lundi 24 décembre 2018

Les hommes sont venus à la crèche et n’ont rien appris…


Mosaïque de la Nativité XII°s.., Chapelle palatine, Palerme
"Humain, trop humain, celui qui voit Dieu s’appesantir en prenant chair. Il est plus proche de la vérité celui qui rêve de vol, contre tout esprit de pesanteur, celui qui a en lui l’esprit des papillons et des oiseaux. Il ne voit l’immatériel se faire matière que pour que la matière se fasse esprit.
Humain, trop humain, celui qui voit Dieu changer en devenant homme. Il est davantage initié au secret celui qui est fidèle à la terre et reconnaît dans le fruit qu’elle a donné celui de la vie éternelle.
Le soleil qui est enfanté n’a pas quitté le sein de la lumière.
Humains trop humains sont les yeux qui regardent «l’enfant divin » et la « Sainte-Famille », et croient que le Verbe qui descend dans le monde pour se faire chair se sépare de son Père qui est dans les cieux, tandis que l’étoile ne fait que signaler le lieu où il est né.
Les hommes sont venus à la crèche et n’ont rien appris. Et il sont repartis chez eux aussi ignorants qu’ils étaient venus. Ils n’ont rien su du mystère qui se déroule au plus haut des cieux et apparaît sur la terre. Aucune activité humaine ne conduit à la Théophanie. 
Beaucoup d’hommes virent l’étoile. Mais trois rois seulement apprirent à adorer L’Orient venu d’en Haut.
L’étoile qui se lève délivre les hommes de l’adoration des astres, et, tel le lion de Judas qui détruit les idoles de Damas et de Samarie, elle purifie la terre de Tharsis et de l’Éthiopie en répandant dans le monde la lumière de connaissance. Et la terre désolée des îles accueille l’averse : la bonté est apparue sur la terre comme la rosée sur l’herbe tendre. Elle s’est unie à la nature humaine et l’a déifiée. L’amour n’est pas mort de pitié sur une croix, il a pris chair de l’aimé et il la tient embrassée.
Humain, trop humain, celui qui ne voit que l’amour impuissant du compatissant, qui se dépouille et se crucifie avec celui qui pâtit : ce n’est que le cauchemar de l’homme qui ne dit discerne pas qui est celui qui relève notre front, et nous permet de communier à nouveau au souffle divin, car il a aboli le mur de séparation. "
Colette Suberbielle
(Eleuthère Éditions)

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