La Communauté du désert et la solitude des villes [2] par Le moine Moïse de la Sainte Montagne



Moine Moïse l'Athonite (1952-2014) prie Dieu pour nous !
"Si l’égoïsme et l'orgueil favorisent ce genre de solitude alors la vraie humilité - même si le terme est utilisé à mauvais escient et perd du sens chez ceux qui parlent simplement à ce sujet - produit le climat dans lequel cette solitude n'est pas autorisée à prospérer. Voici comment le désert - cette bonne mère, cet excellent philosophe et théologien – parle sur la sainte humilité, le silence et la paix. 

L'humble personne, selon Abba Poimen, est à l'aise et en paix partout où il peut se trouver lui-même.

Abba Isaac nous dit que celui qui se fait petit en tout sera exalté au-dessus de tout. Et sa parole continue: «Déteste les honneurs et tu seras honoré en vérité. Celui qui court après les honneurs chasse par là de lui tout honneur. Mais si vous vous méprisez vous-même avec hypocrisie afin de paraître humble, Dieu vous révélera. » 

Dans le Gerontikon, qui contient une grande variété d’écrits spirituels des Pères, il est à plusieurs reprises précisé que «l'humble d'esprit et humble de cœur n'est pas celui qui se déprécie lui-même et parle d'humilité, mais c’est celui qui endure joyeusement l’opprobre que lui jette son voisin. » Dans un autre endroit du Gerontikon il est stipulé que «la personne honorée plus que ce qu'elle mérite est en réalité salie, tandis que la personne qui n’est pas honorée du tout par ses frères humains sera honorée dans le Ciel par Dieu ".

Abba Poimen nous donne ce conseil. «Chaque douleur possible qui vient à vous peut être surmontée avec silence. » 

Abba Isaïe est en accord avec lui: « Jusqu'à ce que votre cœur soit pacifié par la prière, ne fais aucun effort pour expliquer quoi que ce soit à ton frère. » 

En étudiant les écrits des saints Pères du désert, on peut facilement observer un esprit commun, un esprit commun empreint de noblesse, une humanité, une compréhension, une sagesse. Ce sont des gouttes de rosée du Saint-Esprit, qui tombent dans le désert aride, après de longues luttes, qui font éclore de fleurs odorantes parmi les communautés de fidèles engagés totalement pour Dieu, et qui parfument les âmes de ceux qui ont vraiment soif de Dieu.

Abba Isaïe, ce grand esprit, note avec une grâce et une subtilité particulières : «Celui qui s'humilie devant Dieu est capable de supporter toutes les insultes. La personne humble n'est pas préoccupée par ce que les autres disent de lui. La personne qui supporte l’insulte d'un homme grossier et stupide pour l'amour de Dieu est digne de l'acquisition de la paix. » 

Abba Marc, sur ce sujet important – notre relation avec nous-mêmes et avec les autres, dans laquelle nous nous empêtrons quotidiennement – note ce qui suit: «Quand vous devenez conscient d’une pensée dans votre esprit qui vous incite à rechercher la gloire humaine, vous devriez savoir à coup sûr que cette pensée vous prépare à la honte. 
Et si vous discernez que quelqu'un vous loue avec hypocrisie, attendez vous aussi à ce qu’il porte contre vous une accusation d’ici peu. » 
Et avec la précision sans faille d’un chirurgien de l’âme, le saint Père continue: «Quand vous voyez quelqu'un pleurer à la suite des nombreuses insultes qu'il a reçues, vous devez savoir que c’est parce qu'il a été vaincu par la vaine gloire qu’il récolte maintenant dans son cœur, sans le savoir, la moisson des maux. Celui qui aime le plaisir est attristé par les accusations et les abus. 
D'autre part, celui qui aime Dieu est attristé par les louanges et autres remarques superflues. Le degré de notre humilité est mesuré par la calomnie. Ne pensez pas que vous avez l'humilité quand vous ne pouvez pas supporter la moindre accusation. » 

Abba Zosime va encore plus loin: «Rappelez-vous celui qui vous a ridiculisé, qui vous a affligé, qui vous a fait du tort, qui vous a fait du mal, comme votre médecin, votre guérisseur. Le Christ l’a envoyé pour vous guérir ; ne vous souvenez pas de lui avec colère. » 

Évagre considérait ceux qui avaient dit du mal de lui comme des bienfaiteurs.

La sagesse divine de ces médecins du désert a une énorme signification pour notre sujet. Il a été dit que ces remarques sont adressées par les moines à des moines, mais c'est une vue superficielle. L’épidémie de solitude et de dépression dont nous discutons découle d’esprits orgueilleux manquant d'humilité, de l'échec des relations interpersonnelles, d’aspirations égoïstes frustrées, d'auto-glorification, de la recherche des louanges et d'amour de soi. Cette solitude est assez forte pour affaiblir une personne et la rendre malade. Mais l'amour est plus fort, capable de guérison de la régénération du monde entier. 

L'homme a un besoin irrépressible de communiquer, mais la communication doit être correctement établie. 

En premier lieu, nous devons entamer une conversation – une conversation sincère, honnête et courageuse – avec notre moi inconnu. Nous devons redécouvrir dans les profondeurs de notre âme l'innocence cachée de nos années d'enfance. 
Ensuite, nous devons apprendre à avoir une conversation sans masque face-à-face avec le seul véritable ami vivant – notre Père céleste et Dieu. C'est alors seulement que nous serons en mesure de communiquer efficacement avec les autres, quels qu'ils soient – les pires, les meilleurs, les proches, les lointains, nos frères et sœurs en Christ. De cette manière les filets de la solitude s'évanouiront, les donjons inaccessibles et sans soleil du cœur seront illuminés, la coquille de notre ego sera cassée. Quand nous aurons rejeté la solitude de notre égoïsme misérable autocentré , nous pourrons commencer à nous réjouir d'être libre, de respirer, de vivre. " Moine Moïse l'Athonite
[à suivre] (version française de la source par Maxime le minime)

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