Faro le beagle, Maman, sa maladie d'Alzheimer, sa naissance au Ciel…

FARO
Josh Brill

C'est plus facile de commencer avec Faro…
Patricia a fini par l'adopter complètement. Patricia c'est une Lorraine, immigrée depuis longtemps en Provence. Elle est prof de Lettres Classiques. Patricia, je pense que c'est une sorte de sainte… À quoi je vois ça, moi le pécheur ? Ce n'est pas si difficile en effet de trouver plus saint que moi.  Mais Patricia - que je ne connais pas tellement finalement (c'est une copine de ma femme) -  a trois caractéristiques qui me semblent appartenir typiquement à une forme de sainteté. Elle est particulièrement indulgente avec les faiblesses des autres (quoique avec son mari…en fait je ne sais pas trop), elle manifeste beaucoup d'empathie pour les malheurs des autres, elle est facilement la cible privilégiée des méchants, et elle a ce don particulier - souvent féminin - de la compréhension, de la compassion, de l'amour envers tous les animaux -  tous - C'est incroyable : c'est une universelle compassion : chiens, chats, chauve-souris, oiseaux de proie; lapins, poules, etc. recueillis, soignés, nourris… Bref, Maman venant de nous quitter pour l'autre monde, Patricia devait, pour un temps seulement, héberger Faro, le chien que j'avais choisi naguère pour remplacer le précédent qui était mort. Maman a toujours eu chats et chien, simultanément ou alternativement de toute façon.  Et maintenant Patricia ne veut plus se séparer de Faro. Il est drôle; et attachant; et de bonne compagnie c'est sûr. Bref, Faro, avec son flegme tout british de Beagle, et sa capacité d'adaptation rapide de chien de meute, a trouvé sa place au milieu de la ménagerie de Patricia. C'est drôlement bien. Je n'aurais pu le garder personnellement, je n'en avais pas les conditions. Faro, aura été le dernier chien de Maman, il aura trouvé refuge chez Patricia et Maman aura trouvé le repos éternel.

Les chiens sont bénéfiques dit-on aux personnes  atteintes  de la maladie d'Alzheimer. J'ai corrigé la thèse d'un infirmier dont c'était le thème.

Maman avait une excellente mémoire dont elle était assez fière. Mais un beau jour sa tunique impeccable a révélé des trous aussi étonnants à nos yeux qu'inexplicables. Cependant, comme, après tout, la mémoire peut faire défaut à tout le monde à certains moments, surtout à un certain âge, et qu'en outre l'entêtement de Maman n'avait d'égal que son ton péremptoire, il devenait inconvenant  si ce n'est insensé de la contredire en prétendant qu'un évènement - auquel nous avions pourtant participé effectivement et très précisément - s'était réellement produit malgré sa dénégation. En dépit de tout, la mémoire concernant un passé ancien demeurait de façon plus assurée que celle d’évènements récents comme c'est souvent le cas.

Et puis les choses se sont aggravées : c'était comme ces anciens standards téléphoniques de naguère, avec toutes ces dames qui recevaient les appels  et connectaient leurs câbles en introduisant des fiches dans les trous des lignes des correspondants pour établir la communication entre les appelants et les appelés. Sauf que c'était comme si les opératrices étaient parfois étonnamment distraites et qu’elles mélangeaient inexplicablement toutes les fiches, établissant ainsi des connexions improbables, erronées ou impossibles. C’étaient des évocations du passé, des souvenirs réels qui bien que placés dans des contextes ayant aussi existé ou existant encore, n’avaient pas le moindre rapport réel, ni vraisemblable ni même possible avec la situation qui en était exposée concernant  le lieu comme l’espace dans le déroulement de ses récits.

Il n'était pas question qu'elle quitte sa maison. Mais la dépendance devint croissante obligeant à une prise en charge correspondante à domicile. J'ai fait alors en sorte ensuite qu'elle n'habite plus loin de chez moi pour pouvoir m'en occuper plus aisément.
C’est une espèce de terrible supplice antique que cette maladie, du genre Sisyphe ou Danaïdes, c’est comme tracer sans cesse sur le sable quelques lignes qu’à peine esquissées, le reflux de la mer effacerait aussitôt et qu’il faudrait recommencer à tracer. Alors j’imagine que pour avoir quelques points de repère fixes, Maman n’a rien trouvé de mieux pour s’ancrer, que de revenir de manière obsessionnelle à une période de sa vie passée.
Et puis tout s’est effondré brutalement ensuite par paliers sur lesquels elle pouvait rester plus ou moins longtemps.
La situation quotidienne fut aussi facile à gérer que celle de colmater chaque jour une nouvelle brèche dans un bateau qui prend l'eau de toutes parts. Et il n'était jamais sûr ni que la solution choisie soit la bonne, ni que le colmatage tienne, ni que le jour suivant ne se déclare une nouvelle brèche - ce qui ne manquait pas d'arriver.
Et puis Maman est devenue comme une maison  dans la nuit dont la lumière de chaque pièce clignote et finit par s'éteindre, l'une après l'autre, sans qu'on puisse en retrouver le chemin dans l'obscurité croissante, ni même ensuite qu'on se rappelle qu'elle avait existé…  Le matin du 14 septembre j'ai retrouvé Maman qui s'était éteinte complètement.

Mémoire éternelle !

Depuis qu'elle est partie, je n'ai plus beaucoup de temps ni de disponibilité d'esprit pour m'occuper des blogs… j'avais avant beaucoup à faire, maintenant j'ai toujours beaucoup à faire bien que ce soit d'autres tâches… à un de ces jours… Merci de votre intérêt et de votre fidélité chers lecteurs.

Bénis soient tous les frères qui prient pour nous, 
je vous remercie de tout coeur pour votre amour fraternel
et vous embrasse d'un saint baiser 
que le Seigneur miséricordieux vous bénisse !


Commentaires

Laurence Guillon a dit…
Merci pour ce beau texte, et toutes mes condoléances. J'ai connu tout cela et souvent souhaité que cela se terminât au plus vite, pour elle et pour moi. Et pourtant, maintenant qu'elle est partie, cela continue à me hanter.
Maxime M a dit…
Chère Laurence merci pour ton témoignage.
Tous mes condoléances et merci pour ce magnifique témoignage, empreint de pudeur.
Que le Seigneur accorde à votre maman une Éternelle Mémoire et la fasse reposer en un lieu que visite la lumière de sa face.
Maxime M a dit…
Merci cher lecteur