mardi 30 septembre 2008

LES FAUSSES ICÔNES [texte 7]


Ce n'est pas un hasard si c'est l'Église orthodoxe qui a transmis jusqu'à nos jours la grande tradition des images chrétiennes. L'icône et la théologie de l'icône forment en effet un ensemble cohérent et harmonieux avec la liturgie, la doctrine, l'expérience ascétique et la vie de l'Église orthodoxe.
Lorsqu'un chrétien qui n'est pas orthodoxe décide de s'approcher des icônes, il sait qu'il aura à se familiariser avec la liturgie et avec la doctrine de l'Église orthodoxe, avec l'enseignement des Pères et de saint Grégoire Palamas sur les énergies incréées, avec l'hymnographie orthodoxe qui s'adresse à la Très Sainte Mère de Dieu. S'il refuse ce chemin, il doit savoir que les icônes lui échapperont. Il pourra toujours écrire en grec sur ses peintures, elles ne seront pas des icônes. Elles seront d'abord des images orientalisantes, puis elles évolueront vers autre chose de complètement étranger à l'icône. L'art roman n'a pas duré dans un contexte théologique qui s'éloignait de plus en plus de celui de l'empire romain orthodoxe.
Après avoir reçu, il n'y a guère plus de vingt ans, une greffe de la tradition de l'icône, l'art religieux catholique commence déjà à évoluer et le processus s'avère significatif et rapide. On ne citera que deux exemples.

1. La Croix de G. Papetti à Louvain-la-Neuve (église Saint François d'Assise).
S'inspirant de la célèbre Croix de San Damiano (XIIe siècle, S. Chiara, Assise), qui reste tout à fait conforme à l'esprit orthodoxe, l'artiste, visiblement inspiré de l'art actuel de l'icône orthodoxe, a cependant éprouvé le besoin de faire trois innovations.
a. un homme accompagne la Vierge et une myrrophore accompagne saint Jean au pied de la Croix.
b. une colombe sort du flanc meurtri du Sauveur et descend sur la Vierge et son compagnon.
c. la scène de la crucifixion est surmontée d'une image bâtarde: un compromis entre l'Ascension et la Transfiguration. Le Christ dans une gloire se hisse vers une montagne où l'accueillent Elie et Moïse!
Toute tentative d'explication serait inutile. Notons simplement que la clarté paisible de l'icône fait place à la confusion.

2. L‘« icône» de la Sainte Famille réalisée pour les Équipes Notre-Dame par une bénédictine de Jérusalem (E.N.D. 49 rue de la Glacière, Paris)
Face à cette image, n'importe quel chrétien orthodoxe perçoit le goût amer de l'impiété et de l'erreur. La Vierge est avec l'enfant, Joseph les enveloppe tous les deux de sa carrure protectrice. Une page de commentaire bien peu chrétien accompagne les reproductions que l'on diffuse de cette mièvre bondieuserie :
«L‘ icône de la Sainte famille est l‘ icône de la Communion, de la tendresse de Dieu, de la Vie, donc (sic) l‘ icône de la Trinité.
(. .. ) à travers le mystère de l'union de l'homme et de la femme, dans la fécondité de l'amour.
(. . .) l'Enfant porté à deux, à la fois Œuvre de Dieu et fruit de leur amour (. . .)
De ces deux visages en chaque être, exprimés par le couple, naît, dans l'unité de l'amour, l'Enfant revêtu de lumière (. .. ). "
Si les propagateurs de cette image ne s'appelaient pas Équipes Notre-Dame, on pourrait se demander s'ils n'ont pas conçu le dessein de saper la foi et le respect qu'éprouvent les chrétiens à l'égard de Celle qu'ils nomment leur Dame et leur Souveraine. La Vierge n'est plus ici qu'une petite femme fragile dont l'attitude contredit les trois étoiles de la virginité que porte son vêtement. Visiblement, elle n'a pas conscience de tenir dans ses bras le Créateur du monde: elle ne tient rien d'ailleurs, et son regard est absent.
Cette image montre à l'évidence que la greffe n'a pas pris entre la technique de l'icône et la vénération catholique pour la Sainte famille. Il y a rejet. Aucun autre mode de représentation n'avait aussi bien montré à quel point le culte de la Sainte famille pouvait contredire ce que l'Église a toujours cru de la virginité, de la majesté et de la sainteté plénière de Celle qui enfanta Dieu dans sa chair pour le salut du monde.
par Michel BRY
in"Trois notes sur les icônes" Messager orthodoxe n°III-1989

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