L'HOMME, UN ÊTRE LITURGIQUE AVANT TOUT [1/2] Par l'Ancien Georges Kapsanis


Nous définissons généralement les hommes comme des êtres rationnels et indépendants. Ces attributs conviennent assez, mais ne rendent pas compte de la nature humaine dans son intégralité. 

Par l'expérience liturgique, nous pensons que, plus que tout, les hommes sont des êtres liturgiques. Ils ont été faits pour servir, pour s’offrir eux-mêmes et offrir le monde entier à Dieu avec gratitude, louange et adoration, pour s'unir à Dieu, pour être sanctifiés pour vivre en offrande continue / sacrifice/ service. 

La rationalité, l'indépendance et les autres attributs nous ont été donnés pour cette raison, afin que nous puissions nous placer dans cette relation liturgique avec le Dieu trinitaire. Dans cette ascension liturgique, les hommes agissent comme étant «à l'image» et sont élevés pour être «à la ressemblance». 
La vie dans le Paradis était une Divine Liturgie. De concert avec les anges, Adam et Eve célébraient la Sainte Trinité. Avec la chute dans l'égocentrisme ils ont perdu la possibilité d’offrir le monde et de s’offrir eux-mêmes à Dieu d'une manière eucharistique et ainsi de prendre part au ministère commun au Paradis. 

S’étant exilés eux-mêmes de la Liturgie paradisiaque, ils se sont retrouvés sur la terre sans leur fonction de liturge. Là, la qualité de l’homme « à l'image » n’était plus activée. Cependant certaines rémanences et parcelles lumineuses de la fonction de célébrant d'avant la chute ont persisté en leur tréfonds. Ce sont ces vestiges qui les ont poussés à construire des autels et à procéder à des sacrifices pour Dieu. 

Au mieux, ce culte était un fragment, une ombre, une trace. Il n'a pas introduit les hommes dans une communion et une union parfaite avec Dieu. Il ne nous a pas donné l'Esprit Saint. Il ne nous a pas sauvés de la mort. Il a, cependant, suscité en nous le désir de la vraie liturgie messianique. Ce désir et cette perspective ont donné de l'espoir aux hommes qui étaient assis dans les ténèbres sous l'ombre de la mort. 

L'amour du Père céleste ne pouvait pas nous laisser sans office liturgique. De par sa providence, le Verbe s'est fait chair. Jésus-Christ, le Grand Prêtre, a commencé le ministère conjoint du Nouveau Testament. 

La liturgie du Nouveau Testament ne pouvait être instituée que par le Christ, car le Christ seul pouvait s’offrir Lui-même et offrir le monde entier de façon complète au Dieu Un et Trine. Certes il y eut aussi des hommes qui ont sacrifié dans l'Ancien Testament. Sans victimes sacrificielles. Mais Jésus le Christ était le sacrifice parfait en même temps que la personne parfaite pour réaliser le sacrifice. Le sacrifice sans tache. L'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ... 




…un monde sans fonction liturgique, errait déchu, dans cette absence de Liturgie, sous la puissance du diable et de la mort Avec sa mort sur la croix et sa Résurrection, le Christ nous a rachetés de cet esclavage, nous a libérés et nous a donné la possibilité de prendre part au ministère conjoint du Nouveau Testament. C'est à dire de nous offrir à Dieu, de remercier Dieu et de Lui offrir notre louange. En étant offerts et en offrant toutes choses à Dieu avec le Christ, nous participons au culte en tant qu’hommes. C'est à dire que nous officions alors en tant que nous sommes «à l'image de Dieu». Nous devenons des personnes réelles. 

La liturgie du Nouveau Testament est largement supérieure à la liturgie paradisiaque. Maintenant en effet, le Grand Prêtre n’est autre que le Fils de Dieu Lui-même. La Mère de Dieu et les Saints concélèbrent et participent à l’adoration de la Toute Sainte Trinité « avec des bouches chantant sans cesse d’inlassables louanges». 

Chaque Chrétien orthodoxe baptisé, qui meurt pour vivre, prend part à ce ministère commun. Dans cette Liturgie partagée les hommes trouvent leur véritable nature et leur vrai repos, leur personne réelle « à l'image de Dieu ». En dehors de cette Liturgie partagée, les hommes peuvent bien être des ‘Homo Sapiens’ ou des ‘Homo œconomicus’ de la société socialiste ou capitaliste, mais ils ne sont plus les pontifes de la création, ils ne sont plus le point de basculement entre le monde créé et le monde incréé et ils ne sont plus «à l'image de Dieu». 

La Divine Liturgie du Nouveau Testament a commencé avec l'incarnation du Verbe et se poursuit jusque dans le futur le plus lointain par le Suprême Grand Prêtre. Chaque Divine Liturgie célébrée à l'autel sur terre participe conjointement à cette intemporelle et éternelle liturgie. «Nous aussi, les pécheurs, clamons à haute voix avec les bienheureuses puissances, Maître et Ami des hommes, et disons : Saint es-Tu et Très Saint ...». 

Chaque prêtre et évêque qui célèbre aux autels de la terre « accomplit la fonction sacerdotale du Christ dans l'Église» (canon de Carthage). Ce n’est pas un sacerdoce personnel. Chaque prêtre et chaque évêque prend part à l'unique sacerdoce du Christ. 

Notre plus grand péché aujourd'hui, c'est que nous n'avons pas de fonction liturgique. Nous ne faisons pas d’offrande ni ne nous offrons nous-mêmes à Dieu et à nos frères humains.




On pouvait autrefois faire offense  à quelqu'un en lui faisant la remarque qu’il ne venait pas à l'église pour participer à la Divine Liturgie. Aujourd'hui, cependant, à cause de notre incrédulité et de la dureté des cœurs, c’est considéré comme normal, et c'est au point que les gens ne trouvent d’ailleurs pas que ce soit naturel d'exercer une fonction liturgique ; ils trouvent même cela bizarre. 

Même quand les gens aujourd'hui « vont à l'église», il est difficile de savoir s’ils exercent vraiment une fonction liturgique, c’est à dire s’ils prennent réellement part au mystère universel de l'Eucharistie et de l'Église, s'ils conçoivent la Divine Liturgie pas simplement comme un devoir religieux et social, mais comme une offrande et un sacrifice à Dieu, en Christ. Il est même possible que quelqu'un célèbre la Divine Liturgie en tant que prêtre et qu’il soit cependant, en substance, à l'extérieur de la Liturgie, parce qu'il ne s’offre pas lui-même et toutes choses à Dieu. 

Ces chrétiens en dehors de la liturgie, clergé comme laïcs, fondamentalement ne vivent pas. Il est écrit dans l'Apocalypse, « Je sais que tu passes pour être vivant, mais tu es mort.» (3, 1). 

(Source: La fin, ancien abbé Yeoryios (George) du Saint Monastère de St Grigoriou, de la revue «Ο Όσιος Γρηγόριος», § Ο άνθρωπος ον λειτουργικό, περίοδος β, vol. 4, pp. 31-5, publié par le Saint Monastère de Saint  Grigoriou, sur la Sainte Montagne, 1979.)
(version en français par Maxime le minime de la source)
à suivre

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