mardi 30 mars 2010

CASSIENNE la plus importante des compositrices de chant byzantin


La plus éminente compositrice et hymnographe dans l'histoire de la musique byzantine et qui a surpassé la renommée des autres femmes compositeurs de l'Empire est Kassia. Kassia a le privilège d'être la première compositrice dont on a conservé la musique ! Elle précède ses homologues musiciennes occidentales de plus de deux siècles.

On connaît assez bien Kassia, qui est née vers l'an 810, probablement à Constantinople, et est morte entre 843 et 867. Kassia est connue par les diverses formes de son nom trouvé dans les manuscrits et les livres des offices: Kasia (Kasia), Kassia (Kassia), Eikasia (Eikasia), Ikasia (Ikasia), et Kassiane (Kassianh), [Cassienne (en français)].

Plus de cinquante chants liturgiques sont attribués à Kassia. (Ces compositions musicales ont été transcrites en notation occidentale et sont disponibles aux éditions Hildegard Press.) Poétesse douée, Kassia a écrit 261 versets laïques dans les formes d'épigrammes, de versets gnomiques, et sentences morales. La renommée de Kassia et son importance sont citées par Nicéphore Kallistos Xanthopoulos (Hymnographe et prêtre de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople) dans son catalogue des hymnographes byzantins importants du XIVe siècle, où elle est la seule femme compositeur reconnue. Kassia est la seule femme représentée dans le frontispice d'un Triodion, ensemble des livres liturgiques du Carême, imprimé à Venise en 1601, qui comprenait également des portraits des principaux hymnographes des églises byzantines.



Kassia était issue d'une famille aisée de Constantinople. Son père avait le titre de candidatos à la Cour impériale, ce qui était un titre militaire accordé aux membres de l'aristocratie. En raison de l'honneur rendu à son père, on peut penser que Kassia et sa famille étaient des membres de la Cour impériale. Comme d'autres jeunes filles nobles de la cour, Kassia, reçut un enseignement privé marqué par l’étude du grec classique, ce qui peut remarquer dans ses vers et ses écrits.
Au cours de ses années d'adolescence Kassia s'est impliquée dans la controverse iconoclaste de l'Empire byzantin. Kassia, avec d'autres femmes, membres du clergé et des moines, ont lutté contre l'édit impérial interdisant l'utilisation des icônes dans les églises.
En raison de ses actions, Kassia a été persécutée et même fouettée pour avoir aidé les moines iconodoules emprisonnés et exilés. C'est durant cette période que Kassia également subi l'influence de Théodore Studite (759-826), abbé du monastère Studite de Constantinople, qui était également un défenseur des icônes. La correspondance entre Kassia et Théodore Studite révèle son inclination pour devenir une religieuse, bien qu'il ait essayé de la dissuader d'une telle décision si tôt dans sa vie. Kassia a également adressé des exemplaires de ses écrits à Théodore, auxquels il a répondu par des compliments sur son talent littéraire.

La célèbre hymne de Cassienne "La femme perdue"
dans sa traduction en français par Père Denis d'éternelle mémoire :

Seigneur, la femme tombée dans une multitude de péchés • reconnut ta divinité • et de myrophore elle prit le rang; • avant ta sépulture, elle t'offrit la myrrhe en pleurant: • Hélas, dit elle, me tient la nuit et l'aiguillon du plaisir, • l'amour du péché ténébreux, sans clarté; • reçois le flot de mes pleurs, • de mes larmes agrée l'effusion, • toi qui fais descendre l'eau des nuages en la mer; • incline ton oreille vers le cri de mon cœur, • toi qui inclinas les cieux en ton ineffable abaissement; • laisse-moi baiser tes pieds immaculés, • les essuyant avec les boucles de mes cheveux; • ces pieds dont Eve au Paradis perçut le bruit • et, frémissante, à leur approche, se cacha. • Seigneur, qui scrutera la multitude de mes péchés, • qui sondera l'abîme de tes jugements, • Dieu rédempteur et de nos âmes le Sauveur?· Ne méprise pas ta servante, dans ton amour infini. 

LIRE LA SUITE et plus de détails sur la vie et l'oeuvre poétique et musicale de Kassia >> ICI <<

Voici l'Époux, il arrive au milieu de la nuit...

POURQUOI LES ORTHODOXES ALLUMENT-ILS DES LAMPES A HUILE ?

Une des habitudes qu'ont les chrétiens orthodoxes pour adorer Dieu et exprimer leur piété, 
c’est d’allumer des lampes à huile tant à l’église qu’à la maison.


Il y a pour cela plusieurs raisons.
Nous allumons la lampe à huile pour signifier que notre foi est Lumière. Le Christ a dit : « Je suis la Lumière du monde ». La lumière de la lampe à huile nous rappelle celle avec laquelle le Christ illumine nos âmes.
Nous allumons la lampe à huile pour nous rappeler que toute notre existence doit être lumineuse comme celle des Saints, que Saint Paul qualifie de « fils de lumière ».
Nous allumons la lampe à huile pour nous protéger de nos actes mauvais et de nos sombres passions. Sa lumière dissipe les ténèbres de notre être intérieur en nous renvoie à la voie lumineuse de l’Evangile.
Nous allumons la lampe à huile en signe de reconnaissance envers Dieu. Ainsi nous le remercions de nous garder en vie, en bonne santé et nous Lui rendons grâce pour son infini Amour, par lequel le salut est donné à tous.
Nous allumons la lampe à huile pour qu’elle soit une protection contre les puissances du Mal, qui nous harcèlent sans cesse et plus particulièrement au moment de notre prière en essayant de nous détourner de Dieu. Les démons aiment les ténèbres et sont effrayés par la lumière, tant par celle du Christ que par celle de ceux qui aiment le Christ.
Nous allumons la lampe à huile pour nous rappeler que nous devons nous imposer des sacrifices de toutes sortes. De la même manière que la mèche se consume par la flamme de la lampe, de la même manière notre volonté doit se laisser consumer par la flamme de l’amour du Christ et se soumettre toujours à la volonté de Dieu.
Nous allumons la lampe à huile pour apprendre que, de la même manière qu’elle ne peut s’allumer sans nos mains, ainsi aussi la lampe à huile de notre cœur ne peut s’allumer sans les mains de Dieu. Les efforts de nos vertus sont pareils à la mèche et l’huile. Pour s’allumer et éclairer, elles ont besoin du « feu » de l’Esprit Saint.

(Traduit du grec.
Texte du Rév. Diacre Georges GEKA
 in Edition de la Métropole de Nicopolis, Grèce – Preveza 1992.)


Voici l'Époux, Il arrive au milieu de la nuit
bienheureux le serviteur qu'Il trouvera vigilant
malheureux au contraire celui qu'Il trouvera dans l'indolence.
 Veille donc ô mon âme à ne pas tomber dans le sommeil
pour qu'à la mort tu ne sois livrée
et que les portes du Royaume ne se ferment devant toi
mais redouble de vigilance pour chanter
Saint, Saint, Saint es-Tu Seigneur notre Dieu,
par les prières de la Mère de Dieu aie pitié de nous !


lundi 29 mars 2010

Saint Patriarche Joseph le beau (Gen 39:3,21,23)


"L'Éternel fut avec lui, et la prospérité l’accompagna; il habitait dans la maison de son maître, l’Egyptien.
3 Son maître vit que l’Eternel était avec lui, et que l’Eternel faisait prospérer entre ses mains tout ce qu’il entreprenait.
4 Joseph trouva grâce aux yeux de son maître, qui l’employa à son service, l’établit sur sa maison, et lui confia tout ce qu’il possédait.


5 Dès que Potiphar l’eut établi sur sa maison et sur tout ce qu’il possédait, l’Eternel bénit la maison de l’Egyptien, à cause de Joseph; et la bénédiction de l’Eternel fut sur tout ce qui lui appartenait, soit à la maison, soit aux champs.
6 Il abandonna aux mains de Joseph tout ce qui lui appartenait, et il n’avait avec lui d’autre soin que celui de prendre sa nourriture. Or, Joseph était beau de taille et beau de figure.
7 Après ces choses, il arriva que la femme de son maître porta les yeux sur Joseph, et dit: Couche avec moi!
8 Il refusa, et dit à la femme de son maître: Voici, mon maître ne prend avec moi connaissance de rien dans la maison, et il a remis entre mes mains tout ce qui lui appartient.
9 Il n’est pas plus grand que moi dans cette maison, et il ne m’a rien interdit, excepté toi, parce que tu es sa femme. Comment ferais-je un aussi grand mal et pécherais-je contre Dieu?
10 Quoiqu’elle parlât tous les jours à Joseph, il refusa de coucher auprès d’elle, d’être avec elle.
11 Un jour qu’il était entré dans la maison pour faire son ouvrage, et qu’il n’y avait là aucun des gens de la maison,

12 elle le saisit par son vêtement, en disant: Couche avec moi! Il lui laissa son vêtement dans la main, et s’enfuit au dehors.

13 Lorsqu’elle vit qu’il lui avait laissé son vêtement dans la main, et qu’il s’était enfui dehors,
14 elle appela les gens de sa maison, et leur dit: Voyez, il nous a amené un Hébreu pour se jouer de nous. Cet homme est venu vers moi pour coucher avec moi; mais j’ai crié à haute voix.
15 Et quand il a entendu que j’élevais la voix et que je criais, il a laissé son vêtement à côté de moi et s’est enfui dehors.
16 Et elle posa le vêtement de Joseph à côté d’elle, jusqu’à ce que son maître rentrât à la maison.
17 Alors elle lui parla ainsi: L’esclave hébreu que tu nous as amené est venu vers moi pour se jouer de moi.
18 Et comme j’ai élevé la voix et que j’ai crié, il a laissé son vêtement à côté de moi et s’est enfui dehors.
19 Après avoir entendu les paroles de sa femme, qui lui disait : Voilà ce que m’a fait ton esclave! le maître de Joseph fut enflammé de colère.
20 Il prit Joseph, et le mit dans la prison, dans le lieu où les prisonniers du roi étaient enfermés: il fut là, en prison."

Saint Patriarche Joseph au beau visage, prie Dieu pour nous !

dimanche 28 mars 2010

Dimanche des Palmes : homélie de St André de Crète


«Allons ensemble à la rencontre du Christ sur le mont des Oliviers. Aujourd'hui, il revient de Béthanie et se dirige de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, pour consommer le mystère de notre salut. Celui qui est descendu du ciel pour nous élever des profondeurs du péché, pour nous élever avec Lui-même, il est nous dit dans l'Ecriture, au-dessus de toute souveraineté, autorité et pouvoir, et de tout autre nom qui peut être nommé, vient maintenant de son propre gré faire son voyage à Jérusalem. Il vient sans faste et sans ostentation. Comme le dit le psalmiste: Il ne vient ni haranguer ni élever la voix pour se faire entendre dans les rues. Il sera doux et humble, et il va faire son entrée dans la simplicité.

Accourons pour l'accompagner comme Il se hâte vers sa passion, et imitons ceux qui sont venus à sa rencontre, non en couvrant son chemin avec des vêtements, des rameaux d'olivier ou de palmiers, mais en faisant tout ce que nous pouvons pour nous prosterner devant Lui en étant humbles et en essayant de vivre comme Il le souhaite. Nous serons alors en mesure de recevoir la Parole, à sa venue, et Dieu, qu’aucune limite ne peut contenir, sera en nous.

Dans son humilité le Christ est entré dans les régions sombres de notre monde déchu, et il est heureux qu'Il ait été si humble pour notre bien, heureux qu'Il soit venu vivre parmi nous et partager notre nature afin de nous élever à nouveau jusqu’à Lui-même. Et même si on nous dit qu'Il est maintenant monté au-dessus du plus haut des cieux - la preuve, à coup sûr, de sa puissance et de sa divinité - son amour pour l'homme ne sera jamais dans le repos tant qu'Il n'aura pas élevé notre nature terrestre, de gloire en gloire, pour l’unir à la sienne dans le ciel.
Alors jetons devant ses pieds, non des vêtements sans âme ou des branches d'olivier, qui font le plaisir des yeux pendant quelques heures puis se fanent, mais nous-mêmes, revêtus de sa grâce, ou plutôt, vêtus complètement en Lui. Nous qui avons été baptisés en Christ devons être nous-mêmes les vêtements que nous étalons devant Lui. Maintenant que les taches rouges de nos péchés ont été emportées dans les eaux salvatrices du baptême, nous sommes devenus blancs comme la laine pure, accueillons le vainqueur de la mort, non pas avec de simples branches de palmiers, mais avec la vraie récompense de sa victoire. Que nos âmes prennent la place des palmes pour l’accueillir et associons-nous aujourd'hui au chant sacré des enfants : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni soit le roi d'Israël ".
(extrait de l'homélie de St André de Crète
 sur le Dimanche des Palmes)

samedi 27 mars 2010

SAMEDI DE LAZARE : Recette des Pains d'épice Lazarakia


Pain d'épice pour Samedi de Lazare 
Recette des îles grecques 

Ingrédients: 

7-8 tasses de farine   
2 tasses d'eau chaude 
3 / 4 c. à soupe de levure sèche active 
1 / 2 tasse de sucre 
2 c. à table de miel 
1 c. à soupe de cannelle moulue 
1 c. à thé de clou de girofle moulu 
1 c. à thé d'anis 
1 / 2 cuillerée de sel 
3 c. à soupe d'huile d'olive 
l'huile d'olive pour badigeonner


Dissoudre la levure dans l'eau chaude avec du miel. Laisser reposer pendant 5 minutes environ, jusqu'à ce qu'elle devienne mousseuse. Ajouter le sucre et l'huile d'olive et mélanger jusqu'à dissolution. Dans un autre bol, utiliser une fourchette pour mélanger 7 tasses de farine avec le reste des ingrédients secs. Faire un puits au centre du mélange de farine et remuer dans le mélange de levure. 

Pétrir la pâte  pendant environ 10 minutes (avec un mixeur) ou jusqu'à ce que la pâte devienne élastique. (Ajouter de la farine jusqu'à obtenir une pâte qui ne soit ni trop sèche ni trop collante à manipuler. Si vous avez utilisé trop de farine et que la pâte devient trop sèche, vous pouvez ajouter de l'eau par cuillerée jusqu'à obtenir la bonne consistance) Couvrir et laisser lever dans un endroit chaud pendant une heure. 

A ce stade, vous pouvez former vos petits Lazare librement ou rouler la pâte et utilisez un coupe-pâte. Nous faisons les bras un peu longs pour qu'ils puissent être tordus vers le bas du corps, pour donner l'apparence du linceul funéraire antique. De nombreuses recettes traditionnelles exigent une noix entière dans le centre, couvert par un linceul tressé. 
Lorsque vous êtes satisfait de la forme des bonshommes, déposer les pains sur une tôle huilée et recouvrez-les. Laisser les gonfler pendant 30 minutes à une heure. Badigeonner d'huile d'olive, puis faire cuire dans un four préchauffé à 350 degrés pendant 20 à 25 minutes (ou jusqu'à coloration dorée)



Merci  à Catherine (Que la Toute Sainte la garde !) et son blog EVLOGIA
http://evlogia.typepad.com


vendredi 26 mars 2010

Ortodossia supera Islam ! Viva Italia ! L'Église orthodoxe deuxième communauté religieuse en Italie


BONNE NOUVELLE !

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L'Église orthodoxe est devenue la deuxième communauté religieuse en Italie

Dans un entretien donné à la télévision italienne, Mgr Silouane, évêque du diocèse orthodoxe roumain d’Italie a déclaré que la communauté orthodoxe est devenue la deuxième communauté religieuse en Italie. Elle a dépassé la communauté musulmane et compte environ 1,3 million de fidèles. Selon les derniers chiffres fournis par l'ambassade de Roumanie en Italie, il y a 900 000 Roumains dans la péninsule italienne. D'après Mgr Silouane, chaque année dans les paroisses roumaines en Italie sont célébrés en moyenne 8 000 baptêmes et 1200 mariages. On compte 117 paroisses orthodoxes roumaines, 115 n'ont pas leurs propres locaux, mais utilisent des lieux de culte appartenant à l'Église catholique (prêt gratuit ou avec un petit supplément pour les frais). Les prêtres orthodoxes roumains qui travaillent en Italie sont 145.....

LIRE LA SUITE sur ORTHODOXIE.COM 

Français, encore un effort ! :-))

Révolution, Nationalisme, Phylétisme et Eglise orthodoxe

Après m'être associé à la joie de la fête nationale grecque et avoir même vanté les mérites de la révolution , il me faut tout de même apporter quelques nuances sur ces fameux bienfaits...
Cet extrait d'un texte très important pour nous Orthodoxes occidentaux de Geronda Placide Deseille sur le sujet le fera bien mieux que je ne pourrais le faire, le voici  donc :


"[...] La philosophie politique des protagonistes de la Révolution a été formulée par eux dans la «déclaration des droits de l'homme et du citoyen», selon laquelle la liberté de l'individu n'est limitée que par celle des autres individus; l'autorité et la loi n'émanent que de l'homme, envisagé collectivement, sans dépendance d'aucune Autorité transcendante. Mais, comme le remarque pertinemment encore Régis Debray, si « l’image de la Déclaration de 89 est la plus populaire», «il serait pour autant ingrat de laisser dans l'ombre ce qui a rendu possible l'incarnation des immortels principes; la nation, et la violence. Elles ont partie liée. L'idéal énoncé au monde par la Révolution française, ce fut la nation comme nouveauté radicale, plus que le droit comme promesse d'avenir. Et c'est la première qui a servi de propulseur au second» (1).
La Révolution a donné ainsi le signal à un essor du nationalisme qui a marqué toute l'histoire du XIXème siècle, et qui, en cette fin du XXème siècle a encore des retombées de l'Amérique latine aux Pays baltes, à l'Arménie et à la Géorgie, en passant par l'Afrique noire. «Se considérant comme exportable - missionnaire. (la Révolution française) a voulu enseigner la liberté aux peuples contre la tyrannie des trônes. Elle a opposé la souveraineté populaire au droit divin des rois et posé en principe éthique le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (2)
Ce nouveau nationalisme est d'une nature très différente du patriotisme qui animait les membres des anciennes nations chrétiennes. Il n'est plus fait de l'attachement à un terroir, de la fidélité à un souverain et de l'amour d'un patrimoine commun, mais il procède plutôt de l'enthousiasme pour l'idée qu'une communauté ethnique ou linguistique se fait d'elle-même et pour ses mythes nationaux tels que ses écrivains et ses publicistes les formulent et les exaltent. Cet individualisme collectif est facilement xénophobe, chaque nation tendant à opposer son particularisme à celui des autres (3).
Paradoxalement, dans l'Europe du XIXème siècle, ce nationalisme révolutionnaire, dont la racine était antichrétienne, servit la cause de nations catholiques romaines ou orthodoxes : la Belgique, la Pologne, l'Irlande se libéreront de la domination de nations non-catholiques, tandis que la Grèce et les nations balkaniques s'affranchiront du joug ottoman.

Le nationalisme et l'Eglise orthodoxe

Le mouvement de libération nationale n'eut pas, pour les pays orthodoxes que des conséquences bénéfiques. Dans un premier temps, il contribua à la formation de nations où l'Orthodoxie était proclamée religion d'état. Mais il portait en lui, de par ses origines, un germe de déchristianisation qui se développerait peu à peu et conduirait un jour à l'établissement de gouvernements athées et antichrétiens. Le lien qui rattache les révolutions marxistes à la Révolution française est manifeste.
Mais surtout, le nationalisme des deux derniers siècles est responsable de ce qui constitue l'une des plaies les plus redoutables du monde orthodoxe contemporain, le nationalisme religieux ou «phylétisme». Il fut condamné par le Concile local de Constantinople de 1872, alors que les Bulgares envisageaient la création d'une Église nationale sans limites géographiques précises, exerçant une juridiction universelle. Le rapport élaboré pour ce Concile dénonce avec rigueur et clarté ce mal qui n'a pas cessé de perturber l'Église orthodoxe, surtout là que se pose le problème de la Diaspora :
«Le phylétisme, c'est-à-dire la distinction fondée sur la différence d'origine ethnique et de langue, et la revendication ou l'exercice de droits exclusifs de la part d'individus et de groupes d'hommes de même pays et de même sang, peut avoir quelques fondements dans les états séculiers, mais ... dans l'Église chrétienne, qui est une communion spirituelle destinée par son chef et fondateur à comprendre toutes les nations dans l'unique fraternité du Christ, le phylétisme est quelque chose d'étranger et de totalement incompréhensible. La formation, dans un même lieu, d'églises particulières fondées sur la race, ne recevant que les fidèles d'une même ethnie, excluant tous ceux des autres ethnies, et dirigées par les seuls pasteurs de même race, comme le prétendent les adeptes du phylétisme, est un événement sans précédent... (4 )
Il est normal et sain que dans un pays de tradition orthodoxe, l'Église soit comme l'âme de la nation, et l'expression la plus profonde de son être collectif. Un sain patriotisme, exempt de tout exclusivisme et de tout chauvinisme, est pleinement conciliable avec l'esprit du christianisme. Dans des situations de diaspora, il est normal que des émigrés gardent un attachement pour leur patrie d'origine ; mais le rôle de l'Église ne doit pas être confondu avec celui d'une association culturelle ou d'un groupe folklorique, ni l'identité ethnique avec l'identité chrétienne.
L'Église de Dieu présente à Athènes est la même que celle qui est présente à Moscou ou a Bucarest ; un Russe ou un Roumain en résidence à Athènes peut, tout au plus, souhaiter que l'Église locale mette à sa disposition un lieu de culte où la Liturgie soit célébrée dans sa langue, mais ce lieu de culte doit dépendre de l'Église locale, et non d'un évêque qui représenterait sur place l'Église russe ou l'Église de Roumanie. La fidélité à la tradition canonique de l'Église, qui n'est que l'expression de vérités théologiques essentielles, exigerait qu'il en aille de même à Paris ou à Londres. Le respect du principe territorial n'implique d'ailleurs aucunement l'existence d'une Église autocéphale ou autonome dans chaque pays : en faire une exigence serait encore une forme de phylétisme ; rien n'empêche que le métropolite de Paris dépende d'une autocéphalie dont le siège serait à Londres, par exemple, ou du Patriarche œcuménique ; ce qui importe, c'est qu'il n'y ait pas dans un même lieu plusieurs communautés ecclésiales, plusieurs évêques, plusieurs métropolites indépendants les uns des autres.[...]"

1. Régis Debray, Que vive la république  Paris 1989 p. 59.
2. Emile Poulat, Liberté. Laïcité. l,a guerre des deux France et le principe de la modernité. Paris, 1987, pp. 127-128.
3. Cf. Marie-Madeleine Martin, Histoire de l'unité française. L'idée de patrie en France des origines à nos jours, Paris. 1949. 
4. Voir l'ensemble du texte dans : Métropolite Maxime de Sardes, Le Patriarcat œcuménique dans l'Église orthodoxe, Paris, 1975. pp. 378-387.

in  "Tous, vous êtes un dans le Christ
L'Église orthodoxe et le nationalisme
(ed. du Monastère SaintAntoine Le Grand 26190 Saint-Laurent-en-Royan)
pour commander 04 75 47 72 02



Jean VI Cantacuzène, empereur  et 
moine - sous le nom de Joasaph Christodoulos

mercredi 24 mars 2010

FOI, NATION & LIBERTÉ : La FÊTE NATIONALE GRECQUE - 25 mars 1821

Les "Occidentaux ", dans notre contexte culturel contemporain, à la mémoire très courte (quelquefois le temps d'un zapping) ou paresseuse, et particulièrement les Français ont du mal à concevoir que l'on puisse associer foi religieuse et liberté, foi et patriotisme et encore moins Révolution et religion, ce n'est pas un phénomène si récent pourtant. C'est étrange comme on associe automatiquement christianisme et oppression et qu'il faille inventer des "théologies de la libération" ou créer un corps de "prêtres ouvriers" comme pour enfin  aller dans le sens du "progrès"... Pourtant toutes les institutions et œuvres sociales furent d'abord des créations de l'Église dont la foi était devenue après persécution puis tolérance, religion de l'empire dont la capitale était désormais Constantinople au point que même à l'Ouest de l'empire, en nos contrées envahies sans cesse, ces institutions portaient même encore en leurs débuts, "chez nous", leurs noms grecs d'origine. il faut écouter dans le prochain message cette passionnante interview de l'historien M. Rouche qui explique bien tout cela.
Pourtant voilà une commémoration celle de la libération du peuple grec du joug ottoman, où le clergé n'était pas du côté de l'oppresseur mais au contraire aux côtés du peuple, partie du peuple, et du parti du peuple subissant les mêmes persécutions et soutenant la même rébellion. Ainsi en a-t-il été de l'Église et du peuple serbes (en lutte contre la Turcocratie, puis les Oustachis croates pro nazis et enfin les communistes) et qui étaient nos amis jusqu'à ce que la France boive un peu trop de Coke, confonde Etats unis d'Europe avec Etats Unis dans l'Europe et que cela lui fasse perdre la mémoire dans la plus totale infidélité à ses séculaires amitiés. Victor Hugo en poète visionnaire sauvant l'honneur de la France a écrit des textes pour ces deux pays, la Serbie et La Grèce, pour lesquels il avait de la compassion et dont il connaissait bien le destin tragique, mais de nos jours comme on préfère les comédies musicales et dessins animés fantaisistes américanisants aux textes, il n'est pas inutile de les rappeler. La foi de ce peuple grec était même indissociable de ses références révolutionnaires qui étaient issues des nôtres (sic !), on est évidemment loin de la guerre civile espagnole du siècle dernier...

Voici quelques extraits d'un article paru sur le site DIASPORA GRECQUE.COM assez éloquents pour remettre en question le conformisme de la pensée unique militante... pour qui voudra bien s'informer un peu avec un minimum d'honnêteté intellectuelle....

"L'élan du peuple grec en 1821

Comment un peuple soumis depuis plus de 400 ans a-t-il pu se libérer de l'Empire Ottoman ?

Le peuple turc d'origine nomade est un peuple hétérogène dont les tribus ont été soumises les unes après les autres. Envahisseurs aguerris, les Turcs ont toujours imposé leur culture et leur religion. En 1821 l'empire ottoman était sur son déclin, essoufflé par ses luttes internes.
Depuis la prise de Constantinople en 1453, la Grèce n'a jamais été complètement soumise à l'empire ottoman. Les Grecs avaient su préserver leur foi chrétienne orthodoxe malgré les pressions de l'occupant.
Le Grec et l'histoire grecque étaient enseignés aux enfants dans des écoles cachées, (κρυφό σχολείο) par des moines lettrés. Ainsi, pendant quatre siècles furent préservées l'identité et l'âme hellènes en attente du jour où la Grèce serait libre.

Ecoles cachées, (κρυφό σχολείο)

Les Grecs vivant en Europe, influencés par la pensée révolutionnaire française de 1789, ont été le moteur de la pensée révolutionnaire grecque. Féréos, poète vivant en Europe, en est un exemple. Il inondait les Grecs de ses poèmes enflammés :"Καλύτερα μιάς ώρας ελεύθερη ζωή, παρά σαράντα χρόνια σκλαβιά και φυλακή" (mieux vaut une heure de vie libre que 40 ans de vie en esclavage). Dans "Καπιτάν Μιχάλις", Kazantzaki illustre cet esprit de la révolution en Crète. Un écrit sur le mur très rouge les mots "la liberté ou la mort". Ces quelques mots étaient gravés dans le cœur de tous les Grecs : hommes, femmes, enfants, tous étaient prêts à donner leur vie pour retrouver leur identité.


L'ENFANT
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grand bois,
Ses coteaux , ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée.
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oublié.
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux.
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,
Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaiement et gaiement ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles

Le 25 mars 1821, au monastère d’Agia Lavra, l’archevêque Paléon Patron Germanos
 aurait fait prêter serment aux chefs de la révolution en leur donnant leur drapeau avec l’image de la Vierge le jour même de la fête de l’Annonciation.


La révolution grecque (1821-1829)




Depuis le XIVe ou le XVe siècle (selon les endroits), la plus grande partie de la Grèce se trouve sous le joug des Turcs mais un certain nombre de facteurs a permis la survie de l'hellénisme. Le rôle de l'église orthodoxe n'est pas négligeable, pas plus que celui des Grecs qui vivent à l'étranger, en Occident ou en Russie en particulier. A l'intérieur même de la Grèce, trois partis se sont constitués. Le parti russe est le plus nombreux : l'église grecque entretient des liens privilégiés avec la grande puissance protectrice des orthodoxes. La Russie des Tsars aidera matériellement et diplomatiquement l'insurrection, de façon partiellement intéressée (la Russie n'a pas encore d'accès à la Méditerranée). Les armateurs et les commerçants grecs ont des relations avec l’Angleterre, ils feront appel à elle et subiront son influence. Le parti français est le moins important, il comprend des intellectuels influencés par la révolution de 1789. Au début du XIXe siècle, la Turquie est très affaiblie militairement, l'autorité du sultan a de la peine à s'affirmer, en particulier sur les gouverneurs de province, appelés pachas. L'un de ces derniers, Ali Pacha, d'origine albanaise, domine l'Epire (qui, à l'époque, comprend les parties actuellement albanaise au Nord, et grecque au Sud). Ce musulman a causé mille malheurs aux Grecs mais...



LA TRIPLE MANIERE DE PÉCHER par ST GRÉGOIRE DIALOGOS (LE GRAND)

Il les frappe comme des impies, parce qu'ils se détournent de lui (Job 34, 27)

  "Sachez qu'il y a trois manières de commettre le péché: on peut le commettre par ignorance, ou par faiblesse, ou par volonté délibérée. Pécher par faiblesse est plus grave que pécher par ignorance ; pécher de volonté délibérée c'est encore beaucoup plus que pécher par faiblesse. Paul relatait un péché par ignorance quand il écrivait: Moi naguère un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur ... mais il m'a été fait miséricorde parce que j'agissais par ignorance, étranger à la foi (1 Tim 1, 13). C'est par contre un péché de faiblesse que Pierre commet quand se brise en lui, à la seule voix d'une servante, toute la robustesse de la foi dont le Seigneur l'avait  gratifié, et quand il renie en paroles le Dieu auquel son cœur restait accroché. (Luc 22, 57).
  Une faute due à la faiblesse ou à l'ignorance est d'autant plus facilement effacée qu'elle n'est précisément pas commise de volonté délibérée. Une fois renseigné Paul corrige son ignorance antérieure, et par ses larmes abondantes Pierre rend vigueur et vitalité aux racines de sa foi ébranlées et desséchées.
  Par contre c'est un péché activement et consciemment perpétré qu'avaient commis ceux que le Maître lui-même accuse en ces termes: Si je n'étais pas venu et ne leur avais parlé, ils n'auraient pas péché, mais maintenant ils n'ont pas d'excuse à leur péché, et un peu plus loin: ils ont vu et ils nous haïssent moi et mon Père (Jn. 15, 22 - 24). Ne pas faire le bien et haïr celui qui l'enseigne sont deux choses aussi différentes que pécher par étourderie ou de propos délibéré. Il suffit souvent d'y réfléchir et d'en prendre conscience pour condamner un péché commis par étourderie, et dans la plupart des cas où il s'agit de faiblesse, on parvient habituellement à aimer le bien, sans toutefois être toujours capable de l'accomplir. Tandis que quand il s'agit d'un propos délibéré, pécher c'est tout ensemble ne pas faire le bien et ne pas l'aimer. De même donc qu'affectionner le péché est parfois plus grave que le commettre, de même il est bien plus pernicieux de haïr la justice que de ne pas l'accomplir. On trouve, jusqu'à l'intérieur de l'Eglise, de ces gens qui non seulement ne font pas le bien, mais persécutent ceux qui le font : ce qu'eux-mêmes répugnent à faire, ils le détestent chez les autres. Leur péché ici ne vient ni de l'ignorance ni de la faiblesse, mais de leur seule volonté, car, à supposer qu'ils veuillent accomplir de bonnes actions tout en se révélant incapables de les réaliser, ils devraient néanmoins aimer chez autrui ce qu'eux-mêmes se refusent de faire."


in COMMENTAIRE MORAL DU LIVRE DE JOB (MORALIA)
Traduction de René Wasselynck (Ed. du Soleil Levant)

Par les prières de notre Saint Père Grégoire , Seigneur Notre Dieu,  accorde-nous ta grâce !

mardi 23 mars 2010

L'EXPÉRIENCE DE L'ÉTERNITÉ DANS LA PRIÈRE PERSONNELLE par Père Macaire de Simonos Petra

"Que ce soit dans notre vie liturgique, comme dans l’expérience mystique de la prière, nous sommes appelés à « passer» (au sens étymologique de Pâques) de la mort à la vie et de la terre au ciel (1), « encore et encore », chaque jour jusqu'à la fin du monde. Lorsque dans le silence de la nuit, le moine ou le fidèle se tient devant le Dieu invisible comme s'il était visible, les puissances de leur âme rassemblées dans le cœur et repoussant avec effort tous souvenirs ou distractions de ce monde, il leur est donné de vivre aussi de manière encore plus intense, cette transfiguration du temps. Que la prière suive le rythme alternant de la respiration ou qu'elle soit prononcée durant l'intervalle entre inspiration et expiration, qui est comme un arrêt du temps, le but de la méthode, ou plutôt des différentes méthodes hésychastes, reste le même. Il s'agit de concentrer toute notre attention sur « l'éternité arrêtée au cœur de l'instant» (2) L'invocation du Nom béni du Dieu-homme, répétée inlassablement jour après jour, réveille en nous une sensibilité spirituelle à sa présence et à son ineffable douceur. Dans ces moments privilégiés, dont il est impossible d'évaluer la durée, où la prière s'arrête pour devenir écoute du Verbe au dedans de nous, l'intellect, dépouillé de toute pensée et de toute représentation, se trouve transféré dans un mode d'existence nouveau. Saisissant par la foi que le Royaume de Dieu approche et qu'il est déjà inauguré au dedans de nous, par la prière intérieure nous nous portons en avant, dans un élan de réponse plein d'amour extatique.

Chaque invocation du Nom de Jésus répétée humblement même pendant les activités de la journée, constitue un pas de plus à la rencontre du Seigneur. La pratique quotidienne de la prière de Jésus, qui prend sa source dans la communion eucharistique et dépend étroitement de notre participation à la vie liturgique de l'Église, est donc expérience vécue de l'éternité au cœur du temps. Nous restons êtres de chair et de sang, prisonniers du temps et de ses contingences, faibles et impuissants à comprendre les mystères divins, et pourtant nous sommes à la fois hommes nouveaux, recréées à l'image du Second Adam, et par la grâce et la miséricorde du Seigneur, nous pouvons goûter à la vie éternelle cachée dans le Nom divin.

La temporalité qui était la marque de notre chute est devenue, en Jésus-Christ "une aile" qui nous porte vers les hauteurs, dans un élan sans fin vers l'éternité (3)."

Notes :
1- Canon de Pâques, Hirmos de la 1 ère ode.
2 - Acathiste du Buisson Ardent, ikos 2.
3 - St Grégoire de Nysse, Sur la Perfection 8,1

in"Entrée dans le troisième millénaire ou passage à l'éternité"
Lettre aux amis des monastères St Antoine Le Grand et Protection de la Mère de Dieu (1999)

lundi 22 mars 2010

L'image de La nef de l'Église orthodoxe


Sa quille représente la foi orthodoxe en la Sainte Trinité. Ses poutres et ses planches représentent les dogmes et les traditions de la foi. Son mât représente la croix, ses voiles et le gréement représentent l'Espérance et l'Amour. Le capitaine du navire est notre Seigneur Jésus-Christ, dont la main est sur la barre. Les camarades et les marins sont les Apôtres, les successeurs des Apôtres, et tous les membres du clergé. Les passagers comprennent tous les chrétiens orthodoxes. La mer symbolise la vie présente. Une douce brise semblable au Zéphir signifie le souffle et la grâce de l'Esprit Saint entraînant le navire sur sa route. Les vents, d'autre part, sont des tentations qui le font dévier de son cap. Son gouvernail, par lequel il est dirigé sans détour jusques au port céleste est le livre des saints canons « Le Pedalion» ou «gouvernail».

dimanche 21 mars 2010

Les métanies pendant le Grand Carême par Père Macaire de Simonos Petra

"L'élan de conversion entrepris pendant le Carême requiert la participation du corps, non seulement par le jeûne, mais aussi par les prosternations qui ponctuent les offices. D'après le Typikon de Saint-Sabas, on devrait faire 300 grandes métanies dans l'église pendant le Carême (1).Dans d'autres monastères, comme celui du Saint-Sauveur à Messine, le nombre importait peu, et l'on indiquait seulement les moments pendant lesquels les moines devaient faire sans interruption des prosternations (2). Aujourd'hui, dans la tradition grecque, ces prosternations ont été réduites presque exclusivement à celles qui accompagnent la Prière de Saint Éphrem, mais elles n'en restent pas moins une caractéristique majeure des offices de Carême. Exercice ascétique, la métanie est aussi un condensé de toute l'Économie de la Rédemption, comme l'affirme saint Basile: « Chaque fois que nous fléchissons les genoux et que nous nous relevons, nous montrons en acte que par le péché nous fûmes jetés à terre et que l'amour de notre Créateur pour les hommes nous a rappelé au ciel (3)
Quand il se prosterne à terre, en faisant le signe de la Croix, le fidèle reproduit la descente du Christ aux enfers, et en se relevant rapidement, il communie à Sa Résurrection. Chaque métanie devient donc pour lui une actualisation du rite baptismal et un approfondissement du mystère de son union au Christ."
Notes :
1.Typikon de Saint-Sabas (p. 78) ; cette rubrique est préservée dans le Triodion imprimé, le Lundi de la 1" semaine. À la Grande-Laure de saint Athanase l'Athonite, on faisait 238 métanies : 40 à l’orthros, 100 aux heures, 30 aux vêpres, 50 aux grandes complies: Diatyposis (00. Dimitrievsky, Opisanie J, 230
2.Ed.ARRANZ, R 20, p. 5.
3. S. BASILE, Sur le Saint-Esprit 27,66 (SC 17"', 486).

in (Ed. du Monastère Saint Antoine Le Grand 26190 Saint-Laurent-en-Royans)
pour commander 04 75 47 72 02

samedi 20 mars 2010

Père Placide DESEILLE - extraits de ses écrits 1. L'Eucharistie et l'Eglise

"L’Eucharistie fait l'Église. Celle-ci n'est rien d'autre que le corps glorifié du Christ uni à ses membres, qu'ils soient déjà auprès de lui dans les cieux, ou qu'ils militent encore sur la terre. Cette Église-Corps du Christ est rendue présente ici-bas partout où existe une communauté de chrétiens qui se rassemblent, dans une ville ou une bourgade, autour de leur évêque ou de l'un de ses prêtres qui le représente, et reçoit de sa main le corps eucharistique du Seigneur. « Mêlée» à ce corps, comme disaient les Pères de l'Église, identifiée à lui, cette communauté locale n'est pas une « partie » du corps du Christ: elle participe à sa plénitude, elle est spirituellement le Christ tout entier, de même que chaque parcelle des saints dons n'est pas une partie du Christ, mais rend présent le Christ tout entier. Et à l'intérieur de chaque Église locale, il ne peut y avoir de discrimination entre chrétiens d'origine ethnique diverse, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres. Tous sont un dans le Christ." 

 in  "La Divine Liturgie
(ed. du Monastère SaintAntoine Le Grand 26190 Saint-Laurent-en-Royan)
pour commander 04 75 47 72 02

mercredi 17 mars 2010

ST GRÉGOIRE DIALOGOS (LE GRAND) : COMMENT SE COMMET LE PECHE

Behemoth dresse sa queue comme cèdre (Job 40,15).
"La sollicitation initiale du Serpent se présente molle et tendre, et à ce moment la vertu peut aisément l'écraser de son pied. Mais si, par négligence, on lui permet de se fortifier ou si, à cœur ouvert, on lui fait bon accueil, elle s'amplifie avec une telle puissance qu'elle peut étouffer l'âme captive et grossir jusqu'à exercer une pression intolérable ...
Tout ce qui est suggéré au début, on peut facilement le surmonter, alors qu'il devient quasi impossible de se rendre maître de la situation après cette phase initiale. Le Serpent parle d'abord à l'âme en séducteur: on dirait qu'il prend conseil ; mais dès qu'il a réussi, une seule fois, à y planter les crocs de la jouissance, il ne lui reste plus qu'à resserrer les nœuds, pratiquement indénouables, d'une tyrannique habitude ...
L'âme accueille le péché en trois temps: le démon suggère, la chair jouit, l'intelligence consent. (Et pour reprendre la comparaison du Livre de Job) ce Behémoth montre la langue quand il suggère d'abord des pensées défendues ; ensuite, quand il attire par la jouissance, il plante ses crocs; enfin il étreint de sa queue quand il tient bien sa proie par l'assentiment que celle-ci lui donne.
De ceci on peut tirer tout de suite une leçon: certaines personnes se reprochent des fautes qu'elles commettent surtout parce qu'elles en ont pris une longue habitude. Si elles ont bien l'intention de les fuir, elles se montrent pourtant impuissantes à les combattre en actes. C'est que faute d'avoir écrasé la tête de ce Behemoth, elles sont enserrées par sa queue, même à leur corps défendant."


in COMMENTAIRE MORAL DU LIVRE DE JOB (MORALIA)
Traduction de René Wasselynck (Ed. du Soleil Levant)

Par les prières de notre Saint Père Grégoire , Seigneur Notre Dieu,  accorde-nous ta grâce !

mardi 16 mars 2010

St CÔME L’ÉTOLIEN (enseignements) : Jeunesse et péché

"Frères, quand j'étais jeune, je croyais à ce sophisme : "Laissez-moi commettre des péchés, maintenant que je suis jeune, je ferai le bien quand je serai vieux, ainsi je serai sauvé."

Maintenant, j'ai vieilli, mais mes péchés ont désormais des racines qui ont poussé et je suis incapable de faire le moindre bien. Alors vous, faites attention de ne pas subir le même sort, et maintenant que vous avez le temps, faîtes de bonnes œuvres pour être sauvé."

(version française de Maxime le minime)

lundi 15 mars 2010

Bénédictions et bénédictions...


1


234
567
Certes je ne suis plus bouddhiste mais j'attache tout de même de l'importance aux gestes chrétiens et je ne comprends pas bien ces mudras là 
si quelqu'un voulait bien me les expliquer :
  • les mains levées (1) je comprends, c'est clair ça veut dire, pour les personnalités politiques comme pour les stars du showbiz, quelque chose comme "Ouais c'est moi, bien content d'avoir ce succès et vos applaudissements, vous pouvez m'acclamer encore ! C'est bien moi le chef !" OK ! ça c'est clair... quoique...bon je comprends bien le sens, mais j'ai un peu de mal par rapport à la foi...il me semblait que dans le psaume  113 (du psautier de la Septante) on pouvait lire "Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire"
  • mais la main levée à la verticale (2,3,4) j'ai plus de mal... cela signifie-t-il "Salut les copains !" ou bien "Coucou, c'est moi, je suis là"  ou encore "Moi ! Moi aussi j'en veux" ou bien "Je vote pour...ou contre..." ???
  • et la main levée perpendiculaire au sol (5,6) c'est quoi ? "Tenez-vous à carreau sinon vous aurez affaire çà moi" ou bien "Vous la voulez celle-là ?" 
On m'a dit que je n'y comprenais rien et que c'était pour bénir... Ah bon ? pas facile à comprendre... pour un peu je dirais qu'en certaines certaines circonstances ce geste pourrait (attention, je dis bien "pourrait") prêter à confusion  après tout ça pourrait ressembler à ça...


ou ça :


ce qui serait fâcheux et entretenir des confusions un peu embarrassantes...

Cela s'est toujours fait de cette manière ? Ah bon ? Pourtant quand je vois de vieilles images, mêmes des prélats romains ,ils ne font pas ça comme ça, il font plutôt ça : 
 ou ça  ou ça

j'ait tout de même réussi à trouver ça :




ce qui ressemble à ça :  que l'on fait chez les Vieux Croyants russes

et qui n'est pas si éloigné de ce que l'on pratique dans l'Orthodoxie


c'est à dire que l'on signifie à la fois que ce n'est pas le bénissant qui bénit mais plutôt qu'il bénit au nom du Seigneur qui est nommé à la fois :
  1.  par la division des doigts en deux groupes : un groupe de 3 pour signifier la Sainte Trinité et un groupe de 2 qui signifie la double nature du Christ
  2. par la position de chaque doigt qui imite les lettres ICXC (Jésus Christ)
Là pas d'ambigüité aucune
pas de confusion, c'est de la théologie en geste, pas une vague symbolique prêtant à toutes les confusions, 
celui reçoit une bénédiction sait d'où vient la bénédiction, quelle que soit la main par laquelle elle transite.

Lire le très intéressant article du Hiéromoine Nicolas Molinier sur le signe de croix ICI

dimanche 14 mars 2010

ST GRÉGOIRE DIALOGOS (LE GRAND) : LE PIÈGE DU PÉCHÉ



Il met le pied dans le filet, et marche dans ses mailles (Job 18, 8).

Comme celui qui met le pied dans un filet et ne s'en tire pas comme il veut, celui qui tombe dans le péché n'en sort pas immédiatement par le simple fait de le vouloir. Toute empêtrée dans les mailles du filet, sa marche est bloquée, et pour pouvoir reprendre sa marche, il est bien forcé de rester sur place, au moins pendant tout le temps où il s'efforce de se dépêtrer. II arrive souvent, en effet, que celui qui cède au charme de ce monde, y trouve les honneurs et la gloire; il obtient donc la concrétisation de ce à quoi il aspire, et du même coup il se félicite d'être parvenu à ce qu'il souhaitait.

Mais parce que les biens de ce monde ne sont pas possédés dans l'amour et que fréquemment le fait de les posséder en ravale le prix, l'homme découvre, en les obtenant, que ce qu'il convoitait n'avait pas grande valeur. Alors, ramené à lui-même, il se demande com¬ment, sans commettre de péché, abandonner ce qu'il sait désormais avoir acquis au prix d'un péché, Seulement le sentiment de sa dignité, où il s'est empêtré, le retient, et il ne se trouve pas en état de fuir, sans faute de sa part, une place que sa faute lui a procurée: il a mis les pieds dans le filet et marche dans ses mailles, et ce n'est vraiment qu'à l'instant où il se décide à en sortir, qu'il réalise la véritable résistance des liens qui l'entravent. Oui, il faut avoir envie de se libérer, envie, dirait le texte, de lever le pied, pour prendre conscience vraiment de ce qui nous ligote.
Quand le texte poursuit: Le filet enserre la plante de son pied, il s'agit encore de la même chose, mais avec une précision supplémentaire: à savoir qu'on est ligoté par le péché jusqu'à la fin. Ce que réaffirme la suite du verset: La soif le brûle de son feu. L'Ennemi du genre humain, après avoir ligoté la vie de chacun par le péché, aspire, anxieux, à le voir mourir. Et c'est exact: quand notre vieil Ennemi tient une vie prisonnière du péché, il a soif de se désaltérer de la mort du pécheur. Pourtant, ce verset peut s'accommoder d'une autre interprétation : l'âme pécheresse, voyant qu'elle en est venue au péché, cherche à s'extraire de ses mailles, mais au niveau de la pure intention et sans profondeur. Sous l'emprise du respect humain ou sous le coup de remontrances venues des hommes, elle préfère une mort éternelle que d'avoir à supporter momentanément un peu de contrariété. Dès lors, cet homme s'abandonne entièrement à ses vices, conscient malgré tout de n'y avoir cédé volontairement qu'une seule fois. C'est ainsi que le filet l'enserre jusqu'à la plante des pieds, celui dont la vie est jusqu'à son terme prisonnière de sa faute. Car dans la mesure où le pécheur a conscience d'être rivé à son mal, il désespère d'en sortir un jour; cette désespérance l'entraîne à s'adonner plus résolument encore aux attraits pernicieux de ce monde ; et finalement l'ardeur de ses convoitises gagne toute son âme ; enlacé par ses péchés antérieurs il cède progressivement à des fautes toujours plus graves. Voilà le sens du verset : La soif le brûle de son feu: elle l'attaque dans son esprit, car du fait qu'il a pris l'habitude de pratiquer le mal, elle le pousse à en gober goulûment toutes les perversités. Pour le grand pécheur, avoir soif c'est désirer tous les biens de ce monde ...

Le piège est caché sous terre, le piège dissimulé mine son chemin (Job 18, 10)

   Le piège dissimulé sous la terre c'est le péché dissimulé sous les agréments de ce monde. En posant ses pièges, l'Adversaire propose à l'homme ce qui l'attire parmi les valeurs humaines, et y dissimule le piège du péché: de la sorte, il happe son âme, en lui laissant bien voir ce qui vaut la peine d'être désiré, mais jamais dans quel traquenard il met le pied. Le mot même de traquenard éveille l'idée de capturer en dupant. Et le démon pose un piège de ce genre sur le chemin quand, au milieu des activités de ce monde, si attirantes pour l'âme, il place le piège du péché. Ce piège, bien sûr, ne la duperait pas facilement s'il était posé à découvert; mais il est posé de manière à laisser voir à celui qui passera par là, le seul appât et jamais le piège lui-même. Le profit qu'on espère retirer et la prospérité en ce monde sont à la faute et au péché, ce qu'est l'appât au piège, et on peut dire qu'un piège invisible happe l'âme de celui qui cède à un désir mauvais dont certains aspects sont pour lui attirants.

   L'appât accroché à la faute ce sera souvent les richesses, les honneurs, la santé ou la vie de ce monde: une âme faible les voit sans apercevoir le piège; elle cherche à les posséder, et s'enferre finalement dans le péché qu'elle n'y a pas décelé. Il existe certaines manières de vivre qui sont très proches de vices incontestables: par exemple des mœurs rudes s'accompagnent ordinairement de cruauté ou d'orgueil, tandis que des mœurs plus séduisantes, et même un peu plus séduisantes qu'il ne convient, s'accompagnent bien souvent de luxure et d'habitudes dissolues. Ces façons de vivre qui avoisinent le vice, l'Adversaire du genre humain les épie chez tous les hommes, et, connaissant ainsi ce qui épouse plus naturellement les penchants de leur âme, il le leur propose: dans le cas de mœurs douces et riantes, ce sera souvent la luxure, parfois la gloriole ; pour les âmes rudes, ce sera la colère, l'orgueil ou la cruauté. Bref, il pose son piège là où il repère que l'âme va passer, et il glisse le danger à l'endroit précis où il trouve le chemin familier à chaque tempérament.

in COMMENTAIRE MORAL DU LIVRE DE JOB (MORALIA)
Traduction de René Wasselynck (Ed. du Soleil Levant)



Evidemment comme on a pu le lire, non seulement les écrits de Pères comme Grégoire sont toujours d'actualité mais la connaissance de l'âme humaine de ces Saints Pères n'a rien à voir avec des préceptes moraux élaborés avec des concepts construits de toutes pièces et détachés de toute expérience, et pour finir enseignés magistralement en dehors de tout investissement personnel. C'est du fond de leur ascèse que les Saints Pères puisent leur savoir et l'enseignent ensuite, et leur enseignement nous est toujours aussi nécessaire car l'âme humaine ne progresse guère contrairement à ce que croit l'illusion contemporaine.