, quand ils s’harmonisent avec elle, découvrant cette harmonie supérieure, on découvre une étrange beauté. Une beauté d’un type supérieur. Cette beauté est encore plus grande quand on a affaire à la beauté morale. Ainsi l’exigence de sérieux qui est à la base de la morale ouvre sur une humanité supérieure. Quand tel est le cas, l’humanité n’est pas harmonieuse. Elle est extraordinairement harmonieuse. Caractéristique d’une telle vie : tout ce qu’elle touche devient beau. Tout se charge d’harmonie spirituelle. Enfin, il y a la beauté de toutes les beautés. Celle qui donne une réponse à tout en illuminant les raisons de notre présence dans le monde. Il s’agit de la gloire. Il est beau de dire à quelqu’un qu’il existe. Cela permet de comprendre l’amour de Dieu pour le monde et les hommes. Aux yeux de Dieu il est beau que le monde et les hommes existent. Quand cette beauté se révèle être une beauté pas simplement belle mais plus belle que belle, on n’est plus dans la beauté mais dans la gloire. L’Orthodoxie qui signifie la juste louange est la vie illuminée par la gloire divine qui loue cette gloire. D’où le terme ortho-doxie, juste louange, juste gloire, plénitude de la gloire, vie selon la gloire. 
Quel est son trésor ? 


Le trésor de l’Orthodoxie réside dans le fait d’être une vision non banale non seulement de l’Orthodoxie mais de l’existence. Cette vision non banale est exprimée par la théologie apophatique et, derrière elle, par la vision antinomique. Quand Denys l’Aréopagite explique que l’on connaît Dieu de ne pas le connaître, il exprime par là non pas une négation de la connaissance mais un rapport intense à la connaissance. « Dieu est tellement vivant que c’est peu dire qu’il est vivant », dit-il. La vraie connaissance est une connaissance intense et la connaissance intense est la vie intense. Inversement la vie intense est connaissance intense et la connaissance intense est connaissance. Le trésor de l’Orthodoxie se trouve là. Dans ce mode de connaissance de la vie qui fait que rien n’est banal. Rien n’est platement conformiste. Rien n’est paresseux. Tout est extrêmement original. Tout a de ce fait de l’avenir. L’amour divin est ce qui donne de l’avenir à tout. Les antinomies de la connaissance apophatique permettent de rentrer dans l’amour divin. Nicolas Berdiaef a écrit tout un livre pour montrer que la vraie morale est créatrice et que la vraie morale créatrice se trouve dans le Christ. Pour parvenir à cette belle idée il s’est servi du paradoxe et avec elle de l’antinomie en expliquant que la vraie morale est une affaire de liberté, de subjectivité, donc de non morale et de non loi au sens courant et banal. Cette vision des choses exprime bien le trésor de l’Orthodoxie. Une vision totalement libre de Dieu, de l’homme et de la morale parce qu’une vision de Dieu, de l’homme et de la morale partant de l’intérieur, de la personne, de sa beauté, de sa noblesse. 


Beaucoup de personnalités orthodoxes sont connues et reconnues. Comment l’Orthodoxie peut-elle se faire découvrir en Occident ? 

Quand l’Orthodoxie se fait reconnaître cela se fait toujours de façon singulière, originale, à partir de personnes singulières et originales qui créent autour d’elles une contagion positive. « Qu’un homme se lève et des centaines se lèveront derrière lui », dit saint Séraphin de Sarov. Là où il y a des saints, là se trouve l’Orthodoxie. Quand des hommes et des femmes se sanctifient, l’Orthodoxie progresse. L’Orthodoxie ne se mesure pas à la quantité des Orthodoxes mais à leur qualité. Une chose objective aide en tout cas : la constance de la vie liturgique et sa beauté. Le fait que nuit et jour des hommes et des femmes prient est essentiel. Quand il y a une telle prière il y a un socle sur lequel s’appuyer. C’est cela qui retourne le monde : la solidité spirituelle et morale. La beauté. Il est courant de penser l’Église sur un mode politique. Ce n’est pas en adoptant une posture publicitaire que l’Église progresse. C’est en adoptant une attitude intérieure faisant vivre les cœurs en profondeur. Il ne faut pas enfin négliger la pensée et, derrière elle, l’enseignement de l’Église, son haut enseignement. Le monde a besoin d’être nourri. Il a besoin d’être réjoui. Il est souvent nourri et réjoui de l’extérieur. Il faut qu’il soit nourri de l’intérieur. Le christianisme est souvent assimilé à l’amour du prochain. Le prochain n’est pas tout le monde. Dans la parabole du bon Samaritain, c’est le Samaritain. C’est lui qu’il faut aimer. Il fait aimer ce qui sauve. On n’aime pas toujours ce qui sauve. L’Orthodoxie apprend à aimer ce qui sauve. C’est grâce à cela qu’elle se fait connaître. 

Quelle est la vision orthodoxe 
de la rédemption de l’homme ? 


La rédemption signifie le retour, la restauration, à la suite d’un retournement. On entend souvent par rédemption le rachat des fautes par la souffrance. Cette vision juridique de la rédemption ne rend pas compte du mystère ontologique de celle-ci. La société met en prison les délinquants qui paient leur dette à la société en purgeant une peine de privation de liberté. Ce n’est pas pour cela qu’il y a chez eux un retournement du cœur. L’homme est un roi. Seulement c’est un roi qui a perdu son royaume. La rédemption consiste à retrouver le sens royal de l’existence. « Cherchez le royaume des cieux et tout le reste vous sera donné par surcroît », dit le Christ. Dans La liberté de la morale Christos Yannaras cite cette parole de saint Macaire : « Souviens toi que tu es de lignée royale ». Maître Eckart parle du cœur de l’homme en l’appelant du nom de « l’homme noble ». Retrouver la dimension royale de la vie, retrouver l’homme noble que l’on a en soi, aller dans le royaume des cieux, c’est ce que veut dire la rédemption. Dieu veut que l’homme ne soit pas simplement un homme. Il veut que l’homme soit un roi. L’homme est un roi quand il est un roi comme le Christ qui est le roi par excellence, le roi des rois, par son humilité, par son amour, par le Verbe qui vit en lui. Les hommes rêvent d’un royaume extérieur dans ce monde. Ils sécularisent laïcisent le royaume de ce fait en faisant de lui un royaume non spirituel. Dieu veut un royaume spirituel pour l’homme, la vie éternelle étant la vie éternelle d’une vie spirituelle et non d’une vie banale. 

Quand quelqu'un veut découvrir l’Orthodoxie
 que lui dites vous ? 

Je ne dis rien. J’écoute. La conversion est une affaire personnelle, différente de personne à personne. Il y a des conversions qui peuvent être fausses. Il y a des conversions authentiques. On peut être amené de conseiller à quelqu’un de ne pas devenir orthodoxe. On peut être amené à dire l’inverse. On n’est pas moine par rejet du monde. On n’est pas orthodoxe par rejet des autres religions ou des autres philosophies. On est moine par amour et par grâce. On est orthodoxe par amour et par grâce. 




dimanche 11 mars 2018

CONVERTIR LES GENS ? le savoir-faire de P. Rafaïl par l'Archimandrite Tikhon

[…] la seule conversation ne peut transformer des gens qui se sont irrémédiablement égarés dans notre monde froid ou en eux-mêmes, ce qui est plus terrible encore. Pour cela il faut leur faire découvrir une autre vie, un autre univers où triomphent sans partage, non plus l’absurdité, les souffrances et une cruelle injustice, mais la foi, l’espoir et l’amour tout puissants. Et il ne suffit pas de le leur faire découvrir, en le montrant de loin et en les y attirant, mais il faut conduire l’individu dans cet univers-là, le prendre par la main et le placer devant Dieu.

Alors seulement, il reconnaîtra soudain Celui qu’il connaît et aime depuis longtemps, son unique Créateur, Sauveur et Père. Alors seulement sa vie peut véritablement changer.

Toute la question est de savoir comment pénétrer dans ce monde prodigieux. Aucun procédé humain ordinaire ne le permet. Aucun pouvoir terrestre. Aucun piston. Aucune somme d'argent. Le contre-espionnage ou les services secrets sont impuissants à vous aider à l'entrevoir. Avoir fait des études à l'Académie de théologie ou avoir été élevé à la dignité sacerdotale et épiscopale ne garantit même pas  d'y déambuler majestueusement.

Et pourtant, on pouvait y accéder paisiblement aux côtés du père Rafaïl dans sa Zaporojets noire. ll se révélait aussi tout à coup à ceux qui se trouvaient à la maison paroissiale et prenaient le thé avec lui. Pourquoi cela arrivait-il ? Tout simplement parce que le père Rafaïl était capable de vous guider génialement à travers ce monde-là. Dieu était Celui pour Lequel il vivait et avec Qui il existait lui-même à chaque instant. Et vers Qui il menait chacune des personnes qui lui étaient envoyées dans sa modeste isba paroissiale. Voilà ce qui attirait irrésistiblement les gens chez le père Rafaïl. Et en assez grand nombre, surtout les dernières années. Le père Ioann lui envoyait aussi des jeunes et quelques guides spirituels moscovites. Il accueillait tout le monde et personne ne se sentait de trop. Il retournait la vision habituelle que beaucoup s’étaient faite du monde. Il savait, à sa façon presque insouciante (il ne fallait pas qu’il soit pris trop au sérieux), donner des réponses si précises, si inattendues aux questions de ses interlocuteurs qu’on en avait parfois le souffle coupé, tant se révélait soudain la vérité de la vie! Cela pouvait se manifester dans les plus petits détails.

extrait de 

Père Rafaïl et autres saints de tous les jours



Pâques Orthodoxe à Patmos

Pâques à Patmos
 avec Haniel Sofia Rivière*
Du 3 au 10 Avril
pour 10 personnes maximum

" La découverte de Patmos nous amène à une rencontre avec le sacré enfoui au plus profond de chacun de nous. Cette île bénie exhale une atmosphère propice à la contemplation. Bien des pèlerins font un long chemin jusqu’à la découverte émouvante de la Grotte de l’Apocalypse où Saint Jean, le disciple bien-aimé de Jésus a entendu la voix de Dieu. Tout au long de cette semaine Sainte et de la célébration de la Pâques orthodoxe, nous allons vivre des moments inoubliables. Je vous proposerai d’assister à toutes les principales cérémonies religieuses qui marquent les étapes de la Résurrection dans de magnifiques églises chargées d’histoire et de dévotion. Chaque jour, je vous offrirai un séminaire de préparation afin de vous familiariser avec les rituels, la tradition et les chants byzantins et nous découvrirons également les traditions locales. Afin de permettre à chacun d'expérimenter l'ouverture de son cœur et de son esprit, nous aurons, chaque jour, des pauses silencieuses laissées libres pour prier et se connecter à la nature. Une ancienne chapelle attenante à notre hôtel nous sera ouverte. Nous aurons la grande joie de participer à la célébration Je vous proposerai d’assister à toutes les principales cérémonies religieuses qui marquent les étapes de la Résurrection dans de magnifiques églises chargées d’histoire et de dévotion. Chaque jour, je vous offrirai un séminaire de préparation afin de vous familiariser avec les rituels, la tradition et les chants byzantins et nous découvrirons également les traditions locales. Afin de permettre à chacun d'expérimenter l'ouverture de son cœur et de son esprit, nous aurons, chaque jour, des pauses silencieuses laissées libres pour prier et se connecter à la nature. Une ancienne chapelle attenante à notre hôtel nous sera ouverte. Nous aurons la grande joie de participer à la célébration de la Résurrection avec la messe de minuit. Suivra la fête traditionnelle." Haniel Sofia Rivière

Inclus: l’hébergement en chambre double, tous les petit-déjeuners, et déjeuners, le premier dîner à l’arrivée, le dernier dîner avant le départ et le déjeuner de fête, les séminaires, les visites guidées, l’entrée aux sites, ainsi que les déplacements en voiture de location. Non inclus : le voyage jusqu’à Patmos, l’assurance, 5 dîners et les boissons. Hébergement à Villa Knossos www.villaknossos.com programme détaillé sur demande haniel.sofia@me.com


*Enseignante universitaire en Angleterre pendant 20 ans, Haniel Sofia Rivière anime depuis plusieurs années, stages et pèlerinages sur Patmos. Ses origines familiales : française, grecque et arménienne d’Egypte.


vendredi 9 mars 2018

Parfois, nous penserons qu’il n’y a plus d’espoir…[…] par Geronda Aimilianos

Geronda Aimilianos de Simonos Petra

INTERPRÉTATION DU PSAUME 16

Dieu distribue injustement ses biens ?

Extrait 


[…] Quand notre vie se déroule tranquillement, posons-nous la question de savoir si Dieu est près de nous, car nos épreuves constituent notre gloire, notre couronne.

Quand nous souffrons, nous pouvons offrir deux choses à Dieu. 

La première sera notre vertu, notre conscience tranquille, ce sera notre désir des «équités» ou de la souveraineté de la volonté divine sur nous. Comme nous le disions au début de notre commentaire, notre volonté doit être la volonté de Dieu

La deuxième sera notre entière confiance en Dieu, notre remise totale à Dieu dans la patience. Des moments surviendront dans notre vie — ou plutôt ils viennent constamment — où tout nous semblera perdu et où, même ceux que nous aimons et en qui nous avons confiance, nous délaisseront; ils nous deviendront étrangers. Parfois même, nous penserons qu’il n’y a plus d’espoir. C’est justement au cours de ces heures difficiles que Dieu nous visite, afin d’éprouver notre patience, pour recevoir la preuve de notre amour. Nous avons dit que, maintes fois, les impies sont scandalisés par le bonheur des incroyants. C’est vrai.

Quand nous regardons autour de nous, nous voyons que Dieu, selon la logique humaine, distribue injustement ses biens. Là où devrait fleurir le bonheur, il dispense le malheur. Là où la richesse est nécessaire, il donne la pauvreté et, là où la pauvreté devrait régner, il accorde la richesse. Lorsque nous attendons sa bénédiction, il nous frappe violemment, alors que dans le même temps il adresse un sourire permanent à d’autres personnes. Nous dirions, en utilisant une expression contemporaine, que Dieu fait sans cesse des distinctions, et cela nous scandalise. 

Pourquoi en sommes-nous scandalisés ? Très simplement parce que notre cœur est tourné vers les choses matérielles, il est cloué aux biens terrestres, il les aime et les recherche. Mais la solution à notre drame ne se trouve pas à ce niveau matériel, elle est ailleurs. Nous ne devons pas demander l'abolition de cette injustice apparente. Le changement doit s'opérer en nous; nous devons être étrangers à tout ce qui est purement humain, à toute logique humaine, à toute vue humaine. Lorsque nous y parviendrons, Dieu seul subsistera, Il deviendra tout pour nous, et c'est cela qui nous donnera la sérénité. S'il y a dans notre vie la moindre chose qui n'appartient pas à l'autre vie, nous devons savoir que nous seront souvent tyrannisés. […]

Le présent et l'avenir ne font qu'un pour David comme ils doivent l'être aussi pour nous […] Cette quête du visage divin doit devenir notre préoccupation quotidienne, devenir notre nourriture et notre boisson, notre ouvrage. […] 

Si nous voulons appartenir à Dieu, notre route sera difficile; la souffrance, le chemin ardu, fut le mode de vie des Apôtres, des Pères et des saints. C'est la seule voie qui mène au Ciel.

Comme certains hommes considèrent les biens terrestres, tout comme les vainqueurs regardent les dépouilles de leurs ennemis, ainsi nous devons toiser les difficultés qui se dressent sur notre route. Aimons les chemins ardus du Seigneur, quelle que que soit la difficulté qui apparaisse. Avec enthousiasme, avec des cris de joie, soyons prêts à souffrir. Alors chaque jour, nous serons rassasiés.


mercredi 7 mars 2018

sur le blog La lorgnette de Tsargrad , La sainte impératrice russe martyre Alexandra

L'authentique vie spirituelle de la Sainte Martyre Alexandra,

 Impératrice de Russie





EXTRAIT

"Mais qu’est-ce que le temps? Rien, la vie, l’agitation; tous nous nous préparons au Règne Céleste. Là, il n’est plus rien d’effrayant. On peut tout enlever à l’homme, mais personne ne peut lui ôter son âme, même si le diable scrute chacun de nos pas, le fourbe, mais nous devons lutter contre lui avec vigueur : il connaît nos faiblesses mieux que nous ne les connaissons, et il les utilise. Notre devoir, c’est de rester sur nos gardes, ne pas dormir, c’est de lutter. Toute la vie est une lutte, sinon, il n’y aurait ni ascèse, ni récompense. Et donc, toutes les tentations qu’Il nous envoie, tout ce qu’Il permet, tout est pour un mieux ; partout, on voit Sa main. Les gens te font du mal. Tu acceptes sans un murmure: Il envoie un Ange-Gardien, un de Ses consolateurs. Jamais nous ne sommes seuls. Il est l’Omniprésent, l’Omniscient, l’Amour-même. Comment ne pas croire en Lui?"  (2/15 mars 1918)

LIRE les autres articles du blog sur la famille impériale ICI 

mardi 6 mars 2018

Transhumanisme vs Théôsis ?

« Homme perfectible, homme augmenté ? », un numéro hors-série de la « Revue d’éthique et de théologie morale

Recension par Jean-Claude Larchet

Homme_perfectible
Marc Feix et Karsten Lehmkühler (éd.), Homme perfectible, homme augmenté ?, Actes du colloque de l’ATEM (Association des théologiens pour l’étude le la morale), Strasbourg le 29 août 2014, Revue d’éthique et de théologie morale, hors-série, n° 286, Éditions du Cerf, Paris, 2015, 226 p.
Au cours de ces dernières décennies se sont développées aux États-Unis, puis répandues dans le monde occidental, diverses théories qui se rattachent à ce que l’on appelle le courant transhumaniste, qui est puissamment soutenu par de grands groupes internationaux comme Google.
Ce courant vise à un dépassement des limites de l’homme actuel. Il comporte à un premier niveau la promotion de tous les moyens techniques permettant ce que l’on appelle en anglais un human enhancement, c’est-à-dire un perfectionnement et une « augmentation» de l’être humain. Comme le montre cette double traduction, ce dépassement est envisagé à des degrés divers qui peuvent aller d’un simple remède à des maladies ou des infirmités, jusqu’à une amélioration des performances physiques, psychiques et intellectuelles, réalisant un être humain ayant des capacités et des performances supérieures à celles de l’homme actuel. Cela débouche sur le concept plus large de transhumanisme, qui désigne un mouvement qui a l’ambition de créer un homme supérieur, ayant une nature différente de la nature présente, une nature qui accédera notamment à l’incorruptibilité et à l’immortalité, et à une toute-puissance sur elle-même et son environnement, une nature quasiment parfaite.
Cette conception qui remet en cause la conception de l’homme actuel, de ses limites, de son imperfection, et qui ambitionne de changer sa nature même pour lui conférer des qualités quasi-divines ne peut qu’interpeller les chrétiens. L’ATEM (Association des théologiens pour l’étude de la morale), qui réunit des universitaires catholiques et protestants spécialisés dans le domaine de l’éthique ou susceptibles d’apporter leurs compétences à la réflexion éthique, lui a consacré son dernier colloque annuel. Comme chaque année, un numéro hors-série de la Revue d’éthique et de théologie morale contient les Actes de ce colloque.

Une première partie regroupe les communications relatives à une « Approche philosophique et scientifique »:

— Bernard Baertschi, « “Human enhancement”: enjeux et questions principales »
— Jean-Louis Mandel, « Améliorer la condition humaine par la génétique? »
— Ghislain Waterlot, « Entre amélioration et aliénation: réflexions à partir de la “perfectibilité” chez Rousseau et chez Bergson »
— Pascale Lintz, « “Enhancement” et nanotechnologies »
— Otto Schäfer, « La notion d’ “homme végétal”, une piste pour renouveler le discours anthropologique chrétien? »
— Valentine Gourinat, « Le corps prothétique: un corps augmenté?
— Barbara Duarte, « Le piratage corporel ou “body hacking” au service de l’augmentation corporelle »
Une deuxième partie concerne l’« Approche biblique »:
— Christian Grappe, « La notion de perfection dans le Nouveau Testament et les réflexions contemporaines relatives à l’ “human enhancement” »
Une troisième partie contient les exposés se rapportant à l’« Approche d’éthique théologique et de spiritualité »:
— Karsten Lehmkühler, « La théologie face à l’amélioration de l’homme »
— Marie-Jo Thiel, « L’homme augmenté aux limites de la condition humaine »
— Alberto Bondolfi, « Comment argumenter à propos de l’amélioration de la condition biologique de la vie humaine? »
— Jean-Claude Larchet, « La déification (“théôsis”) comme accomplissement de l’homme »
— François Marxer, « Accomplissement, performance, dépassement: quelle excellence choisir? »

Ces communications ont, comme on l’aperçoit à leurs titres, des contenus très variés. Plusieurs d’entre elles ont souligné les limites de l’ambition de créer un homme parfait, tant du point de vue de sa réalisation technique que de son principe même, notant que le christianisme a fortement valorisé l’humilité et la faiblesse, dont le Christ lui-même, comme Dieu qui s’est fait homme, a montré l’exemple, et que le projet du christianisme consiste pour une part à assumer les limites de la nature dans l’état actuel qui est le sien, qui ne sont pas forcément négatives mais peuvent servir de support à une construction et une amélioration spirituelles de soi.
Ayant été invité à présenter le point de vue orthodoxe (qui s’est jusqu’à présent très peu exprimé dans ce débat, non seulement en France mais à l’étranger), j’ai pour ma part, dans l’introduction de mon exposé qui n’a pas été reproduite dans la version éditée, tout d’abord montré les limites internes du courant transhumaniste.

J’ai fait remarquer en premier lieu que celui-ci a deux fondements:

— Bien que l’on parle à son sujet de transhumanisme ou de posthumanisme, il s’enracine globalement dans l’humanisme né à la Renaissance et développé au XVIIIe siècle par les « Lumières », c’est-à-dire dans une conception qui considère l’homme comme existant d’une manière absolue, indépendamment de Dieu, pour lequel il ne peut y avoir aucun apport surnaturel, mais seulement un apport culturel, c’est-à-dire venant des productions sociales.

— Il est pour l’essentiel lié au progrès technologique, avec l’idée que c’est au moyen des nouvelles technologies surtout (en particulier robotiques, informatiques et génétiques) que l’homme pourra être amélioré, augmenté, transformé et dépassé ; dans ce sens il a une base matérialiste . Dans la mesure où les technologies se fondent sur les sciences, et où le transhumanisme pense que des solutions à presque tous – sinon à tous – les problèmes de l’homme pourront être apportées par les progrès technologiques fondés sur le progrès scientifique, il s’enracine aussi dans le scientisme, un courant philosophique né à la fin du XIXe siècle, selon lequel tout problème de l’existence humaine est susceptible de trouver, actuellement ou dans le futur, une solution dans la connaissance scientifique.
Bien que le mouvement transhumaniste et en particulier les théories de l’enhancement se veuillent ultra-modernes (et même futuristes) on voit donc que leurs fondements reposent sur l’humanisme de la Renaissance, le rationalisme des Lumières, le scientisme du XIXe siècle et le technologisme né à la même époque.
J’ai noté ensuite que, par rapport à ses fondements mêmes, le transhumanisme et ses corrélats présentent cependant un certain nombre de faiblesses : 

1) L’humanisme en tant qu’idéal moral est mis à mal par le transhumanisme dans la mesure où en augmentant la part de technicité dans le fonctionnement physique et psychique de l’être humain, il réduit du même coup la part d’humanité, et pourrait, au terme de sa logique, déboucher sur « un monde sans humain » pour reprendre le titre d’une enquête récente de la chaine de télévision Arte. 

2) La rationalité scientifique sur laquelle repose le technologisme du transhumanisme est mise à mal par la forte part d’illusion que comporte un monde transhumain, actuellement et sans doute à jamais bien plus imaginaire que réel. À cet égard, le transhumanisme, pour une grande part, relève plus de la science-fiction que de la science. Dans l’imaginaire qu’il développe se projette un certain nombre de fantasmes humains, comme un désir de perfection (physique, psychique et intellectuelle), de toute-puissance et d’immortalité acquises par des moyens humains. 

3) Le transhumanisme se montre aveugle quant aux limites de la technologie face au vieillissement du corps humain dans sa totalité et quant à la mort qui constitue l’horizon inévitable de la vie humaine (on voit bien aujourd’hui comment l’augmentation de la durée moyenne de vie, dont la médecine se targue, est corrélée par toutes sortes de maladies dégénératives qui affectent le grand âge et ne trouvent leur solution que dans la mort). 

4) Au lieu d’augmenter l’homme, comme il le prétend, le transhumanisme le diminue parce qu’il se centre essentiellement sur les performances ou les qualités du corps, et l’ampute donc pour une grande part de sa dimension psychique et pour la totalité de sa dimension spirituelle. 

5) Dans la mesure où il vise à améliorer les performances psychiques et intellectuelles de l’homme, il les traite sur un plan essentiellement quantitatif, n’ayant de par sa nature technologique que peu de prise sur le qualitatif. La prétendue capacité de choix réalisée par des moyens informatiques, relève essentiellement de la classification et des probabilités, qui restent du domaine de la quantification. Les fonctions intellectuelles qu’il est susceptible de toucher restent de l’ordre du calcul et sont améliorées du point de vue de la rapidité, de la quantité d’information traitée, et du respect de règles logiques posées au départ. Elles manquent d’intelligence et de compréhension au sens d’appréhension du sens et de référence à des valeurs. 

6) Lorsqu’il vise la qualité, comme c’est le cas de la génétique, le transhumanisme tombe dans des pratiques eugénistes contestables, et fait dépendre les choix de critères individuels (comme le désir ou la fantaisie des parents) ou sociaux (par exemple le besoin d’une société donnée d’avoir plus de filles ou plus de garçons, où, comme on l’a vu à l’époque du nazisme, le désir d’obtenir une race pure) qui sont non seulement discutables mais extérieurs à la personne concernée. 

7) La plus grande faiblesse du transhumanisme et de l’enhancement est d’envisager une amélioration et une augmentation de l’être humain sans être capable de poser et de résoudre le problème de leur sens lorsqu’elles dépassent les limites d’une réparation ou d’un rétablissement d’ordre thérapeutique, ni le problème de leur valeur, ni même souvent, le simple problème de leur utilité.
J’ai souligné enfin que le transhumanisme (en dehors de ce cas de visée thérapeutique, très particulier et non caractéristique) pose un problème par rapport à la foi chrétienne : ce mouvement, qui prend souvent la forme d’une idéologie, se positionne en effet sinon contre la religion, du moins comme un substitut (ou ersatz) de celle-ci. 

C’est ce que fait apparaître le corps de mon exposé (édité dans ce volume) dont le but est de présenter le perfectionnement de l’homme et son dépassement tels que les conçoit le christianisme et plus spécialement tel que les ont théorisés, au cours du premier millénaire surtout, les Pères grecs dans leur élaboration de l’anthropologie chrétienne, et particulièrement dans leur doctrine de la déification de l’homme (theôsis).
Jean-Claude Larchet

lundi 5 mars 2018

En route pour l'Orthodoxie : cheminements spirituels d'occidentaux : P. YVES DUBOIS

Interview de P. YVES DUBOIS par TUDOR PETCU


1. Tout d'abord, je vous prie de bien vouloir vous présenter pour que nos lecteurs puissent mieux vous connaitre et découvrir votre personnalité. Je vous prie aussi de présenter quelques aspects concernant votre éducation et le parcours spirituel de votre jeunesse. D'un autre côté, pouvez-vous dire, s'il vous plait, comment vous avez découvert l'orthodoxie et quelle a été la signification de votre rencontre avec la spiritualité orthodoxe?

Je suis né à Bruxelles en 1938. J'ai fait mes études chez les jésuites dans cette ville.
J'ai découvert l'orthodoxie à seize ans et j'ai été immédiatement convaincu du fait que l’Église orthodoxe est l’Église des Apôtres et des Pères, dont la vie liturgique manifeste en ce monde la réalité de l'Évangile.
En 1955, je suis allé habiter dans une famille orthodoxe à Londres.
J'ai d'abord appris l'anglais, puis j'ai fait une licence en théologie au King's College de l'Université de Londres (obtenue en 1962). Je me suis marié en 1962, et nous sommes partis en Amérique du Nord, où j'ai étudié au Séminaire Saint-Vladimir. J'ai été ordonné prêtre le 2 janvier 1966.

Rentré en Angleterre en 1967, j'y ai gagné ma vie en enseignant le français dans une école de bénédictins, tout en travaillant dans la paroisse du Métropolite Antoine de Souroge.

Tant que nous avons habité à Londres, chaque mois nous avons passé un samedi entier au Monastère du Père Sophrony, où nous avons reçu beaucoup d'enseignements du Père Syméon (Brüschweiler).

J'avais déjà fait la connaissance de Timothy Ware en Amérique dès 1963. En Angleterre il est rapidement devenu mon confesseur. Nous travaillons étroitement ensemble depuis plus de 50 ans.

En 1980 nous avons déménagé à Bath en vue de fonder une paroisse anglophone au sein de l'archidiocèse grec. Cette paroisse compte à présent une centaine de personnes (le dimanche il y a entre 80 et 100 personnes à la liturgie). Il y a deux prêtres, un diacre et une moniale, cette dernière étant également aumônier orthodoxe à l'université et à l'hôpital de notre ville.

2. Quelle est, a votre avis, l'unicité de la spiritualité orthodoxe face aux autres spiritualités chrétiennes ? Peut-on dire que l'Orthodoxie présente une théologie de l'espoir et de la joie ?

En décembre 1981, j'ai eu l'occasion de passer quelques heures avec saint Païssios à son ermitage de l'Athos. Il m'a fait remarquer que je devais donner la priorité au travail pour l'unité des chrétiens divisés en Angleterre, et que le seul moyen d'y parvenir est de vénérer ensemble les saints locaux, en particulier les saints du premier millénaire, avant que les divisions ne se produisent. Heureusement, en Angleterre, il y a encore une forte dévotion aux Saints mentionnés dans l'Histoire de l'Église et de la Nation anglaise de Bede. Saint Bède est né en 672 et mourut en 735. Il était un historien attentif et avait de grands dons littéraires. Parmi les saints dont il a écrit la vie, Cuthbert, évêque de Lindisfarne (mort en 687) est l'un des plus grands. Ses reliques sont restées intactes jusqu'au XIXe siècle. Il est très aimé par les orthodoxes, les anglicans et les catholiques. Récemment, une religieuse anglicane, Sœur Benedicta Ward, a écrit des livres remarquables sur l'Église saxonne en Grande-Bretagne. Ses volumes les plus importants sont appelés High King of Heaven (Mowbray, 1999) et The Venerable Bede (Geoffrey Chapman, 1990). Un prêtre anglican, Douglas Dales, a également écrit de nombreux livres sur l'église saxonne. Ils sont lus par de nombreux chrétiens orthodoxes. Ils sont utiles comme outils pour faire ce que Saint Païssios a suggéré. 

L'écrivain C.S. Lewis, professeur de littérature anglaise aux universités d'Oxford et de Cambridge, était un auteur anglican prolifique qui mourut en 1963. Son éducation avait été superficiellement chrétienne, mais il fut athée depuis l'adolescence jusqu'à la trentaine. Il est grandement admiré par de nombreux chrétiens orthodoxes. Le métropolite Antoine de Sourozh considérait que son enseignement était essentiellement orthodoxe. A la chute du communisme, au début de 1992, le Patriarcat de Moscou distribua une grande quantité de traductions russes des livres de C.S. Lewis partout en Russie, afin d'encourager un retour à la foi orthodoxe. Ce qui rend C.S. Lewis si proche de notre Église orthodoxe est sa perception que le contenu de notre foi doit être communiqué non seulement par des déclarations intellectuelles, mais aussi par des expériences de vie. À côté de ses livres missionnaires, comme Les fondements du Christianisme (Mere Christianity), il a écrit des histoires pour enfants, la série Narnia, qui méritent aussi d'être lues par des adultes. Plus important encore, dans un roman écrit en 1956, il a réinterprété dans "Un visage pour l'éternité" l'ancien mythe grec de Cupidon et de Psyché. À travers l'histoire païenne antique, il a été capable d'aborder la complexité de la réponse des gens à Dieu, à leurs propres passions, à la souffrance, à un niveau plus profond que ce que l'on pouvait faire à travers un texte chrétien didactique. Les chrétiens orthodoxes peuvent comprendre que, jusqu'à ce que nous ayons des visages, C.S. Lewis démontre réellement quelque chose qui est spécifique à l'Église orthodoxe: notre vie spirituelle implique notre nature humaine complète, et particulièrement le cœur ou le noûs (νοῦς), avec ses profondeurs insondables, la présence de paradis et enfer. 

Notre Église orthodoxe ne présente pas le Christianisme comme un simple credo, une doctrine (bien qu'elle le fasse aussi et d'une manière intransigeante), mais comme l'ensemble de la création de Dieu rempli des énergies de Dieu. L'Orthodoxie offre les croyances les plus sublimes, mais sans perdre le contact avec les couches les plus terreuses de notre nature humaine. L'Église orthodoxe a une doctrine et des structures, mais elle ne peut être assimilée à une idéologie et à une institution religieuse. Le Dieu vivant ne peut pas être entièrement contenu dans des cadres idéologiques et institutionnels. Les personnes de la Sainte Trinité sont l'Église, mais la doctrine de la Sainte Trinité n'est pas l'Église. La Sainte Trinité crée et soutient chaque aspect de notre être, et l'élève par grâce à la déification. Le Christianisme orthodoxe n'est pas un dualisme platonicien ou cartésien, élevant l'esprit de raisonnement et méprisant les aspects matériels de la vie. Dieu, à travers l'Église orthodoxe, offre le salut à toute notre nature humaine. Le corps humain et les objets matériels sont destinés à être utilisés selon la volonté de Dieu et pour le culte de Dieu.

3. Comment caractériseriez-vous l'évolution de l'Orthodoxie en Occident et comment pourrait-elle s'imposer dans les sociétés occidentales ?

En Angleterre comme en France ou en Amérique du Nord, il y a aujourd'hui un nombre appréciable de paroisses orthodoxes qui fonctionnent dans la langue du pays. L’Église orthodoxe n'est plus perçue comme l’Église des seuls expatriés d'Europe de l'Est. Pour ce qui est de s'imposer, l’Église n'a pas vocation à dominer la société. Il est temps de sortir de l'ère constantinienne. Dans les temps apostoliques, l’Église a défié l'empereur romain en proclamant que Jésus est Seigneur. Lorsque l'empire s'est converti, les Pères du désert se sont retirés d'une situation compromettante pour l'Église. La période soviétique fut un retour à l'ère d'avant Constantin. Ce qui se passe aujourd'hui en Russie est compréhensible mais inquiétant. En Occident, les Orthodoxes sont fort heureux de ne pas avoir le statut d'Église d'état.

vendredi 2 mars 2018

La "noble" mission pacifique des États Unis… ?

"…but only for a good cause.”


Depuis combien de temps, la machine de guerre des États-Unis est-elle en pilote automatique ? Depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde a cru que la politique étrangère des États-Unis était une bonne chose, et que les motifs de l'Amérique pour propager la démocratie étaient honorables, voire nobles… 
Jusques à quand cette vision de l'histoire peut-elle être entretenue, et combien de centaines de milliers de corps déchiquetés par l'acier des bombes US made faudra-t-il entasser pour remettre en question la justification aveugle d'une politique internationale continument guerrière et glorifiée à longueur de films et de séries américaines où une fin prétendue sacrée justifie tous les moyens ?