Les lèvres mensongères font horreur à l'Éternel, tandis que ceux qui agissent avec fidélité lui sont agréables. Proverbes 12:22 «C'est ce qui sort de l'homme qui le rend impur. En effet, c'est de l’intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, l'immoralité sexuelle, les meurtres, les vols, la soif de posséder, les méchancetés, la fraude, la débauche, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l'homme impur.» Marc 7:20-23 Un témoin fidèle ne ment pas, tandis qu’un faux témoin dit des mensonges. Proverbes 14:5 « Vous, vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement et il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge. » Jean 8:44 Si les paroles distinguées ne conviennent pas à un fou, les paroles mensongères conviennent d’autant moins à un noble. Proverbes 17:7 « Écarte de ta bouche la fausseté, éloigne de tes lèvres les détours ! Proverbes 4:24 Craindre l'Éternel, c'est détester le mal. L'arrogance, l'orgueil, la voie du mal et la bouche perverse, voilà ce que je déteste. » Proverbes 8:13 « Pierre lui dit : «Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ? […] Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.»Actes 5:3-4Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.Apocalypse 21.8

samedi 18 mars 2017

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - St ATHANASE Vie de st Antoine

Quand donc nous emploierions quatre-vingt ans au service de Dieu dans la solitude, le temps que nous règnerons avec lui dans le ciel ne sera pas borné par une si petite durée ; mais au lieu de ce nombre d’années, nous jouirons de sa gloire et de ses couronnes durant toute une éternité. Ayant combattu sur la terre, nous n’hériterons pas la terre, mais le ciel ; et après avoir quitté ce corps mortel, nous le reprendrons tout revêtu d’immortalité. C’est pourquoi, mes enfants, ne nous décourageons point, n’ayons point d’impatience, et ne nous imaginons pas que nous faisons beaucoup pour Dieu, puisque les souffrances de cette vie n’ont point de proportion avec la gloire dont nous jouirons en l’autre (Rm 8, 18).

Que nul d’entre vous ne pense avoir beaucoup quitté en quittant tout ce qu’il avait : car si toute la terre étant comparée à la vaste étendue du ciel, ne peut passer que pour un point, même nous l’avions toute possédée et l’avions quittée, qu’aurions-nous fait pour acquérir le royaume du ciel ? Et comme on méprise une drachme pour en gagner cent, ainsi celui qui serait maître de toute la terre et y renoncerait pour gagner le ciel, perdrait fort peu et gagnerait le centuple. Mais si toute la terre ensemble est indigne d’être comparée au ciel, celui qui quitte seulement quelques arpents de terre, peut dire qu’il n’a rien quitté ; et quand il aurait quitté une belle maison et de grandes richesses, il ne doit ni s’en glorifier, ni en avoir du regret, mais considérer que, même s’il n’avait point abandonné toutes ces choses pour faire une action vertueuse, la mort le contraindrait à les quitter et il serait peut-être contraint de les laisser, comme il arrive souvent, à ceux qu’il ne voudrait pas, ainsi qu’il est dit dans l’Ecclésiaste (4, 8). Ce qui fait qu’il n’y a rien que nous ne devions abandonner volontairement et dans le dessein de plaire à Dieu, afin d’acquérir le Royaume du ciel. N’ayons donc aucun désir de rien posséder ; car quel avantage y a-t-il de posséder des choses que nous ne saurions emporter avec nous ? Mais efforçons-nous d’en acquérir qui nous suivront dans le tombeau, comme la prudence, la justice, la tempérance, la force, l’intelligence des choses saintes, la charité, l’amour des pauvres, la foi en Jésus-Christ, la douceur d’esprit, et l’hospitalité. En possédant toutes ces qualités, elles nous feront obtenir d’être reçus dans l’heureux séjour de ceux qui sont doux et humbles de cœur.

Mais il faut bien prendre garde qu’elles ne nous entraînent pas dans la négligence ; ce que nous éviterons en considérant que nous sommes serviteurs de Dieu et obligés de lui rendre une entière obéissance. Un serviteur, en effet, n’oserait dire : Je ne travaillerai point aujourd’hui parce que j’ai travaillé hier ; il n’allègue pas ses services passés pour se dispenser de les continuer. Mais comme il est rapporté dans l’évangile, il témoigne toujours la même promptitude à servir, afin de plaire à son maître et éviter sa colère et ses châtiments. Ainsi nous devons travailler continuellement dans la sainte manière de vivre que nous avons embrassée, sachant que si nous nous relâchions un seul jour, notre maître ne nous le pardonnerait pas en considération de nos actions précédentes, mais serait en colère contre nous à cause de notre négligence, comme il est écrit dans Ezéchiel (18, 24.26). Ainsi Juda, par l’infidélité d’une seule nuit, perdit tout le fruit de ses travaux passés. C’est pourquoi, mes enfants, demeurons fermes dans l’observance de nos règles et ne succombons pas au découragement puisque, comme il est écrit, Dieu travaille avec nous et coopère avec celui qui est résolu à bien faire (Rm 8, 28).


vendredi 17 mars 2017

La programmation divine universelle de l'amour sacrificiel

« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15,13)



5 fois maman chatte est allée dans les flammes

d'un incendie (à Brooklyn)
pour sauver chacun  de ses petits…


La haine, poison du diable



Même si nous effectuons des milliers de bonnes œuvres, mes frères: jeûnes, prières, aumônes; même si nous versons notre sang pour notre Christ, si nous n'avons pas ces deux amours [l'amour de Dieu et l'amour des frères], mais qu'au contraire nous avons de la haine et de la méchanceté envers nos frères, tout le bien que nous avons fait est du diable et nous allons en enfer. Mais, dites-vous, nous allons en enfer malgré tout le bien que nous faisons à cause de cette petite haine?

Oui, mes frères, parce que la haine est le poison du diable, et tout comme lorsque nous avons mis un peu de levure dans une centaine de livres de farine, il a un tel pouvoir qu'il provoque toute la pâte à augmenter, de sorte qu'il est avec la haine. Il transforme tout le bien que nous avons fait en poison du diable.

St Kosmas l'Etolien

jeudi 16 mars 2017

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 16 St Martyr Justin 1ère Apologie 54-60

54. Ceux qui enseignent aux jeunes gens les fabuleuses inventions des poètes n'apportent aucune preuve à l'appui de leurs récits. C'est encore là, nous l'avons démontré, un des moyens dont les démons se servent pour tromper et égarer le genre humain. En effet, sachant par les prophètes la venue future du Messie et le supplice réservé aux impies, ils se sont efforcés d'inspirer croyance à une multitude de prétendus fils de Jupiter, dans l'espoir qu'ils parviendraient à mélanger et à confondre les prophéties relatives au Christ et les fables merveilleuses inventées par les poètes. Aussi répandirent-ils ces absurdes récits, surtout parmi les Grecs et parmi ceux des Gentils qu'ils croyaient, au dire des prophètes, les plus disposés à recevoir la foi du Christ. Il nous reste donc à vous montrer quel moyen ils ont employé pour détourner le véritable sens des prophéties et pour donner le change sur les oeuvres de Jésus-Christ. Le prophète Moïse, le plus ancien de tous les écrivains, comme nous l'avons déjà dit, avait prononcé ces paroles, que nous avons rapportées plus haut : "Il ne manquera pas de prince de Juda, ni de chef de sa race, jusqu'à ce que vienne celui qui est attendu; et celui-là sera l'espérance des nations, et il attachera son ânon à la vigne, et lavera sa robe dans le sang de la grappe." Les démons eurent connaissance de ces mots, et ils sup- posèrent un Bacchus; fils de Jupiter; ils firent croire qu'il avait découvert la vigne; ils introduisirent le vin dans ses mystères, et enseignèrent qu'il était monté au ciel après avoir été mis en pièces. Ensuite, comme dans les prophéties de Moïse il n'est pas clairement exprimé si celui qui doit venir est le fils de Dieu, et si cette bête attachée à la vigne doit lui servir pour rester sur la terre ou pour monter au ciel; enfin, comme le mot employé par Moïse peut signifier aussi bien un petit cheval qu'un petit âne; les démons, ne sachant pas si le Messie devait être fils de Dieu ou des hommes, ignorant également s'il devait monter un âne ou un cheval, s'imaginèrent d'inventer un Bellérophon, homme et fils des hommes, qui, dirent-ils, s'éleva au ciel sur le dos du cheval Pégase. Ils savaient aussi d'Esaïe que le Christ devait naître d'une vierge, et qu'il s'élèverait au ciel, et ils trouvèrent Persée. De même, ayant eu connaissance de ce mot du prophète: "Fort comme un géant qui s'élance dans la carrière, " ils imag- inèrent le fort Hercule, auquel ils firent parcourir l'univers. Le Christ devait ressusciter les morts et guérir toutes les maladies, et Esculape fut mis en scène.

 55. Mais ils ne pensèrent jamais à contrefaire dans aucun des prétendus fils de Jupiter le supplice de la croix. En effet, cela ne leur vint pas en idée, parce que tout ce qui en avait été dit l'avait toujours été sous le voile du symbole. Cette croix est le signe principal, le caractère particulier de la force et de la puissance, comme parle le prophète. C'est une vérité dont vous trouvez la preuve dans les objets qui tombent continuellement sous vos sens. Car, veuillez réfléchir un instant, et voyez si dans ce monde on peut rien faire sans ce signe, si sans lui le moindre commerce est possible entre les hommes? Peut-on fendre les ondes sans que, formé de la vergue et du mât, il brille comme un trophée? Peut-on tracer un sillon sans la croix de la charrue? Tous vos pionniers, comme au reste tous les artisans et tous les manoeuvres, ne peuvent travailler sans des instruments qui affectent sa forme. L'extérieur même de l'homme ne diffère de celui des animaux que parce que son corps se tient droit et qu'il peut étendre les mains en croix. Et ce nez, proéminent organe de la respiration vitale, ne trace-t-il pas encore une croix au milieu du visage? Aussi le prophète a-t- il dit: "Le souffle de notre face est le Christ notre Seigneur. Les étendards et les enseignes qui partout précèdent vos pas, ce sont encore des images de la croix, et c'est cela qui, sans que vous vous en doutiez, en fait les signes et les marques de votre puissance et de votre autorité. Bien plus, quand vos empereurs sont morts, c'est avec cette forme de croix que vous consacrez leurs images et que vous leur décernez dans vos inscriptions les honneurs de la divinité. Vous le voyez, nous vous avons montré partout la puissance de ce signe ; restez maintenant incrédules, nous n'au- rons rien à nous reprocher, car nous avons fait et accompli tout ce qui était en nous.

 56. Mais ce n'était pas assez pour les démons d'avoir inventé, avant la venue du Christ, tous ces prétendus fils de Jupiter; quand le Messie fut venu et eut vécu parmi les hommes, et qu'ils eurent appris que, selon la prophétie, il devait trouver croyance parmi les nations et que les nations l'attendaient; alors ils suscitèrent de nouveaux imposteurs tels que ce Simon et ce Ménandre de Samarie, dont nous vous avons déjà parlé, et qui séduisirent et séduisent encore bien des hommes par les oeuvres de leur magie. Je l'ai dit déjà, et vous vous le rappelez, c'était sous l'empereur Claude César; Simon vint à Rome, et il frappa d'une telle admiration le sacré sénat et le peuple romain, qu'il fut pris pour un dieu et qu'on lui éleva une statue comme à toutes les divinités que vous adorez. C'est pourquoi nous supplions le sacré sénat et le peuple romain de vouloir bien prendre connaissance de notre requête ; afin que si quelqu'un se trouve vic- time de cette fausse croyance, il puisse reconnaître la vérité et échapper à l'erreur; et aussi pour qu'il vous plaise de détruire cette statue.

 57. Mais jamais les démons ne pourront parvenir à persuader que le feu éternel n'est pas le supplice réservé aux impies, pas plus qu'ils n'ont pu parvenir à cacher la venue du Christ. Ce qu'ils peuvent faire, c'est seule- ment de nous faire détester des méchants, de tous ceux qui vivent dans le crime et se plaisent aux sophismes: ils ne peuvent que nous faire tuer. Et nous, nous ne haïssons pas nos persécuteurs; au contraire, nous avons pitié d'eux, nous désirons leur repentir et leur conversion. Car nous ne redoutons pas la mort, puisque après tout il faut bien mourir, que c'est là une règle générale et le cours ordinaire de la vie. Or, si à peine une année de jouissance amène la satiété d'une existence commune, combien ne doit-il pas y avoir d'attrait dans l'espérance d'une vie éternelle et inacces- sible aux maux et aux privations, et combien cette perspective ne doit-elle pas engager à embrasser notre doctrine qui la promet. Que si enfin nos bourreaux croient que tout est fini avec la mort, et qu'elle nous fait retomber dans l'insensibilité du néant, c'est de leur part un grand bienfait de nous délivrer de ces souffrances et de ces besoins de la vie, ce qui ne les sauverait pourtant pas du reproche de barbarie et d'inhumanité sophistique ; car s'ils nous tuent, ce n'est pas pour nous délivrer, c'est pour nous arracher la vie et le bonheur.

 58. Ce sont encore les démons qui ont suscité Marcion de Pont, cet impie qui enseigne encore à présent à nier le Dieu créateur du ciel et de la terre, et son fils Jésus-Christ, annoncé par les prophètes, et qui prêche un Dieu autre que le Créateur et un fils de ce Dieu autre que le Christ. Ses adhérents ne voyant la vérité qu'en lui; nous tournent en dérision, et cependant ils ne peuvent rien prouver de ce qu'ils avancent; mais, sem- blables à des moutons enlevés par le loup, ils se laissent stupidement ravir en proie aux opinions impies et aux perfides démons. Car, il ne faut pas s'y méprendre, le but unique de tous les efforts et de tous les travaux de ces méchants esprits est d'arracher les hommes à Dieu et à son Christ, son fils premier-né. Les uns, ceux qui ne peuvent s'élever au-dessus de la terre, ils les fixent et les clouent aux choses de la terre; mais ceux qui s'élèvent jusqu'à la contemplation des choses célestes, ils les en détour- nent, s'ils n'ont le jugement sain et s'ils ne mènent une vie pure et exempte de troubles, et ils les lancent dans l'impiété.

 59. Pour que vous sachiez que c'est à la doctrine reçue de nos auteurs et de nos prophètes que Platon doit d'avoir dit: Dieu a pris la matière informe, il l'a changée et il a fait le monde, écoutez ce que disait Moïse, le premier des prophètes et le plus ancien des écrivains, comme nous vous l'avons déjà démontré. Voici comment par sa bouche le Saint-Esprit raconte la création du monde: "Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre, et la terre était invisible et informe, et les ténèbres étaient sur l'abîme, et l'esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit: que la lumière soit; et la lumière fut." C'est donc la parole de Dieu qui a fait le monde, comme le dit Moïse et de la manière dont il le rapporte, et c'est de lui que Platon l'a appris comme tous ceux qui sont venus après lui, comme nous-mêmes, et comme vous aussi, vous le pouvez voir. Il n'y a pas jusqu'à l'Erèbe, comme l'appellent les poètes, qui n'ait d'abord été nommé par Moïse.

 60. Et quand, dans le Timée, Platon cherchant, à l'aide des lumières naturelles, ce qu'est le fils de Dieu, dit: "Qu'il l'a imprimé en X partout, " c'est encore une idée qu'il a empruntée à Moïse. Car nous lisons dans Moïse qu'au temps où les Israélites traversaient le désert après la sortie d'Egypte, ils furent assaillis par des animaux venimeux, des vipères, des aspics, des serpents de tout genre qui dévoraient le peuple. Alors Moïse , par l'inspiration de Dieu et d'après ses ordres, prit de l'airain, en fit une croix, et l'ayant placée sur le tabernacle, dit au peuple : "Regardez ce signe et croyez, et par lui vous serez sauvés." Et aussitôt tous les serpents érirent, et le peuple fut sauvé. Platon lut ce fait, et ne remarquant pas que ce signe était une croix, il crut que c'était seulement un X, et il dit "qu'après Dieu principe, la seconde vertu était imprimée en X dans tout l'univers." Et ce qu'il appelle la troisième vertu, c'est l'esprit de Dieu qui planait sur les eaux, et dont il avait pris connaissance dans Moïse. Aussi donne-t-il la seconde place après Dieu à ce Verbe qui est marqué en X dans tout l'univers, et la troisième à cet esprit qui planait sur les eaux, car, dit-il: Les troisièmes sont autour du troisième. Quant à la conflagration future, voici ce que prédit l'Esprit saint par la bouche de Moïse: "Le feu descendra sur les vivants et dévorera jusqu'au plus profond de l'abîme." Ainsi donc nous ne pensons pas comme les autres; mais ce que les autres disent, ils l'ont pris de nous. Telles sont les choses que parmi nous l'on peut entendre et apprendre de la bouche même de ceux qui ne connais- sent pas la figure des lettres, gens ignorants et barbares de langage, mais sages et fidèles d'esprit, quoique faibles encore et peu clairvoyants; afin qu'il soit clairement démontré que ce n'est pas la sagesse humaine qui agit, mais bien la vertu de Dieu.

mercredi 15 mars 2017

Qui s'appuie sur les menteurs est le berger des vents

PROVERBES 9



Mon fils, si tu es sage, tu l'es à ton profit , 
si tu es un moqueur, toi seul en pâtiras.
Qui s'appuie sur les menteurs est le berger des vents, 
le pourchasseur des oiseaux en plein vol ; 
il quitte le chemin de son vignoble 
et brouille les sentiers de son propre vigneron ; 
il chemine à travers un désert privé d'eau, 
il traverse un pays condamné à la soif, 
et ses mains ne récoltent qu'absence de fruit. 

Dame Folie, cette effrontée, n'a pas le sens de la pudeur. 
Elle s'assied à la porte de sa maison, 
elle siège sur la place publique, 
invitant les passants qui vont droit leur chemin : 
Celui qui de vous est tout à fait dénué de sens, 
qu'il descende chez moi ! 
Aux hommes insensés elle dit : 
Goûtez avec délices le pain du mystère 
et buvez la douceur d'une eau dérobée ! 
Mais l'homme ne sait pas que les mortels y trouvent leur perte 
et qu'il marche sur la corde raide de l'Enfer. 
Aussi éloigne-toi, ne t'arrête pas chez elle, 
ne fixe même pas sur elle ton regard ; 
car ainsi tu passerais l'eau d'autrui, 
tu franchirais un fleuve étranger. 
Éloigne-toi des eaux de l'étrangère, 
ne bois pas de sa source ; 
de cette façon tu vivras longtemps, 
et des années de vie te seront ajoutées

(Lecture des Proverbes - Vêpres du mercredi de la 3ème semaine du Grand Carême)

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 15. St Martyr Justin 1ère Apologie 46-53


46. On pourrait peut-être, dans une intention mauvaise, fausser le sens de ce que nous avons dit; et comme nous avons avancé que Jésus-Christ était né il y a cent cinquante ans, sous la présidence de Cyrénius, et qu'il a commencé à enseigner sous celle de Ponce-Pilate, on pourrait prétendre, par une fausse induction, que tous les hommes antérieurs à cette époque ne sont aucunement coupables. Nous allons détruire cette objection. Le Christ, avons-nous dit déjà, est le premier-né de Dieu, il est son Verbe, sa parole, à laquelle tous les hommes participent. Or tous ceux qui ont vécu selon les inspirations de ce Verbe sont chrétiens, eussent-ils même passé pour athées. Tels furent, chez les Grecs, Socrate et Héraclite; chez les barbares, Abraham, Ananias, Azarias, Misaël et Elie, et une multitude d'autres dont nous nous abstiendrons de citer ici les noms, ce qui serait trop long. Et aussi ceux qui ont vécu contrairement à ces inspira- tions du Verbe ont été vicieux, ennemis du Christ, meurtriers des disci- ples du Verbe. Ceux, au contraire, qui ont vécu ou qui vivent selon le Verbe, sont des chrétiens intrépides et inaccessibles à la peur. Maintenant, pourquoi, accomplissant les desseins de Dieu, Père et souverain de l'univers, le Verbe s'est-il incarné? pourquoi est-il né d'une vierge et s'est- il fait appeler Christ? pourquoi est-il mort sur la croix? pourquoi est-il ressuscité et remonté aux cieux? c'est ce que tout homme sensé comprendra sans peine d'après ce que nous avons dit déjà. Quant à présent, comme la démonstration de ce point est moins nécessaire, passons à ce qui est plus urgent, et continuons nos preuves.

 47. L'Esprit saint annonce ensuite la dévastation de la terre de Judée; il met en scène les peuples stupéfaits de cette ruine, et voici comment ils s'expriment : "Sion est devenue une solitude ; Jérusalem est devenue un désert; la malédiction est sur le temple et sur le sanctuaire, et sa gloire, que célébraient nos pères, est devenue cendre et poussière ; tous ses orne- ments les plus beaux ont été détruits, et à cette vue vous êtes restés impassibles, vous vous êtes tus, et vous nous avez humiliés durement." Or, de la dévastation de Jérusalem et de l'accomplissement de cette prophétie, vous devez être, je pense, assez pleinement convaincus. Mais Jérusalem devait être réduite en solitude, et il ne devait plus être permis à personne de l'habiter; Esaïe le prophète l'a dit ainsi: "Leur terre est un désert, et en leur présence, leurs ennemis la dévorent, et pas un seul d'en- tre eux ne l'habitera." Le soin que vous prenez de ne pas laisser un Juif en Judée, la peine de mort qui attend l'audacieux infracteur de cette loi, c'est ce que vous savez mieux que nous.

 48. Il était aussi prédit que Jésus-Christ guérirait les malades et ressusciterait les morts. Ecoutez: "A son arrivée, le boiteux sautera comme un cerf, et la langue des muets sera éloquente; les aveugles verront, et les lépreux seront purifiés, et les morts se lèveront et marcheront." Les Actes de Ponce-Pilate vous donnent la preuve de tous ces faits. La mort du Christ et le supplice de ceux qui espèrent en lui étaient aussi annoncés par Esaïe, dans ces paroles: "Voici que le juste est tué, et personne ne le comprend dans son coeur ; voici que les hommes de bien sont mis à mort, et personne n'y pense. Le juste a été enlevé en présence de l'iniquité, et sa sépulture sera en paix. Il a été enlevé du milieu des hommes."

 49. C'est encore Esaïe qui annonce que les Gentils adoreront le Christ, quoiqu'ils ne l'attendent pas, et que les Juifs, qui l'attendent toujours, ne reconnaîtront pas sa venue. Les paroles du prophète sont mises dans la bouche du Christ lui-même: "Je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas, et j'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas. J'ai dit: Me voici, aux nations qui n'avaient pas appelé mon nom. J'ai étendu mes mains vers un peuple incrédule et contradicteur qui marchait dans une route mauvaise à la suite de ses péchés, et ce peuple ameutait la haine contre moi." En effet les Juifs, qui avaient les prophéties entre les mains, et qui attendaient toujours la venue du Christ, ne l'ont pas reconnu; et non seulement ils ne l'ont pas reconnu, mais ils l'ont mis à mort. Les Gentils, au contraire, qui n'avaient jamais rien appris du Christ avant que les apôtres, venant de Jérusalem, ne leur eussent annoncé sa venue et ne leur eussent transmis les prophéties, ont renoncé à leurs idoles, et pleins de foi et de bonheur, se sont consacrés par le Christ au culte du Dieu incréé. Quant aux persécutions dont les nouveaux confesseurs du Christ furent les victimes, quant à la pitié que doivent inspirer ceux qui accablent le Christ de malédictions, et qui trouvent beau de défendre et de conserver les vieilles institutions, voici à leur sujet un seul mot d'Esaïe: "Malheur à vous qui appelez doux ce qui est amer, et amer ce qui est doux!"

 50. Jésus-Christ fait homme pour nous, devait souffrir la honte et l'ignominie sur la terre, et il doit venir une seconde fois, mais alors envi- ronné de toute sa gloire. En voici la prophétie: "Parce qu'ils ont livré son âme à la mort, parce qu'il a été compté parmi les méchants, il s'est chargé des péchés de plusieurs, et il obtiendra le pardon des pécheurs. Car, je vous le dis, mon serviteur comprendra, et il sera exalté, et il sera grande- ment glorifié. Plusieurs seront émerveillés de vous, et plusieurs aussi mépriseront votre aspect et votre gloire. Et aussi plusieurs nations vous admireront, et les rois resteront muets devant vous, parce que ceux-là à qui rien n'avait été annoncé et qui n'avaient rien entendu comprendront. Seigneur, qui a cru à votre parole? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? Nous l'avons annoncé comme un petit enfant, comme une plante sur la terre desséchée. Il n'a ni éclat, ni gloire; et nous l'avons vu, et il n'avait ni éclat, ni beauté; au contraire, son aspect était misérable, et il était abandonné devant les hommes. C'était un homme dévoué aux coups et sachant supporter son supplice, et les injures, et les indicibles mépris dont on accablait sa face. Celui-là porte nos péchés et souffre pour nous, et nous avons réfléchi qu'il était dans la souffrance et dans les sup- plices et dans l'affliction. Et lui, il a été chargé de coups, à cause de nos iniquités, et il a été supplicié ; pour nos péchés. Nous avons appris la paix de lui, et nous avons été guéris par ses plaies; car, tous, nous errions comme des brebis: l'homme s'était perdu dans sa voie, et il l'a livré pour nos iniquités; et lui, au milieu de l'affliction, il n'a pas ouvert la bouche. Il a été conduit comme une brebis au sacrifice, et comme un agneau muet sous le ciseau qui le tond : il n'a pas ouvert la bouche, et dans cette humil- iation, sa condamnation a été trouvée juste." En effet, lorsque Jésus fut crucifié, ses disciples eux-mêmes l'abandonnèrent et le renièrent, et ce fut seulement quand, après sa résurrection, il leur eut apparu et leur eut appris à lire les prophéties dont l'accomplissement venait de se faire en lui, quand ils l'eurent vu monter au ciel, et que pleins de foi et de croy- ance, forts de la puissance que Jésus leur envoya, ils s'en furent allés vers toutes les nations, ce fut alors seulement qu'ils instruisirent la terre et qu'ils reçurent le nom d'apôtres.

 51. Pour nous montrer que celui qui s'était soumis à ces douleurs avait une origine ineffable et qu'il devait dompter tous ses ennemis, voici ce que nous dit le Saint-Esprit: "Qui racontera sa génération? Il a été retranché de la terre des vivants; il est passé dans la mort pour les iniq- uités des hommes, et les méchants seront rachetés par sa sépulture, et les riches par sa mort ; car, lui, il n'a pas commis l'iniquité, et le mensonge n'a pas souillé sa bouche. Le Seigneur veut le guérir de ses plaies. S'il a été livré pour le péché, c'était afin que votre âme reçût une semence d'éter- nité. Et le Seigneur veut retirer son âme de la douleur, lui montrer la lumière, le remplir d'intelligence et justifier ce juste qui s'est dévoué pour tous. Il portera lui-même tous nos péchés: c'est pourquoi il régnera sur un grand peuple, et il partagera les dépouilles des forts, parce que son âme a été livrée à la mort, et qu'il a été compté parmi les méchant; et il a pris sur lui les péchés de plusieurs, et il a été livré pour leurs iniquités." Ecoutez maintenant la prophétie de son ascension : "Ouvrez les portes des cieux, dit-il; ouvrez-les, pour que le Roi de gloire y fasse son entrée. Quel est-il ce Roi de gloire? C'est le Dieu fort et le Dieu puissant." Et au sujet de son second et glorieux avènement, Jérémie ajoute: "Voici le fils de l'homme qui vient sur les nuées du ciel, et ses anges l'accompagnent."

 52. Ainsi donc, puisque nous avons déjà montré que tous les événe- ments accomplis avaient été prédits à l'avance par les prophètes, il en faut nécessairement conclure que tout ce qui a été encore annoncé, et dont la réalisation n'a pas encore eu lieu, ne peut manquer d'arriver. Les faits accomplis, dont la prédiction était certaine et le moment inconnu, se sont réalisés ; il en sera de même pour ceux qui sont encore à venir : ils sont prédits, on les ignore, on ne veut pas y croire; ils arriveront cepen- dant. Les prophètes ont parlé de deux avènements pour le Christ: le pre- mier, qui a eu lieu, avènement sous la figure d'un homme méprisé et persécuté ; le second, dans lequel il viendra resplendissant de toute la gloire des cieux, et entouré de ses légions d'anges; alors il ressuscitera les cadavres de tous les hommes qui auront vécu sur la terre, et il revêtira les corps des justes d'une immortalité glorieuse, et il enverra ceux des méchants, incorruptibles aussi, brûler éternellement dans le feu infernal. En voulez-vous la prophétie? Ecoutez Ezéchiel: "La jointure se reliera à la jointure, et l'os à l'os, et les chairs recroîtront une seconde fois. Et tout genou fléchira devant le Seigneur, et toute langue confessera son nom." Voulez-vous savoir ce que sera la douleur et le supplice des méchants? Ecoutez encore: "Le ver qui les ronge ne s'assoupira pas, et le feu qui les dévore ne s'éteindra jamais." Ils se repentiront alors, mais leur repentir ne leur servira de rien. Et que feront, que diront les Juifs à ce glorieux avènement? Entendez le prophète Zacharie: "J'ordonnerai aux quatre vents de rassembler mes enfants épars; j'ordonnerai au vent du nord qu'il porte au loin ma parole, et au vent du midi qu'il n'y fasse pas obstacle. Et alors il y aura dans Jérusalem un grand gémissement, et ce ne sera pas un gémissement des lèvres et de la bouche, mais un gémissement du coeur; et ils ne déchireront pas leurs vêtements, mais leurs esprits, et ils se plaindront tribu à tribu, et alors ils verront celui qu'ils ont frappé, et ils diront: Pourquoi, Seigneur, nous avez-vous fait errer loin de votre voie? La gloire dont se réjouissaient nos pères, elle est devenue pour nous une ignominie."

 53. Nous aurions encore bien d'autres témoignages des prophètes à invoquer; mais nous nous arrêterons ici, persuadés que nous en avons rapportés assez pour convaincre ceux qui ont des oreilles disposées à entendre et à croire, et pour établir qu'à la différence des faiseurs de fables et de tous les historiens des prétendus fils de Jupiter, nous ne disons rien que nous ne soyons en état de prouver immédiatement. Comment, en effet, aurions-nous cru que cet homme crucifié était le fils de Dieu, appelé à juger tout le genre humain, si nous n'avions pas vu outes les prophéties qui d'avance annonçaient sa venue, se réaliser de point en point; si maintenant nous ne voyions pas et la dévastation de la Judée, et la conversion de ces hommes de toute race, qui, à la voix des apôtres, ont abandonné leurs antiques erreurs pour embrasser la sainte doctrine; et nous-mêmes, et cette foule de Gentils, chrétiens plus sincères et plus vrais que les Juifs et les Samaritains convertis? Ce nom de Gentils a été donné par le Saint-Esprit lui-même aux nations de la terre, par opposition aux tribus de Judée et de Samarie, qu'il appelle Israël et la maison de Jacob. Il y a même une prophétie qui annonce plus de croyance dans les Gentils que dans les Juifs et les Samaritains. La voici: "Réjouissez-vous, vous qui êtes stérile et qui n'enfantez pas; éclatez en cris de joie, vous qui n'engendrez pas; car il sera donné bien plus de fils à l'épouse abandonnée qu'à celle qui a un époux." Ces abandonnées étaient les nations qui ignoraient le vrai Dieu et adoraient les oeuvres de leurs propres mains, tandis que les Juifs et les Samaritains, qui connais- saient par les prophètes la venue du Verbe de Dieu, et qui avaient tou- jours attendu le Christ, ne le reconnurent pas quand il descendit au milieu d'eux. À peine y eut-il quelques exceptions, dont le Saint-Esprit parle dans Esaïe: "Si le Seigneur ne nous avait pas laissé son germe, leur fait-il dire, nous serions devenus comme Sodome et Gomorrhe." Or Sodome et Gomorrhe sont deux villes représentées par Moïse comme des réceptacles d'iniquités, que le Seigneur ruina par une pluie de soufre et de feu. Personne n'y fut sauvé, excepté un étranger chaldéen, nommé Loth, qui échappa avec ses filles. Toute la contrée devint un désert, et depuis elle est restée brûlée et stérile: chacun peut s'en convaincre. Les Gentils devaient se montrer bien plus croyants et bien plus fidèles c'est ce qu'Esaïe nous apprend par ces mots : "Israël est incirconcis du coeur, et les Gentils ne le sont que du prépuce. " Or, nous vous le demandons, tant et de si formels témoignages ne sont-ils pas, pour ceux qui aiment la vérité, qui ne sont pas sous l'influence de vaines opinions ni sous le joug de leurs passions, un motif irrésistible de foi et de conviction?
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mardi 14 mars 2017

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 14. St Martyr Justin 1ère Apologie 38-45

38. Quand le Saint-Esprit introduit le Christ, il le fait s'exprimer ainsi : "J'ai étendu mes mains vers le peuple incrédule et contradicteur, vers ceux qui marchent dans les voies mauvaises." Et encore: "J'ai présenté mon dos au fouet et mes joues aux soufflets; je n'ai pas détourné ma face de l'affront des crachats, et le Seigneur a été mon aide: c'est pourquoi je n'ai pas eu honte, et mon visage a été comme un rocher solide, et j'ai su que je ne serais pas confondu ; car celui qui doit me justifier est proche." Il dit encore : "Ils ont jeté le sort sur mes vêtements, et ils ont percé mes pieds et mes mains; et moi, je me suis endormi et j ai pris mon sommeil, et ensuite je me suis réveillé; car le Seigneur m'a relevé." Puis, plus loin: "Ils ont remué les lèvres et secoué la tête en disant : "Qu'il se délivre lui-même." Tous ces faits ont été réalisés par les Juifs en la personne du Christ; car, pendant qu'il était en croix, les pas- sants grimaçaient des lèvres et branlaient la tête en disant: "Lui qui ressuscitait les morts, qu'il se délivre!"

 39. Le Saint-Esprit veut-il employer le ton de la prédiction, écoutez-le: "Or la loi sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem, et il jugera parmi les nations, et il gouvernera une grande multitude. Et les nations forgeront leurs glaives en fers de charrue, et leurs lances en faucilles; et les peuples ne lèveront plus l'épée contre les peuples, et ils n'apprendront plus à se faire la guerre." L'événement a confirmé cette parole, vous pouvez vous en convaincre. Car douze hommes sont sortis de Jérusalem pour parcourir le monde; ils étaient grossiers et ne savaient pas parler; mais la vertu de Dieu les soutenait, et ils ont annoncé à tout le genre humain qu'ils étaient envoyés du Christ pour enseigner la parole de Dieu ; et nous qui jadis nous souillions de meurtres et de carnage, nous ne faisons plus la guerre, même à nos ennemis. Bien plus, de peur d'un mensonge, et pour ne pas tromper ceux qui nous font subir des interrogatoires, nous confessons avec joie notre Seigneur Jésus, et nous mourons pour lui. Il nous serait facile pourtant de nous autoriser de ce proverbe: Mes lèvres ont juré, mais mon coeur refusait (Hippolyte d'Euripide, vers 612); Mais ce serait chose ridicule que l'on vît les soldats enrôlés sous vos drapeaux rester fidèles à leur serment, au mépris de leur propre vie, au mépris de leurs affections de famille et de patrie, eux à qui vous ne pouvez promettre qu'une récompense corruptible, tandis que l'on nous verrait, avec la perspective de l'immortalité, refuser de nous exposer à toutes les persécutions qui peuvent nous obtenir les récompenses promises par notre souverain maître 40. Ecoutez maintenant ce que l'Esprit saint a inspiré au roi-prophète au sujet de ces hérauts de la doctrine de Jésus-Christ, qui ont prophétisé sa venue: "Le jour le raconte au jour, et la nuit le redit à la nuit. Il n'est point de nation, quelle que soit sa langue, qui n'entende leur voix. Le bruit qu'ils font a parcouru toute la terre et leurs paroles sont allées jusqu'aux confins du monde. Il a placé son tabernacle dans le soleil, et sortant de là comme l'époux de sa couche, semblable à un géant, il s'élance dans la carrière." Puisque nous parlons de David, nous ne ferons pas mal de rap- porter ici quelques passages qui pourront vous faire juger quelle règle de conduite le Saint-Esprit donne à l'homme, et aussi comme il prédit la coalition d'Hérode, roi des Juifs, avec Ponce-Pilate, votre procurateur, et ses soldats, contre Jésus-Christ ; comme il annonce la conversion du genre humain à la foi, comme il dit que Jésus-Christ sera appelé le fils de Dieu, et comme il prophétise la promesse que le Père fait à son fils de lui soumettre ses ennemis, les efforts des démons pour se soustraire à la puissance de Dieu le Père et de Jésus-Christ lui-même, et enfin ce grand appel à la pénitence, que le Seigneur adresse à tous les hommes avant le jour du jugement. Voici ces paroles: "Heureux celui qui ne suit pas l'assemblée des impies, et ne marche pas dans la voie du pécheur, et ne s'assoit pas sur le siège d'iniquité! Heureux celui dont la volonté est dans la loi du Seigneur, et qui médite jour et nuit ses commandements! Il sera comme l'arbre planté sur le bord des eaux; il donnera son fruit dans la saison, et sa feuille ne se fanera pas, et tout ce qu'il fera prospérera. Il n'en est pas ainsi pour les impies, non, il n'en est pas ainsi. Ils seront comme la poussière que le vent enlève de la face de la terre; aussi les impies ne siégeront pas au jugement, ni les pécheurs au conseil des justes, parce que le Seigneur connaît la voie des justes, et le chemin des impies périra. Pourquoi les nations ont-elles frémi, et pourquoi les peuples ont-ils formé de vains complots? Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ, disant: Rompons les chaînes qu'il nous a données, et rejetons son joug loin de nous. Mais celui qui habite aux cieux se rira d'eux, et le Seigneur les tournera en dérision. Puis il leur parlera dans sa colère, et il les dispersera dans sa fureur. Mais moi, je me suis constitué roi par sa puissance, roi sur Sion, sa montagne sainte, et j'annonce les préceptes du Seigneur. Le Seigneur m'a dit: Tu es mon fils: je t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage, et je ne bornerai tes possessions qu'aux confins de la terre. Tu les gouverneras avec une verge de fer, et tu les briseras comme des vases d'argile. Et vous maintenant, rois, comprenez; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. Servez le Seigneur avec un respect mêlé de crainte, et tremblez, lors même que vous chantez ses louanges. Saisissez ses leçons, de peur que le Seigneur ne s'irrite et que vous ne vous écartiez du droit chemin. Lorsque son courroux s'allumera tout à coup, heureux ceux qui auront mis en lui leur confiance."

 41. Dans une autre prophétie, l'Esprit de Dieu voulant annoncer le règne de Christ après le supplice de la croix, fait dire encore à David: "Chantez un cantique au Seigneur par toute la terre, et annoncez chaque jour son salut, car le Seigneur est grand et digne de louanges; il est terri- ble au-dessus de tous les dieux, car tous les dieux des nations sont les simulacres des démons, et c'est Dieu qui a fait les cieux. La gloire et la majesté marchent devant lui; la force et la splendeur habitent dans son sanctuaire. Rendez gloire au Seigneur, père des siècles ; recevez sa grâce ; prosternez-vous devant lui et adorez-le dans les parvis de son sanctuaire. Que la terre tremble en sa présence; mais si elle fait le bien, elle prospérera. Qu'elle ne se trouble pas; que toutes les nations se réjouissent: le Seigneur règne du haut du bois."

42. Parfois aussi, vous avez pu vous en apercevoir d'après ce qui a été déjà cité, le Saint-Esprit parle des événements futurs comme s'ils étaient arrivés, et à ce propos nous nous empressons de lever toutes les diffi- cultés et d'ôter toute excuse aux lecteurs. L'Esprit saint connaît l'avenir; aussi le raconte-t-il comme s'il était accompli. Voulez-vous la preuve de cette explication? écoutez: David parla du crucifiement quinze cents ans avant la naissance du Christ; or personne avant lui n'avait, par son sup- plice, apporté une pareille félicité au monde; personne ne l'a fait depuis le Christ. Au contraire, notre Seigneur Jésus, crucifié et mort, s'est ressuscité; et, de retour au ciel, il y a repris son empire, et c'est cette bonne nouvelle qui, portée en son nom à toutes les nations par les apôtres, fait la joie de tous ceux qui vivent dans l'attente de l'immortalité promise.

43. Que d'ailleurs, si nous parlons de prescience et de prédiction, on se garde bien de conclure que nous croyons à la fatalité et au destin. Non, et en voici la preuve. Il est, disons-nous, pour les méchants des punitions et des supplices, pour les bons des récompenses et des bienfaits; les prophètes nous ont appris cette doctrine, et nous en soutenons la vérité. S'il n'en était pas ainsi, si tous suivaient la loi du destin, où serait le libre arbitre? car si c'était par nécessité que celui-ci est bon, celui-là mauvais, le premier ne serait pas digne d'éloges, pas plus que le second ne serait coupable. Et si le genre humain n'avait pas le pouvoir de choisir par un acte de sa libre volonté le sentier de la vertu ou le chemin du vice, il n'au- rait pas à répondre de ses actions. Mais l'homme a cette liberté de faire le bien ou le mal à son choix: nous le pouvons. Ne voit-on pas en effet le même homme tenir la conduite la plus diverse. Si la loi du destin le forçait à être méchant ou vertueux, certes il ne serait pas soumis à ces con- tradictions et à ces perpétuelles variations. Loin de là, il n'y aurait ni un homme vertueux ni un homme dépravé, puisque le destin serait la cause du mal et en même temps la cause du bien. Ou encore, nous tomberions dans cette doctrine dont nous avons parlé plus haut, et qui consiste à nier la vertu et le vice, et à ne voir dans le bien et le mal que des opinions dif- férentes; ce qui est aux yeux de la saine raison une impiété et une absur- dité monstrueuses. Pour le destin inévitable tel que nous l'entendons, c'est celui qui attend les bons pour les récompenser selon leurs mérites, et les méchants pour leur infliger les supplices qu'ils ont encourus. Car Dieu n'a pas créé l'homme comme les plantes et les brutes qui ne savent ce qu'elles font; et l'homme ne mériterait ni récompense ni louange s'il n'avait pas le choix de la vertu et s'il y naissait tout façonné; de même qu'il ne pourrait encourir aucune peine s'il était méchant, et qu'il ne le fut pas de lui- même, mais qu'enchaîné au vice par sa naissance, il ne pût se délivrer de son joug.

44. C'est le Saint-Esprit lui-même qui nous a donné ces enseignements, puisqu'il atteste par l'organe de Moïse que Dieu dit au premier homme sortant de ses mains: "Voici le bien et le mal devant toi: choisis le bien." C'est ce que confirme un autre prophète, Esaïe, quand il met dans la bouche de Dieu le Père les paroles suivantes: "Lavez-vous de vos souil- lures et purifiez-vous; enlevez le mal de vos coeurs, et apprenez à faire le bien; rendez justice à l'orphelin et défendez la veuve. Présentez-vous alors, et nous compterons, dit le Seigneur. Vos péchés vous eussent-ils rendus rouges comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme la laine; fussiez-vous écarlates, je vous rendrai plus blancs que la neige; et si vous le voulez, et que vous m'écoutiez, vous serez nourris des biens de la terre ; mais si vous ne m'écoutez pas, le glaive vous dévorera ; car c'est la bouche du Seigneur qui a parlé." Or ces paroles, le glaive vous dévorera, ne sig- nifient pas que la désobéissance sera punie par les coups du glaive; mais ce glaive de Dieu, c'est le feu dont ceux qui s'attachent au mal deviennent la pâture. Aussi dit-il: "Le glaive vous dévorera; car c'est la bouche du Seigneur qui a parlé." Et ce terme dévorera ne peut s'appliquer à l'épée qui frappe et tue d'un seul coup. Aussi quand Platon a dit: "La faute est à l'homme libre qui choisit. Dieu n'y est pour rien," il a emprunté cette parole à Moïse; car Moïse est plus ancien que tous les écrivains de la Grèce. Et tout ce que les poètes et les philosophes ont pu dire sur l'im- mortalité de l'âme, sur les châtiments après la mort, sur la contemplation céleste de la divinité ou tout autre dogme semblable, ils en ont pris le principe dans les prophètes, et sont ainsi parvenus à comprendre et à expliquer ces vérités. C'est là qu'ils ont puisé tous les éléments du vrai qu'ils possèdent, et si leurs emprunts sont difficiles à constater, cela tient à la grande contrariété de leurs opinions. Maintenant, de ce que nous disons que l'avenir a été prédit, il n'en résulte pas que nous consacrions le principe de la nécessité et du destin. Non, mais comme Dieu prévoit toutes les actions futures des hommes, comme il doit rendre à chacun selon le mérite de ses oeuvres, et récompenser les actes de vertu, il fait faire des prédictions par l'Esprit saint, appelant ainsi sans cesse le genre humain au souvenir et à la réflexion, et montrant pour lui toute sa sollic- itude et sa providence. Aussi les génies du mal sont-ils parvenus à obtenir que l'on punit de mort ceux qui liraient les livres d'Hystaspe, de la Sibylle et des prophètes; car ils voulaient, à force de crainte, détourner les hommes de cette lecture et des salutaires enseignements qu'ils y devaient trouver, et par ce moyen les retenir sous leur joug ; mais ils n'ont pas pu interdire ces ouvrages pour toujours; car non seulement nous- mêmes nous les lisons sans crainte, mais nous vous les offrons pour que vous les voyiez, et dans la persuasion qu'ils seront agréables à tous. Et quand même nous ne les ferions lire qu'à un petit nombre, ce serait tou- jours un gain immense; car, semblables à de bons laboureurs, nous recevrions pour cette moisson une abondante récompense.

 45. Le Père éternel devait enlever le Christ au ciel après sa résurrection, et l'y conserver jusqu'à ce qu'il ait frappé les démons ses ennemis, jusqu'à ce que le nombre des prédestinés et des saints soit rempli; car si la conflagration générale n'a pas encore eu lieu, ce délai n'a été accordé qu'en faveur des élus. Or, écoutez comme David va prédire ces événements: "Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie fait de vos ennemis l'escabeau de vos pieds. Le Seigneur fera sortir de Jérusalem le sceptre de votre force, et vous dominerez au milieu de vos ennemis. A vous est le commandement dans le jour de votre puis- sance et dans les splendeurs de vos saints. Je vous ai engendré de moi avant l'étoile du matin." Ces mots: "Il fera sortir de Jérusalem le sceptre de votre force," étaient le symbole et l'annonce de cette parole puissante que, sortant de Jérusalem, les apôtres allèrent prêcher au monde. Nous le savons, il y a peine de mort pour tous ceux qui enseignent, pour tous ceux qui confessent le nom du Christ, et néanmoins nous l'enseignons partout, partout nous embrassons sa foi. Que si vous lisez ces pages avec un esprit de haine, vous pouvez nous tuer, et rien de plus, nous vous le répétons; car en quoi nous nuit-elle cette mort? tandis que vous et tous ceux qui nourrissent une animosité injuste, tous ceux qui ne se repentent pas de leurs erreurs, elle vous dévoue au feu éternel!

Sur le Blog du Moinillon : La vocation monastique


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Petit rappel
pour le Skite


lundi 13 mars 2017

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 13. St Martyr Justin 1ère Apologie 30-37

30. Maintenant pour que personne ne tente de nous opposer que le personnage nommé par nous Christ n'est qu'un homme, fils d'un homme, et que ses miracles ne sont que des sorcelleries et des oeuvres de magie à l'aide desquelles il a réussi à se faire passer pour le fils de Dieu, nous allons commencer notre démonstration sur ce point, et vous prouver que ce n'est pas sur des on-dit que notre foi est fondée, mais sur des prophéties publiées bien avant l'événement et sur la réalisation certaine et indubitable de ces faits annoncés, réalisation à laquelle nous avons assisté, à laquelle nous assistons encore. Et ce sera là une magnifique et irréprochable démonstration, nous en avons la ferme confiance.

31. Il s'est rencontré chez les Juifs des hommes prophètes de Dieu, et dont l'Esprit saint se servait comme de hérauts pour annoncer l'avenir. Leurs prophéties, à mesure qu'elles étaient prononcées, étaient soigneusement recueillies par les rois du moment, qui en possédaient les textes; écrits en hébreu de la main même des prophètes. Quand Ptolémée, roi d'Egypte, composa sa fameuse bibliothèque, il eut connaissance de ces livres prophétiques, et il envoya une ambassade à Hérode, alors roi des Juifs, pour les lui demander. Hérode donna le texte hébreu; mais cette langue étant inconnue aux Egyptiens, une nouvelle députation vint solliciter du roi des Juifs des hommes capables d'en faire une traduction grecque. Cette oeuvre fut exécutée, et ces livres sont restés jusqu'à présent aux mains des Egyptiens, comme ils sont par toute la terre entre celles des Juifs. Mais c'est en vain que les Juifs les lisent, ils ne les comprennent pas; au contraire, ils nous traitent comme leurs ennemis déclarés ; ils nous persécutent autant qu'il est en leur pouvoir ; ils nous infligent comme vous les supplices et la mort: vous pouvez en avoir facilement la preuve. Voyez la dernière guerre de Judée, Barcochébas, le chef de la révolte, ne sévissait-il pas contre les chrétiens et contre eux seuls? Ne les accablait-il pas des plus cruelles tortures s'ils ne renonçaient pas à Jésus-Christ et s'ils ne blasphémaient pas son saint nom? C'est pourtant dans les livres des prophètes qu'est annoncée la venue du Christ. Il y est dit qu'il doit naître d'une vierge; que, parvenu à l'âge d'homme, il guérira toutes les maladies et toutes les douleurs et ressuscitera les morts : que méconnu, persécuté, il sera mis en croix, qu'il mourra et se ressuscitera pour remonter au ciel. Il y est dit qu'il est le fils de Dieu et qu'il sera reconnu pour tel; qu'il enverra par tout le genre humain des hérauts pour l'annoncer, et que toutes les nations croiront à sa parole. Et tout cela a été prophétisé cinq mille, trois mille, deux mille, mille et enfin huit cents années avant l'événement, car telle est la succession des temps où ont paru les prophètes.

32. Moïse, le premier de tous, a parlé ainsi: "il ne manquera pas de prince de Juda, ni de chef de cette race jusqu'à ce que vienne celui qui est attendu: celui-là sera l'espérance des nations; il attachera son ânon à la vigne, et il lavera sa robe dans le sang de la grappe." Et voyez et recherchez avec soin jusqu'à quelle époque les Juifs ont eu un roi de leur nation. C'est justement celle où parut Jésus-Christ, notre maître, l'inter- prète des mystérieux oracles; et en lui s'est accompli ce que l'Esprit prophétique avait annoncé par la bouche de Moïse, à savoir que le prince ne manquerait pas chez les Juifs jusqu'à ce que fut venu celui à qui le royaume était réservé. Car Juda est le patriarche des Juifs, et c'est de lui qu'ils ont pris leur nom. Aussitôt la venue du Messie, vous avez commencé à régner sur les Juifs, et vous avez soumis tout leur pays à votre domina- tion. Cette parole, il sera l'espérance des nations, signifiait que par toutes les nations il se trouverait des hommes qui soupireraient après sa venue. C'est là un fait que vous démontre votre propre expérience. Ne voyez- vous pas que dans toutes les nations on espère en ce crucifié de la Judée, après la mort duquel la terre des Juifs a été prise et livrée entre vos mains? Cette autre parole, "il attachera son ânon à la vigne, et il lavera sa robe dans le sang de la grappe," est un symbole qui figure en partie ce qui devait arriver au Christ, en partie ce que lui-même devait accomplir. Car il y avait à l'entrée d'un village un ânon attaché à une vigne, et le Christ ordonna à ses disciples de le lui amener: il y monta et fit son entrée à Jérusalem, où était ce grand et magnifique temple que vous avez détruit depuis. Après cela il fut crucifié, pour que le reste de la prophétie fût accompli. Car cette robe lavée dans le sang de la grappe" était l'annonce des douleurs qu'il devait endurer, pour racheter par son sang tous ceux qui croient en lui. La robe dont parle l'Esprit de Dieu représente les hommes qui ont foi en Jésus-Christ, et dans lesquels habite le Verbe, cette semence de Dieu. Le sang de la grappe signifiait aussi que le Messie aurait du sang, non pas du sang de la semence humaine, mais de la puis- sance divine. La puissance souveraine avec le Père et le maître de l'u- nivers, c'est son fils, c'est le Verbe. Il a pris chair, il s'est fait homme, nous le dirons ensuite. Or, maintenant, comme ce n'est pas l'homme mais Dieu qui a fait le sang de la grappe, de même le sang du Christ était ainsi clairement désigné comme ne pouvant pas résulter de la semence humaine, mais de la vertu de Dieu, comme nous l'avons dit déjà. Un autre prophète a dit exactement la même chose en termes différents, c'est Esaïe: "Une étoile sortira de Jacob, et une fleur poussera sur la tige de Jessé, et les nations espéreront en son bras." N'est-ce pas une étoile bril- lante, n'est-ce pas une belle fleur sur la tige de Jessé, que notre Seigneur Jésus-Christ? La vertu de Dieu l'a engendré, et il est né d'une vierge de la race de Jacob, le père de Juda (et nous avons vu que Juda est le patriarche des Juifs). Jessé aussi fut; selon les saints oracles, un aïeul du Christ, fils lui-même de Jacob et de Juda, comme le prouve la suite de sa généalogie.

 33. Ecoutez maintenant comme Esaïe annonce que le Christ naîtra d'une vierge. Voici ses paroles: "La vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et les hommes appelleront ce fils, Emmanuel, Dieu avec nous." Or c'étaient des choses incroyables et impossibles à l'homme que Dieu faisait prédire par l'esprit de prophétie; en sorte qu'à l'événement on ne leur refusât pas créance, et qu'au contraire on leur accordât une confiance illimitée. Actuellement, pour que dans l'ignorance du sens véritable de cette prophétie, l'on ne vienne pas confondre nos paroles avec les récits de vos poètes, qui représentent Jupiter descendant des cieux; pour se livrer à un commerce impur avec des femmes mortelles, nous allons entrer dans l'explication. Une vierge, dit Esaïe, sera enceinte: c'est-à-dire qu'elle concevra sans coopération humaine; car si ce commerce avait eu lieu, elle ne fût pas demeurée vierge. Mais ici la vertu de Dieu est descendue sur cette vierge et l'a environnée comme d'un nuage sacré, et restant toujours vierge, elle est néanmoins devenue enceinte. Ce fut un ange de Dieu qui fut alors envoyé vers cette vierge, et qui lui annonça cette bonne nouvelle en disant : "Voici que vous concevrez du Saint-Esprit et que vous enfanterez un fils, et il sera appelé le fils du Très-Haut, et vous le nom- merez Jésus; car il sauvera son peuple de ses péchés." C'est ce que nous apprennent ceux qui ont écrit la vie et les oeuvres de Jésus-Christ, notre Sauveur; et c'est là ce que nous croyons; car c'est la réalisation de ce qu'avait prédit le Saint-Esprit par la bouche d'Esaïe. Donc cet esprit et ce souffle de Dieu n'est autre chose que son Verbe, son premier-né: il est impossible de penser autrement, et le prophète Moïse l'a clairement annoncé. C'est lui qui s'est répandu sur la vierge et l'a enveloppée de son ombre; c'est lui qui l'a rendue féconde, non par les voies humaines, mais par la vertu de Dieu. Le nom hébreu de Jésus se traduit par Sauveur: de là vient que l'ange dit à la vierge: "Vous l'appellerez Jésus, et il sauvera son peuple de ses péchés." Il n'est pas besoin, je pense, de vous faire remarquer que l'Esprit de Dieu peut seul dicter des prophéties pareilles: c'est une vérité que vous ne contesterez pas.

34. Quant au lieu de la naissance du Christ, écoutez ce qu'en a dit Michée, un autre prophète: "Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu ne seras pas toujours la dernière parmi les princes de Juda; car de toi sortira le chef, le pasteur de mon peuple." Or Bethléhem est un bourg dans la terre de Judée, situé à trente-cinq stades de Jérusalem: c'est là que le Christ est né; vous pouvez vous en assurer par les tables du recensement que leva en Judée Cyrénius, le premier des présidents de cette province.

35. Après sa naissance, le Christ devait rester caché aux yeux des hommes jusqu'à l'âge de virilité: c'est ce qui arriva. Mais écoutez la prédiction: "Un petit enfant nous est né, et un jeune adolescent nous a été donné, et la marque de l'empire est sur ses épaules." Cette marque, c'est la croix qu'il porta au jour de sa passion, comme nous le dirons dans la suite de ce discours. Voici sur le même sujet des paroles de ce divin prophète Esaïe: "J'ai étendu mes mains vers le peuple incrédule et con- tradicteur, vers ceux qui marchent dans la voie mauvaise; et maintenant ils demandent que je les juge, et ils osent approcher de Dieu." Et encore ces autres paroles: "Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont jeté le sort sur ma robe." Et certes ce n'est pas David, le roi-prophète, d'où ces paroles sont tirées, qui a souffert ces tourments. Mais c'est le Christ Jésus, dont les mains furent étendues quand il fut crucifié par les Juifs, ces incré- dules qui niaient sa divinité. Comme le prophète l'avait dit, il fut placé par dérision sur un tribunal, et le peuple lui disait: Juge-nous. Ces mots: Ils ont percé mes mains et mes pieds, étaient l'annonce de ces clous qui, sur la croix, percèrent et ses pieds et ses mains. Après qu'on l'eut crucifié, ses bourreaux tirèrent ses vêtements au sort et se les partagèrent. Vous pouvez voir tout ce récit dans les Actes de Ponce-Pilate. Outre ce qui a été déjà rapporté sur l'ânon du Christ et son entrée à Jérusalem, voici encore des paroles d'un autre prophète, Sophonias: "Réjouissez- vous, fille de Sion; chantez, fille de Jérusalem, voici votre roi qui vient humblement à vous, monté sur une ânesse et sur son ânon."

 36. Lorsque vous entendez toutes ces prophéties mises dans la bouche d'un homme, gardez-vous de les attribuer à ceux qui les prononcent; ayez grand soin, au contraire, de ne voir que le souffle de Dieu qui les dicta, et qui tantôt prend la forme d'une prédiction, tantôt met ses paroles dans la bouche de Dieu le père et seigneur de l'univers, tantôt fait parler le Christ lui-même, ou enfin les nations qui répondent à Jésus ou à son Père. C'est, au reste, une habitude commune à tous vos écrivains; l'auteur, toujours le même, introduit et met en scène des personnages différents : c'est ce que ne comprirent pas les Juifs. Ils avaient entre les mains les livres des prophètes, et ils ne reconnurent pas Jésus-Christ venant en ce monde. Loin de là, ils nous persécutent, nous qui croyons à la venue de ce Messie, et qui prouvons que, selon les oracles, il a été crucifié par leurs mains.

 37. Pour vous prouver ce que nous disions à l'instant de la manière dont les prophètes font parler le Père éternel, écoutez ces paroles du prophète Esaïe: "Le boeuf connaît son maître, l'âne son étable; mais Israël ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris. Malheur à la race pécher- esse, au peuple rempli d'iniquités, au sang des méchants! Fils insensés, vous avez abandonné votre Seigneur!" Et ailleurs encore, toujours dans la bouche du Père, ces mots: "Quelle maison me bâtissez-vous? dit le Seigneur ; le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Encore : "Mon coeur déteste vos néoménies et vos fêtes; votre grand jeûne, temps d'oisiveté, je le hais, et quand vous viendrez à moi je ne vous exaucerai pas. Vos mains sont pleines de sang, et vous m'offrez de l'encens et de la fleur de farine: cela m'est en abomination. Je ne veux plus de la graisse des agneaux et du sang des boucs. Qui a exigé de tels présents de vos mains? Rompez tous les liens de l'iniquité; brisez les chaînes de la vio- lence; conviez et recueillez celui qui est sans asile; partagez votre pain avec celui qui a faim." Tels sont, vous pouvez en juger, les enseignements que les prophètes font donner par Dieu même.

dimanche 12 mars 2017

DIMANCHE DE ST GRÉGOIRE PALAMAS


De quels chants de louange célébrerons nous le Hiérarque ? - Il fut la trompette de la théologie, la bouche de la grâce au souffle de feu - le saint calice de l'Esprit, la colonne inébranlable de l'Eglise - la réjouissance du monde, le fleuve de la sagesse - le chandelier de la lumière - l'astre lumineux qui éclaire la création.

De quelles fleurs d'hymnes couronnerons nous le Hiérarque ? - Il fut le serviteur de l'amour de Dieu, l'adversaire de l'impiété - le chaleureux défenseur de la foi, le grand guide et le maître - la lyre harmonieuse de l'Esprit, la langue aux rayons d'or - la source qui verse sur les fidèles les eaux des guérisons, le grand et admirable Grégoire.

De quelles lèvres nous qui sommes nés de la terre acclamerons nous le Hiérarque? - Il fut le maître de l'Eglise, le prédicateur de la lumière de Dieu - le céleste initié de la Trinité - la beauté des moines rayonnant dans l'œuvre et la contemplation - la gloire de Thessalonique, le concitoyen dans les cieux - du grand et merveilleux Démètre qui répand la myrrhe.

(Vêpres du 2ème dimanche du Grand Carême, de St Grégoire Palamas)

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 12. St Martyr Justin 1ère Apologie 22-29

22. Quant à Jésus-Christ, que nous appelons le fils de Dieu, ne fut-il qu'un simple mortel, sa sagesse lui mériterait ce titre; puisque tous les auteurs s'accordent à donner à la divinité le nom de père des dieux et des hommes; que si, le croyant engendré d'une manière toute particulière et surhumaine, nous l'appelons le Verbe de Dieu, nous ne faisons que lui appliquer la dénomination affectée à Mercure, puisqu'on en parle comme du verbe, messager de Dieu. Nous objectera-t-on qu'il a été crucifié ; nous dirons qu'en cela il ressemble à tous ceux des fils de Jupiter qui, selon vous, ont eu des tourments à souffrir. Loin d'être uniforme, leur genre de mort a été très différent. Jésus aussi a eu son agonie à part. Il ne le leur cède pas même en cela. Combien au contraire ne les surpasse-t-il pas en tout! Hâtons-nous de le prouver, ou plutôt la preuve est déjà faite; car c'est par les actions que se constate la supériorité. Jésus est né d'une vierge? oui, il a cela de commun avec Persée. Il guérissait les boiteux et les paralytiques, les infirmes de naissance; il ressuscitait les morts. C'est ce que vous racontez d'Esculape.

23. Mais, remarquez-le bien, si nous avons employé ce genre de preuves et ces assimilations, c'est que nous voulions vous démontrer que la vérité se rencontre uniquement dans les leçons du Christ et des prophètes ses prédécesseurs, plus anciens que tous vos écrivains; et quand nous demandons d'être crus, ce n'est pas en raison de ces ressemblances, c'est en raison de la vérité que nous annonçons, c'est parce que nous vous disons que Jésus-Christ est le fils unique du Père, son premier-né, sa puis- sance, son Verbe; qu'il s'est fait homme par sa propre volonté, et qu'il est venu nous instruire pour le salut et la régénération du monde. Or, avant qu'il parût parmi les hommes, ces génies du mal, les démons dont nous avons déjà parlé, se sont servis des poètes pour fausser d'avance le récit de ces grands événements, comme s'ils eussent déjà eu lieu; et ainsi ils sont parvenus à inventer et à faire croire contre nous les accusations les plus odieuses sans la moindre preuve et sans un seul témoin. Voilà la raison de notre argumentation.

24. Ainsi donc, en premier lieu, nous ne faisons que ce que font les Grecs, et pourtant seuls nous souffrons persécution pour le nom du Christ. Nous ne commettons aucun crime, et on nous tue comme des scélérats. Tout autour de nous on adore des arbres, des fleuves, des chats, des souris, des crocodiles, des animaux de toute espèce. Et ce culte n'est pas universel ; non, chacun a son idole, en sorte que pour son voisin, dont il ne partage pas la croyance, c'est un impie. Et le seul chef d'accusation que l'on puisse invoquer contre nous, c'est que nous n'adorons pas vos dieux, que nous ne faisons aux morts ni libations ni offrandes; que nous ne consacrons aux idoles ni couronnes ni victimes; des victimes! mais vous n'ignorez pourtant pas que ce qui est ici une victime, là est un dieu, plus loin une brute.

25. En second lieu, remarquez-le bien, tandis que le genre humain entier se prosternait aux pieds de Bacchus et d'Apollon, dont les infâmes débauches font horreur; tandis qu'il adorait Proserpine et Vénus, dont vous célébrez dans vos mystères le honteux amour pour le jeune Adonis ; tandis qu'il rendait un culte à Esculape et à toute cette multitude de pré- tendus dieux; nous, au nom de Jésus-Christ et au péril le notre vie, nous avons foulé aux pieds ces divinités, et embrassé la foi à ce Dieu incréé, inaccessible au mal, et qui jamais ne descendit sur terre pour séduire une Antiope ou abuser d'un Ganymède; non, jamais notre Dieu n'eut besoin, pour se délivrer de ses chaînes, que Thétis implorât le secours du géant à cent bras; jamais pour prix d'un tel service il ne sacrifia des milliers de Grecs à la colère d'Achille furieux de l'enlèvement de sa Briséis. Ceux qui croient à de pareilles fables nous font pitié, et nous n'y pouvons recon- naître que l'oeuvre des démons.

26. En troisième lieu, lorsque par son ascension le Christ eut été enlevé au ciel, les démons suscitèrent des hommes qui se prétendirent dieux: et vous, bien loin de les poursuivre, vous les avez comblés d'honneurs. Un certain Simon, du bourg de Gitton, vint à Rome du temps de l'empereur Claude. Aidé par les malins esprits, il fit dans votre ville impériale quelques prodiges de magie, et aussitôt on le prit pour un dieu, on lui éleva une statue comme à un dieu. Cette statue est dans l'île du Tibre, entre les deux ponts, et elle porte cette inscription latine: Simoni Deo sancto. Presque tous les Samaritains et quelques hommes d'autres nations le reconnaissent et l'adorent comme leur première divinité. Et vous savez ce qu'on rapporte de cette Hélène, qu'il avait retirée d'une maison de prostitution pour en faire sa compagne et son expression intellectuelle, comme il le disait. Ménandre de Capparetée, Samaritain aussi et disciple de Simon, ne parvint-il pas, toujours par l'assistance des démons, à séduire par ses magiques opérations les habitants d'Antioche, au point de persuader ses adeptes qu'ils ne mourraient jamais? et nous voyons encore nombre de ses sectateurs. Marcion de Pont, qui vit encore, n'enseigne-t-il pas la croyance à un dieu supérieur au créateur du monde? C'est là encore une oeuvre des génies du mal, qui se sont servis de lui pour répan- dre le blasphème sur la terre, pour faire nier aux hommes que le créateur tout-puissant fut le père du Christ, et pour leur faire professer, au con- traire, l'existence d'un être dont la puissance supérieur avait créé des ouvrages plus merveilleux. Tous les disciples de ces imposteurs sont, comme nous l'avons dit, compris sous la dénomination générale de chré- tiens, de la même manière que le nom de philosophes s'applique à une foule de gens qui ne partagent pas les mêmes idées philosophiques. Maintenant ces sectaires se rendent-ils coupables des crimes atroces dont la malignité publique nous accuse, comme ces extinctions de lumières, ces mélanges confus des sexes, ces repas de chair humaine? Nous l'ignorons; mais ce que nous savons bien, c'est qu'au moins, vous, vous ne leur faites pas un crime de leurs opinions et vous ne les massacrez pas. Au reste, nous avons composé un livre contre toutes les hérésies, et si vous voulez, nous vous en donnerons connaissance.

27. Quant à nous, loin de commettre aucune impiété, aucune vexation, nous regardons comme un crime odieux l'exposition des enfants nou- veau-nés; parce que d'abord nous voyons que c'est les vouer presque tous, non seulement les jeunes filles, mais même les jeunes garçons, à une prostitution infâme; car de même qu'autrefois on élevait des troupeaux de boeufs et de chèvres, de brebis et de chevaux, de même on nourrit aujourd'hui des troupes d'enfants pour les plus honteuses débauches. Des femmes aussi et des êtres d'un sexe douteux, livrés à un commerce que l'on n'ose nommer, voilà ce qu'on trouve chez toutes les nations du Globe. Et au lieu de purger la terre d'un scandale pareil, vous en profitez, vous en recueillez des tributs et des impôts! D'ailleurs ne peut-il pas résulter de cet odieux et sacrilège commerce un mélange affreux des pères avec leurs enfants, des frères avec leurs frères? Il est des misérables 26. En troisième lieu, lorsque par son ascension le Christ eut été enlevé au ciel, les démons suscitèrent des hommes qui se prétendirent dieux: et vous, bien loin de les poursuivre, vous les avez comblés d'honneurs. Un certain Simon, du bourg de Gitton, vint à Rome du temps de l'empereur Claude. Aidé par les malins esprits, il fit dans votre ville impériale qui prostituent leurs filles et leurs femmes: il en est qui se mutilent pour cette infâme turpitude, pour les mystères de la mère des dieux; et à cha- cune de vos divinités vous donnez pour attribut ce grand et mystérieux symbole du serpent. Voilà ce qui se fait chez vous à la face du soleil : voilà votre culte: Et vous nous imputez vos actes; et vous prétendez que nous étouffons toutes les lumières divines! Au reste ce n'est pas à nous que peut nuire une calomnie de ce genre; elle retombe sur ceux qui commet- tent tous ces crimes et osent nous les imputer.

28. Parmi nous, le prince des génies malfaisants s'appelle le serpent, le tentateur, Satan; et vous pouvez vous en assurer par la lecture de nos saintes lettres. C'est lui qui sera précipité avec toute son armée et avec les hommes ses adorateurs dans le feu éternel pour y brûler à jamais: le Christ nous l'a prédit. Si un sursis a été accordé à cette condamnation, c'est en faveur de l'homme; c'est en considération de son salut. Car Dieu sait bien que plusieurs se repentent déjà, et que bien d'autres qui sont à naître se repentiront aussi. Quand Dieu créa la nature humaine, il la fit intelligente et libre de choisir le bien et de s'y attacher, en sorte qu'à l'homme raisonnable et intelligent il ne restât aucune excuse devant la justice divine. Aussi prétendre que Dieu ne se met point en peine des choses de ce monde, c'est dire qu'il n'y a pas de Dieu, ou que, s'il y en a, il ne se plaît que dans le mal ou dans une insensibilité de pierre ; c'est dire qu'il n'y a ni vice, ni vertu, et que le bien et le mal ne sont que des dis- tinctions chimériques inventées par l'imagination humaine, ce qui est une haute impiété et une odieuse injustice.

29. Quant à l'exposition des enfants, il est un motif encore qui nous la fait abhorrer. Nous craindrions qu'ils ne fussent pas recueillis, et que notre conscience restât ainsi chargée d'un homicide. Au reste, si nous nous marions, c'est uniquement pour élever nos enfants; si nous ne nous marions pas, c'est pour vivre dans une continence perpétuelle. Naguère, un de nos frères, pour vous persuader qu'il n'y a parmi nous ni mystères impurs, ni mélanges infâmes, présenta à Félix, préfet d'Alexandrie, une requête afin d'obtenir de se faire enlever les organes de la génération. Les médecins de la ville prétendaient ne pouvoir exécuter cette opération sans la permission du préfet. Félix ne voulut pas obtempérer à cette demande, et le jeune homme fort de sa conscience et content de cet hom- mage rendu à sa foi, conserva sa pureté et vécut dans la chasteté avec tous ceux qui partageaient sa croyance. Et à ce propos, il me semble assez curieux de faire mention ici de cet Antinous qui parut il y a peu de temps, imposteur effronté que l'on adorait déjà comme un dieu, quoiqu'on sût bien qui il était et d'où il venait.

samedi 11 mars 2017

GRAND CARÊME Programme de 40 textes PATRISTIQUES - 12. St Martyr Justin 1ère Apologie 15-21

15. Voici ce qu'il dit de la chasteté : "Quiconque aura regardé une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère dans son coeur." Et: "Que si votre oeil droit vous scandalise; arrachez-le et jetez-le loin de vous; il vaut mieux n'avoir qu'un oeil et entrer dans le royaume des cieux, qu'avoir deux yeux et être jeté dans le feu éternel." Et: "Celui qui épouse la femme répudiée par un autre homme commet un adultère." Et: "Il y a des eunuques sortis tels du sein de leur mère; il y en a que les hommes ont fait eunuques, et il y en a qui se sont faits eunuques eux-mêmes en vue du royaume des cieux; mais tous n'entendent pas cette parole." Ainsi ceux qui, selon la loi des hommes, contractent un second mariage après leur divorce, comme ceux qui regardent une femme pour la convoiter, sont coupables aux yeux de notre maître; il condamne le fait et jusqu'à l'intention de l'adultère; car Dieu voit non seulement les actions de l'homme, mais même ses plus secrètes pensées. Et pourtant combien d'hommes et de femmes sont parvenus à plus de soixante et soixante-dix années, qui, nourris depuis leur berceau dans la foi du Christ, sont restés purs et irréprochables durant leur longue carrière! Ce fait se retrouve dans les peuples de toute contrée; je m'engage à le prouver. Et faut-il à ce propos rappeler la multitude innombrable de ceux qui ont rompu avec le vice pour se captiver sous l'obéissance de la foi? car ce ne sont pas les hommes chastes et saints que le Christ convie au repentir, se sont les impies, les débauchés, les méchants. Il le dit lui-même: "Je ne suis pas venu appeler les justes à la pénitence, mais les pécheurs; car le Père céleste aime mieux le repentir que le châtiment du pécheur. Ecoutez maintenant ce que dit le Christ sur la charité envers tous: "Si vous aimez ceux qui vous aiment, que faites-vous de nouveau? Les impudiques en font autant. Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent ; bénissez ceux qui vous maudissent ; et priez pour ceux qui vous calomnient." Sur l'obligation de donner aux pauvres et de ne rien faire pour la vaine gloire, voulez-vous savoir ce qui nous est pre- scrit: "Donnez à celui qui vous demande: Ne refusez pas à celui qui veut emprunter de vous ; car si vous prêtez à ceux de qui vous croyez recevoir, quel gré vous en saura-t-on? Les publicains en font autant. N'amassez pas de trésors sur la terre, où la rouille et les vers dévorent, et où les voleurs fouillent et dérobent; mais amassez des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne dévorent; car que sert à un homme de gagner l'u- nivers entier et de perdre son âme? Et qu'est-ce que l'homme donnera en échange pour son âme? Amassez donc des trésors dans le ciel, où ni les vers ni la rouille ne dévorent." Et: "Soyez doux et miséricordieux comme votre Père est doux et miséricordieux; lui qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants . Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps où vous trouverez des vête- ments. Ne valez-vous pas mieux que les oiseaux et les bêtes? et Dieu les nourrit. Ne vous inquiétez donc pas pour votre vie de ce que vous man- gerez, ni pour votre corps où vous trouverez des vêtements; car votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez le royaume de Dieu, et ces choses vous seront données par surcroît. L'âme de l'homme est là où est son trésor." Et: "Ne faites pas ces choses pour être en spectacle aux hommes; car autrement vous ne gagnerez pas la récom- pense promise par votre Père qui est dans les cieux."

16. Faut-il nous rendre humbles, serviables, patients? Voici ses pré- ceptes: "Si l'on vous frappe sur une joue, tendez l'autre; si l'on vous enlève votre manteau, donnez aussi votre tunique. Celui qui se met en colère s'expose au feu éternel. Si quelqu'un vous force à le suivre pendant un mille, accompagnez-le pendant deux; et que vos bienfaits brillent aux yeux des hommes, de sorte que, les voyant, ils admirent votre Père qui est dans les cieux." Dieu ne nous permet pas de nous révolter: il ne veut pas que nous nous fassions les imitateurs des méchants; au contraire, il nous engage à employer la patience et la douceur pour arracher les hommes à l'avilissement des mauvaises passions. C'est ce dont nous pourrions facilement trouver des preuves parmi vous, en vous citant tous ceux qui ont changé leurs habitudes de violence et de tyrannie, vaincus par l'expérience journalière et par l'exemple de la pureté de leurs voisins ; par la vue de leur admirable patience à supporter les outrages, ou enfin par l'examen de leur conduite et de leurs moeurs. Nous ne devons pas jurer, et nous sommes obligés de dire toujours la vérité. Ecoutez: "Ne jurez en aucune manière : que si c'est oui, dites oui ; que si c'est non, non ; ce que vous ajouteriez de plus serait mal." La loi de l'adoration d'un seul Dieu, voici comme il nous l'impose: "C'est ici le plus grand commandement: tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu rendras à lui seul le culte souverain de tout ton coeur et de toute ta force, car c'est ton Seigneur Dieu qui t'a fait." Un homme s'approche de Jésus, en lui disant: "Maître parfait! Nul n'est parfait que Dieu seul, le créateur du monde, " répond Jésus. Et pour être reconnu comme chrétien, il ne suffit pas de proclamer de bouche la doctrine du Christ, il faut la suivre dans toutes les actions de la vie ; car ce n'est pas à ceux qui parlent, mais à ceux qui agissent que le salut éternel est promis. Ecoutez : "Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'en- treront pas dans le royaume des cieux: celui-là y entrera qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux; car celui qui m'écoute et fait ce que je dis écoute celui qui m'a envoyé. Il y en a beaucoup qui me disent: Seigneur, Seigneur, est-ce que nous n'avons pas bu et mangé en votre nom? est-ce que nous n'avons pas fait des miracles? Et alors, moi je leur dirai: Loin de moi, artisans d'iniquité! Et alors, il y aura là des pleurs et des grincements de dents; et les justes brilleront comme le soleil, et les méchants seront précipités au feu éternel. Et, en effet, vous en verrez beaucoup venir en mon nom, qui au-dehors seront revêtus de peaux de brebis, et au-dedans sont des loups ravissant. Vous les connaîtrez par leurs oeuvres ; et tout arbre ne portant pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu." Châtiez donc tous ces gens qui ne sont chrétiens que de nom, et se conduisent en dépit des enseignements du Christ; châtiez-les, nous vous le demandons.

17. Nous sommes les premiers à payer les tributs entre les mains de ceux que vous avez préposés à la levée des impôts, car c'est encore là un précepte du Christ. Des Juifs étant venus un jour lui demander s'il fallait payer le tribut à César: "Dites-moi, je vous prie, de qui cette pièce d'argent porte-t-elle l'effigie? De César, " répondirent-ils. "Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu." Aussi nous n'adorons que Dieu, et pour tout le reste nous vous obéissons de grand coeur, nous plaisant à reconnaître en vous les princes et les chefs des peuples, et priant Dieu de vous accorder avec la souveraine puissance le don de la sagesse et de la raison. Que si, après tout, vous dédaignez nos prières, si vous méprisez nos suppliques et nos discours, nous ne nous en plain- drons pas et nous n'y perdrons rien; car, nous le croyons avec toute l'énergie de la conviction, chacun expiera ses actes dans le feu de l'éter- nité, chacun rendra compte en raison de ce qu'il aura reçu. C'est le Christ qui nous l'enseigne par cette parole : "Celui qui aura reçu davantage, il lui sera demandé davantage."

18. Tournez les regards vers les empereurs qui vous ont précédés. Ils ont suivi la loi commune; ils sont morts comme tous les hommes. La mort devait-elle les plonger dans l'insensibilité du néant? Non, ce serait pour les méchants une faveur exorbitante. L'existence n'abandonne pas ceux qui ont vécu, et les supplices éternels les saisissent au sortir de ce monde. Ecoutez, prêtez la plus grande attention: croyez surtout; car tout ceci est la vérité. Tous les prestiges de la nécromancie, l'inspection du cadavre palpitant d'un enfant, l'évocation des âmes humaines, le ministère de tous ceux que les magiciens appellent les dispensateurs et les satellites des songes, les opérations de ces adeptes, en est-ce assez pour vous faire croire que l'âme après la mort conserve sa sensibilité? faut-il vous parler de ceux que vous voyez saisis et subjugués par les âmes des morts, furieux et démoniaques aux yeux de tous, oracles à vos yeux, les Amphiloques, les Pythies, les Dodonées et mille autres? Voulez-vous les témoignages des écrivains, d'Empédocle et de Pythagore, de Platon et de Socrate? Et le gouffre infernal d'Homère, et la descente d'Ulysse dans ce Tartare, et tant d'autres auteurs? Eh bien! nous ne vous demandons qu'une chose, c'est de nous mettre à l'égal de tous ces écrivains, nous qui croyons autant et bien plus qu'eux en la divinité, puisque nous espérons voir un jour nos corps eux-mêmes, cadavres enfouis dans la terre, se relever pour nous recevoir une seconde fois ; car, nous le disons, rien n'est impossible à Dieu.

19. Certes, à y réfléchir attentivement, ne nous semblerait-il pas incroy- able, si nous n'avions pas nos corps, d'entendre quelqu'un nous dire: Vous voyez ces chairs, ces os, ces nerfs, toute cette substance de l'homme, quelques gouttes de liqueur séminale suffisent pour la former et la pro- duire? Or, raisonnons dans cette hypothèse: oubliez un instant votre humanité et votre origine, et supposez que l'on présente à vos regards, d'un côté l'image d'un homme, et de l'autre cette faible semence, et qu'on vous dise : Ceci peut produire cela ; croiriez-vous une pareille assertion avant de l'avoir vue réalisée? Personne n'osera dire que oui. Eh bien! cependant, vous ne croyez pas à la résurrection des morts. Nous n'avons pas vu de mort ressusciter, dites-vous? Et la possibilité de la génération par des moyens aussi débiles, vous ne l'auriez pas crue d'abord; cepen- dant vous en voyez partout le phénomène accompli chaque jour. Conséquemment vous devez admettre la possibilité d'une résurrection pour ces cadavres corrompus que la dissolution a presque réduits à l'état de semence. Vous devez croire qu'à la parole de Dieu ils pourront bien, au jour marqué, se redresser et revêtir l'immortalité. Et, en effet, serait-ce donner une idée convenable de la puissance divine que de dire avec cer- taines gens : Chaque chose retourne à l'élément d'où elle est sortie, et Dieu même ne peut rien faire de contraire à cette loi? Non, nous ne pouvons accorder une opinion semblable. Mais ce que nous en concluons, c'est que ceux qui la défendent n'auraient jamais cru à la possibilité de leur propre création, de celle du monde entier, tel qu'il est, et avec l'origine qu'ils lui voient. Plutôt que de partager leur incrédulité, ajoutons foi à ces mystères incompréhensibles pour notre humaine nature: c'est le parti le plus sage, c'est la doctrine de Jésus-Christ; car ne nous a-t-il pas dit: "Ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu." Et: "Ne craignez pas ceux qui vous tuent, ils ne peuvent rien au-delà. Mais craignez celui qui, après la mort, peut précipiter votre corps et votre âme dans la géhenne." Or, cette géhenne, c'est le lieu où sont torturés ceux qui ont vécu dans l'iniquité et qui n'ont pas cru à la réalisation des paroles que Dieu nous a fait annon- cer par le Christ.

20. Et la Sibylle et Hystaspe vous disent que toute la nature corruptible périra par le feu; et les philosophes de l'école stoïcienne prétendent que Dieu lui-même se résoudra en feu, et qu'après la ruine universelle le monde renaîtra de nouveau. Mais nous, combien ne sommes-nous pas supérieurs à ces doctrines versatiles, avec notre croyance en un Dieu créa- teur de l'univers? Ainsi, non seulement nos doctrines ressemblent à celles des philosophes et des poètes le plus en honneur auprès de vous, mais même, dans de certains points, nous parlons un langage plus vrai et plus saint. Seuls enfin, nous prouvons nos assertions. Pourquoi donc main- tenant sommes-nous injustement poursuivis de la haine de tous? Dire que Dieu a tout créé et tout ordonné dans le monde, n'est-ce pas répéter un dogme de Platon? L'idée de l'embrasement universel nous est com- mune avec les stoïciens. Croire que les âmes des méchants conservent la sensibilité après la mort, et qu'elles sont châtiées pour leurs crimes, tandis que celles des justes évitent les supplices et jouissent de la félicité, ce n'est que partager le sentiment des poètes et des philosophes. Quand enfin nous détournons les hommes d'adorer des êtres pires qu'eux, nous ne faisons que rappeler les paroles de Ménandre le poète comique, et de tous ceux qui ont écrit dans le même sens. Tous en effet ont proclamé que le créateur était plus grand que la créature.

21. Et quand nous parlons du Verbe engendré de Dieu avant tous les siècles; quand nous disons qu'il est né d'une vierge sans aucune coopération étrangère; qu'il est mort, et qu'après être ressuscité il est monté au ciel ; nos récits ne sont pas plus étranges que l'histoire de ces personnages que vous appelez fils de Jupiter. Vous n'ignorez pas en effet combien vos plus célèbres auteurs lui donnent d'enfants. C'est un Mercure, son inter- prète, son verbe, chargé de tout apprendre au monde; c'est un Esculape, qui, foudroyé pour avoir exercé son art de médecin, est enlevé au ciel ; un Bacchus, qui est mis en pièces; Hercule, qui se brûle pour faire cesser ses travaux ; les Dioscures, fils de Léda ; Persée, fils de Danaé ; Bellérophon, que le coursier Pégase ravit du milieu des mortels. Parlerai-je d'Ariane et de tous ceux qui comme elle sont devenus des astres? Et tous vos empereurs, à peine sont-ils morts que vous vous hâtez d'en faire des immortels, et ne trouvez-vous pas au besoin un témoin tout prêt à jurer qu'il a vu César s'élever resplendissant de son bûcher vers les cieux? Au reste, il n'est pas nécessaire de faire ici l'historique des hauts faits attribués à tous ces enfants de Jupiter; vous les savez assez bien, et d'ailleurs ces récits n'ont été écrits que pour corrompre et dépraver l'e- sprit qui les étudie, puisque chacun pense qu'il ne peut mieux faire que d'imiter les dieux. Y a-t-il rien de plus contraire à la saine idée de la divinité que de représenter Jupiter, le souverain et le père des dieux, comme fils d'un parricide et parricide lui-même, livré aux plus honteuses débauches, poussant la brutalité jusqu'à abuser de Ganymède, jusqu'à déshonorer ce prodigieux nombre de femmes d'où lui naquirent tous ces enfants, dignes imitateurs de leur père? Ne voit-on pas là l'oeuvre des génies du mal? Pour nous, notre doctrine nous apprend que l'immortal- ité est réservée à ceux qui tâchent de ressembler à Dieu par la sainteté de leur vie et la pratique de la vertu; tandis que le supplice du feu éternel attend ceux qui s'obstinent à demeurer dans l'iniquité.