mercredi 15 décembre 2010

Le DISTRIBUTISME [2] et les Chrétiens orthodoxes


G.K. Chesterton
Le terme et sa définition d'origine vient d’Hilaire Belloc et G.K. Chesterton au début du 20e siècle. Tous deux étaient de fervents catholiques, fortement influencés par la doctrine sociale de Léon XIII, mais aussi déçus par les socialistes. Le terme est tombé dans l'oubli après la mort de Chesterton en 1936 et Belloc en 1953, mais pas les idées. Elles ont profondément influencé E.F. Schumacher, dont le livre Small Is Beautiful a eu un impact profond sur les écologistes du monde entier. Ces dernières années le Distributisme a été directement et consciemment relancé dans les milieux catholiques. Distributist Review  est un site couvrant de nombreux aspects de la pensée distributiste ancienne et nouvelle. IHS presse a republié plusieurs des textes anciens. Certains nouveaux documents impressionnants sont désormais disponibles, en particulier de John Médaille de l'Université de Dallas. Il y fait preuve d’une maîtrise des développements récents de l'économie et de ses fondements mathématiques que l’on ne trouve pas dans les écrivains distributistes des générations précédentes.

Qu’est-ce donc que le Distributisme

Pour répondre à cette question nous allons voir, en quoi le Distributisme est à la fois semblable et contraire aux trois autres grands systèmes économiques qui ont surgi au cours de l'histoire humaine. En fait, aucune société n’est dans un système économique unique, toute société, passée et présente, présente un certain mélange des quatre. Toute société dans laquelle un système prédomine aura également quelques caractéristiques des trois autres. Cependant, même si on trouve toujours de ces mélanges avec des tendances et des philosophies diverses, ces distinctions restent pertinentes.

Quatre systèmes économiques :

Le système économique dominant dans le monde aujourd'hui est le capitalisme. Il a évolué dans sa forme actuelle au cours des cinq cents dernières années. La découverte de l'Amérique, l'avance de la navigation et du commerce à l'époque coloniale, les progrès de la technologie et la révolution industrielle, et la sophistication croissante de la commercialisation, de la comptabilité, de l'informatique, et des modèles mathématiques de l'économie ont contribué à son essor. 

Sur le plan positif, le capitalisme défend la propriété privée des terres et des entreprises, récompense l’association de l'intelligence et du travail acharné, et soutient la démocratie et un gouvernement auquel on a fixé des limites. Le capitalisme exploite la tendance (naturelle) des gens à entrer en concurrence l’un avec l'autre et l’inclination (provenant de la chute et donc par là contre nature) des personnes à la cupidité et l’avidité. Dans son Economics for Helen, Belloc dit que dans un système capitaliste, «Tout homme, bien que pauvre, se sent libre et dans cette mesure, sauve son honneur." Par conséquent, le capitalisme interpelle immédiatement les Américains, qui apprécient la liberté par dessus à peu près tout.
Sur le plan négatif, le capitalisme concentre la richesse entre les mains d'une minorité. L'affirmation selon laquelle un tel système devait se développer en raison des expéditions coloniales ou de la nécessité d'énormes sommes d'argent pour construire des usines au cours de la révolution industrielle est historiquement fausse. Le capitalisme s’est développé à cause de la façon dont les gens - en général des gens déjà riches et puissants - ont conçu des lois et des coutumes pour leur propre avantage. Dans The Servile State, Belloc montre comment l'Angleterre était déjà en marche vers le capitalisme avant la grande époque de la colonisation et bien avant la révolution industrielle. Il a commencé avec la fermeture des monastères en 1535. Le même processus - la modification des lois et des structures au bénéfice des riches - se produit toujours. La tendance actuelle des managers de gagner jusqu'à 600 fois plus que les travailleurs dans leurs entreprises n'est pas une aberration. C’est le résultat naturel et inévitable d'un système capitaliste. Si on laisse se développer ce processus sans contrôle, le capitalisme finit par détruire la liberté. En même temps que les travailleurs sont des agents juridiquement libres, ils sont économiquement impuissants. Franklin Delano Roosevelt a pointé cela du doigt dans son State of the Union address du 11 Janvier 1944. Il y déclare : "Les hommes dans le besoin ne sont pas des hommes libres." Par ailleurs, s’il reste sans contrôle, le capitalisme détruit le pouvoir légitime du gouvernement. Lorsque les entreprises et les sociétés deviennent si importantes que le gouvernement ne peut pas les retenir, elles deviennent le gouvernement. C'est-à-dire que la démocratie est alors finie et c’est la ploutocratie qui prévaut.

Au cours des deux derniers siècles, le système censé remplacer le capitalisme était le socialisme. Son promoteur le plus célèbre fut Karl Marx. L'essence du socialisme est que le gouvernement d'un État possède et contrôle tous ou presque tous des moyens de production et de distribution. Plutôt que de laisser l'économie à la cupidité et la manipulation des propriétaires privés, ou de laisser guidée par une "main invisible" (selon les mots d'Adam Smith), l'Etat interviendrait. La grande force du socialisme, quand il était simplement une théorie, c'est que ses partisans étaient très conscients des injustices du capitalisme. Lorsque les pays ont mis le socialisme en pratique, cependant, ses inconvénients se sont révélés dans le sang. Beaucoup ont perdu leurs biens, la santé et même leur vie pour le socialisme. Car toutes les promesses ayant été faites, le socialisme est devenu l'un des systèmes les plus tyrannique et oppressifs de toute l'histoire, déplaçant simplement la concentration des richesses et du pouvoir des mains de propriétaires à celles de gestionnaires bureaucratiques et des dirigeants de l'Etat. Il s'est avéré être bien pire que le capitalisme.


A certains moments de l'histoire un troisième type de système économique a été employé. Belloc l’a appelé "l'état servile." Il est assez répandu dans l'Antiquité. L'Egypte ancienne fut un exemple de ce type d'économie. Dans l'Égypte antique le Pharaon possédait tout et tout le peuple constituait en fait ses esclaves. La Sparte antique et l'Empire romain dépendait aussi du travail des esclaves, tout comme les États confédérés d'Amérique plusieurs siècles plus tard. Malgré des inconvénients moraux évidents, l'état servile a quelques avantages très forts : il est remarquablement stable et les gens se sentent et sont vraiment en sécurité, sachant qu'ils seront nourris et pris en charge. Ces avantages peuvent être si forts que les gens ont parfois été appelés à soutenir un état servile, même au prix d’une perte de liberté et de dignité.

Hilaire Belloc
Les auteurs distributistes parlent de l'état servile de deux façons. D'une part, certains semblent croire que l'élément essentiel est que les gens réellement et en toute légalité possèdent d’autres personnes. Dans cette perspective, une économie servile diffère d'une économie capitaliste et socialiste précisément pour des raisons de droit. Rares sont les économies capitalistes qui ont dégénéré en états serviles, bien que, selon Belloc c’était une chose assez probable. Chesterton se demandait même si la force brutale serait de retour comme un moyen de contraindre les gens à travailler. On peut facilement montrer, en revanche, que les économies socialistes se sont vraiment transformées en Etats serviles. D'autre part, d'autres auteurs parlent de l'état servile de manière plus lâche, en soulignant que les gens vivant dans les systèmes capitalistes sont traités comme des esclaves. Le terme "salaire de l'esclave" est une figure de rhétorique, mais l'intensité des sentiments qu'elle véhicule en font presque un terme avec un sens littéral. Le quasi-esclavage des travailleurs a été évident de manière flagrante dans le capitaliste de l’Angleterre du 19ème siècle et a été abondamment illustré dans les romans de Charles Dickens. Dans l'Amérique d'aujourd'hui, nous avons un très haut niveau de vie et même nos plus pauvres vivent mieux que les pauvres des pays en développement. Mais nous avons aussi maintenant une économie mondialisée. Les esclaves du capitalisme américain contemporain ne vivent pas en Amérique, mais dans les pays où les gens travaillent pour moins d'un dollar l'heure et où 60 dollars par semaine ne suffisent pas pour vivre.

Le quatrième système est le Distributisme, mais c'est un terme particulièrement trompeur. (à suivre)
(Version française de Maxime le minime d'après le site In communion de l'Orthodox Peace Fellowship)

1 commentaire:

John Médaille a dit…

Thank you for the kind mention. Please check out my new book, "Toward a Truly Free Market: A Distributist Perspective," which attempts to give a precise macroeconomic framework to distributism.

John Médaille