LAURENCE BACK IN RUSSIA (SUITE)

Du vieux monastère au vieux croyant




Avant de prendre le bus pour Moscou, Kostia m'a emmenée au monastère Fiodorovski, consacré à saint Théodore Stratilate et fondé par Ivan le Terrible pour la naissance de son fils Fiodor, personnage mystique que son père appelait "le sonneur de cloches", que les étrangers trouvaient débile mais très aimable et qui fut canonisé après sa mort. Ayant un grand intérêt pour le tsar et une grande tendresse pour son fils Fiodor, j'ai visité les lieux avec bonheur: quel ravissant monastère, et pourtant, les environs ne paient pas de mine et ont été sans doute pas mal saccagés. J'aime beaucoup son aspect encore simple, solide, sobre et pourtant féerique. Il me semble correspondre à l'idée que je me fais de Fiodor et même de son redoutable père.

A Moscou, je rencontre Skountsev, à l'église saint Dmitri Donskoï. L'église est neuve et sans doute provisoire, mais elle dispose d'une école du dimanche et surtout d'un immense gymnase impressionnants. Le prêtre était autrefois entraîneur olympique, si j'ai bien compris.
Je me suis retrouvée avec une petite équipe de croyantes orthodoxes à longue jupe et à foulards qui m'ont accueillie à bras ouverts. Skountsev leur apprend des noëls, des vers spirituels, des chansons archaïques, car son propos est aussi de faire de "l'archéologie musicale", en gros, tout à fait ce qu'il me faut, d'autant plus qu'il enseigne de façon extraordinaire et qu'il sait et surtout sent, pour ainsi dire génétiquement, tout cela. Il nous apprend aussi des chants d'église des vieux croyants et cela m'est très précieux, car après le chant byzantin, les fioritures occidentalistes importées après Pierre le Grand et sous la grande Catherine me portent encore plus sur les nerfs. Skounstev m'explique qu'Ivan le redoutable a composé un grand nombre de mélodies religieuses, psaumes, stichères et qu'à cette époque, l'isson byzantin était de rigueur, or justement, je me posais depuis longtemps la question. Pour prier chez moi, chanter les prières usuelles et les psaumes, je serais vraiment heureuse de disposer des mélodies des vieux-croyants, ils auraient vraiment beaucoup de choses à transmettre aux orthodoxes si malheureusement réformés par le patriarche Nikon et les souverains en perruque poudrée de Pétersbourg...
D'après Skountsev, le chant populaire traditionnel a très peu changé depuis le moyen âge et peut-être au delà, l'influence ukrainienne a introduit des fioritures à partir du XVII° siècle. Ce chant est à la fois simple et très complexe. La version populaire de "le long de la Volga" académisée par la suite est extrêmement riche et compliquée à chanter, avec d'infinies modulations que l'on ne peut transcrire par des notes.
Evidemment, je n'ai aucune envie de rentrer, alors que je débute ces passionnantes activités et que mes travaux approchent de leur fin, mais il va falloir, pour renouveler mon visa, en attendant d'avoir un permis de séjour, et je préfère passer les péripéties sous silence pour ne pas les revivre!.
Xioucha m'a bien divertie en jouant à quatre pattes avec la chienne qu'elle vient d'adopter et qu'elle appelle sa "commode adipeuse", car c'est un beagle qui manque d'exercice et qui est en surpoids. Nous nous amusons bien ensemble, malgré notre différence d'âge. Et nous bouffons sans arrêt des trucs qui font grossir, en "lavant des osselets", c'est-à-dire en taillant des costars sans trop d'épingles, au milieu des ados au stade Cromagnon et des plus petits au stade australopithèque. Parfois, le père Valentin vient donner des leçons de grec et de latin aux Cromagnon.
Au retour, j'ai trouvé mon plombier, qui m'avait apporté les quatre tomes de la correspondance de saint Théophane le Reclus, plus ses instructions sur la vie spirituelle. Il m'a déclaré que Pereslavl était pour lui le paradis: les gens y sont simples et bienveillants, la nature superbe, et si, comme il le croit, j'y suis venue par nécessité intérieure, j'y trouverai exactement ce que je cherche!


l'entrée vue de l'autre côté, surmontée de
la Mère de Dieu du Signe



Commentaires

Laurence Guillon a dit…
Merci, cher frère en Christ!